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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 15:42

Éditions Tallandier, 2012

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Sun Tzu ou l’art de gagner des batailles : le titre de cet ouvrage résonne comme un slogan marketing placé en tête de gondoles des librairies. Mais il fallait faire fi de ce préjugé pour aller chercher ce que Bevin Alexander souhaitait nous offrir en substance. Vétéran américain de la guerre de Corée et spécialiste  de la stratégie militaire, celui-ci nous propose seize chapitres, chacun constituant un focus spécifique sur une campagne militaire de l’ère moderne. De la campagne de Saratoga en 1777 à Incheon et l’invasion de la Corée du Nord en 1950, en passant par les batailles de Gettysburg (1863) et de Stalingrad (1942), l’auteur se propose d’analyser les décisions des grands généraux à l’aune des enseignements livrés par Sun Tzu dans son célébrissime L’art de la guerre. Plus que les bons choix opératifs ou tactiques, il pointe du doigt les erreurs stratégiques qui débouchèrent sur des revers aux graves conséquences. Il ne se prive d’ailleurs pas de décrier sévèrement certains commandants qu’il juge incapables, tels Helmuth von Moltke ou Robert Lee.  Pour en revenir aux défaillances stratégiques les plus notables, il montre par exemple que c’est en contrevenant à son habitude de désaxer l’ordre de bataille de l’ennemi que Napoléon perd à Waterloo ses dernières illusions de gloire. De même le haut état-major allemand laisse-t-il échapper la victoire en 1914, parce qu’il a renié totalement l’esprit originel du Plan Schlieffen, qui prévoyait un débordement massif de l’aile gauche des armées alliées, puis leur encerclement total. Pour appuyer ses dires, Bevin Alexander se réfère constamment au principe du déséquilibre décisif provoqué par l’utilisation conjointe d’une force zheng, c’est-à-dire une force de fixation, orthodoxe, régulière, et d’une force qi, force irrégulière, de contournement. « En général, l’élément régulier correspond à la force principale, celle qui va  affronter et fixer l’ennemi, tandis que l’élément irrégulier correspond à une force moins importante, qui va attaquer l’ennemi en un endroit différent, inattendu, le plus souvent sur le flanc ou les arrières, le contraignant ainsi à se désagréger. » (p.134) Cette combinaison de deux forces aux objectifs différentes correspond au principe d’ « approche indirecte » abondamment prôné et analysé par Basil H. Liddell Hart.

 

Ce livre est une bonne surprise, dans la mesure où il nous permet d’appréhender l’art de la guerre de généraux offensifs, brillants et inspirés, comme par exemples Thomas Jonathan Jackson ou Patton. Ces deux-là avaient en effet mieux que quiconque compris cet axiome intangible énoncé en son temps par Sun Tzu : « Remporter cent victoires en cent combats n’est pas une preuve d’excellence. Ce qui est une vraie preuve d’excellence, c’est de soumettre l’ennemi sans combattre. » (p. 226)

 

 

Par Matthieu Roger

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 14:13

Éditions L’Atalante, 2012


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Suite au succès international de ses deux romans Metro 2033 et Metro 2034, Dmitri Glukhvsky a lancé un projet littéraire intitulé « L’univers de Metro 2033 », qui permet à d’autres auteurs de poursuivre l’écriture de son univers post-apocalyptique, voire de publier pour les meilleurs d’entre eux l’histoire de leurs propres héros. Ce récit d’Andreï Dyakov, son premier roman,  a été sélectionné sur Internet par les lecteurs, première pierre d’une longue collection d’add-ons littéraires.

 

Fort logiquement, le contexte spatio-temporel de Vers la lumière est exactement le même que chez Dmitri Glukhovsky. Après la grande Catastrophe, conflit nucléaire mondial, les hommes survivants se sont terrés sous terre, dans les rames du métro, tel le sombre patchwork d’une humanité désormais désœuvrée. Mais si Metro 2034 prolongeait la dangereuse visite du métro moscovite, cet ouvrage nous propulse au cœur du métro de Saint-Pétersbourg, où l’Alliance décide de lancer à la surface un corps expéditionnaire d’une dizaine de combattants chevronnés, les stalkers. L’objectif : retrouver les émetteurs d’une mystérieuse lumière aperçue sur les rives de Kronstadt. Gleb, un jeune garçon, se trouve par la force des choses incorporé à cette escouade d’élite, et verra son destin inextricablement lié à celui de Taran, leader naturel de l’équipée. La trame du récit s’avère alors simple mais riche en rebondissement, s’apparentant à un « survival » épique en territoire hostile. Ce n’est rien dévoiler que de dire que certains n’en réchapperont pas, tant les dangers sont nombreux une fois sortis du métro : atmosphère radioactive, mutants, prédateurs en tous genres, sans compter le plus dangereux d’entre tous, l’homme. Homo homini lupus

 

Le défi relevé par Andreï Dyakov de succéder à Dmitri Glukhovsky tenait de la plus haute gageure mais se voit au final couronné de succès. Grâce à une narration enlevée riche en rebondissements, dont un double switch final extrêmement audacieux, le jeune auteur s’affirme dès son première œuvre comme une plume de talent. J’ai même trouvé Vers la lumière supérieur à Metro 2034 dans sa capacité à tenir le lecteur en haleine. Ne reste plus qu’à espérer que la Toile accouche d’autres extensions littéraires de ce calibre.

 

 

Par Matthieu Roger

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 21:57

Éditions Fayard, 1984

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On ne présente plus Georges Duby, éminent médiéviste qui fut membre de l’Académie française et professeur au Collège de France. Son Guillaume le Maréchal retrace la vie du chevalier anglais éponyme, un des tournoyeurs les plus célèbres de son temps. S’appuyant pour l’essentiel sur les ouvrages de Sydney Painter, Anton Friedmann et surtout sur l’édition réalisée en 1891-1901 par P. Meyer de l’Histoire de Guillaume le Maréchal, récit d’environ vingt mille vers datant du XIIIe siècle, Georges Duby analyse avec une grande précision les codes de la chevalerie et le fonctionnement des liens féodaux ayant cours au XIIe siècle. Or il s’avère que destin hors norme de Guillaume le Maréchal aura pour nombre de ses pairs valeur du meilleur des exemples. « Juchée sur la prouesse, soutenue d’une part par la loyauté, d’autre part par la sagesse, voici la chevalerie, et le plus haut ordre qu’ait fait Dieu. Dans ces assises, de vaillance rassemblée autour du roi capétien, premier lieutenant de Dieu sur la terre, Guillaume le Maréchal, le plus preux, le plus loyal et le plus sage, se trouve proclamé le meilleur des chevaliers. » (p. 34). Issu de petite noblesse, Guillaume profita de sa proximité avec la maison royale d’Angleterre et de ses dons extraordinaires de jouteur pour bâtir sa renommée et sa richesse. Au fur et à mesure que ses prises de tournois s’accumulaient (chevaux, argent, biens matériels), il put faire montre de générosité envers ses hommes les plus dévoués et se gagner de précieux appuis au sein de la haute noblesse. Ce que montre bien l’auteur, c’est que le chevalier féodal, s’il voulait s’élever socialement, devait à la fois se rendre incontournable au sein de la maison de son suzerain et choisir le camp du vainqueur. Servant tour à tour les intérêts d’Henri II, d’Henri le Jeune, de Richard Cœur de Lion et de Jean sans Terre, il termina sa vie comme Régent d’Angleterre du jeune Henri III, pour lequel il put une dernière fois se distinguer en remportant la bataille de Lincoln, mettant fin en 1217 aux prétentions françaises sur le royaume d’outre-Manche.

 

 

La noblesse combattante de cette époque est en permanence sujette aux liens de vassalité contractés envers tel ou tel seigneur. Mais ce lien féodal s’avère encore plus fort que le respect dû au pouvoir royal, signe que les allégeances personnelles et intérêts familiaux possèdent encore la force inaltérable de la parole donnée, se transformant au besoin en bras armé du suzerain. Si le baron ou comte du XIIe siècle cherche en permanence à nouer des alliances via le mariage de sa progéniture, c’est pour consolider toujours plus encore le réseau de ses obligés. Si possible tout en essayant de se rapprocher au plus près des familles les plus influentes et prospères. De fait, le vrai pouvoir du chevalier réside avant dans l’usage combiné de sa libéralité et de sa bravoure. Étonnante alliance de l’apparat et de l’épée dont su profiter Guillaume le Maréchal, cadet sans avoir devenu riche homme et baron. Laissons pour conclure la jolie plume de Georges Duby résumer cette trajectoire ascendante : « Ce fut à cette excellence et à elle seule, qu’il dut de s’élever si haut. Grâce à ce grand corps infatigable, puissant, habile dans les exercices cavaliers, grâce à cette cervelle apparemment trop petite pour entraver par des raisonnements superflus le naturel épanouissement de sa vigueur physique : peu de pensées, et courtes, un attachement têtu, dans sa force bornée, à l’éthique très fruste des gens de guerre dont les valeurs tiennent en trois mots : prouesse, largesse et loyauté. » (p. 185-186).

 

A l’instar de l’excellent Dimanche de Bouvines, du même auteur, Guillaume le Maréchal mérite de figurer dans la bibliothèque de toute personne intéressée par cette période du Moyen Âge.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 19:36

Coédition Bernard Giovanangeli Éditeur & Ministère de la Défense, 2012

 

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Saluons l’heureuse initiative d’enfin publier un ouvrage dédié au remarquable peintre que fut Édouard Detaille. Édouard Detaille, un siècle de gloire rend hommage à l’homme qui fut en son temps considéré comme l’un des chefs de file de la peinture française de la dernière partie du XIXe siècle. Célèbre à l’époque, Édouard Detaille, au sujet duquel Albert Soubies déclarait en 1915 qu’il fut « l’un des artistes contemporains sur lesquels on a le plus écrit », a depuis mystérieusement disparu de la mémoire nationale. Une injustice tellement ce grand peintre français a perpétué avec génie le genre militaire en peinture. Cet ouvrage permet en effet de se rendre compte du coup de pinceau saisissant et réaliste propre à Detaille. Compilés au fil des pages, ses plus grands tableaux révèlent la maîtrise dont fit preuve ce brillant élève de Meissonier pour retranscrire sur toile le soldat au cœur des combats, ou tout simplement absorbé par les tâches de la vie militaire. S’il a consacré un grand nombre de ses premières œuvres les plus importantes à la guerre de 1870, c’est parce que Detaille combattit sous l’uniforme tricolore durant ce conflit. Appartenant au cercle restreint des peintres officiels de la IIIe République, il n’en demeura pas moins toute sa vie fervent bonapartiste, d’où son goût pour l’Empire et ses cavaliers chamarrés. Je retiens entre toutes les magnifiques figures de cavalerie qu’il nous offre avec « En batterie », artillerie de la Garde, régiment monté (Salon de 1890), « Vive l’Empereur ! » : charge du 4ème Hussards à Friedland (1891), ainsi que Le général Lasalle tué à Wagram (Salon de 1912). Tout simplement splendides ! Illustrant durant des décennies les manuels d’histoire, son Rêve de 1888 révèle une autre facette de son art en livrant aux yeux du spectateur abasourdi un émouvant parallèle entre des soldats endormis au bivouac et leurs songes allégoriques des gloires militaires passées. « L’aube point, tandis que défilent dans les cieux les soldats de Valmy et d’Iéna, les Africains de Bugeaud, les régiments de Magenta et Solferino » (p. 80-81). Un souffle épique que l’on retrouvera plus tard dans La chevauchée vers la gloire, superbe peinture murale d’une abside du Panthéon, à Paris (1905). Car Detaille n’est pas seulement peintre. Il est également, à l’instar de Jean-Charles Langlois, un grand panoramiste et décorateur.

 

Maître peintre, homme influent, grand bourgeois, loyal en amitié, tels sont les qualificatifs dont on peut parsemer à la va-vite le brillant parcours d’Édouard Detaille. Cependant, il ne faut avant tout pas perdre de vue que celui qui fut parfois contesté pour son esthétique réaliste ou ses opinions politiques militaristes entend nous lèguer à travers son œuvre l’amour de la nation et de l’héroïsme qui l’ont toujours profondément habité. C’est à l’aune de ce patriotisme esthétisant et nullement outrancier qu’il nous faut aujourd’hui appréhender la beauté des toiles de Detaille.

 


Par Matthieu Roger

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 21:43

Bimensuel édité par Mondadori France

 

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L’article le plus intéressant de ce huitième numéro de Guerres & Histoire est sans nul doute celui que Roger Crowley consacre à l’Arsenal de Venise (p. 76-81). Fondé en bordure de la Lagune de Venise en 1104 par le doge Ordelafo, celui-ci subit en 1303, 1473, 1564 et 1810 quatre phases d’agrandissement qui en feront un gigantesque complexe industriel, peut-être « la première usine du monde » pour reprendre le titre de l’article. Sur un modèle qui n’a rien à envier à l’organisation du travail fordiste, les successeurs d’Ordelafo réussiront à établir une chaîne continue de production de galères, en s’appuyant la standardisation des matériaux, la spécialisation des tâches de travail, des chaînes d’assemblage efficientes et un stockage des ressources référencé avec précision. Ainsi l’arsenal devient pendant plusieurs siècles une véritable usine forteresse dédiée à la production de navires de guerre, et par extension le principal complexe national de construction et de logistique militaires de la Sérénissime. Au cœur du Moyen Âge ce sont 16.000 hommes qui y travaillent, dont 2000 ouvriers hautement qualifiés, les arsenalotti. Comme l’indique Roger Crowley, « grâce à son arsenal, Venise dispose en permanence, du XIVe au XVe siècle, d’une flotte de galères de 10 unités en temps de paix, de 25 à 30 en temps de guerre ». De quoi s’opposer aux velléités turques, qui se font de plus en plus pressantes à partir du XVe siècle. Si victoire de Lépante (1571) il y eut, c’est notamment parce que la République de Venise pu fournir une centaine de galère et quelques galéasses à la flotte hispano-italienne commandée par don Juan d’Autriche.

 

Par ailleurs, Yacha Maclasha revient lors d’une interview de Lennart Samuelson sur l’ouvrage récemment publié par celui-ci et intitulé Tankograd, The Formation of a Soviet Company Town : Cheliabinsk 1900s-1950s (Palgrave Macmillan, 2011). Le professeur au Stockholm Institute of Transition Economics y présente le fonctionnement de « Tankograd », vaste tripole soviétique regroupant Tcheliabinsk, Sverdlovk et Nijni Taguil, qui constitua  le plus grand site de production de chars non seulement de l’URSS mais aussi du monde. Plusieurs siècles après l’arsenal de Venise, « à elles seuls, les trois villes ont construit 18.000 chars lourds ou canons autopropulsés pendant la Seconde guerre mondiale sur un total de 97.700 ». Ou quand la concentration industrielle transcende l’effort de guerre…

 

 


 

Par Matthieu ROGER

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 14:58

Éditions du Masque, 2012

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L’homme aux rubans noirs. Tel est le titre énigmatique de ce recueil de cinq nouvelles historico-policières publié par Jean d’Aillon, ancien universitaire en histoire économique et ancien membre de l’administration des Finances, qui depuis 2007 se consacre exclusivement à l’écriture. « L’homme aux rubans noirs » évoqué en titre n’est autre que Louis de Fronsac, fils de notaire, anobli pour services rendus du titre de marquis de Vivonne par le cardinal Mazarin. Car Louis de Fronsac est en fait un enquêteur hors pair, réputé pour démêler les affaires les plus inextricables. Le lecteur va pouvoir le suivre au cours de cinq enquêtes mystérieuses se prenant place entre 1644 et 1647, sous la Régence d’Anne d’Autriche. Le marquis doit ainsi s’attaquer à des énigmes ardues : vol inexpliqué d’un pli recelant un secret d’État, trafic de faux monnayage, disparition inexpliqué d’un nourrisson de la haute noblesse, complots d’une obscure société secrète... Il lui faudra employer tout à tour intuition, audace et surtout diplomatie pour découvrir le fin mot de chaque affaire. L’occasion pour notre protagoniste de croiser des personnages célèbres, tels Mazarin, Gondi, Le Tellier, Molière ou encore Cyrano de Bergerac. Le décor de ses pérégrinations policières est le Paris du XVIIe siècle, ses lieux emblématiques (Le Châtelet, le Pont-Neuf, la Monnaie, la Cour des miracles etc.) et sa population extrêmement hétéroclite, où coexistent coupe-bourses, malandrins, laquais, artisans, prêtres, bourgeois, hommes d’État et membres de la petite et haute noblesse.

 

L’homme aux rubans noirs vaut plus pour sa description de la société française du milieu du XVIIe siècle que pour son suspense policier, assez bien mené mais somme toute plutôt linéaire. On sent que Jean d’Aillon prend plaisir à peindre le fonctionnement des hiérarchies sociales et des nombreuses charges de l’administration royale. Les trajectoires personnelles de Louis de Fronsac et de son ami Gaston de Tilly, commissaire au Châtelet, permettent de découvrir comment l’extension des prérogatives régaliennes transforma, il y a quatre siècles, le quotidien des Parisiens.

 

 


Par Matthieu Roger

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 19:08

Editions Velours, 2011

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Dès les premières pages, on comprend que l’auteur de ce recueil de poésies ne porte pas la Révolution française dans son cœur, ce que laissait d’ailleurs présumer le titre de l’ouvrage : À notre chère Vendée, à ses héros et martyrs. D’emblée, I. d’Hocquincourt se place dans la suite des historiens et universitaires partisans de la thèse du génocide vendéen. Ceux-ci, parmi lesquels on peut notamment citer Reynald Secher, Pierre Chaunu, Jean Tulard, Emmanuel Leroy Ladurie ou Stéphane Courtois, qui considèrent que la répression de l’insurrection vendéenne procède d’une volonté génocidaire des républicains. Il est en fait très malaisé de prouver par A plus B une telle thèse, puisque des pertes vendéennes il n’a à l’époque été fait aucun décompte précis. La majorité des historiens qui se sont penchées sur la question estiment de fait le nombre de vendéens tués dans les combats ou massacrés à environ 200.000. De plus, si un fanatique tel que Barère prôna bel et bien l’extermination de « cette race rebelle des Vendéens », des voix s’élevèrent contre les atrocités des colonnes infernales dans le camp même des républicains. Quoi qu’il en soit, au-delà des querelles terminologiques, on comprend au vu des exactions commises pourquoi les guerres de Vendée (1793-1796) restent un épisode peu célébré par la mémoire nationale. Les colonnes rouges de la toute jeune République se montrèrent en effet d'une cruauté sans pareille : femmes, enfants et nourrissions passés au fil de la bayonnette, prisonniers éventrés et éviscérés, personnes brûlées ou écorchées vives, viols, pillages, rien de fut épargné aux insurgés de la Vendée militaire.

 

La poésie de I. d’Hocquincourt souffre parfois de quelques redondances de vocabulaire ou de syntaxe, mais elle possède la force et le lyrisme des épopées martyrologues. Se pliant aux contraintes formelles de l’alexandrin, le style quelque peu marmoréen de l’auteur n’est pas sans rappeler l’atmosphère tragique que se plaisait à véhiculer le courant parnassien. Glorifiant l’héroïsme et le sacrifice des partisans vendéens, il n’a en contrepoint pas de mot assez dur pour qualifier l’infamie des troupes républicaines. Il est vrai que le général républicain Biron lui-même dépeignait ces dernières en termes peu élogieux : « un ramas de bandits et d’échappés de galères ». Voici à titre d’illustration quelques strophes des plus évocatrices, tirées du poème Ils sont morts les Vendéens (p. 73) :

 

« Les Vendéens sont morts dans la grande détresse

Les yeux absents tendus vers un autre horizon

Dans l’effroi du dernier spasme qui se redresse

Et cherche et voit, là-bas, se brûler sa maison

 

Les Vendéens sont morts parce qu’il faut qu’on meure

Pour germer quelques jours en épis immortels…

Les Vendéens sont morts pour leur pauvre demeure

Et pour les vieux clochers et pour les vieux autels…

 

(…)

 

Les Vendéens sont morts et leur bouche est remplie

 De la glaise sacrée où s’engluaient leurs pas.

Et leur chair à la chair des sillons bruns s’allie

En l’étreinte d’amour qu’on ne brisera pas. »

 

 

À ceux qui voudraient se pencher un peu plus profondément sur le déroulement des guerres de Vendée, je conseille très synthétique et très factuel ouvrage publié en 2008 par Jean-Clément Martin dans la collection « Découvertes Gallimard » : Blancs et Bleus dans la Vendée déchirée.

 

 

Par Matthieu Roger

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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 18:13

Éditions Economica,  2012

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Avec La guerre – Une vision française, le Général Guy Hubin nous offre un nouvel exercice de réflexion, des plus salutaires, sur l’art de la guerre occidental. En une douzaine de chapitre, l’auteur, qui a effectué l’essentiel de sa carrière au sein des troupes aéroportées françaises, traverse l’histoire multiséculaire de la stratégie militaire dans un but clairement prospectif. Sans se défaire de certains partis pris clairement assumés, dont l’importance décisive de la culture militaire gréco-latine et la conviction de la qualité de l’œuvre militaire française, Guy Hubin retrace de quelle manière, au fil des siècles, la bataille s’est finalement « désintégrée en différentes parties qui ne prennent sens dans l’opération toute entière ». Si aujourd’hui le concept de bataille décisive n’est plus d’actualité, il n’en reste pas moins qu’il conditionna une grande part de l’évolution de la tactique militaire occidentale. J’ai particulièrement apprécié l’étude faite par l’auteur des guerres napoléoniennes et de la guerre de Sécession, qui incarnent respectivement la concrétisation et la mise en échec de ce concept. Par ailleurs, il rejoint Gérard Chaliand sur la prééminence de l’art de la guerre nomade durant le Moyen Âge, lorsque les hordes asiatiques, extrêmement mobiles, proposèrent une alternative extrêmement efficace au choc des corps et de l’acier promu jusqu’alors en occident. Conservant en filigrane l’histoire militaire de notre pays, Guy Hubin rappelle que les armes françaises peuvent légitimement se prévaloir de nombreux apports à la stratégie militaire occidentale : « la première armée permanente, le premier système d’artillerie opérationnel, la première administration militaire moderne, le principe du corps d’armée, les bases de l’art opératif, une compétence majeure dans l’affrontement avec l’asymétrique » (p. 255).

 

Mais cette contribution tricolore à l’Histoire avec un grand H ne peut évacuer la question de la capacité militaire française au XXIe siècle. À l’issue d’un exposé aussi pertinent que concis, l’auteur affirme la prééminence actuelle du concept d’économie des forces. Non pas dans une optique de sauvegarde frileuse d’un quelconque avantage technologique ou opérationnel, mais dans celle d’une utilisation optimale et proactive des moyens humains et matériels dont la France dispose en ce jour. Pour ce faire, alors le modèle asymétrique de la guerre convoque le double enjeu de contrôle des zones géographiques conflictuelles et des capacités de persuasion et de conviction (médias et guerre psychologique), un effort particulier doit être entrepris en ce qui concerne notre capacité à collecter et analyser tout renseignement sur l’ennemi potentiel ou déclaré, ainsi que sur son environnement. C’est la mise en actes de ces pré-requis, couplée à un nouveau volontarisme politique en faveur de la défense nationale, qui permettra d’aborder l’avenir avec optimisme.

 

La guerre – Une vision françaiseest indiscutablement à posséder dans toute bonne bibliothèque stratégique qui se respecte. Pour les lecteurs les plus curieux d’approfondir le sujet, soulignons la présence d’une bibliographie indicative en fin d’ouvrage suggérant, entre autres, certains livres déjà chroniqués sur ce blog, dont le passionnant Malplaquet d’André Corvisier ainsi que L’anthologie mondiale de la stratégie publiée par Gérard Chaliand.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 15:16

Bimensuel édité par Mondadori France

 

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Pour ce septième numéro de juin-juillet, Guerres & Histoire propose un grand dossier décortiquant le mythe de la supériorité militaire germanique. Trente pages au cours desquelles Jean Lopez, Thierry Widemann, Benoist Bihan et Nicolas Aubin relativisent le prestige recueilli par l’armée allemande au cours des derniers siècles. Les critiques les plus pertinentes portent sur l’obsession de l’état-major prussien puis allemand d’une recherche de la bataille décisive. Une obsession qui peut se comprendre, puisque de par sa situation géographique centrale sur le continent européen, qui induit une potentielle multiplicité des fronts, l’Allemagne sait qu’elle ne pourra mener efficacement que des guerres relativement courtes. Ce que montrent les différents articles de ce dossier, c’est que le commandement allemand a commis ses plus lourdes erreurs sur le plan stratégiques. Avant de constituer des échecs sanglants sur les champs de batailles, les deux guerres mondiales perdues par l’Allemagne furent avant tout des fiascos diplomatiques conduisant le pays dans une impasse stratégique inéluctable. Ce culte de l’offensive trouve ses sources dans l’hagiographie souvent courtisane du roi-soldat Frédéric II, dont les défaites ont étrangement été évacuées de la mémoire nationale (défaites cuisantes de Gross Jägersdorf et Kolin en 1757, de Kunersdorf en 1759). Et Nicolas Aubin de citer en préambule de son article « Quand les vaincus écrivent l’Histoire » cette citation que l’on doit au romancier américain Tom Clancy : « Pourquoi les gens font-ils une fixette sur des militaires allemands qui n’ont pas gagné une guerre depuis 1871 ? ». Si Nicolas Aubin montre bien que les vaincus et leurs sympathisants (par exemple Jean Mabire ou Marc Augier) ont su réécrire l’histoire pour la plus grande gloire des armes allemandes, regrettons qu’il réduise la figure de Basil Liddell Hart à un vulgaire manipulateur de l’histoire. Ce n’est pas là rendre justice à ce que ce grand théoricien militaire britannique a apporté à la pensée stratégique militaire.

 

À lire également, entre autres, les passionnants articles de Pascal Brioist et de Laurent Quisefit, qui abordent respectivement la bataille de Ravennes remportée par les Français sur les Espagnols en 1512, et l’invincibilité légendaire du cavalier mongol. Si à Ravennes la victoire est obtenue par la combinaison interarmes de l’artillerie, de l’infanterie et de la cavalerie, inédite pour l’époque, les conquêtes mongoles trouvent leur explication première dans l’alliance extraordinairement efficace de l’étrier haut, de l’arc composite et de la discipline militaire.

 

 

 

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 15:45

In Mérimée – Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, Bibliothèque de La Pléiade, Éditions Gallimard, 1978

 

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Écrit en 1828, 1572, Chronique du règne de Charles IX est publié à l’âge d’or du roman historique. Mettant en scène les deux frères de Mergy, Bernard étant protestant et George ayant rejoint la religion catholique, le récit s’inscrit dans le contexte des guerres et de religions et se veut une photographie des mœurs de la noblesse à cette époque. Il y a un peu de d’Artagnan dans le personnage de Bernard de Mergy, jeune cadet de province monté à Paris pour y rencontrer l’amiral Coligny, le chef du camp protestant. Mais c’est George qui constitue sans aucun doute la figure la plus marquante du récit, incarnant à la fois l’amour fraternel et la tentation de l’athéisme. Comme l’indique avec justesse la notice du roman, les huit premiers chapitres permettent de se familiariser aussi bien avec les mœurs de l’époque, les villes et les villages livrés au pillage, le Paris de Charles IX, la cour et les courtisans, qu’avec les règles qui régissent le duel ou bien encore les débats religieux qui agitent alors le royaume de France. Ensuite l’intrigue s’accélère, entremêlant l’habituelle trame amoureuse à l’explosion paroxysmique de la Saint-Barthélemy. Au sujet de cette nuit tragique de l’histoire de France, qui vit des milliers de huguenots massacrés par les catholiques, Prosper Mérimée indique dans sa préface qu’il n’adhère pas à la version d’une conjuration du roi contre une partie de son peuple. Selon lui, le massacre de la Saint-Barthélémy était plutôt « l’effet d’une insurrection populaire qui ne pouvait être prévue, et qui fut improvisée ». Un avis qui tranche étrangement avec l’impression laissée par cette Chronique du règne de Charles IX, où sourde la menace permanente de la haine fanatique et du complot catholique. Offrant au lecteur une chute des plus ouvertes, l’auteur termine son récit au cœur du siège de La Rochelle, affrontement emblématique de la séparation de la nation en deux camps ennemis.


Ce roman historique propose au final un canevas narratif classique mais efficace, surtout en ce qui concerne la mise en lumière originale des grands acteurs de cette année 1572, à savoir Charles IX, Coligny et La Noue.

 

 


Par Matthieu Roger


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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite