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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 20:43

Éditions Grasset & Fasquelle,  2009

 

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Les Grandes Vies regroupent quatre biographies écrites par Stefan Sweig sur Fouché, Marie-Antoinette, Marie Stuart et Magellan. Et franchement, ces grandes vies méritent le détour. Grâce à sa prose remarquable, Stefan Sweig nous narre la vie de ces grandes figures historiques de manière extrêmement captivante, nous emmenant souvent plus du côté du roman d’aventures que de la biographie historique classique ou académique. Ce qui fait la particularité de Stefan Sweig, né en 1881 et décédé en 1942, c’est son approche très psychologisante des personnages qu’il décrit. Non seulement il analyse leurs actions, mais il n’a de cesse de les relier à la trajectoire individuelle et aux causes psychologiques qui leur sont propres. Ainsi le lecteur a-t-il l’impression de lire dans l’esprit de Fouché ou de Marie Stuart, de se laisser porter avec eux par le courant des méandres politiques et diplomatiques. Là s’opère le génie du récit historique par Stefan Sweig : pas un seul instant on ne doute des éléments d’interprétations qu’il avance, d’autant plus qu’ils sont toujours étayés par de solides recherches et références historiques. Convoqués en tant que témoins privilégiés, l’auteur nous offre l’insigne honneur de cheminer à côté de ces grands acteurs de l’Histoire avec un grand H.

 

Je n’ai pas lu la biographie de Marie-Antoinette, ma critique porte donc ici uniquement sur Fouché, Marie Stuart et Magellan. Le fait est que j’aurais dû mal à dire laquelle de ces trois biographies m’a le plus marqué. Là où Fouché interloque par sa capacité à survivre à une époque remplie de bouleversements – il réussit tout de même le tour de passe-passe incroyable de servir successivement la Révolution, le Directoire, le Consulat, l’Empire et enfin la Royauté –, le destin shakespearien de Marie Stuart et le tour du monde inimaginable de Magellan sont tout aussi passionnants à vivre. L’auteur est autant à l’aise dans la peinture des multiples facettes d’une personnalité que dans celle des grands enjeux historiques sous-jacents. Dans l’ombre de Fouché, de Marie Stuart ou de Magellan, se dressent la stature tragique de Bothwell, l’ambition de gloire insatiable de Napoléon, ou encore l’infinitude des océans. À titre d’illustrations, voici trois extraits qui valent pour preuve de « la prose enchanteresse » de Stefan Sweig.

 

« L’expédition d’Alexandre, de la Grèce à l’Inde (qui est encore aujourd’hui fabuleuse, lorsqu’on la suit du doigt sur la carte), la conquête de Cortez, la marche de Charles XII de Stockholm à Pultava, la caravane de six cent mille hommes que napoléon traîne d’Espagne jusqu’à Moscou, ces prouesses à la fois du courage et de la présomption sont dans l’histoire ce que représentent les combats de Prométhée et des Titans contre les dieux dans la mythologie : de l’héroïsme et de l’ « hubris », mais, dans tous les cas, le maximum, déjà sacrilège, de tout ce qu’il est possible d’atteindre humainement. » (Fouché, p. 143)

 

« Ce Bothwell semble taillé dans un bloc de marbre noir. D’une énergie insolente, le regard hardiment fixé par-delà les temps, il rappelle le condottiere italien Coléoni. C’est un homme dur, brutal, d’une virilité exceptionnelle. Il porte le nom d’une très vieille famille écossaise, les Hepburn, mais on croirait plutôt que le sang des Vikings coule dans ses veines. Malgré sa culture (il parle admirablement le français et aime les livres qu’il collectionne), il a gardé l’humeur d’un rebelle-né à l’ordre bourgeois, l’amour effréné de l’aventure de ces « hors-la-loi », de ces corsaires romantiques célébrés par Byron. Grand, large d’épaules, d’une force herculéenne – il manie le lourd glaive à deux tranchants avec la même facilité qu’une épée et dirige seul un navire à travers la tempête – il tire de son courage physique une audace morale, ou plutôt immorale, incroyable. » (Marie Stuart, p. 840)

 

« Jamais la géographie, la cosmographie n’ont connu, jamais elles ne connaîtront plus un progrès aussi accéléré, aussi enivrant, aussi triomphal que pendant cette période de cinquante années au cours de laquelle ont été déterminées la forme et la configuration définitives de la terre, où l’humanité découvre la planète sur laquelle elle s’agite depuis des temps incalculables. Cette tâche formidable est l’œuvre d’une seule génération ; ses marins ont surmonté tous les dangers pour frayer la route à leurs successeurs ; ses conquistadores ont conquis des continents et des mers, ses héros ont résolu tous les problèmes ou presque. Un seul exploit reste encore à réaliser, le dernier, le plus beau, le plus difficile : faire sur un seul et même navire le tour du globe, prouver envers et contre tous les cosmographes et les théologiens du passé la sphéricité de la terre. Accomplir cette mission sera le but et la destinée de Fernão de Magelhães. » (Magellan, p. 1072)

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Histoire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite