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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 16:43

Éditions Les Escales, 2013


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Ce roman historique est inspiré de la célèbre série de jeux vidéo PC de stratégie « Total War », qui met notamment en scène les guerres romaines. Total War Rome : Détruire Carthage est ainsi, comme son titre l’atteste, un produit dérivé d’une franchise commerciale. Voilà qui laisse songeur et laisse interrogatif quant au contenu littéraire proposé. Le nom de l’auteur rassure néanmoins quelque peu, puisqu’il s’agit du Britannique David Gibbins, qui a déjà publié une demi-douzaine de romans d’aventures historiques. Les développeurs de jeux vidéo The Creative Assembly et SEGA ont donc eu la bonne idée de ne pas miser sur un débutant pour cette nouvelle déclinaison livresque, annoncée comme « le premier tome d’une série de romans épiques ». David Gibbins est en fait un féru d’histoire militaire passionné par les armes et les armures, intérêt qui lui vient de riche passé militaire de sa propre famille et que l’on retrouve dans ses romans précédents, avec par exemple les campagnes romaines vers l’Est (Tigres de guerre, Éditions First, 2009), les guerres victoriennes en Inde et au Soudan (Pharaon, Éditions Les escales, 2013), et la Deuxième Guerre mondiale (Le Masque de Troie, Éditions First, 2011).

 

Total War Rome : Détruire Carthage s’avère captivant, en transportant le lecteur en Macédoine, en Numidie, en Hispanie et dans la Rome du IIe siècle avant J.-C. Un des grands mérites de l’auteur est de ne pas court-circuiter son histoire par des intrigues secondaires superflues, principal défaut des romans historiques publiés aujourd’hui. On suit ici Scipion Émilien, petit-fils du légendaire Scipion l’Africain, et Fabius Petronius Secondus, son ami qui deviendra centurion primipile. Les 450 pages de Total War Rome : Détruire Carthage courent sur plus de vingt années, du champ de bataille de Pydna (168 av. J.-C.) à la troisième guerre punique et au siège de Carthage (146 av. J.-C.). Elles mettent en exergue le destin héroïque de Scipion Émilien, que le poids de ses ascendants condamne à une carrière glorieuse. Avec cette fiction historique David Gibbins entend montrer « comment la crédibilité de n’importe quelle reconstruction (…) repose moins sur la reproduction des "faits" apparents que sur la compréhension des incertitudes de cette information et de la nécessité d’une approche historique pour l’utiliser ». De fait, il s’est notamment appuyé sur les écrits des historiens antiques Plutarque et Appien afin d’étayer sa trame narrative, où l’on retrouve un Polybe à la fois stratège et conseiller de Scipion. Car la route du cursus honorum sera longue pour Scipion avant d’arriver au pied des murailles de Carthage. « Un jour, il reviendrait avec une cuirasse bien à lui, plus magnifique que celle-ci, faite avec l’or et l’argent de ses propres conquêtes, décorée non plus avec les images des guerres passées, mais avec celle de sa plus grande victoire, une citadelle en flammes, avec un général dominant le chef vaincu de la plus grande ennemie de Rome. Il reviendrait pour célébrer le triomphe le plus éclatant que Rome ait jamais connu. Il attendrait d’avoir reçu l’adulation du sénat, puis leur tournerait le dos (…). Il rendrait le sénat impotent, impuissant, car il gagnerait le peuple, les légionnaires et les centurions, et ensemble ils forgeraient l’armée la plus formidable que le monde ait jamais vue, une armée qui briserait les chaînes de Rome et balaierait tout devant elle, menée par un général dont les conquêtes feraient paraître celles d’Alexandre le Grand dérisoires. » (p.155)

 

Bref, Carthago delenda est

 

 

 

Par Matthieu Roger

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 13:57

Éditions Tensing, 2013

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Publiées dans la Collection Théâtre des Éditions Tensing, ces Controverses 1812-1813 abordent la figure emblématique de Napoléon Ier. Sous la forme d’une piécette historique d’une vingtaine de pages, elles reviennent sur deux moments charnière de son règne. La première scène confronte Goethe à Beethoven, au moment où Napoléon s’apprête à envahir la Russie, en juillet 1812. La seconde se déroule fin octobre 1813, alors que les alliés ont chassé les troupes françaises d’Allemagne ; on y retrouve le philosophe allemand conversant avec son fils. Oppositions d’idées entre l’homme de lettre allemand et ses deux vis-à-vis, lesquels critiquent implacablement les ambitions impérialistes de l’Empereur. Mais c’est finalement Goethe, admiratif de la grandeur de l’homme qui bouleversa l’Europe en seulement quinze ans, qui aura le dernier mot. Non seulement son fils, contrairement à ce qu’il affirme, ne s’enrôle pas dans les troupes de la coalition, mais la piécette se termine sur cette citation de Beethoven : « J’ai pensé et dit beaucoup de mal de Napoléon : j’avais tort, c’était un grand homme. »

 

Controverses 1812-1813, de par son format modeste, est tout à fait le genre de piécette théâtrale qui pourrait être adaptée par une classe de collégiens ou de lycéens. Elle montre qu’aujourd’hui des auteurs comme Jean Kemèny restent fascinés par la légende napoléonienne. Arnaud Blin, dans son ouvrage Iéna, 1806 (Perrin, 2003) évoquait lui aussi la portée inégalée de cette légende en marche. Qui ne connait pas cette célèbre exclamation du philosophe Hegel devant le défilé des troupes impériales à Berlin, reprise par Jean Kemèny : « J’ai vu passer l’esprit du monde ! »

 

 

Par Matthieu Roger

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 20:50

Le Monde, hors-série d’octobre 2013

 

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Le Monde nous propose ce mois-ci un très intéressant hors-série consacré à la guerre aux XXe et XXIe siècles. Scindé en quatre grandes parties intitulées « Faire la guerre », « Vivre la guerre », « Raconter la guerre » et « L’art de la guerre », on y retrouve les interventions de certains des meilleurs spécialistes français des conflits armés, tels Gérard Chaliand, Hervé Drévillon, Michel Goya, Pierre Grumberg, Laurent Henninger, ou encore Thierry Widemann. Un gage de qualité appréciable qui vient étoffer la volonté de balayer le plus grand champ possible des problématiques militaires contemporaines : l’art de la contre-insurrection, la prégnance du droit international, les nouvelles technologies, la relation entre une nation et son armée, la cartographie, l’évolution de la pensée stratégique, etc. Le premier article, qui est en fait un entretien avec Gérard Chaliand, pose d’entrée un paradoxe crucial : si les sociétés occidentales ont acquis un avantage technologique certain en termes de capacité technique et mécanique de destruction, celles-ci doivent maintenant faire face à des opinions publiques ne cautionnant plus aucune perte humaine, ainsi qu’à des ennemis non-occidentaux rompus au jeu des conflits asymétriques. C’est là la principale mutation opérée tout au long d’Un siècle de guerres : après l’apogée des affrontements inter-étatiques et leur inclusion des civils dans la guerre (Première Guerre mondiale et Seconde Guerre mondiale), la bataille entendue dans son acception classique a disparu au profit de déflagrations polymorphes mais tout aussi meurtrières (guérillas, raids, conflits urbains, opérations ultra-localisées, interventions dites humanitaires, pollinisations extra-frontalières, etc.). Ce qu’entend montrer ce hors-série, c’est que cet état de fait possède des répercussions sur des champs aussi divers et variés que l’éthique, les relations internationales, les neurosciences, les flux économiques, la chirurgie, les médias, le cinéma… À noter l’excellent article « Cartographier les batailles » (p. 80-83) de Delphine Papin, qui prend exemple sur la guerre actuelle en Syrie pour rendre compte de la complexité des enjeux qui entourent la cartographie des conflits, entre nécessité d’analyse extrêmement précise des données et prévention des manipulations potentielles permise par les représentations géographiques de la guerre.

 

Dans la quatrième et dernier grand chapitre de ce hors-série, Thierry Widemann nous propose des extraits de dix des plus grands textes de stratégie militaire. On y retrouve L’art de la guerre de Sun Tse, De la guerre de Carl von Clausewitz, La Guerre totale d’Erich Ludendorff, Stratégie de Basil H. Liddell Hart, Problèmes stratégiques de la guerre de partisans contre le Japon de Mao Zedong, Paix et guerre entre les nations de Raymond Aron, La notion de politique : théorie du partisan, de Carl Schmitt, De la Grande Guerre au totalitarisme : la brutalisation des sociétés européennes de George L. Mosse, Stratégie théorique III de Lucien Poirier, et Le Modèle occidental de la guerre de Victor Davis Hanson. Le néophyte en stratégie militaire pourra y trouver là, de même qu’en bibliographie finale, quelques premières pistes de lectures incontournables. 

 


Par Matthieu Roger

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 15:34

Éditions Perrin, 2013 (première publication en 1976)

 

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La plupart du temps, l’histoire militaire se préoccupe surtout de tactique, d’art opératique, ou bien de grande stratégie. La bataille est y entendue comme un climax des campagnes, comme un événement charnière analysé à l’aune des plans conçus au préalable par les généraux en chef. Dans Anatomie de la bataille, l’historien John Keegan (1934-2012) resserre sa focale pour appréhender la bataille à l’échelle de l’individu, qu’il s’agisse du simple soldat ou de l’officier. En effet, comment expliquer la bataille sans se pencher sur les pressions coercitives s’exerçant sur ces hommes envoyés au cœur d’un combat mortel ? Comment ces soldats, faits de chair et de sang, aux motivations parfois très diverses, peuvent-ils souffrir, tout en remplissant leur office, l’angoisse, l’excitation et la peur qui étreignent au cœur de la mêlée ? De même, que savons-nous aujourd’hui vraiment réellement de ce que signifie traverser une bataille ? Quels sont ses odeurs, ses sons, ses temporalités, ses contrechamps ? Autant de question auxquelles John Keegan tente de répondre en balayant nos idées préconçues et en replaçant la dimension humaine du combat au cœur de son argumentation. Pour ce faire, il articule son propos autour de trois batailles : Azincourt (1415), Waterloo (1815) et La Somme (1916). Tout en distinguant avec grande justesse les caractéristiques guerrières  propres à chacune des trois époques, il parvient à dégager une constante invariable en ce qui concerne la nature de toute bataille, à savoir que celle-ci est essentiellement un conflit moral. « Ce que toutes ces batailles ont de commun c’est l’humain, c’est le comportement des hommes qui tentent de concilier leur instinct de préservation, leur sens de l’honneur et l’accomplissement d’un but au péril de leur vie. L’étude de la bataille c’est donc toujours l’étude de la peur et généralement de l’obéissance, toujours de la contrainte physique et parfois du refus de l’obéissance, toujours de l’angoisse, parfois de l’enthousiasme ou de la catharsis, toujours de l’incertitude, du doute, des fausses nouvelles et des mauvaises interprétations, généralement de la foi et parfois même de la vision, toujours de l violence et parfois de la cruauté du sens du sacrifice et de la compassion. Surtout, c’est l’étude de la désintégration des liens. Après tout, c’est à la désintégration de l’adversaire que tend toute bataille. » (p. 354-355). Rien que ces quatre phrases nous font comprendre combien la bataille est un événement multiforme, changeant, nœud de forces et de variables génératrices de chaos.

 

Publié pour la première fois en 1976, Anatomie de la bataille est indéniablement un classique. Un classique, certes, mais un classique original qui déplace les points de vue, démontrant que le niveau micro peut s‘avérer tout aussi chargé de sens, si ce n’est plus, que le niveau macro. Pour le dire plus simplement, la vision du soldat de base est tout aussi signifiante que celle du général en chef. On retrouve cette approche individuelle et humaine dans L’art du commandement (Perrin, 2010). En plaçant le lecteur dans la peau d’un archer gallois, d’un fusilier de ligne ou d’un troupier des tranchées, John Keegan réussit à nous faire toucher du doigt l’épreuve psychologique incommensurable que constitue la bataille.

 

 

Par Matthieu Roger

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 16:08

Éditions 10/18, 1999

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La langue de Molière n’en a jamais fini de nous surprendre et de nous étonner. Voilà ce qu’illustre parfaitement ce Dictionnaire des mots rares et précieux, publié en format poche par les Éditions 10/18, sous la direction de Jean-Claude Zylberstein. Il compile plusieurs milliers de termes anciens ou inusités, remettant à l’honneur ces mots qui constituent, quoi qu’on puisse en dire, une part de notre patrimoine culturel national. Aucun champ lexical ne reste inexploré : botanique, marine, mythologie, art militaire, musique, herméneutique, etc. Définition après définition, le lecteur curieux appréhende les évolutions de la langue française, sa richesse, sa diversité affriolante. Si la rareté de certains mots peut parfois sembler anachronique, elle n’empêche nullement, bien au contraire, de témoigner des évolutions du langage et de ses usages, des mentalités et des comportements. Saviez-vous que l’acrostole orne les proues des navires ? Saviez-vous qu’une fleur crispiflore possède des pétales frisés ? Connaissez-vous l’éphialte, ce démon incube ? Et quid de la furie, ancienne étoffe de soie indienne aux motifs fantastiques ? Rien n’est plus agréable que de se perdre dans les méandres de la langue française, dont les mots savoureux sont autant d’invites au voyage et à la quête de sens. Ci-dessous, un trop succinct florilège :

 

- Amarescent (adj.) : dont le goût est légèrement amer.

- Chryséléphantin, ine (adj.) : se dit d’une sculpture dont les matériaux sont en or et ivoire.

- Diffamé (adj.) : en héraldique, se dit d’un lion représenté sans queue.

- Embûcher (v. tr.) : poster en embuscade.

- Flambe (n. f.) : épée à lame ondulée, en usage au Moyen Âge. Les kriss malais sont des flambes.

- Isadelphe (adj.) : se dit des monstres doubles constitués de deux corps également développés.

- Mastaba (n. m.) : partie supérieure et visible d’une tombe égyptienne, constituée par un édifice de maçonnerie à l’intérieur duquel se trouve la chapelle.

- Nitescence (n. f.) : lueur, clarté.

- Prosopopée (n. f.) : figure qui consiste à faire agir ou parler une personne absente ou morte, une chose inanimée, une abstraction.

- Scalde (n. m.) : noms que les anciens Scandinaves donnaient à leurs bardes ou poètes.

- Vagant (n. m.) : pilleur d’épaves.

 

Si vous êtes amoureux du langage et des mots, ce Dictionnaire des mots rares et précieux est indéniablement fait pour vous. Outil de culture générale, ou bien réceptacle à idées pour écrivains et poètes, il élargit le champ de nos possibles, permettant le mot juste, précisant la pensée.


 

Par Matthieu Roger

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 18:11

Les moutons électriques, 2013


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Même pas mort constitue le premier tome du nouveau triptyque littéraire de Jean-Philippe Jaworski, intitulé Rois du monde. Après l’éblouissant Gagner la guerre, que nous vous avons déjà présenté sur ce site, le Français entame ici une ambitieuse saga celtique, sur fond rivalités tribales et d’honneur bafoué. Et c’est avec plaisir que l’on retrouve son style d’écriture singulier, cette fois-ci plus poétique que chatoyant, comparable à celui des antiques sagas islandaises. Toujours à la recherche du mot juste, Jaworski nous conte dans Même pas mort la destinée de Bellovèse, fils de roi exilé possédant la fierté exacerbée de ceux qui vont au-devant de tous les dangers. Il dépeint avec pénétration et brio des scènes dignes du septième art, en témoigne le voyage vers l’île des Vieilles qui ouvre le récit, que l’on croirait tout droit sorti du film Le Guerrier silencieux réalisé par Nicolas Winding Refn. Mention spéciale également au personnage de Suobnos, énigmatique anachorète sylvestre, aux prophéties aussi obscures que la nuit des sous-bois. Mais Même pas mort narre avant tout l’univers viril, belliqueux et extrêmement codifié des guerriers bituriges, où l’honneur ne le cède qu’aux envolées des bardes et au pouvoir des druides. En témoigne cet extrait, particulièrement évocateur : « Celui qui voyage finit toujours pas se battre, et le guerrier, c’est donc celui qui va vers l’avant. Cela t’éclaire sur notre art de la guerre. Nous méprisons les prudents et les tièdes, nous préférons la vitesse, la charge, le choc décisif. Nous n’avons que faire des traînards, des pleutres, des timorés. C’est pourquoi nous éliminons toujours le plus faible dans une troupe, parce qu’il est la pomme pourrie qui pourrait  gâter tout le panier. » (p. 74)

 

Même pas mort n’est qu’une œuvre introductive, un premier jalon vers d’autres aventures chargées du fatum. Lorsque la dernière page du livre se tourne, on sent toutes ses dimensions fantastiques et tragiques prêtent à se déployer. Pour la publication du second tome Chasse royale, il faudra malheureusement patienter jusqu’en 2014 (2015 pour le troisième). À l’évidence, l’attente risque d’être longue…

 

 

 

Par Matthieu Roger

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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 12:04

Bimensuel édité par Mondadori France

 

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Pour ce quatorzième numéro, Guerres & Histoire consacre son dossier central à la Guerre du Péloponnèse, qui opposa Sparte à Athènes de 431 à 404 avant J.-C. Trente longues années de conflits, de destructions et de massacres qui mirent au final à genoux la péninsule grecque. Si Sparte finit par l’emporter, les cites-États grecques, affaiblies, ne seront plus jamais en mesure de constituer une grande puissance militaire. Comme le fait remarquer Yasha MacLasha dans son interview de Victor Davis Hanson (p. 44-45) : « En 479, les cités empêchent 250.000 Perses de s’emparer de la Grèce. En 338, elles sont incapables d’empêcher l’invasion de 40.000 Macédoniens. » La longévité exceptionnelle de la Guerre du Péloponnèse repose sur deux facteurs déterminants. Primo, la prédominance des galères athéniennes sur mers doit faire face à la supériorité des hoplites spartiates sur terre. En clair, il ne pourra y avoir de vainqueur que si l’un des deux camps se risque à porter la guerre sur le terrain de prédilection de son ennemi. Secundo, Athènes et Sparte ne sont pas seules dans cette guerre. Elles entraînent avec elles dans cette guerre une multitude de cités-États prenant partie pour l’une ou l’autre. Les ligues de coalisés évoluent ainsi au gré du jeu des alliances, avec l’effet pervers d’étendre ainsi la zone des combats. Pour en apprendre plus sur ce choc extraordinaire des cultures militaires, je vous conseille l’excellent ouvrage de Victor Davis Hanson, La Guerre du Péloponnèse (Flammarion, 2008), déjà chroniqué sur ce site.

 

À découvrir également dans ce numéro les articles de Nicolas Chevassus-au-Louis et de Jean-Marc Mendel sur deux batailles oubliées. Le premier revient sur la bataille de Talas (p. 59-62), qui mit aux prises en 751 les troupes du califat abbasside et de la dynastie chinoise des Tang, à l’est de la Mer d’Arat. Après cinq jours de combats acharnés ce sont les Arabes qui l’emportent, permettant par la suite à l’islam d’essaimer dans toute l’Asie centrale, et ce jusque dans les provinces occidentales de la Chine. Le second évoque quant à lui la bataille navale de Grand-Port (p. 71-74). En 1810, le long des côtes de l’actuelle Île Maurice, la marine française remporte sur la Navy britannique une victoire de prestige. Notons qu’il s’agit de la seule bataille navale à avoir été gravé dans la pierre de l’Arc de triomphe !

 

 

Par Matthieu ROGER

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 10:28

Éditions Hugo&Cie, 2013

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Attention à ne pas confondre cet ouvrage avec Grands mensonges de l’histoire publié aux Éditions Ouest-France en 2011, de bien moins bonne qualité. Ici Patrick Pesnot, journaliste à France Inter, où il anime l’émission « Rendez-vous avec X », revisite les dessous de grands événements historiques. On retrouve dans Les grands mensonges de l’Histoire sa prédilection pour les grandes affaires d’espionnage et contre-espionnage international, comme par exemple l’opération « Mincemeat ». Celle-ci permit en 1943 d’abuser le haut état-major allemand en lui faisant croire à un débarquement en Grèce ou en Sardaigne alors que les Alliés allaient en réalité fondre sur la Sicile. Même si dans ce livre l’auteur aborde toutes les périodes de l’histoire, du baptême de Clovis (496) jusqu’au mensonge américain sur les armes de destruction massive irakiennes (2004), les trois-quarts des sujets traités relèvent de l’histoire contemporaine. Le postulat de départ est simple : révéler les grandes manœuvres, les complots et les coulisses des grands événements qui ont marqué l’Histoire avec un grand H. Et certains épisodes s’avèrent aussi surprenants qu’instructifs ! On retiendra par exemple les cabales dessinant l’arrière-plan politique de l’assassinat d’Henri IV par Ravaillac, les manipulations de Staline et du NKVD pour évincer le maréchal Toukhatchevski, ou bien encore l’impensable escroquerie à grande échelle des « avions renifleurs ». Et Patrick Pesnot, dans un style alerte, de tordre le coup de certaines fausses vérités passées à la postérité. La plus flagrante est peut-être celle entourant l’attaque de Pearl Harbor par les Japonais le 7 décembre 1941 qui, loin d’être le désastre dont on nous rebat les oreilles, n’infligea que des dégâts très limités à l’US Navy. Il rejoint là les conclusions éclairées de Pierre Grumberg publiées à ce propos dans le numéro 4 de Guerres & Histoire.

 

 

Par Matthieu Roger

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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 17:18

Éditions Economica, 2012

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Dans Novare (1513), Olivier Bangerter, chercheur au Small Arms Survey de Genève et spécialiste de l’histoire militaire suisse de la Renaissance, revient sur la bataille qui mit aux prises l’armée française, composée à la fois d’Italiens, de lansquenets allemands et de soldats français, aux Suisses envoyés par la Confédération au secours du duc de Milan en titre, Massimiliano Sforza. Cet affrontement, qui se solde par une victoire nette et sans bavure des piquiers et hallebardiers suisses, s’inscrit dans le cadre des guerres d’Italie (1494-1559) et de la reconquête du duché milanais entreprise par Louis XII. Allié à Venise, ce dernier compte bien ramener le Milanais dans le giron français. Seulement les Suisses, échaudés par le conflit franco-suisse de 1509-1512, et qui peuvent de plus compter sur le soutien à distance des troupes papales et espagnoles, ne l’entendent pas de cette oreille. La Diète envoie donc plus de 10.000 hommes en Italie, afin d’aider les maigres troupes de Sforza à reprendre son dû. La discipline suisse et la destruction du contingent formé par les lansquenets décideront du sort de la bataille.

 

Mais cet ouvrage est bien plus une synthèse sur la manière de conduire la guerre au début du XVIe siècle en Europe occidentale qu’un simple récit des combats de Novare. L’auteur aborde ainsi tour à tour l’organisation des armées et le rôle conféré aux différentes armes, le contexte diplomatique, et le déroulé complet de la campagne. Olivier Bangerter met en perspective cette victoire de l’infanterie suisse par rapport à l’évolution suivante : alors qu’au Moyen Âge on concevait majoritairement l’infanterie en soutien de la cavalerie, lorsque cette dernière était disponible, la Renaissance consacre la prédominance des troupes à pied, charge à la cavalerie et à l’artillerie naissante de l’appuyer, tant sur la défensive qu’à l’offensive. Et de préciser dans sa conclusion (p. 115) :

« À l’échelon le plus bas, les transformations sont encore plus visibles et marquent les combattants. L’artillerie devient une arme essentielle même si tout le monde ne le sait pas encore mais elle ne peut pas jouer son rôle sans une infanterie capable de la défendre. Cette dernière redevient donc la reine des batailles, capable de tenir le terrain mais aussi de le conquérir. Cela explique la demande pour des troupes de cette trempe, que beaucoup d’états chercheront à s’attacher en soldant des mercenaires étrangers. Le marché des combattants est promis à un avenir de plus en plus florissant en Europe ; les Suisses en seront les premiers bénéficiaires et les Français les premiers commanditaires. »

 

 

Par Matthieu Roger

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 14:57

VLB Éditeur, 2011

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Culloden s’ouvre sur la bataille éponyme qui mit aux prises, le 16 avril 1746, l’armée anglaise aux troupes jacobites, partisanes du retour des Stuart sur le trône d’Écosse et d’Angleterre. En face des 8500 Hanovriens du duc de Cumberland se tiennent environ 5000 Highlanders, qui seront lourdement défaits ce jour-là malgré des succès initiaux à Prestonpans (septembre 1745) et Falkirk (janvier 1746). Mais le contexte historique de l’après bataille n’est en fait qu’un prétexte utilisé par Valérie Langlois pur déployer une histoire d’amour aussi classique que naïve entre la jeune Aimili et Lachlan MacGregor, valeureux rescapé de l’affrontement. Ce roman historique, si l’on peut le qualifier de tel, ne se résume qu’à une interminable trame amoureuse, entrecoupée de péripéties plus ou moins attendues. Il ne suffit malheureusement pas de quelques émois amoureux narrés à la truelle pour emporter l’adhésion du lecteur. Le style de l’auteure ne fait jamais mouche et ne réussit pas à retranscrire le tragique chant des signes de cette « fin des clans » écossais annoncée en sous-titre. Les sentiments des deux héros sont dépeints avec une naïveté désarmante, et les descriptions des différentes personnages sont parfois tellement gauches qu’on en devine à l’avance quel rôle chacun tiendra tout au long du récit. Bref, le récit de Valérie Langlois souffre d’un cruel manque de souffle épique ou de lyrisme, alors que l’époque traitée s’y prêtait pourtant à merveille. N’est pas Walter Scott qui veut…

 

Culloden fait partie de ces livres que l’on oublie instantanément une fois la dernière page tournée. Laissons tout de même à l’auteure, dont il s’agit ici du premier ouvrage publié, le bénéfice de la seconde chance. 

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite