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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 23:07

Éditions Tallandier, 1999

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L’épopée napoléonienne – Les grandes batailles est des ouvrages les plus agréables et les plus synthétiques qu’il m’ait été donné de lire sur les guerres napoléoniennes. Comme son titre l’indique, la majeure partie du livre est consacrée au récit d’une trentaine des plus notables batailles dirigées par Napoléon. Le déroulé de chacune d’entre-elles est donné jour par jour ou heure par heure, afin de suivre au mieux les conditions stratégiques et l’évolution tactique de l’engagement. Très pratique, une carte vient systématiquement restituer la disposition géographique des forces en présence. Si les batailles les plus connues de l’Empereur sont bien sûr traitées, Jean Tranié a choisi de nous exposer d’autres bien moins connues, comme par exemple celles de Montenotte (1796, campagnes italiennes), du mont Thabor (1799, expédition d’Égypte), de Somosierra (1808, guerre d’Espagne), de Dresde (1813, avant Leipzig), de Champaubert, de Montmirail et de Montereau (1814, campagne de France). Rehaussée par une iconographie particulièrement bien pensée et une mise en page aérée, les exposés de ces affrontements, qui se soldent le plus souvent par une victoire française, expliquent avec clarté le pourquoi et le comment des choix tactiques de Napoléon et de ses généraux dans le feu de l’action.

 

Mais cet ouvrage est bien plus qu’une simple compilation de batailles. Dans son introduction, l’auteur évoque brièvement l’origine de l’armée napoléonienne, son équipement et son ravitaillement, l’organisation du service de santé, les méthodes tactiques et stratégiques adoptées par l’Empereur en campagne, ainsi que son attitude face aux innovations techniques. Il présente également deuxième partie d’ouvrage un petit dictionnaire exhaustif des maréchaux du Ier Empire. Sans oublier, en annexes, plusieurs tableaux comparatifs des batailles (forces en présence et pertes, généraux de la Grande Armée tués ou blessés, citations des régiments), et un récapitulatif rapide des armements utilisés par les troupes françaises (infanterie, cavalerie, artillerie). On le voit donc, L’épopée napoléonienne – Les grandes batailles s’avère être fort complet pour qui veut appréhender de manière panoramique l’art de la guerre napoléonien. Et Jean Tranié n’emploie pas d’hyperbole en parlant d’ « épopée », car il s’agit en effet ici, si l’on écarte les centaines de milliers de soldats injustement tombés au champ d’honneur, d’une des pages les plus glorieuses de l’histoire de France.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 20:37

Bimensuel édité par Mondadori France


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Ce cinquième numéro de Guerres & Histoire nous propose comme d’habitude un contenu réactionnel aussi riche que varié. Le dossier principal, qui court sur vingt-quatre pages, revient sur la structure de l’armée française durant la Première Guerre mondiale, tout en la comparant à celle de ses alliés ou ennemis. Un contrepoint intéressant à ma lecture récente de Les secrets de la grande Guerre publié par Rémy Porte. Sont notamment abordées les questions du productivisme industriel, qui permit l’arrivée des armes motorisées sur le champ de bataille, ainsi que la naissance, plus ou moins évidente à déceler, d’un « art opératif » à la française. Dommage que la pensée stratégique nationale se soit quelque peu sclérosée durant l’entre-deux guerres, car au sortir de 1918 le haut commandement français avait toutes les cartes en main pour poursuivre sa réflexion globale d’articulation entre les différentes armes.

 

On notera également dans ce numéro l’interview exclusive étonnante du sous-marinier américain William Craig, qui nous transporte d’emblée dans un univers à la Das Boot. À une toute autre époque, Éric Tréguier revient dans « Qadesh : première victoire de la propagande » sur la victoire égyptienne de Qadesh, remportée en 1274 av. J.-C. sur les chars hittites, célébrée avec pompe par Ramsès II, alors qu’en fait il ne remporta vraisemblablement pas la guerre. Par ailleurs, notons deux autres articles remarquables car abordant deux sujets méconnus. Le premier relate l’utilisation durant les guerres de la Révolution françaises de compagnies aérostières, avec un succès certain en termes de renseignement des mouvements ennemis. Mais l’expérience ne fut pas prolongée. Quant à l’interview du lieutenant-colonel Olivier Entraygues par Laurent Henninger, elle permet de découvrir l’œuvre fondamentale du Britannique John Frederick Charles Fuller, qui fut responsable des unités blindées britanniques en 1916-1918 avant de se consacrer entièrement à l’étude de la stratégie militaire. Le seul ouvrage de Fuller disponible en français est La conduite de la guerre de 1789 à nos jours – Étude des répercussions de la révolution française, de la révolution industrielle et de la révolution russe sur la guerre et la conduite de la guerre, publié pour la première fois en 1961 et paru en poche dans la Petite Bibliothèque Pajot.

 

Je finirai cette chronique en soulignant tout l’intérêt que je porte à la rubrique À lire (p. 102-105), à même de conseiller ou déconseiller la lecture des ouvrages les plus récemment publiés.

 

 

Par Matthieu ROGER

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 12:06

Éditions Vuibert, 2012

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Avec Les secrets de la Grande Guerre, l’objectif avoué de Rémy Porte est d’approcher la complexité de la Première Guerre mondiale à partir de situations humaines, vécues, concrètes. Pour ce faire, il effectue une quinzaine de focus sur différents faits de guerre, abordant ainsi par exemple l’épisode des taxis de la Marne, les combats à Gallipoli, la guerre sous-marine, l’entrée en guerre de l’armée américaine, etc. Présentés de manière chronologique, ces quinze coups de projecteur sur tel ou tel épisode du conflit s’attachent à restituer les schémas mentaux de l’époque et les contingences d’action des ennemis en présence. Le danger souvent inhérent à ce type de démarche est de verser dans l’anecdotique, piège dans lequel l’auteur évite heureusement de tomber. S’il étudie l’incroyable odyssée de la division belge d’autos-mitrailleuses, de Belgique jusqu’aux Etats-Unis en passant par la Russie, c’est pour la replacer dans le contexte plus global des relations diplomatiques. S’il s’attarde sur la figure du général Nivelle, resté dans les mémoires pour ses offensives meurtrières d’avril 1917, c’est pour mieux reconsidérer à l’aune de cette trajectoire particulière les débats stratégiques au sein du haut commandement français ou allié. Délaissant donc l’anecdotique, Rémy Porte appréhende en fait les multiples facettes de ce premier conflit mondial : médiatiques (le choix provisoire de conserver les pantalons rouges des fantassins français), mémorielles (la célébration du caporal Peugeot et des morts tombés au champ d’honneur), tactiques et stratégiques (les batailles de la Somme ou de Caporetto), ou encore diplomatiques (le rôle des Etats-Unis). Sans exclure l’épisme de certains hauts faits, dont les plus remarquables sont incontestablement ceux du « Corps expéditionnaire belge des autos-canons-mitrailleuses en Russie » et du colonel von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale.

 

Bref, les différents récits de cet ouvrage rendent compte de manière précise mais jamais ennuyeuse l’interpénétration de destins particuliers et des grands enjeux de la guerre. Sans oublier d’infirmer certaines idées reçues. Une démarche en faveur de la véracité historique qu’on ne peut que saluer.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 10:11

Coédition (mouvement)SKITe – sens&tonka, 2004


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En 2004-2005 une collaboration entre (mouvement)SKITe et sens&tonka a abouti à la publication d’une série de quatre ouvrages traitant des politiques culturelles en France. Ce premier opus intitulé « L’Imagination au pouvoir » – ce titre reprenant le slogan de langien de 1981 – se penche sur la période de l’accession de la gauche au pouvoir, plus précisément entre 1981 et 1984. En sollicitant les contributions d’une quinzaine de spécialistes, dont, entre autres, Jack Lang, Daniel Bensaïd, François Léotard, Jack Ralite ou encore Philippe Urfalino, « L’Imagination au pouvoir » redonne vie, à travers les yeux de certains de ses propres acteurs, à une époque souvent considérée – quelquefois à tort – comme l’âge d’or des politiques artistiques et culturelles. Mais ce que cet ouvrage raconte est aussi l’arbitrage cruel des choix budgétaires, ainsi que les luttes politiques pour favoriser telle ou telle vision de la culture, que ce soit en paroles ou en actions. La figure de Jack Lang reste centrale dans le récit des différents intervenants, puisque c’est lui qui symbolise la prise de conscience de la possibilité d’un véritable volontarisme politique en faveur de la culture. Réintroduisant du lyrisme et de l’idéalisme à la tête du Ministère de la Culture, il a permis que la culture soit considéré comme un levier politique à part entière. Même si Malraux l’avait déjà revendiqué, la partie était loin d’être gagnée, surtout en temps de crise économique.

 

Ce qui m’a le plus intéressé dans cet ouvrage, c’est de pouvoir parcourir certaines des lettres que s’adressaient François Mitterand et Jack Lang sur les arbitrages à donner aux politiques culturelles lancées en 1981. Celles-ci témoignent bien de la difficulté opérationnelle du volontarisme politique. On voit là que le choix politique se trouve continuellement paramétré par les contingences politiciennes, médiatiques et financières. Ce constat prend un goût amer si on l’analyse à l’aune de la situation dramatique que vit le secteur culturel en France en 2012. Comment réenchanter les arts si ceux-ci ne peuvent s’appuyer à la fois sur une structuration pérenne et un réel volontarisme politique ? Telle est la question insoluble à laquelle sont aujourd’hui confronté les artistes et les professionnels de la culture. Question à laquelle Vincent Dubois répond en convoquant la nécessité de l’autonomie du champ artistique. « On ne doit pas administrer la culture et les institutions doivent être au service d’une finalité qui les dépasse. En aucun cas elles ne doivent être une finalité en elles-mêmes, comme si la politique culturelle pouvait être une sorte d’impulsion et, qu’une fois celle-ci initiée, le processus se perpétue. (…) Il y a une antinomie ici entre la notion d’institution et celle d’élan perpétuel qu’on se plaît à afficher lorsque l’on parle de culture. » (p. 78)

 

 


Par Matthieu Roger

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 21:22

Éditions Flammarion, 2011


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Dans la lignée Batailles – Les plus grands combats de l’antiquité à nos jours, R.G. Grant continue d’animer l’équipe d’auteurs qui réalisent cette série d’ouvrages consacrés aux grands évènements militaires. Avec Stratèges – De l’antiquité à nos jours, il se penche sur les figures des chefs militaires les plus marquants de l’Histoire. Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre du livre, il s’agit moins ici de décrypter leur modus operandi que de proposer de manière claire et concise l’exposé de leur carrière militaire.  Le classement est chronologique et présente six grandes familles de généraux : les héros de l’antiquité (1500 av. J.-C. – 500 ap. J.-C.), les chevaliers et nomades (500-1450), les maîtres de l’innovation (1450-1700), les monarques et révolutionnaires (1660-1850), les agents impériaux (1850-1914), et les commandants modernes (de 1914 à nos jours). Chaque catégorie se divise en plusieurs grandes périodes militaires, introduites par une double page de contextualisation historique générale.

 

L’intérêt de ce type d’ouvrage n’est pas de nous faire revenir sur l’épopée des stratèges les plus connus. Il réside plutôt dans le fait de nous permettre de resituer certains hommes oubliés, qui marquèrent pourtant leur époque : Cyrus le Grand, Aurangzeb, Subötai, Michel de Ruyter, Franz Totleben, David Beatty, Curtis Lemay, etc. Le grand format de ce livre permet d’apprécier à sa juste valeur la riche iconographie qui caractérise cette collection. Illustrations, citations et cartes de batailles viennent mettre en relief des siècles d’innovation militaire, et nous dévoilent la taille croissante des armées, la puissance et la portée de plus en plus meurtrières des armes dont les généraux durent user. Le paradoxe, comme l’indique R.G. Grant dans son avant-propos, est qu’aujourd’hui « les commandants militaires ne sont plus considérés comme des exemples ». Faut-il voir dans ce constat le refus salutaire par nos démocraties modernes des grands massacres du siècle dernier ? Ou bien déplorer la disparition des valeurs d’héroïsme et d’honneur qui motivèrent pendant longtemps ces hommes hors du commun ? La question reste ouverte.

 

Stratèges – De l’antiquité à nos joursconstitue le complément idoine à l’ouvrage publié il y a trois ans par Jérémy Black aux éditions de La Martinière, Les grands chefs militaires et leurs campagnes.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 18:22

Mensuel édité par la SA Le Monde Diplomatique

 

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La lecture du Monde Diplomatique est comme une gorgée d’eau fraîche en pleine canicule. Elle réveille les sens et éclaircit les idées, sans toutefois nous bercer de fausses illusions sur l’état de notre monde.

 

Dans ce numéro du mois de janvier, un article m’a particulièrement frappé. À l’heure où les débats politiques publics n’ont de cesse de d’agiter l’épouvantail de la crise économique mondiale, Wolfgang Streeck, directeur de l’Institut Max Planck pour l’étude des sociétés, pose dans La crise de 2008 acommencé il y a quarante ans une question à mon avis fondamentale : « et si le capitalisme démocratique mis en place dans les pays occidentaux après la seconde guerre mondiale comportait un déséquilibre indépassable ? » Son exposé, particulièrement éclairant, montre en une double page l’évolution du système capitaliste. Ayant d’abord fait appel à l’inflation, avant d’aggraver la dette publique des États puis d’avoir intégré la dette privée – celle des ménages – dans son cercle vicieux, le capitalisme affronte aujourd’hui une quatrième phase de crise qui le remet en cause de manière profondément structurelle, puisqu’il n’existe plus désormais aucune soupape aux contractions financières internationales. Si les perturbations et l’instabilité sont devenues la règle, on en vient presque à rêver l’explosion d’un système aussi amoral qu’inepte à gommer les inégalités de notre « capitalisme démocratique ». Ce texte de Wolfang Streek, à lire de toute urgence, est une version abrégée d’une analyse publiée dans la New Left Review n° 71 (Londres, septembre-octobre 2011), que vous pouvez découvrir ICI.

 

À lire également, entre autres, deux textes inédits de Pierre Bourdieu, La fabrique des débats publics et Les deux faces de l’État, reprises de cours donnés au Collège de France au début des années 1990. Comme à son habitude, le sociologue français s’avère glaçant de lucidité. Notons aussi le supplément de quatre pages consacré aux politiques sanitaires internationales, qui rappelle qu’un effort financier sans précédent, coordonné par le Fonds mondial, a récemment permis de juguler et de faire régresser les épidémies de sida, de tuberculose et de paludisme. Mais devant la crise et les restrictions budgétaires des États donateurs, la lutte continue de plus belle pour devancer la mort.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 17:24

Éditions Grasset, 2011

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Retour à Killybegs fait suite à Mon traître, roman autobiographique déjà chroniqué sur ce blog. Cette fois-ci le narrateur n’est plus Antoine, le jeune luthier français, mais Tyrone Meehan, son ami irlandais. Si Mon traître adoptait avant tout la focale de l’amitié fraternelle brisée, Retour à Killybegs nous raconte la genèse de la traîtrise de Tyrone, de son vrai nom Denis Donaldson, retourné par le MI-5 contre ses propres frères de l’Irish Republican Army (IRA). Le récit alterne entre les retours sur la propre histoire de Tyrone, sa jeunesse, son activisme au sein de l’IRA, sa traîtrise, et la fin de sa vie, lorsqu’en 2006 il revient en paria à son village natal : Killybegs.

 

Retour à Killybegs m’a moins ému que Mon traître, peut-être parce qu’il lui manque la naïveté du point de vue d’Antoine, qui fut en quelque sorte celui de l’auteur. Mais je commets sans doute une faute en cherchant à comparer les deux ouvrages, ceux-ci devant être lus l’un à la suite de l’autre si l’on veut rendre justice à la justesse des sentiments qui les parcourent. Chalandon nous offre en effet une nouvelle fois un livre remarquable, qui nous fait parcourir en accéléré soixante ans de conflit armé en Irlande du Nord. Des défilés de l’IRA au cloaque des geôles britanniques, se joue à travers la figure de Tyrone Meehan le destin déchiré d’un peuple insoumis. La force de l’écriture de Sorj Chalandon est de restituer avec acuité la mosaïque des sentiments qui traversent Tyrone, comme une mise en abyme des épreuves traversées jusqu’à aujourd’hui par le peuple irlandais. À la fois guerre civile et guerre d’indépendance, le conflit d’Irlande du Nord s’offre au lecteur à travers le prisme de l’IRA, organisation au sein de laquelle la fraternité se vit en actes et la traîtrise ne reçoit qu’une seule sentence, celle de la mort. « Et puis l’IRA retrouve les traîtres. Partout, elle les retrouve. Longtemps après. Une soixantaine de mouchards avaient été exécutés, des centaines d’autres chassés de nos villes. Non ! Je ne les suivrai plus. J’arrêtai tout. Je restais. J’étais chez moi. J’avais autant droit à cette terre que tous les Irlandais réunis. » (p. 296-297)

 

Roman de la peur sourde et du prix du sang, Retour à Killybegs a reçu le Grand prix de l’Académie Française 2011.

 

 


Par Matthieu Roger

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 10:32

Éditions Perrin, 2011

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Avec cet ouvrage l’historien et maître de recherches à l’Institut de stratégie et des conflits Bruno Colson s’est livré à un exercice brillant de synthèse et d’analyse critique de la pensée stratégique napoléonienne. Pour se faire, il est allé recueillir une multitude de sources : correspondance privée et publique de Empereur, paroles rapportées par ses contemporains, archives, publications historiques, études préexistantes. Cela lui permet de présenter les propos de Napoléon de manière quasi exhaustive, et ce selon un ordre bien précis. En effet, ce De la guerre suit le même chapitrage que le Vom Kriege de Carl von Clausewitz, en se découpant pareillement en huit livres : « la nature de la guerre », « la théorie de la guerre », « de la stratégie en général », « le combat », « les forces militaires », « la défense », « l’attaque »,  et « le plan de guerre ». Bruno Colson justifie ce choix par le fait que Clausewitz prit en référence constante l’art de la guerre napoléonien pour écrire le traité qui forgea sa célébrité. Vu le résultat obtenu, on peut dire que son choix s’avère des plus pertinents.

 

Au fil des quatre-cent cinquante pages, on réalise l’étendue et la variété phénoménales des avancées apportées par Napoléon à l’art de la guerre. S’appuyant sur la masse démographique que met à sa disposition la conscription nationale, celui qui conquit l’Europe continentale montre qu’il fut aussi bien stratège hors pair qu’un meneur d’homme extraordinaire. Pendant, vingt ans, il révolutionna la stratégie opérationnelle militaire, en systématisant l’utilisation combinée des divisions et corps d’armée, et en faisant de la concentration interarmes le moyen ultime pour briser les armées ennemies. En 1806, contre la Prusse, l’Empereur réussit à orchestrer une projection de forces de plus de sept cent kilomètres, des bords du Rhin jursqu’à la Baltique ! L’avantage crucial que Napoléon possédait sur ses ennemis, avant que ceux-ci finissent par intégrer ses révolutions militaires, fut d’appréhender le hasard comme une variable à part entière. Cela le conduit à refuser tout dogme ou doctrine militaire intangible, et à faire de l’adaptabilité la première qualité du général en chef. Napoléon n’eut jamais le temps de théoriser son expérience du terrain – ce livre a d’ailleurs pour but d’y remédier –, mais il ne cessa jamais, tout au long de sa vie, de s’inspirer des hauts faits et erreur de ses prédécesseurs (Alexandre, César, Hannibal, Turenne, Malborough, Frédéric II, etc.). La méticulosité qu’il met à préparer ses campagnes ne cède en rien à sa faculté de saisir en un coup d’œil le point de rupture au sein de la ligne adverse. Marcher vers le plus gros des forces ennemies, avec la totalité de ses forces réunies, voici l’axiome qu’il mit le plus souvent en pratique. Il érige de fait la rupture comme principe tactique, et la victoire comme but politique ultime. Comme il le dit lui-même : « en résumé, mon plan de campagne c’est une bataille, et toute ma politique, c’est le succès ».

 

De la guerre est un ouvrage à posséder sans faute au sein de sa bibliothèque stratégique.

 



Par Matthieu ROGER

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 11:48

Bimensuel édité par Mondadori France


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Une très bonne nouvelle tout d’abord, puisque le trimestriel Guerres & Histoire devient dès à présent bimensuel. Six numéros paraîtront donc désormais chaque année. Voilà un signe de bonne santé pour ce jeune magazine, dont je ne suis pas étonné qu’il ait trouvé rapidement son public, au vu de la qualité éditoriale déployée. Notons l’arrivée d’un nouveau venu au sein du comité éditorial en la personne de Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques et rédacteur en chef adjoint de la revue Histoire & Stratégie.

 

Ce quatrième numéro de Guerres & Histoire aborde comme à son habitude des périodes historiques extrêmement variées. Le dossier principal traite de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941, et démontre en vingt-quatre pages en quoi ce coup d’audace fut à la fois un échec stratégique et tactique. Non seulement le différentiel économique avec les États-Unis ne laissait aucune chance au Japon de remporter la guerre, mais le raid massif sur Pearl Harbor, contrairement l’idée commune que l’on se fait d’un désastre pour la Navy, ne permis au final d’envoyer par le fond que deux cuirassés américains et un navire cible ! Voilà un constat avéré qui va à l’encontre de nos imageries d’Épinal. C’est là d’ailleurs un des dénominateurs communs de la ligne éditoriale de Guerres & Histoire, cette tendance à aller à l’encontre des clichés militaires et des idées reçues. J'apprécie cette capacité salutaire à susciter le débat.

 

On retiendra également dans ce numéro l’article synthétique d’Éric Tréguier sur la bataille de Carrhes, le début du cauchemar parthe (p. 54-58), pour ceux que la lecture du dernier livre de Giusto Traina pourrait à tort rebuter. Cette bataille marque en soi une crise tactique pour les légions romaines, détruites sur place car démunies face à la mobilité et aux flèches des Parthes. J’ai aussi été particulièrement intéressé par l’exposé sur les Ordres guerriers aztèques : ascenseurs pour la gloire, qui nous fait découvrir l’organisation des troupes d’élites qui forgèrent au XVe siècle un véritable petit empire en Amérique centrale. Enfin, l’interview du général André Bach par Jean Lopez revient sur les relations humaines qui se tissèrent parfois entre troupes françaises et allemandes le long des tranchées de la Première guerre mondiale. Surprenant et instructif.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 15:09

Mensuel édité par la SA Le Monde Diplomatique

 

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Encore un sommaire très fourni pour ce numéro du Monde Diplomatique du mois de décembre. De la Russie jusqu’au Congo, en passant par Mayotte, la Grèce, l’Inde ou les Etats-Unis, voici une nouvelle revue complète des sujets internationaux les plus significatifs. Bien évidemment la crise économique mondiale se retrouve en premières ligne des interrogations. Dans son article Sur le toboggan de la crise, qui fait la une, l’économiste Frédéric Lordon décortique avec brio le cercle vicieux dans lequel nous nous trouvons actuellement à cause des politiques de rigueur budgétaire : « L’impossibilité pour chacun séparément de compenser par la demande extérieure l’étranglement de la demande intérieure, du fait que tous les autres alentour font le même choix de la rigueur, conduit fatalement à des baisses de croissance telles que les pertes de recettes fiscales détruisent l’effet des réductions des dépenses. (…) Il s’ensuit cet enchaînement absurde dans lequel les hausses de taux d’intérêt déclenchées par les attaques de panique spéculative dégradent cumulativement les soldes budgétaires (…), à quoi les politiques économiques  répondent en approfondissant la restriction… et les dettes. (p. 12) » Ou comment résumer la macroéconomie en quelques phrases.

 

Trois autres articles ont particulièrement attiré mon attention, car ils reviennent sur des questions stratégiques incontournables. Séisme géopolitique au Proche-Orient, écrit par Alain Gresh, aborde le processus de démocratisation embrasant depuis peu le monde arabe. L’occasion d’inscrire la poursuite des revendications populaires (Ègypte, Syrie, Yémen, Bahreïn, etc.) dans le cadre plus global des jeux de pouvoir géopolitiques entre Washington, la Ligue arabe et les États revendiquant leur indépendance diplomatique. L’ancien diplomate français Patrick Haimzadeh cherche quant à lui à décrypter l’après-guerre en Lybie en posant une question à première vue simple : Qui a gagné la guerre en Lybie ? Sauf que le Conseil national de transition, bien que militairement vainqueur de la guerre civile, n’est pas accepté par l’ensemble de la population et « se heurte à la militarisation de la société, au repli sur les identités clanique et religieuse, ainsi qu’à l’intervention d’acteurs étrangers ». De leur côté, deux professeurs d’histoire à l’université de New York, Jane Burbank et Frederic Cooper, mettent en perspective la notion d’empire au travers d’une double page intitulée De Rome à Constantinople, penser l’empire pour comprendre le monde. Leur raisonnement, qui les conduit à interroger la solidité parfois factice et peu efficiente de l’État-nation, les amène à souhaiter la venue de nouvelles formes de souveraineté, plus à même d’intégrer la lutte contre l’inégalité et l’acceptation de la diversité comme piliers politiques et structurels.

 

Je vous invite une nouvelle fois à pratiquer et faire connaître Le Monde Diplo autour de vous. Les qualités éditoriales et rédactionnelles de ce journal en font un titre à part dans le paysage journalistique français, qui mérite plus que jamais notre soutien inconditionnel.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite