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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 16:26

Éditions Albin Michel, 1934

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Il y a quelques années j’avais pu voir Capitaine Conan, un excellent film réalisé par Bertrand Tavernier où Philippe Torreton donnait avec talent la réplique à Samuel Le Bihan. J’étais donc curieux de découvrir ce roman éponyme – d’où est directement tiré le film – pour lequel Roger Vercel obtint le Prix Goncourt en 1934. Ma curiosité ne fut point déçue : ce livre mérite indéniablement le détour.


Le récit débute dans les tranchées du front des Balkans, juste avant que l’armistice soit proclamé le 11 novembre 1918. Capitaine Conan est donc un roman qui porte plus sur les hommes après la guerre que sur la guerre elle-même. Le narrateur, le lieutenant Norbert, fait la rencontre de Conan, le chef d’un groupe de francs-tireurs d’une cinquantaine d’hommes plus portés sur les coups de main audacieux et les assauts à l’arme blanche que sur l’attente des obus fusil au pied. La menace soviétique étant prise au sérieux par les puissances occidentales, l’armée d’Orient est la seule à ne pas être mobilisée. Norbert et Conan sont donc envoyés tenir garnison en Bulgarie et en Roumanie, le premier attendant avec impatience la démobilisation, le second fort marri de ne plus pouvoir faire montre de ses capacités guerrières. C’est lorsque Norbert se retrouve parachuté avocat puis commissaire-rapporteur aux cours martiales qu’il peut enfin mesurer l’étendue des ravages de la guerre. Défilent devant lui des lâches, des malchanceux, des couards, des voleurs, des déserteurs, des innocents… Sa rectitude morale se heurte souvent au tempérament ombrageux de son ami Conan, selon qui la guerre est un véritable modus vivendi, qui exclut toute retenue ou commisération. Écoutons Norbert dépeindre l’un des accès de rage dont Conan était coutumier : « Toute sa guerre, toute sa haine lui remontait d’un coup à la tête, à la bouche ! Penché sur le trou noir d’une sape il y crachait des injures entrecoupées ; il le guettait comme s’il eût dû en sortir des hommes à tuer… J’en restais immobile d’horreur et de honte… » (p. 209). Les comptes rendus des différents procès instruits par Norbert sont entrecoupés de multiples récits et anecdotes de guerre. Car c’est en constatant comment la guerre a bouleversé la vie des soldats qu’elle a engloutis que l’auteur nous fait contempler le coût exubérant de la paix. Qu’ils pensent en incarner les vertus (de Scève), qu’ils en soient les pantins désarticulés (Erlane), qu’ils se délectent de sa fureur et sa violence (Conan), ou qu’ils souhaitent en atténuer les effets dévastateurs (Norbert), l’expérience de la guerre et du feu ravale les protagonistes de Capitaine Conan au rang de simples pions sur le vaste échiquier de la survie affrontant le destin.

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Fictions
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite