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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 13:22

Éditions Vuibert, 2013

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François Thierry est conservateur général chargé des monnaies orientales au Département des Monnaies et Médailles de la Bibliothèque Nationale de France. Dans ce livre, sous-titré Ascension, triomphe et mort du premier empereur de Chine,  il narre l’accession au pouvoir et le règne de Shihuangdi (221-207 av. J.-C.), le premier empereur de Chine. Exercice pour le moins périlleux, tant les travaux antérieurs oscillent entre l’hagiographie ou bien à l’inverse au réquisitoire contre un empereur dit tyrannique et mégalomane. En s’aidant d’une analyse psychologique du personnage, qui explique notamment sa profonde paranoïa, François Thierry réussit à restituer le contexte extrêmement complexe de la très brève unification de la Chine de la fin du IIIe siècle av. J.-C. Mais La Ruine du Qin offre un panorama bien plus vaste de la Chine antique, montrant que les fondements d’une volonté impérialiste de la part des rois du Qin remontent bien plus en amont, Shihuangdi bénéficiant du travail de sape de ses prédécesseurs, qui lui permirent de « cueillir » les autres royaumes combattants comme des fruits murs. Et François Thierry de préciser : « Le triomphe de Qin Shihuangdi fut éphémère et en trompe l’œil. Certes, sous son règne s’est produit l’achèvement de l’unification territoriale de la Chine de l’époque, mais l’unification politique, administrative et économique n’était rien d’autre que la prolongation de celle de Zhaoxiang [ndlr : roi du Qin (370-251 av. J.-C.) brièvement Empereur d’Occident (288 av. J.-C.)] : on a l’impression d’un navire immense qui aurait continué d’avancer sur son élan, sans vent ni capitaine : e la nave a. » (p. 221). Étrange période de confusion idéologique entre autoritarisme d’un état centralisateur, économie agraire, légisme intransigeant et recyclage des slogans confucianistes.

 

On peut toutefois regretter que l’auteur n’évoque pas assez l’outil et les méthodes militaires ayant permis au royaume de Qin de prendre en un siècle un ascendant spectaculaire sur ses ennemis Wei, Han, Zhou, Zhao, Yan, Qi, Shu, Ba, et Chu (cf. carte p. 23). Constituée à parts égales de trêves contractées via les envois d’otages royaux et de périodes de combats sanglants – on n’hésitait pas alors à décapiter les soldats vaincus par dizaines de milliers –, la description faite des intrigues diplomatiques aurait gagnée à être mise en perspective avec l’art de la guerre chinois. Mais La Ruine du Qin n’en reste pas moins un ouvrage surprenant, extrêmement bien documenté, toujours à la recherche d’une véracité historique encore difficile à cerner de nos jours.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 23:33

Éditions J’ai Lu, 2011

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Original et mystérieux : voici les deux premiers qualificatifs qui me viennent à l’esprit pour évoquer Chien du heaume de Justine Niogret. Original de par son style d’écriture, un style cru, précis, à la puissance évocatrice certaine, assurément plus à l’aise dans la description que dans la peinture des scènes d’action. Pour son premier ouvrage Justine Niogret s’affirme d’ores et déjà comme une auteure extrêmement talentueuse, tant par sa capacité à planter des décors qui frappent l’esprit que par son aisance à manier le verbe moyenâgeux. L’intérêt de Chien du heaume réside ainsi bien plus dans l’ambiance dans laquelle il transporte le lecteur que par son scénario, somme toute assez linéaire. C’est cette ambiance d’âge sombre et de bas moyen-âge qui induit le mystérieux. Se plaçant à l’orée de la fantasy et du fantastique, sans jamais en emprunter réellement les codes, l’histoire de Chien, femme mercenaire à la hache acérée, ne fait que ressasser légendes, souvenirs et réminiscences des temps passés. Conte sauvage, Chien du heaume couvre ses personnages de multiples zones d’ombre, dont la plupart ne seront pas levées par le narrateur. La mort plane constamment sur ces protagonistes que l’ont croirait tout droit issus de runes vikings, à l’image de l’effroyable Salamandre, guerrier de l’apocalypse paré des plus sombres ténèbres. Voici un livre rempli de violences et nimbé de tristesse, où les hommes s’écharpent comme des animaux mais où les vieilles pierres chantent encore. Ce n’est pas un hasard si l’héroïne du récit se prénomme Chien et si elle finit par se mettre au service du chevalier que l’on surnomme le Sanglier. L’animalité sourde au fin fond de chaque personnage et s’exprime par le fer des mercenaires et par le feu de la forge de Regehir, autre compagnon de route de Chien. Alors que cette dernière se lance dans la quête de son véritable nom et de l’identité de son père, gageons qu’il lui faudra plus d’une fois cracher le sang et Mordre le bouclier avant de trouver réponse à toutes ses questions.

 

Chien du heaume a reçu le Grand prix de l’Imaginaire 2010 et le Prix des Imaginales 2010.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 12:24

Éditions Akileos, 2013


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Après avoir exploré au cours de nombreux albums le monde uchronique ouvert par Block 109, Ronan Toulhoat et Vincent Brugeas lancent avec Chaos Team 1.1 une nouvelle série BD gonflée à l’adrénaline ! Ce premier tome d’anticipation futuriste nous présente une planète terre ravagée par une attaque extraterrestre, dont les divers continents sont en proie à la lutte sanglante entre les seigneurs de la guerre survivants. L’Europe est ainsi le théâtre de l’affrontement entre une armée catholique fondamentaliste et des troupes islamistes djihadistes, alors que l’Amérique du Sud est tombée sous le joug des plus grands cartels de la drogue. C’est dans ce climat post-apocalyptique qu’opère Blackfire, condominium privé louant ses mercenaires au plus offrant. Chaos Team 1.1 nous entraîne aux côtés des membres d’une de ses escouades d’élite, où caractères bien trempés et gâchettes virtuoses forment un cocktail des plus détonnants. Ces anti-héros évoluent au sein d’une humanité réduite à l’état de vermine par les raids extraterrestres qui viennent à intervalles réguliers lui contester toute forme d’espoir. C’est comme si, sous les yeux du lecteur abasourdi, le récit scénarisé par Vincent Brugeas unissait par le sceau du feu et du sang La compagnie noire de Glen Cook et Le choc des civilisations de Samuel P. Huntington. Explosif !

 

D’un point de vue graphique, Chaos Team 1.1 est sans aucun doute l’œuvre la plus aboutie des deux auteurs. Le coup de crayon de Ronan Toulhoat fait une nouvelle fois merveille, avec le talent qu’on lui connaissait déjà pour retranscrire de manière étonnante les jeux de lumière. Mention spéciale également au cadrage des vignettes, qui dynamisent la narration, et surtout au coloriage du dessin, d’une justesse chromatique ahurissante. À noter que l’album est séquencé façon comics, en cinq parties distinctes bénéficiant chacune d’une illustration de couverture. Le tome 2 est d’ores et déjà prévu pour septembre 2013 ; mon Dieu, que l’attente va être longue !

 

 

 

Par Matthieu Roger

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 19:17

Éditions Vuibert, 2012

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À l’heure où les simples citoyens que nous sommes se trouvent ensevelis sous la masse immense des informations délivrées par les médias en tous genres, Internet et télévision en tête, difficile d’appréhender de manière précise les rapports de force géopolitiques qui sous-tendent aujourd’hui la mondialisation. Tentative bienvenue de décrypter ces processus, L’Atlas 2013 aborde chaque région du monde, pour les replacer l’une après l’autre dans le grand jeu diplomatique des relations internationales. Pour ce faire, la rédaction du Monde diplomatique a réuni une cinquantaine de journalistes et d’historiens, sous la direction Philippe Rekacewicz, (directeur du département de cartographie du Programme des Nations-Unies pour l’environnement), Martine Bulard (L’Occident malade de l’Occident, Fayard, 2010), Alain Gresh (blog Nouvelles d’Orient), Catherine Samary (Institut d’études européennes) et Olivier Zajec (Institut de stratégie et des conflits). Ceux-ci nous proposent cinquante-six focus, tous déclinés de la même manière : un article synthétique d’une ou deux pages, systématiquement accompagné d’une mini bibliographie indicative et illustré par plusieurs cartes ou graphiques (170 sur l’ensemble de l’ouvrage). Comme on pouvait s’y attendre de la part de l’excellent journal qu’est Le Monde diplomatique, toutes les contributions sont de qualité et remettent les choses en place quant aux véritables enjeux géopolitiques de ce début de XXIe siècle.

 

Découpé en cinq chapitres respectivement intitulés « Fractures », « Ainsi change la planète », « Des anciennes aux nouvelles puissances », « Guerres sans fin » et « Convulsions et résistances », L’Atlas 2013 aborde tous les sujets possibles et inimaginables : politiques énergétiques, rivalités et luttes d’influence régionales, flux économiques et financiers, conflits inter- et infra-étatiques, migrations démographiques, etc. C’est le chapitre 4 « Guerres sans fin » qui m’a le plus passionné, car il offre un panorama vraiment complet sur tous les conflits actuels. Opérations de maintien de la paix en cours, chaos du Proche-Orient, piège afghan, bourbier pakistanais, insécurité de la Corne de l’Afrique, cas épineux de la Palestine, enracinement d’Al-Qaïda au Sahara, partition de la Corée, violence du narcotrafic au Mexique, néo-colonialisme chinois en Afrique, tensions territoriales en mer de Chine méridionale, chaudron caucasien, instabilité des Balkans, tout est ici traité avec la plus grande des clartés ! Comme l’énonce fort justement la quatrième de couverture : « sous l’effet de la plus grave crise économique mondiale depuis 1929, le monde ne cesse de se recomposer sous nos yeux ». Ayons au moins l’intelligence d’évacuer tout nombrilisme européano-centré.

 

 


Par Matthieu Roger

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 02:13

Éditions Vuibert, 2012

cover medicis

 

       

On ne présente plus Alexandre Dumas, le célèbre romancier à qui l’on doit d’inestimables chefs-d’œuvre tels que Les Trois Mousquetaires ou Le Vicomte de Bragelonne. Il s’avère qu’en 1840 celui-ci se trouve à Florence où il se voit chargé de produire un écrit présentant la prestigieuse galerie des Offices. Dumas choisit de débuter son ouvrage par le récit des splendeurs et des secrets de la dynastie des Médicis, à qui l’on doit justement la fondation dudit musée. Avec sa verve habituelle, il nous conte l’histoire de la branche aînée (descendance de Côme l’Ancien, proclamé Père de la patrie à sa mort) et de la branche cadette (descendance de Laurent l’Ancien) de la célèbre famille florentine. Et le moins que l’on puisse dire c’est que les Médicis ont tout connu et expérimenté : complots, luttes de pouvoir, assassinats, trahisons, exils, révoltes, passions destructrices, tout y passe ! Dumas nous présente tout à tour, de manière exhaustive, tous les Médicis ayant à un moment ou un autre exercé le pouvoir en Toscane. On peut regretter que cette exhaustivité ressemble parfois à une énumération de personnages historiques, mais à l’inverse elle confère de la densité à cette fresque dynastique. En outre, c’est l’occasion pour l’auteur d’ébaucher en arrière-plan la destinée extraordinaire de la cité florentine, qui occupait du XVe au XVIIe siècle une place véritablement centrale sur l’échiquier politique de la péninsule italienne.


Il est logique, au vu de la commande qui lui est adressée par la ville de Florence, que Dumas s’intéresse particulièrement au lien reliant le prince aux arts – sur cette question lire Le prince et les arts (ouvrage collectif, Atlande Eds, 2010). Les Médicis n’eurent en effet de cesse de promouvoir et d’accueillir les plus grands artistes et intellectuels de l’époque, l’accumulation de richesses et d’œuvres d’art ayant pour but de refléter la grandeur, la munificence et la prodigalité du prince. Le fait est que ce mécénat intéressé correspondit souvent à des goûts personnels, à l’image du grand-duc Ferdinand Ier (1549-1609), passionné de musique, de peinture et de sculpture. Et Dumas de  conclure : « Que les Médicis dorment en paix dans leurs tombeaux de marbre et de porphyre ; car ils ont fait plus pour la gloire du monde du monde que n’avaient fait avant eux, et que ne firent jamais depuis, ni princes ni rois ni empereurs. » On le voit ici, l’hagiographe n’est jamais bien loin…

 


 

Par Matthieu Roger

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 21:55

Éditions Ouest-France, 2011


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Auteur américain de nombreux livres d’histoire militaire, William Weir signe avec Grands mensonges de l’histoire ce qui s’avère être une œuvre collective, puisqu’il est assisté de Kevin Dwyer, Juré Firorillo, Edwin Kiester et Ed Wright. Se répartissant la tâche, ils reviennent sur quinze personnages ou épisodes marquants de l’histoire mondiale. On ne s’étonnera donc pas du tropisme anglo-saxon adopté ici, notamment en ce qui concerne les sujets d’histoire moderne et contemporaine choisis : la chevauchée de Paul Revere, l’épopée de Jesse James, le western des frères Earp, l’insurrection des Philippines, la folle course à l’or d’Harold Lasseter, la mort de John Dillinger, les guerres en Afghanistan, etc. Curieusement, ce sont les épisodes d’histoire ancienne, illustrés au moyen de gravures inédites., qui sont les mieux écrits et les plus passionnants, Les six premiers chapitres amènent ainsi le lecteur aux côtés de Néron, de Ramsès II, des chefs goths, de Robert de Bruce, d’Hernan Cortes et de Galilée, nous faisant découvrir les moindres détails de leur vie tumultueuse. C’est à partir du septième chapitre que l’affaire se corse, puisque les textes des historiens pâtissent d’une traduction française déplorable, à la limite du scandaleux. Certaines phrases semblent même traduites mot à mot ! Les Éditions Dédicaces, basées à Villeneuve d’Ascq et chargées de ladite traduction, n’ont manifestement pas fourni un travail qualifiable de professionnel.


Si ce livre s’intitule Grands mensonges de l’histoire, c’est que chaque chapitre part de fausses vérités inscrites dans la mémoire collective pour ensuite les discréditer par les faits. Mais dénoncer les « mensonges de l’histoire » n’est en fait qu’un prétexte pour aborder les thèmes de prédilection des auteurs. Il est évident que pus personne ne croit aujourd’hui que l’empereur Néron ait pu jouer du violon durant l’incendie de Rome ! Par contre, il est autrement plus intéressant de se pencher sur les luttes de pouvoir qui agitaient alors le monde antique, ce que nous permet partiellement cet ouvrage. On notera d’ailleurs, au sein de la bibliographie placée en annexe, la présence de l’excellent livre d’Alessandro Barbero Le Jour des barbares, déjà chroniqué sur ce site.

 

 

Par Matthieu Roger

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 00:56

Le Livre de Poche, 2004

tres riches heures de l humanite

 

 

 

Dans Les Très Riches Heures de l’humanité, Stefan Zweig cherche à graver dans le marbre les rares moments où l’événement modifie à jamais le cours de l’Histoire. En démultipliant les champs du possible grâce à leur génie ou leur persévérance, certains hommes eurent en effet une influence d’une portée incommensurable. Stefan Zweig l’assène d’emblée dans sa préface : « De telles heures, d’une grande concentration dramatique, porteuses de destin, où une décision capitale se condense en un seul jour, une seule heure, et souvent en une seule minute, sont rares tout au long de l’Histoire. J’essaie de faire revivre ici quelques-unes de ces heures survenues aux époques et dans les contrées les plus diverses et qui, semblables à des étoiles brillent d’un éclat immuable au-delà de la nuit de l’oubli. » (p. 8). Douze chapitres nous font découvrir ici cinq siècles d’aventures en tous genres. Douze chapitres pour autant d’instants où l’événement transcende l’Histoire.

 

Le plus remarquable chez Stefan Zweig, ce sont ses qualités de conteur, sa capacité à littéralement nous faire revivre d’autres époques et à nous transporter sur d’autres continents. Sans jamais tomber dans le grandiloquent ou le dithyrambe, sa plume lyrique réussit à retranscrire la grandeur de hauts faits parfois oubliés. Qu’il s’agisse de la découverte de l’océan Pacifique (1513), de la célèbre bataille de Waterloo (1815) ou du retour de Lénine en Russie (1917), il réussit parfaitement à retranscrire  cet instant où ce qui d’ordinaire se déroule lentement se comprime, détermine et décide tout. À ce titre, deux chapitres m’ont marqué entre tous. Le premier concerne la prise de Byzance par les Turcs (1453), dont l’auteur livre un récit haletant et épique. La volonté farouche de Mehmet II, qui ira jusqu’à faire transborder toute sa flotte de navires de guerre par-delà un promontoire montagneux pour bloquer la rade, s’oppose là au courage des derniers défenseurs byzantins, qui savent bien que les Ottomans ne leur feront aucun quartier. Et que dire de l’ahurissante expédition du capitaine Scott au pôle Sud (1912) ? Jamais l’opiniâtreté humaine ne connut plus tragique dénouement que sur la banquise antarctique.

 

 

Par Matthieu Roger

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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 17:58

Bimensuel édité par Mondadori France

 

guerres & histoire 11

 

 

Avec Jean Lopez, Yacha MacLasha et Benoit Bihan, la rédaction de Guerres & Histoire possède en son sein les plumes qu’il fallait pour mener à bien le passionnant dossier central sur la bataille de Stalingrad proposé ce mois-ci aux lecteurs (p. 32 à 57). Annonçant en une du magazine « Stalingrad, nouvelle vision d’une bataille mythique », ceux-ci nous expliquent comment les affrontements meurtriers de Stalingrad de novembre-décembre 1942, intitulés opération Uranus par les Soviétiques, furent en fait doublés sur le plan opératique d’une opération tout aussi gigantesque bien plus haut nord, à deux cents kilomètres de Moscou, autour du saillant de Rjev. Cette dernière, à savoir l’opération Mars, constitua un échec cinglant pour Joukov et ses troupes, incapables de venir à bout des divisions blindées manœuvrées par Model. Si la mémoire collective a retenu le désastre allemand emblématique de Stalingrad, souvent considéré comme le tournant militaire de la Seconde guerre mondiale, il ne faut pourtant pas oublier les trois semaines de carnage de la bataille de Rjev, qui firent selon David Glantz une centaine de milliers de morts ! D’autant plus qu’on ne peut comprendre la pensée stratégique russe de l’époque, influencée par les penseurs incontournables de l’avant-guerre que sont Alexandre Svetchine, Mikhaïl Toukhatchevski, Gueorgui Isserson et Vladimir Triandalov, sans comprendre son articulation autour de la notion d’art militaire opératif, visant à enchaîner ou combiner simultanément des opérations d’envergure sur des théâtres d’opération géographiquement disjoints. Alors que le commandement militaire allemand réfléchit encore en termes d’accumulation successive de batailles décisives, les Russes appréhendent déjà la stratégie militaire de manière plus globale.

 

Soulignons également dans ce numéro le témoignage impressionnant du médecin-lieutenant Jacques Gindrey (p. 8-14), qui opéra de manière souvent dantesque durant toute la bataille de Dien Bien Phu, à l’issue de laquelle il fut fait prisonnier. De son interview transparaît toute la trempe et le courage de ces hommes qui réussirent à sauver d’innombrables vies sans chercher à épargner la leur. Je vous recommande également l’étonnant article Charles Turquin au sujet de la bataille oubliée entre Allemands et Anglo-Belges sur Grands Lacs africains durant la Première guerre mondiale (p. 90-94). Où l’on apprend que l’Afrique orientale était alors le théâtre de combats navals pour le moins incongrus…

 

Pour conclure, je voudrais m’élever une nouvelle fois contre la manie fatiguante qu’a Guerres & Histoire de surcharger sa mise en page ; à empiler les encarts, textes et visuels, on ne parvient qu’à gêner l’œil et le parcours du lecteur. La rédaction pourrait par exemple s’inspirer de la pagination claire et bien plus lisible du dernier hors-série de Sciences Humaines consacré à la guerre. Mais voilà bien le seul reproche que je puisse adresser à ce magazine, par ailleurs en tout autre point remarquable.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 12:53

Gingko Press, 2009

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Sous-titré The Art of Shepard Fairey, ce magnifique ouvrage d’art aux superbes illustrations ne déparera dans aucune bibliothèque. Publié à l’occasion du vingtième anniversaire du projet Obey Giant, qui rendit Shepard Fairey célèbre dans le monde entier, il rajoute pour le plus grand plaisir du lecteur 96 pages à l’édition originelle de 2006. L’occasion de découvrir l’œuvre aussi gigantesque que percutante d’un artiste hors du commun. Un très bref aperçu vous en est donné actuellement au Musée de La Poste à Paris, dans le cadre de l’exposition Au-delà du Street Art (jusqu’au 30 mars 2013).

 

Ceux qui ne connaissent pas Shepard Fairey, alias Obey, ont sûrement au moins tous déjà vu son portrait de Barack Obama durant la première campagne présidentielle, intitulé Hope, considéré par le New Yorker comme l’illustration politique la plus efficace depuis Uncle Sam Wants You. Mais tout remonte en fait aux années 1990, lorsque Shepard Fairey débuta une campagne de dissémination de ses autocollants et posters Giant dans toutes les villes des États-Unis, en détournant les codes de la publicité et du message politique. Dans son manifeste de 1990, Obey affirme que cette campagne correspond à un processus d’expérimentation phénoménologique. La phénoménologie d’Heidegger, pour le dire de manière simpliste, vise à questionner en profondeur ce que nous percevons de manière superficielle de notre propre environnement. Ce qui pouvait être considéré comme acquis d’avance se mue ainsi en observation abstraite. Heureusement, rien d’abstrait dans l’art d’Obey. Celui-ci, en reprenant inlassablement sur ses compositions le leitmotiv « Obey », se place dans la suite logique des questions politiques soulevées par George Orwell dans 1984 et La ferme des animaux. Avec en ligne de mire un seul objectif : susciter l’interrogation et le questionnement du spectateur, par défaut consommateur et souvent voyeur, devant une œuvre à première vue incongrue et inclassable.

 

Au vu de cette démarche éminemment politique, pas étonnant que les codes d’Obey soient empruntés à la propagande russe et chinoise, que ce soit  à travers la couleur – avec notamment la récurrence du rouge Rodtchenko -– ou la composition. On retrouve souvent dans son œuvre des références à ses premiers travaux, comme l’œil de Big borther is watching you (2006). Selon moi, Obey est certainement le plus talentueux coloriste actuel. Au moyen de seulement deux, trois ou quatre couleurs, il nous abreuve d’œuvres qui non seulement sont belles, mais ont toutes un message percutant à transmettre. L’exemple parfait d’un art qui ne prétend fournir aucune réponse intangible mais ne cesse de nous hanter.

 

Nota bene : Obbey: Supply & Demand se déguste an anglais.

 


Par Matthieu Roger

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 13:33

Coédition Arte Éditions & Armand Colin, 2012

 

 ishiwara.jpg

 

 

Dans ce livre, Bruno Birolli, grand reporter et correspondant en Asie au Nouvel Observateur, dresse une biographie édifiante du général Ishiwara, figure japonaise incontournable de l’entre-deux guerres. Il réussit à restituer de manière claire la complexité de ce « personnage de roman », dont l’idéologie confuse convoquait à la fois un ultra-nationalisme impérialiste, un militarisme fervent, une réelle sympathie pour le national-socialisme, un nichirénisme prosélyte et une prégnance du kukotai, sorte de code de l’honneur mystico-nationaliste dont il se prévalut tout sa vie. Un cocktail intellectuel détonnant, qui le conduisit notamment à organiser le 18 septembre 1931 l’attentat de Moukden évoqué par Hergé dans Tintin et le lotus bleu. Cet attentat, mené par un cercle restreint de jeunes officiers  bellicistes, mit le feu à la Mandchourie et eut pour conséquence immédiate l’internationalisation du conflit sino-japonais, via l’intervention de la Société Des Nations. On peut même y voir, à l’instar de l’auteur, un des prémices de la Seconde Guerre mondiale.

 

De fait, Ishiwara, l’homme qui déclencha la guerre n’est pas une simple relation de la vie mouvementée de Kanji Ishiwara. Bruno Birolli n’a en effet de cesse d’analyser les actes d’Ishiwara à l’aune du contexte politique japonais. En parallèle au melting-pot doctrinal de notre protagoniste, on découvre un archipel nippon déchiré par les luttes entre les multiples castes politiques au pouvoir : clans militaires à l’influence grandissante, derniers tenants de la démocratie, cabinet privé de l’Empereur Hirohito, utopistes ultra-nationalistes tel qu’Ishiwara. Avec en toile de fond le débat sur la profondeur stratégique que pourrait offrir au pays le contrôle de la Mandchourie. Lorsque le Japon envahit cette région et constitue l’état fantoche du Mandchoukouo, l’obsession première d’Ishiwara reste de préparer la guerre contre les États-Unis, qu’il appelle depuis toujours de tous ses vœux. Pour ce faire, il prône un programme d’actions passant par l’établissement d’un état de défense nationale (en transférant la partie essentielle de la préparation de la guerre en Mandchourie et en augmentant de manière conséquente les forces de l’armée de l’air nipponne), l’élimination au sein de la formation des soldats de toute tendance libérale, et l’organisation du Mandchoukouo comme première ligne de défense militaire (p. 197-198). Mais Ishiwara n’est pas le seul à égrener des utopies fascistes et impérialistes. C’est justement cette course effrénée à la guerre qui perdra le Japon, son haut commandement militaire s’égarant entre l’antagonisme avec la Chine et ses velléités d’expansion en Asie du sud-est, deux conflits armés qui étaient de toute façon perdus d’avance.

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite