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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 14:57

VLB Éditeur, 2011

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Culloden s’ouvre sur la bataille éponyme qui mit aux prises, le 16 avril 1746, l’armée anglaise aux troupes jacobites, partisanes du retour des Stuart sur le trône d’Écosse et d’Angleterre. En face des 8500 Hanovriens du duc de Cumberland se tiennent environ 5000 Highlanders, qui seront lourdement défaits ce jour-là malgré des succès initiaux à Prestonpans (septembre 1745) et Falkirk (janvier 1746). Mais le contexte historique de l’après bataille n’est en fait qu’un prétexte utilisé par Valérie Langlois pur déployer une histoire d’amour aussi classique que naïve entre la jeune Aimili et Lachlan MacGregor, valeureux rescapé de l’affrontement. Ce roman historique, si l’on peut le qualifier de tel, ne se résume qu’à une interminable trame amoureuse, entrecoupée de péripéties plus ou moins attendues. Il ne suffit malheureusement pas de quelques émois amoureux narrés à la truelle pour emporter l’adhésion du lecteur. Le style de l’auteure ne fait jamais mouche et ne réussit pas à retranscrire le tragique chant des signes de cette « fin des clans » écossais annoncée en sous-titre. Les sentiments des deux héros sont dépeints avec une naïveté désarmante, et les descriptions des différentes personnages sont parfois tellement gauches qu’on en devine à l’avance quel rôle chacun tiendra tout au long du récit. Bref, le récit de Valérie Langlois souffre d’un cruel manque de souffle épique ou de lyrisme, alors que l’époque traitée s’y prêtait pourtant à merveille. N’est pas Walter Scott qui veut…

 

Culloden fait partie de ces livres que l’on oublie instantanément une fois la dernière page tournée. Laissons tout de même à l’auteure, dont il s’agit ici du premier ouvrage publié, le bénéfice de la seconde chance. 

 

 

Par Matthieu Roger

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 14:31

Panini Books, 2013

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Zone de guerre est un roman de science-fiction militaire intelligent. Intelligent car il ne se contente pas, loin de là, de juxtaposer des scènes d’action dopées à l’adrénaline. Grâce au personnage de Lex Falk, correspondant de guerre blanchi sous le harnais et quelque peu blasé, Dan Abnett scrute le traitement de l’information en temps de guerre. À l’instar de Dominique Wolton dans son War Game, il questionne les modes de désinformation et la légitimité de la rétention d’information par les autorités politiques et militaires. Sauf que Zone de guerre nous projette dans un futur où les hommes ont colonisé l’espace. Plus d’une centaine de systèmes planétaires sont désormais sous le contrôle de l’humanité, partagée en deux camps hégémoniques : l’Unité de Statut (US) et le Bloc. Ces appellations ne sont pas innocentes, renvoyant respectivement aux anciens États-Unis et Bloc soviétique. La guerre froide s’est donc prolongée et a pris la forme d’une guerre économique pour le contrôle et l’exploitation des différentes ressources stratégiques, concurrence qui se double d’une course à la colonisation des lunes et des planètes. Accrédité par le Bureau d’Implantation (BI) pour réaliser un reportage sur la planète Quatre-vingt-six, Lex Falk va vite sentir qu’il y a anguille sous roche. Tout simplement parce qu’on ne la fait pas à l’envers à un vieux de la vieille comme Lex Falk. Contrairement à ce que laissent entendre les canaux d’information officiels, serait-on proche d’un embrasement de la situation sur Quatre-ving-six ? Voire même du déclenchement d’une guerre ouverte ? Pour trouver réponses à ses questions, notre protagoniste va bénéficier d’une nouvelle technologie révolutionnaire mis à disposition par l’énorme conglomérat entrepreneurial GEO (Géoplanetia Établissement d’Opérations), lui permettant d’être directement connecté au cerveau d’un soldat envoyé au combat. Mais la quête du scoop pourrait bien s’avérer autrement plus dangereuse que prévue…

 

L’auteur britannique est réellement doué pour décrire l’intensité des combats, la cavale d’une unité pourchassée en territoire hostile, la proximité de la mort. Mais la peinture haute en couleurs de ce niveau tactique, dans lequel se trouve subitement plongé le narrateur, n’a de sens que replacée dans son contexte stratégique. Ce qui intéresse en effet le plus Dan Abnett, c’est reconstituer ici, par doses savamment distillées, les motifs inavoués qui, au plus haut sommet de la chaîne de commandement, expédient les trouffions sur la ligne de front. Obéir, mais pourquoi ? Et surtout, pour quoi ?

 

 

Par Matthieu Roger

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 10:30

Éditions Pierre de Teillac, 2012

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Voilà un beau livre qui ne se contente pas de ressasser l’histoire bataille que nous connaissons tous déjà. Les grandes batailles du Moyen Âge, parce qu’il s’agit d’une publication anglo-saxonne, possède en effet le mérite de mettre en lumière des affrontements peu étudiés par l’historiographie française. Bien sûr, sur la vingtaine de batailles présentées, on retrouve des incontournables, telles Hastings, Crécy ou Azincourt. Mais qui peut se targuer de connaitre avec exactitude du déroulement des combats de Legnano (1176), Legnica (1241), Vitkov (1420) ou encore Brunkeberg (1471) ? L’occasion nous est donnée ici de remédier à une évocation uniquement axée sur l’histoire militaire française, en parcourant les principaux champs de batailles d’Europe et du Proche-Orient, de l’an 1000 à 1500. Le tout agréablement rehaussé d’une iconographie riche et inédite, qui contextualise parfaitement les récits des combats. Chacun de ces derniers est en outre agrémenté d’infographies donnant au lecteur la possibilité de visualiser les différents mouvements de troupes et phases des affrontements.

En ce qui concerne la dimension tactique, c’est la bataille d’Arsouf, opposant en 1191 les Croisés dirigés par Richard Cœur de Lion à une armée de Sarrasins comptant le double d’effectifs, qui s’avère peut-être la plus impressionnante. La manœuvre de de l’arrière-garde croisée, composée d’arbalétriers et de lanciers progressant à reculons face à la cavalerie lourde musulmane, fut véritablement un modèle de discipline et de bravoure. En tenant coûte que coûte leur formation en carré jusqu’à la ville d’Arsouf, ils permettront finalement aux Templiers et aux chevaliers d’Anjou et de Bretagne de lancer une charge de cavalerie décisive.

 

 

Par Matthieu Roger

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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 12:57

Éditions Perrin, 2012

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Voilà un petit livre qui mérite indéniablement que l’on s’y attarde. Laurent Henninger, chargé d’études à l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire (Irsem), membre du comité de rédaction du magazine Guerres et Histoire, et Thierry Widemann, également chargé d’études à l’Irsem, y décortiquent en cinquante articles la notion de guerre, son histoire, ses évolutions saillantes et toutes ses acceptions connexes. Rejetant d’emblée toute prétention à l’exhaustivité, ils entendent ici proposer « un parcours du phénomène guerrier, à l’issue duquel la nature et les implications de celui-ci seront devenues plus évidentes, et les concepts plus précis », et délivrer ainsi un « court manuel d’initiation à l’histoire militaire et à la pensée stratégique en général » (p. 9). Chaque article ne dépasse pas les trois pages, ce qui rend la lecture de ce livre au final très rapide, bien qu’on n’ait jamais l’impression que les différents sujets évoqués soient survolés. Le exposés des deux auteurs, répartis en trois grands chapitres intitulés « La guerre et l’État », « L’art de la guerre » et « Les hommes et les armes », s’avèrent concis mais toujours riches en références et pistes de réflexions. Même si ce livre est à l’évidence destiné au grand public curieux de la chose militaire, le connaisseur en stratégie ou histoire militaire n’en trouvera du plaisir à repenser la guerre au moyen des focales originales proposées par les deux auteurs. Je pense notamment, entre autres, aux articles traitant de la « Sanctuarisation », des « Blocages et enlisements », de « L’insaisissable réalité du choc », de « La virtus », ou bien encore des « Armes en système ». Autant de portes d’entrée et de sorties replaçant les principales étapes de la pensée stratégique dans le contexte cutlurel ayant permis leur émergence. Comprendre la guerre nous fait alors saisir la nécessité de replacer la guerre à l’intersection des différentes sciences sociales : histoire, sciences politiques, économie, anthropologie, etc.

 

 

Par Matthieu Roger

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 09:17

Les Éditions de l’Opportun, 2013


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Depuis quelques années l’uchronie historiques est à la mode. Surfant sur cette vague, Luc Mary et Philippe Valode nous proposent aujourd’hui une « histoire de France revue et corrigée en 40 uchronies ». L’ambition est aussi grand que noble, et la préface annonce la couleur : « Au fond, les deux auteurs de ces 40 uchronies ont réécrit une histoire de France différente, mais tellement plus probable  que celle qui s’est, en vérité, inscrite dans les faits. Une histoire rigoureuse, renseignée, parfaitement crédible » (p. 8). Disons-le sans ambages, le pari est loin d’être tenu.

 

Tout d’abord, les quarante uchronies qui nous sont promises ne correspondent pas au contenu de l’ouvrage ; il y a là, comme qui dirait, tromperie sur la marchandise. En effet, l’uchronie proprement dite ne concerne que les deux ou trois pages finales de chacun des quarante chapitres du livre, l’essentiel de ces derniers s’apparentant à un simple résumé du contexte historique de l’événement étudié. Et si… Napoléon avait remporté la bataille de Waterloo ? relève donc plus de L’Histoire de France pour les nuls que d’un véritable essai critique. Cette première déception se double d’un constat amer, à savoir l’inégale qualité des scénarios proposés. Si les hypothèses d’un Vercingétorix vainquant César à Alésia, celle d’un Montcalm triomphant aux plaines d’Abraham en 1759 ou encore celle d’une défaite des Français à Valmy sont bien pensées, Luc Mary et Philippe Valode s’empêtrent malheureusement bien trop souvent dans des canevas historiques peu plausibles, voire carrément invraisemblables. Citons, entre autres exemples, celui d’une Jeanne d’Arc forcée par Charles VII à prendre époux, d’un Louis XI tué de la main de Charles le Téméraire sur un coup de sang, d’un Henri IV bigame, ou encore d’un Louis XVIII tenant tête à Napoléon Ier sur le perron des Tuileries en mars 1815. Certaines projections uchronique semblent même rédigé à la va-vite, un comble ! Bref, tant la rigueur historique que la qualité littéraire ne sont pas aux rendez-vous fixé par les deux auteurs. Vraiment dommage, car l’idée de revisiter certains des moments-clés de l’histoire militaire française « avait pourtant de la gueule », si notre lecteur veut bien avoir l’amabilité de nous passer l’expression.

 

À ceux qui voudraient s’orienter vers des ouvrages uchroniques bien plus intéressants et crédibles, nous conseillons la lecture de Et si on refaisait l’histoire ?, d’Anthony Rowley et Fabrice Almeida, ainsi que de l’excellent What if ? – Military historians imagine what might have been, republié en 2001 sous la direction de Robert Cowley.

 

 

Par Matthieu Roger

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 09:06

Éditions Vuibert, 2011

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Un an avant la publication de L’Atlas 2013, les Éditions Vuibert s’étaient déjà associées au Monde Diplomatique pour produire cet Atlas Histoire, avec pour sous-titre : Histoire critique du XXe siècle. Cette précision est importante, car elle pose dès le début la dimension critique assumée de l’ouvrage, dont les analyses historiques s’expriment via le prisme de l’anticapitalisme et de l’anti-impérialisme. Nulle surprise, puisque l’on retrouve là deux des grands chevaux de batailles du Monde Diplomatique.

 
Présenter une histoire critique du XXe siècle paraît à première vue impossible, tant la période fut riche en ruptures et bouleversements civilisationnels. La forme choisie adopte donc un parti pris évacuant toute exhaustivité, puisqu’elle présente une quarantaine de focus d’une double page, chacun s’articulant autour d’une problématique bien précise. Chacun de ces zooms historiques offre au lecteur un article de synthèse sur la problématique traitée, systématiquement illustré par une ou deux cartographies. C’est qui s’avère intéressant, ce sont justement les sujets retenus, qui dénotent par leur originalité : le génocide arménien, l’incompétence du général Joffre, les armées blanches en Russie, les artistes sous le New Deal, le révisionnisme historique autour du pacte germano-soviétique, la guerre méconnue du Cameroun (1955-1971), l’échec de l’Europe sociale, la RDA, la création de l’ALENA due aux lobbys américains, les méthodes actuelles de contestation politique, etc. La vue d’ensemble offerte par ces différents éclairages prononce la victoire du capitalisme, qu’il ne faut pas cesser pour autant de combattre, ainsi que l’ensemble des forces centrifuges et centripètes caractéristiques des impérialismes. De fait, l’Atlas Histoire tente d’aller à contre-courant du mainstream idéologique propre au processus de mondialisation-globalisation. Un effort de lucidité qu’on ne peut évidemment que saluer, même si l’on peut toutefois regretter l’absence de traitement des questions liées aux flux migratoires et aux capacités de projection militaire, pourtant plus que jamais fondamentales.

  

 

Par Matthieu Roger

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 21:16

Éditions Argos, 2013

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Explorer toutes les ramifications de la notion de stratégie en seulement 555 axiomes, tel est le pari fou que relève Hervé Coutau-Bégarie dans ce Bréviaire stratégique. Mais précisons avant tout chose, pour ceux qui ne le connaitraient pas encore, que celui-ci est un grand Monsieur de la pensée stratégique. Comme l’indique Olivier Zajec dans sa préface, Hervé Coutau-Bégarie, décédé en 2012, n’était autre que « le plus grand spécialiste de la stratégie navale en France, d’ailleurs reconnu comme tel par ses collègues étrangers ». Et de rappeler l’œuvre colossale de celui qui fonda l’Institut de Stratégie Comparée, devenu en 2010 l’Institut de de Stratégie et des Conflits : 25 ouvrages personnels, 12 directions d’ouvrages collectifs, 73 articles et chroniques de presse, 42 préfaces, 93 articles de revues, 200 comptes rendus d’ouvrages, et la liste est loin d’être finie ! Le plus fort reste que la qualité fut toujours au rendez-vous de la quantité, tant Coutau-Bégarie se distingua par la pertinence de ses analyses et la profondeur encyclopédique de ses connaissances.

 

Son Bréviaire stratégique fait œuvre de définition au sens premier du terme, dans la mesure où il explore tous les faisceaux de sens, sans exception, qui constituent la pensée stratégique militaire. En enchaînant 555 axiomes exprimés simplement en une ou deux phrases, l’auteur développe une pensée stratégique complète, multiple et panoramique de l’art de la guerre. Il enchaîne les concepts avec une clarté et une concision bluffantes, sans jamais oublier d’énoncer ses sources et ses références théoriques. Dix chapitres (« De la stratégie pure », « De la science stratégique », « De la méthode stratégique », « Des principes stratégiques », « Des cultures stratégiques », « De l’art stratégique », « De la stratégie nucléaire », « De la stratégie maritime », « De la stratégie maritime », « De la stratégie aérienne », « Du stratège ») viennent scander cette marche en avant vers l’essence de la stratégie, à savoir l’étendue infinie des frictions venant perturber et complexifier l’état de guerre. Si les 555 principes ainsi énoncés ne constituent pas en soi des solutions intangibles, elles suggèrent au stratégiste l’état d’esprit dans lequel celui-ci doit chercher la solution. Soulignons tout de même que seuls les lecteurs munis de connaissances solides en histoire et stratégie militaires seront à même d’apprécier la multiplicité des références et des renvois théoriques présents à chaque page. Voilà qui vient justifier le soixante-quatorzième axiome de ce Bréviaire stratégique : « Il appartient à chacun de constituer sa bibliothèque stratégique personnelle, dans laquelle il puisera les éléments de sa "boîte à outils" conceptuelle (Poirier). » (p. 37). Un conseil que n’ont pas fini de suivre Les lectures d’Arès…

 

 

Par Matthieu Roger

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 01:05

Bibliothèque de La Pléiade, Éditions Gallimard, 1962

 

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Si Les Trois Mousquetaires et Le Vicomte de Bragelonne sont deux romans qui ont littéralement bercé mon enfance, je gardais de Vingt ans après un souvenir mi-figue mi-raisin. Seules me restaient les images d’un illustre prisonnier au château de Vincennes et des tumultes de la Fronde. Qu’à cela ne tienne, il faut parfois savoir donner une seconde chance à certains ouvrages. Et bien m’en prit, puisqu’à la deuxième lecture Vingt ans après m’a véritablement emballé. On y retrouve la verve propre à Dumas, ainsi que son art feuilletoniste du rebondissement. Deux ingrédients qui confèrent à ce roman historique un rythme endiablé, voire même un peu trop lorsque les péripéties finales sont expédiées à la va-vite. Mais difficile de bouder notre plaisir de retrouver les quatre héros des Trois Mousquetaires. À l’heure où le Parlement et les grands du royaume entrent en rébellion ouverte contre le cardinal Mazarin, voilà d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis mêlés aux intrigues de cette Fronde. Et pour la première fois leur amitié est mise à l’épreuve de la politique : d’Artagnan et Porthos se mettent au service de Mazarin, alors qu’Aramis et Athos embrassent le parti des princes. Mais les barricades parisiennes ne sont pas un terrain de jeu assez vaste pour le conteur d’exception qu’est Dumas. Nos quatre amis passeront donc la Manche pour se retrouver en Angleterre et partir à la rescousse du roi Charles Ier, acculé par les troupes de Cromwell à une ultime bataille qui semble perdue d’avance. S’ensuivent moult aventures qu’il ne serait pas honnête de dévoiler ici…

 

Fresque historique passionnante évoquant à la fois la Fronde et la chute de la monarchie anglaise, Vingt ans après se démarque avant tout par la qualité de ses dialogues et la manière savoureuse dont sont rendus les caractères des différents personnages, des valets des quatre protagonistes jusqu’aux plus hauts agents de l’État. Les joutes oratoires et les traits d’esprits qui ne cessent d’émailler le récit rappellent que l’auteur écrivit également pour le théâtre, et que l’humour, la cape et l’épée peuvent à l’évidence faire bon ménage. Bref, Dumas nous prend encore une fois au piège de l’histoire en nous offrant une énième chevauchée trépidante vers le passé.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 13:22

Éditions Vuibert, 2013

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François Thierry est conservateur général chargé des monnaies orientales au Département des Monnaies et Médailles de la Bibliothèque Nationale de France. Dans ce livre, sous-titré Ascension, triomphe et mort du premier empereur de Chine,  il narre l’accession au pouvoir et le règne de Shihuangdi (221-207 av. J.-C.), le premier empereur de Chine. Exercice pour le moins périlleux, tant les travaux antérieurs oscillent entre l’hagiographie ou bien à l’inverse au réquisitoire contre un empereur dit tyrannique et mégalomane. En s’aidant d’une analyse psychologique du personnage, qui explique notamment sa profonde paranoïa, François Thierry réussit à restituer le contexte extrêmement complexe de la très brève unification de la Chine de la fin du IIIe siècle av. J.-C. Mais La Ruine du Qin offre un panorama bien plus vaste de la Chine antique, montrant que les fondements d’une volonté impérialiste de la part des rois du Qin remontent bien plus en amont, Shihuangdi bénéficiant du travail de sape de ses prédécesseurs, qui lui permirent de « cueillir » les autres royaumes combattants comme des fruits murs. Et François Thierry de préciser : « Le triomphe de Qin Shihuangdi fut éphémère et en trompe l’œil. Certes, sous son règne s’est produit l’achèvement de l’unification territoriale de la Chine de l’époque, mais l’unification politique, administrative et économique n’était rien d’autre que la prolongation de celle de Zhaoxiang [ndlr : roi du Qin (370-251 av. J.-C.) brièvement Empereur d’Occident (288 av. J.-C.)] : on a l’impression d’un navire immense qui aurait continué d’avancer sur son élan, sans vent ni capitaine : e la nave a. » (p. 221). Étrange période de confusion idéologique entre autoritarisme d’un état centralisateur, économie agraire, légisme intransigeant et recyclage des slogans confucianistes.

 

On peut toutefois regretter que l’auteur n’évoque pas assez l’outil et les méthodes militaires ayant permis au royaume de Qin de prendre en un siècle un ascendant spectaculaire sur ses ennemis Wei, Han, Zhou, Zhao, Yan, Qi, Shu, Ba, et Chu (cf. carte p. 23). Constituée à parts égales de trêves contractées via les envois d’otages royaux et de périodes de combats sanglants – on n’hésitait pas alors à décapiter les soldats vaincus par dizaines de milliers –, la description faite des intrigues diplomatiques aurait gagnée à être mise en perspective avec l’art de la guerre chinois. Mais La Ruine du Qin n’en reste pas moins un ouvrage surprenant, extrêmement bien documenté, toujours à la recherche d’une véracité historique encore difficile à cerner de nos jours.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 23:33

Éditions J’ai Lu, 2011

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Original et mystérieux : voici les deux premiers qualificatifs qui me viennent à l’esprit pour évoquer Chien du heaume de Justine Niogret. Original de par son style d’écriture, un style cru, précis, à la puissance évocatrice certaine, assurément plus à l’aise dans la description que dans la peinture des scènes d’action. Pour son premier ouvrage Justine Niogret s’affirme d’ores et déjà comme une auteure extrêmement talentueuse, tant par sa capacité à planter des décors qui frappent l’esprit que par son aisance à manier le verbe moyenâgeux. L’intérêt de Chien du heaume réside ainsi bien plus dans l’ambiance dans laquelle il transporte le lecteur que par son scénario, somme toute assez linéaire. C’est cette ambiance d’âge sombre et de bas moyen-âge qui induit le mystérieux. Se plaçant à l’orée de la fantasy et du fantastique, sans jamais en emprunter réellement les codes, l’histoire de Chien, femme mercenaire à la hache acérée, ne fait que ressasser légendes, souvenirs et réminiscences des temps passés. Conte sauvage, Chien du heaume couvre ses personnages de multiples zones d’ombre, dont la plupart ne seront pas levées par le narrateur. La mort plane constamment sur ces protagonistes que l’ont croirait tout droit issus de runes vikings, à l’image de l’effroyable Salamandre, guerrier de l’apocalypse paré des plus sombres ténèbres. Voici un livre rempli de violences et nimbé de tristesse, où les hommes s’écharpent comme des animaux mais où les vieilles pierres chantent encore. Ce n’est pas un hasard si l’héroïne du récit se prénomme Chien et si elle finit par se mettre au service du chevalier que l’on surnomme le Sanglier. L’animalité sourde au fin fond de chaque personnage et s’exprime par le fer des mercenaires et par le feu de la forge de Regehir, autre compagnon de route de Chien. Alors que cette dernière se lance dans la quête de son véritable nom et de l’identité de son père, gageons qu’il lui faudra plus d’une fois cracher le sang et Mordre le bouclier avant de trouver réponse à toutes ses questions.

 

Chien du heaume a reçu le Grand prix de l’Imaginaire 2010 et le Prix des Imaginales 2010.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite