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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 12:57

Éditions Perrin, 2012

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Voilà un petit livre qui mérite indéniablement que l’on s’y attarde. Laurent Henninger, chargé d’études à l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire (Irsem), membre du comité de rédaction du magazine Guerres et Histoire, et Thierry Widemann, également chargé d’études à l’Irsem, y décortiquent en cinquante articles la notion de guerre, son histoire, ses évolutions saillantes et toutes ses acceptions connexes. Rejetant d’emblée toute prétention à l’exhaustivité, ils entendent ici proposer « un parcours du phénomène guerrier, à l’issue duquel la nature et les implications de celui-ci seront devenues plus évidentes, et les concepts plus précis », et délivrer ainsi un « court manuel d’initiation à l’histoire militaire et à la pensée stratégique en général » (p. 9). Chaque article ne dépasse pas les trois pages, ce qui rend la lecture de ce livre au final très rapide, bien qu’on n’ait jamais l’impression que les différents sujets évoqués soient survolés. Le exposés des deux auteurs, répartis en trois grands chapitres intitulés « La guerre et l’État », « L’art de la guerre » et « Les hommes et les armes », s’avèrent concis mais toujours riches en références et pistes de réflexions. Même si ce livre est à l’évidence destiné au grand public curieux de la chose militaire, le connaisseur en stratégie ou histoire militaire n’en trouvera du plaisir à repenser la guerre au moyen des focales originales proposées par les deux auteurs. Je pense notamment, entre autres, aux articles traitant de la « Sanctuarisation », des « Blocages et enlisements », de « L’insaisissable réalité du choc », de « La virtus », ou bien encore des « Armes en système ». Autant de portes d’entrée et de sorties replaçant les principales étapes de la pensée stratégique dans le contexte cutlurel ayant permis leur émergence. Comprendre la guerre nous fait alors saisir la nécessité de replacer la guerre à l’intersection des différentes sciences sociales : histoire, sciences politiques, économie, anthropologie, etc.

 

 

Par Matthieu Roger

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 09:17

Les Éditions de l’Opportun, 2013


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Depuis quelques années l’uchronie historiques est à la mode. Surfant sur cette vague, Luc Mary et Philippe Valode nous proposent aujourd’hui une « histoire de France revue et corrigée en 40 uchronies ». L’ambition est aussi grand que noble, et la préface annonce la couleur : « Au fond, les deux auteurs de ces 40 uchronies ont réécrit une histoire de France différente, mais tellement plus probable  que celle qui s’est, en vérité, inscrite dans les faits. Une histoire rigoureuse, renseignée, parfaitement crédible » (p. 8). Disons-le sans ambages, le pari est loin d’être tenu.

 

Tout d’abord, les quarante uchronies qui nous sont promises ne correspondent pas au contenu de l’ouvrage ; il y a là, comme qui dirait, tromperie sur la marchandise. En effet, l’uchronie proprement dite ne concerne que les deux ou trois pages finales de chacun des quarante chapitres du livre, l’essentiel de ces derniers s’apparentant à un simple résumé du contexte historique de l’événement étudié. Et si… Napoléon avait remporté la bataille de Waterloo ? relève donc plus de L’Histoire de France pour les nuls que d’un véritable essai critique. Cette première déception se double d’un constat amer, à savoir l’inégale qualité des scénarios proposés. Si les hypothèses d’un Vercingétorix vainquant César à Alésia, celle d’un Montcalm triomphant aux plaines d’Abraham en 1759 ou encore celle d’une défaite des Français à Valmy sont bien pensées, Luc Mary et Philippe Valode s’empêtrent malheureusement bien trop souvent dans des canevas historiques peu plausibles, voire carrément invraisemblables. Citons, entre autres exemples, celui d’une Jeanne d’Arc forcée par Charles VII à prendre époux, d’un Louis XI tué de la main de Charles le Téméraire sur un coup de sang, d’un Henri IV bigame, ou encore d’un Louis XVIII tenant tête à Napoléon Ier sur le perron des Tuileries en mars 1815. Certaines projections uchronique semblent même rédigé à la va-vite, un comble ! Bref, tant la rigueur historique que la qualité littéraire ne sont pas aux rendez-vous fixé par les deux auteurs. Vraiment dommage, car l’idée de revisiter certains des moments-clés de l’histoire militaire française « avait pourtant de la gueule », si notre lecteur veut bien avoir l’amabilité de nous passer l’expression.

 

À ceux qui voudraient s’orienter vers des ouvrages uchroniques bien plus intéressants et crédibles, nous conseillons la lecture de Et si on refaisait l’histoire ?, d’Anthony Rowley et Fabrice Almeida, ainsi que de l’excellent What if ? – Military historians imagine what might have been, republié en 2001 sous la direction de Robert Cowley.

 

 

Par Matthieu Roger

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 09:06

Éditions Vuibert, 2011

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Un an avant la publication de L’Atlas 2013, les Éditions Vuibert s’étaient déjà associées au Monde Diplomatique pour produire cet Atlas Histoire, avec pour sous-titre : Histoire critique du XXe siècle. Cette précision est importante, car elle pose dès le début la dimension critique assumée de l’ouvrage, dont les analyses historiques s’expriment via le prisme de l’anticapitalisme et de l’anti-impérialisme. Nulle surprise, puisque l’on retrouve là deux des grands chevaux de batailles du Monde Diplomatique.

 
Présenter une histoire critique du XXe siècle paraît à première vue impossible, tant la période fut riche en ruptures et bouleversements civilisationnels. La forme choisie adopte donc un parti pris évacuant toute exhaustivité, puisqu’elle présente une quarantaine de focus d’une double page, chacun s’articulant autour d’une problématique bien précise. Chacun de ces zooms historiques offre au lecteur un article de synthèse sur la problématique traitée, systématiquement illustré par une ou deux cartographies. C’est qui s’avère intéressant, ce sont justement les sujets retenus, qui dénotent par leur originalité : le génocide arménien, l’incompétence du général Joffre, les armées blanches en Russie, les artistes sous le New Deal, le révisionnisme historique autour du pacte germano-soviétique, la guerre méconnue du Cameroun (1955-1971), l’échec de l’Europe sociale, la RDA, la création de l’ALENA due aux lobbys américains, les méthodes actuelles de contestation politique, etc. La vue d’ensemble offerte par ces différents éclairages prononce la victoire du capitalisme, qu’il ne faut pas cesser pour autant de combattre, ainsi que l’ensemble des forces centrifuges et centripètes caractéristiques des impérialismes. De fait, l’Atlas Histoire tente d’aller à contre-courant du mainstream idéologique propre au processus de mondialisation-globalisation. Un effort de lucidité qu’on ne peut évidemment que saluer, même si l’on peut toutefois regretter l’absence de traitement des questions liées aux flux migratoires et aux capacités de projection militaire, pourtant plus que jamais fondamentales.

  

 

Par Matthieu Roger

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 21:16

Éditions Argos, 2013

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Explorer toutes les ramifications de la notion de stratégie en seulement 555 axiomes, tel est le pari fou que relève Hervé Coutau-Bégarie dans ce Bréviaire stratégique. Mais précisons avant tout chose, pour ceux qui ne le connaitraient pas encore, que celui-ci est un grand Monsieur de la pensée stratégique. Comme l’indique Olivier Zajec dans sa préface, Hervé Coutau-Bégarie, décédé en 2012, n’était autre que « le plus grand spécialiste de la stratégie navale en France, d’ailleurs reconnu comme tel par ses collègues étrangers ». Et de rappeler l’œuvre colossale de celui qui fonda l’Institut de Stratégie Comparée, devenu en 2010 l’Institut de de Stratégie et des Conflits : 25 ouvrages personnels, 12 directions d’ouvrages collectifs, 73 articles et chroniques de presse, 42 préfaces, 93 articles de revues, 200 comptes rendus d’ouvrages, et la liste est loin d’être finie ! Le plus fort reste que la qualité fut toujours au rendez-vous de la quantité, tant Coutau-Bégarie se distingua par la pertinence de ses analyses et la profondeur encyclopédique de ses connaissances.

 

Son Bréviaire stratégique fait œuvre de définition au sens premier du terme, dans la mesure où il explore tous les faisceaux de sens, sans exception, qui constituent la pensée stratégique militaire. En enchaînant 555 axiomes exprimés simplement en une ou deux phrases, l’auteur développe une pensée stratégique complète, multiple et panoramique de l’art de la guerre. Il enchaîne les concepts avec une clarté et une concision bluffantes, sans jamais oublier d’énoncer ses sources et ses références théoriques. Dix chapitres (« De la stratégie pure », « De la science stratégique », « De la méthode stratégique », « Des principes stratégiques », « Des cultures stratégiques », « De l’art stratégique », « De la stratégie nucléaire », « De la stratégie maritime », « De la stratégie maritime », « De la stratégie aérienne », « Du stratège ») viennent scander cette marche en avant vers l’essence de la stratégie, à savoir l’étendue infinie des frictions venant perturber et complexifier l’état de guerre. Si les 555 principes ainsi énoncés ne constituent pas en soi des solutions intangibles, elles suggèrent au stratégiste l’état d’esprit dans lequel celui-ci doit chercher la solution. Soulignons tout de même que seuls les lecteurs munis de connaissances solides en histoire et stratégie militaires seront à même d’apprécier la multiplicité des références et des renvois théoriques présents à chaque page. Voilà qui vient justifier le soixante-quatorzième axiome de ce Bréviaire stratégique : « Il appartient à chacun de constituer sa bibliothèque stratégique personnelle, dans laquelle il puisera les éléments de sa "boîte à outils" conceptuelle (Poirier). » (p. 37). Un conseil que n’ont pas fini de suivre Les lectures d’Arès…

 

 

Par Matthieu Roger

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 01:05

Bibliothèque de La Pléiade, Éditions Gallimard, 1962

 

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Si Les Trois Mousquetaires et Le Vicomte de Bragelonne sont deux romans qui ont littéralement bercé mon enfance, je gardais de Vingt ans après un souvenir mi-figue mi-raisin. Seules me restaient les images d’un illustre prisonnier au château de Vincennes et des tumultes de la Fronde. Qu’à cela ne tienne, il faut parfois savoir donner une seconde chance à certains ouvrages. Et bien m’en prit, puisqu’à la deuxième lecture Vingt ans après m’a véritablement emballé. On y retrouve la verve propre à Dumas, ainsi que son art feuilletoniste du rebondissement. Deux ingrédients qui confèrent à ce roman historique un rythme endiablé, voire même un peu trop lorsque les péripéties finales sont expédiées à la va-vite. Mais difficile de bouder notre plaisir de retrouver les quatre héros des Trois Mousquetaires. À l’heure où le Parlement et les grands du royaume entrent en rébellion ouverte contre le cardinal Mazarin, voilà d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis mêlés aux intrigues de cette Fronde. Et pour la première fois leur amitié est mise à l’épreuve de la politique : d’Artagnan et Porthos se mettent au service de Mazarin, alors qu’Aramis et Athos embrassent le parti des princes. Mais les barricades parisiennes ne sont pas un terrain de jeu assez vaste pour le conteur d’exception qu’est Dumas. Nos quatre amis passeront donc la Manche pour se retrouver en Angleterre et partir à la rescousse du roi Charles Ier, acculé par les troupes de Cromwell à une ultime bataille qui semble perdue d’avance. S’ensuivent moult aventures qu’il ne serait pas honnête de dévoiler ici…

 

Fresque historique passionnante évoquant à la fois la Fronde et la chute de la monarchie anglaise, Vingt ans après se démarque avant tout par la qualité de ses dialogues et la manière savoureuse dont sont rendus les caractères des différents personnages, des valets des quatre protagonistes jusqu’aux plus hauts agents de l’État. Les joutes oratoires et les traits d’esprits qui ne cessent d’émailler le récit rappellent que l’auteur écrivit également pour le théâtre, et que l’humour, la cape et l’épée peuvent à l’évidence faire bon ménage. Bref, Dumas nous prend encore une fois au piège de l’histoire en nous offrant une énième chevauchée trépidante vers le passé.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 13:22

Éditions Vuibert, 2013

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François Thierry est conservateur général chargé des monnaies orientales au Département des Monnaies et Médailles de la Bibliothèque Nationale de France. Dans ce livre, sous-titré Ascension, triomphe et mort du premier empereur de Chine,  il narre l’accession au pouvoir et le règne de Shihuangdi (221-207 av. J.-C.), le premier empereur de Chine. Exercice pour le moins périlleux, tant les travaux antérieurs oscillent entre l’hagiographie ou bien à l’inverse au réquisitoire contre un empereur dit tyrannique et mégalomane. En s’aidant d’une analyse psychologique du personnage, qui explique notamment sa profonde paranoïa, François Thierry réussit à restituer le contexte extrêmement complexe de la très brève unification de la Chine de la fin du IIIe siècle av. J.-C. Mais La Ruine du Qin offre un panorama bien plus vaste de la Chine antique, montrant que les fondements d’une volonté impérialiste de la part des rois du Qin remontent bien plus en amont, Shihuangdi bénéficiant du travail de sape de ses prédécesseurs, qui lui permirent de « cueillir » les autres royaumes combattants comme des fruits murs. Et François Thierry de préciser : « Le triomphe de Qin Shihuangdi fut éphémère et en trompe l’œil. Certes, sous son règne s’est produit l’achèvement de l’unification territoriale de la Chine de l’époque, mais l’unification politique, administrative et économique n’était rien d’autre que la prolongation de celle de Zhaoxiang [ndlr : roi du Qin (370-251 av. J.-C.) brièvement Empereur d’Occident (288 av. J.-C.)] : on a l’impression d’un navire immense qui aurait continué d’avancer sur son élan, sans vent ni capitaine : e la nave a. » (p. 221). Étrange période de confusion idéologique entre autoritarisme d’un état centralisateur, économie agraire, légisme intransigeant et recyclage des slogans confucianistes.

 

On peut toutefois regretter que l’auteur n’évoque pas assez l’outil et les méthodes militaires ayant permis au royaume de Qin de prendre en un siècle un ascendant spectaculaire sur ses ennemis Wei, Han, Zhou, Zhao, Yan, Qi, Shu, Ba, et Chu (cf. carte p. 23). Constituée à parts égales de trêves contractées via les envois d’otages royaux et de périodes de combats sanglants – on n’hésitait pas alors à décapiter les soldats vaincus par dizaines de milliers –, la description faite des intrigues diplomatiques aurait gagnée à être mise en perspective avec l’art de la guerre chinois. Mais La Ruine du Qin n’en reste pas moins un ouvrage surprenant, extrêmement bien documenté, toujours à la recherche d’une véracité historique encore difficile à cerner de nos jours.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 23:33

Éditions J’ai Lu, 2011

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Original et mystérieux : voici les deux premiers qualificatifs qui me viennent à l’esprit pour évoquer Chien du heaume de Justine Niogret. Original de par son style d’écriture, un style cru, précis, à la puissance évocatrice certaine, assurément plus à l’aise dans la description que dans la peinture des scènes d’action. Pour son premier ouvrage Justine Niogret s’affirme d’ores et déjà comme une auteure extrêmement talentueuse, tant par sa capacité à planter des décors qui frappent l’esprit que par son aisance à manier le verbe moyenâgeux. L’intérêt de Chien du heaume réside ainsi bien plus dans l’ambiance dans laquelle il transporte le lecteur que par son scénario, somme toute assez linéaire. C’est cette ambiance d’âge sombre et de bas moyen-âge qui induit le mystérieux. Se plaçant à l’orée de la fantasy et du fantastique, sans jamais en emprunter réellement les codes, l’histoire de Chien, femme mercenaire à la hache acérée, ne fait que ressasser légendes, souvenirs et réminiscences des temps passés. Conte sauvage, Chien du heaume couvre ses personnages de multiples zones d’ombre, dont la plupart ne seront pas levées par le narrateur. La mort plane constamment sur ces protagonistes que l’ont croirait tout droit issus de runes vikings, à l’image de l’effroyable Salamandre, guerrier de l’apocalypse paré des plus sombres ténèbres. Voici un livre rempli de violences et nimbé de tristesse, où les hommes s’écharpent comme des animaux mais où les vieilles pierres chantent encore. Ce n’est pas un hasard si l’héroïne du récit se prénomme Chien et si elle finit par se mettre au service du chevalier que l’on surnomme le Sanglier. L’animalité sourde au fin fond de chaque personnage et s’exprime par le fer des mercenaires et par le feu de la forge de Regehir, autre compagnon de route de Chien. Alors que cette dernière se lance dans la quête de son véritable nom et de l’identité de son père, gageons qu’il lui faudra plus d’une fois cracher le sang et Mordre le bouclier avant de trouver réponse à toutes ses questions.

 

Chien du heaume a reçu le Grand prix de l’Imaginaire 2010 et le Prix des Imaginales 2010.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 12:24

Éditions Akileos, 2013


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Après avoir exploré au cours de nombreux albums le monde uchronique ouvert par Block 109, Ronan Toulhoat et Vincent Brugeas lancent avec Chaos Team 1.1 une nouvelle série BD gonflée à l’adrénaline ! Ce premier tome d’anticipation futuriste nous présente une planète terre ravagée par une attaque extraterrestre, dont les divers continents sont en proie à la lutte sanglante entre les seigneurs de la guerre survivants. L’Europe est ainsi le théâtre de l’affrontement entre une armée catholique fondamentaliste et des troupes islamistes djihadistes, alors que l’Amérique du Sud est tombée sous le joug des plus grands cartels de la drogue. C’est dans ce climat post-apocalyptique qu’opère Blackfire, condominium privé louant ses mercenaires au plus offrant. Chaos Team 1.1 nous entraîne aux côtés des membres d’une de ses escouades d’élite, où caractères bien trempés et gâchettes virtuoses forment un cocktail des plus détonnants. Ces anti-héros évoluent au sein d’une humanité réduite à l’état de vermine par les raids extraterrestres qui viennent à intervalles réguliers lui contester toute forme d’espoir. C’est comme si, sous les yeux du lecteur abasourdi, le récit scénarisé par Vincent Brugeas unissait par le sceau du feu et du sang La compagnie noire de Glen Cook et Le choc des civilisations de Samuel P. Huntington. Explosif !

 

D’un point de vue graphique, Chaos Team 1.1 est sans aucun doute l’œuvre la plus aboutie des deux auteurs. Le coup de crayon de Ronan Toulhoat fait une nouvelle fois merveille, avec le talent qu’on lui connaissait déjà pour retranscrire de manière étonnante les jeux de lumière. Mention spéciale également au cadrage des vignettes, qui dynamisent la narration, et surtout au coloriage du dessin, d’une justesse chromatique ahurissante. À noter que l’album est séquencé façon comics, en cinq parties distinctes bénéficiant chacune d’une illustration de couverture. Le tome 2 est d’ores et déjà prévu pour septembre 2013 ; mon Dieu, que l’attente va être longue !

 

 

 

Par Matthieu Roger

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 19:17

Éditions Vuibert, 2012

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À l’heure où les simples citoyens que nous sommes se trouvent ensevelis sous la masse immense des informations délivrées par les médias en tous genres, Internet et télévision en tête, difficile d’appréhender de manière précise les rapports de force géopolitiques qui sous-tendent aujourd’hui la mondialisation. Tentative bienvenue de décrypter ces processus, L’Atlas 2013 aborde chaque région du monde, pour les replacer l’une après l’autre dans le grand jeu diplomatique des relations internationales. Pour ce faire, la rédaction du Monde diplomatique a réuni une cinquantaine de journalistes et d’historiens, sous la direction Philippe Rekacewicz, (directeur du département de cartographie du Programme des Nations-Unies pour l’environnement), Martine Bulard (L’Occident malade de l’Occident, Fayard, 2010), Alain Gresh (blog Nouvelles d’Orient), Catherine Samary (Institut d’études européennes) et Olivier Zajec (Institut de stratégie et des conflits). Ceux-ci nous proposent cinquante-six focus, tous déclinés de la même manière : un article synthétique d’une ou deux pages, systématiquement accompagné d’une mini bibliographie indicative et illustré par plusieurs cartes ou graphiques (170 sur l’ensemble de l’ouvrage). Comme on pouvait s’y attendre de la part de l’excellent journal qu’est Le Monde diplomatique, toutes les contributions sont de qualité et remettent les choses en place quant aux véritables enjeux géopolitiques de ce début de XXIe siècle.

 

Découpé en cinq chapitres respectivement intitulés « Fractures », « Ainsi change la planète », « Des anciennes aux nouvelles puissances », « Guerres sans fin » et « Convulsions et résistances », L’Atlas 2013 aborde tous les sujets possibles et inimaginables : politiques énergétiques, rivalités et luttes d’influence régionales, flux économiques et financiers, conflits inter- et infra-étatiques, migrations démographiques, etc. C’est le chapitre 4 « Guerres sans fin » qui m’a le plus passionné, car il offre un panorama vraiment complet sur tous les conflits actuels. Opérations de maintien de la paix en cours, chaos du Proche-Orient, piège afghan, bourbier pakistanais, insécurité de la Corne de l’Afrique, cas épineux de la Palestine, enracinement d’Al-Qaïda au Sahara, partition de la Corée, violence du narcotrafic au Mexique, néo-colonialisme chinois en Afrique, tensions territoriales en mer de Chine méridionale, chaudron caucasien, instabilité des Balkans, tout est ici traité avec la plus grande des clartés ! Comme l’énonce fort justement la quatrième de couverture : « sous l’effet de la plus grave crise économique mondiale depuis 1929, le monde ne cesse de se recomposer sous nos yeux ». Ayons au moins l’intelligence d’évacuer tout nombrilisme européano-centré.

 

 


Par Matthieu Roger

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 02:13

Éditions Vuibert, 2012

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On ne présente plus Alexandre Dumas, le célèbre romancier à qui l’on doit d’inestimables chefs-d’œuvre tels que Les Trois Mousquetaires ou Le Vicomte de Bragelonne. Il s’avère qu’en 1840 celui-ci se trouve à Florence où il se voit chargé de produire un écrit présentant la prestigieuse galerie des Offices. Dumas choisit de débuter son ouvrage par le récit des splendeurs et des secrets de la dynastie des Médicis, à qui l’on doit justement la fondation dudit musée. Avec sa verve habituelle, il nous conte l’histoire de la branche aînée (descendance de Côme l’Ancien, proclamé Père de la patrie à sa mort) et de la branche cadette (descendance de Laurent l’Ancien) de la célèbre famille florentine. Et le moins que l’on puisse dire c’est que les Médicis ont tout connu et expérimenté : complots, luttes de pouvoir, assassinats, trahisons, exils, révoltes, passions destructrices, tout y passe ! Dumas nous présente tout à tour, de manière exhaustive, tous les Médicis ayant à un moment ou un autre exercé le pouvoir en Toscane. On peut regretter que cette exhaustivité ressemble parfois à une énumération de personnages historiques, mais à l’inverse elle confère de la densité à cette fresque dynastique. En outre, c’est l’occasion pour l’auteur d’ébaucher en arrière-plan la destinée extraordinaire de la cité florentine, qui occupait du XVe au XVIIe siècle une place véritablement centrale sur l’échiquier politique de la péninsule italienne.


Il est logique, au vu de la commande qui lui est adressée par la ville de Florence, que Dumas s’intéresse particulièrement au lien reliant le prince aux arts – sur cette question lire Le prince et les arts (ouvrage collectif, Atlande Eds, 2010). Les Médicis n’eurent en effet de cesse de promouvoir et d’accueillir les plus grands artistes et intellectuels de l’époque, l’accumulation de richesses et d’œuvres d’art ayant pour but de refléter la grandeur, la munificence et la prodigalité du prince. Le fait est que ce mécénat intéressé correspondit souvent à des goûts personnels, à l’image du grand-duc Ferdinand Ier (1549-1609), passionné de musique, de peinture et de sculpture. Et Dumas de  conclure : « Que les Médicis dorment en paix dans leurs tombeaux de marbre et de porphyre ; car ils ont fait plus pour la gloire du monde du monde que n’avaient fait avant eux, et que ne firent jamais depuis, ni princes ni rois ni empereurs. » On le voit ici, l’hagiographe n’est jamais bien loin…

 


 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite