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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 08:26

Éditions Phébus, 2008

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Pendant toute sa vie (1850-1923), le capitaine de navire Pierre Loti, de son vrai nom Julien Viaud, a sillonné les mers et terres lointaines, en Inde, à Tahiti, en Turquie, au Sénégal... Une passion du voyage qui n’aura d’égale que sa soif d’écrire et de retranscrire, lui permettant d’être élu à l’Académie française en 1891. L’Inde (sans les Anglais) relate son voyage entrepris de décembre 1899 à mars 1900 à travers toute la péninsule indienne. À cheval sur deux siècles, il nous offre ainsi un regard inédit sur l’Inde brahmanique d’autrefois.

 

Pierre Loti possède un style d’écriture chatoyant, et offre ici un très beau récit de voyages, rempli de lyrisme et de couleurs. J’en veux pour preuve cette peinture toute en nuances d’un crépuscule maritime : « L’horizon, rouge à la base, puis violet, puis vert, puis couleur d’acier, couleur de paon, est nuancé par bandes comme un arc-en-ciel. Les étoiles brillent tellement qu’on les dirait ce soir rapprochées de la terre et, du point où s’est couché le soleil, partent encore de grandes gerbes de rayons, très nets, très accusés, qui traversent toute la voûte immense, comme des zodiaques roses tracés dans une sphère bleu sombre. » (p.26). Mahé des Indes et L’Inde (sans les Anglais) fourmillent de panoramas spectaculaires, de recoins inexplorés et de rencontres surprenantes. Lecteurs allergiques aux longues et riches descriptions s’abstenir… Cet ouvrage nous transporte dans une atmosphère des plus dépaysantes, au cœur d’une Inde aux contrastes extraordinairement prononcés. Les miséreux et les indigents y côtoient les palais les plus luxueux, la luxuriance des forêts vierges tranche sur le rouge sang des tapis poussiéreux des régions désertiques. Pierre Loti remémore le charme suranné des anciennes colonies françaises. Il découvre d’antiques cités en ruines et visite à la lueur des bougies des temples sombres et insoupçonnés, creusés il y a de cela des siècles au cœur de roches ancestrales. Il s’enfonce peu à peu au sein d’une contrée régie par une religiosité omniprésente. L’Inde de 1900 ressemble de fait à une juxtaposition d’étranges cartes postales : cortèges de noce, brasiers funéraires, fakirs, temples interdits, kiosques chamarrés, femmes aux voiles arcs-en-ciel, marchands affairés, horreurs cadavériques, animaux sacrés et essences tropicales se bousculent et forment un tout indicible. Arrivé sur l’île de Ceylan en quête d’une nouvelle spiritualité, l’auteur clôt quatre mois de voyages initiatiques avec regrets, mais sans nouvelle certitude.

 

 

Par Matthieu Roger

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 19:03

Trimestriel édité par Mondadori France


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Guerres & Histoire fait une nouvelle fois dans l’éclectisme, quasiment toutes les périodes de l’histoire étant abordées dans ce nouveau numéro. C’est avec un profond intérêt que l’on se replonge dans le déroulement de l’antique bataille de Zama, dans les guerres du Japon féodal, sur les pontons de la Bérézina ou au cœur des opérations aéroportées de la Seconde Guerre mondiale. Dans ce trimestriel de septembre, trois articles ont tout particulièrement retenu mon attention. Le premier est un photo-reportage sur la bataille de Falloujah, qui donne un autre regard sur la guerre en milieu urbain. Les quelques photos publiées ont été prises en novembre 2004 par les photographes Jérôme Sessini et Franco Pagetti, lorsqu’ils suivirent une unité de marines chargée de nettoyer la ville irakienne. La tension des soldats américains paraît palpable sur ces clichés : le danger peut venir de n’importe quel toit ou fenêtre, les trois mille combattants sunnites ayant transformé la ville en un véritable coupe-gorge. J’ai également beaucoup apprécié l’article revenant sur la prise du port de Rio par le corsaire français Duguay-Trouin (septembre 1711), qui a le mérite de revenir sur un fait méconnu de l’histoire militaire maritime française. Pourtant le coup de main ne manque pas d’audace, lui qui permet à l’escadre royale de repartir deux mois plus tard avec un beau pactole : 360 prisonniers français libérés, 1350 kilos d’or, 1,6 million de livres de marchandises, deux vaisseaux de guerres portugais, et soixante navires marchands capturés. Enfin, l’interview d’Hervé Drévillon au sujet Vauban permet de saisir le rôle éminent que joua ce théoricien et homme de terrain au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle. Non seulement Vauban révolutionna l’art de la fortification, mais il fut l’un des premiers à penser la guerre comme un phénomène global ne se limitant pas à l’action militaire. D’où ses nombreuses études sur la démographie, la fiscalité – il proposa même l’instauration d’un impôt unique sur le revenu, « le dixième » –, l’économie politique et sociale, etc.

 

Je regrette néanmoins une nouvelle fois la mise en page surchargée de ce magazine. Guerres & Histoire aurait selon moi beaucoup à gagner en évacuant tous les encadrés, définitions et petites infographies qui alourdissent la pagination. Revenons aux fondamentaux : des photos et du texte. Le photo-reportage sur Falloujha et les chroniques de Dominique Merchet, Laurent Henninger ou Charles Turquin en sont les meilleurs exemples.

 

 

Par Matthieu Roger

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 13:22

Éditions Slatkine, 1981 (réimpression de l’édition de Paris de 1928)

 

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Charles-Marie Leconte de Lisle (1818-1894) est considéré comme le chef de file du Parnasse, ce mouvement qui s’érigea en réaction au romantisme, en proposant une grammaire poétique alliant la rigueur de la forme à la majesté des thèmes traités. Pour reprendre l’expression de la quatrième de couverture, Leconte de Lisle nous offre avec ses Poèmes barbares une « poésie taillée dans le marbre », retrouvant la geste et le souffle des épopées antiques. Son style d’écriture convoque par certains aspects d’autres poètes de son temps On retrouve par exemple dans Les paraboles de dom Guy la verve de La légende des siècles de Victor Hugo :

 

« Or, voici que j’ai vu le monde, comme un pré

Immense, qui grouillait sous ce soleil pourpré,

Plein d’hommes portant heaume et cotte d’acier, lance,

Masse d’armes et glaive, engins de violence

Avec loques d’orgueil, bannières et pennons

Où le Diable inscrivait leur lignée et leurs noms. » (p. 338).

 

De même, les descriptions militaires sont frappées du même rythme que chez Heredia :

 

« Victorieux, vaincus, fantassins, cavaliers,

Les voici maintenant, blêmes, muets, farouches,

Les poings fermés, serrant les dents, et les yeux louches,

Dans la mort furieuse étendus par milliers.

 

(…)

 

Tous les cris se sont tus, les râles sont poussés.

Sur le sol bossué de tant de chair humaine,

Aux dernières lueurs du jour on voit à peine

Se tordre vaguement des corps entrelacés ;

 

Et là-bas, du milieu de ce massacre immense,

Dressant son cou roidi, percé de coups de feu,

Un cheval jette au vent un rauque et triste adieu

Que la nuit fait courir à travers le silence. » (Le Soir d’une Bataille, p. 230)

 

Et la sensualité des ambiances orientales n’est pas sans rappeler la prose de Charles Baudelaire :

 

« Dans le verger royal où rougissent les mûres,

Sous le ciel clair qui brûle et n’a plus de couleur,

Leïlah, languissante et rose de chaleur,

Clôt ses yeux aux longs cils à l’ombre des ramures.

 

Son front ceint de rubis presse son bras charmant ;

L’ambre de son pied nu colore doucement

Le treillis emperlé de l’étroite babouche.

 

Elle rit et sommeille et songe au bien-aimé,

Telle qu’un fruit de pourpre, ardent et parfumé,

Qui rafraîchit le cœur en altérant la bouche » (Le sommeil de Leïlah, p. 161).

 

Bref, ces Poèmes barbares ont le caractère enivrant des légendes archaïques. Ne serait-ce que par leur scansion envoûtante, ils offrent au lecteur un imaginaire rempli de violence, de dieux, de nature farouche et d’hommes déchirés. Tel l’aède d’antan ressuscité par Leconte de Lisle je me tais désormais, le temps d’un dernier extrait illustrant mon propos :

 

« Et le Barde se tut. Et, sur la hauteur noire,

L’Esprit du vent poussa comme un cri de victoire ;

Et la foule agitant les haches, les penn-baz

Et les glaives, ainsi qu’à l’heure des combats,

Ivre du souvenir et toute hérissée,

Salua les splendeurs de sa gloire passée.

Et les Dieux se levaient, tordant du fond des cieux

Leurs bras géants, avec des flammes dans les yeux,

De leurs cheveux épars balayant les nuages. » (Le Massacre de Mona, p. 124).

 

 

Par Matthieu Roger

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 14:38

Éditions Akileos, 2011

Couverture_new-york-1947.jpg

 

 

Ronan Toulhoat (au dessin) et Vincent Brugeas (au scénario) continuent de faire vivre la série Block 109 avec la sortie ce mois-ci d’un nouvel album : New York 1947. La cadre narratif est toujours le même, à savoir explorer l’uchronie d’une Seconde guerre mondiale dont les Nazis seraient sortis comme les vainqueurs incontestés. Les premières planches de New York 1947 nous apprennent qu’après l’assassinat d’Hitler, Himmler a ordonné en 1945 un bombardement nucléaire massif de la côte est américaine. C’est l’opération Nuit Noire. Deux ans plus tard, les Allemands larguent sur l’île de Manhattan un virus bactériologique expérimental. Durant l’hiver 1947, un commando de six hommes est envoyé sur place, afin de vérifier l’efficacité du virus. Le petit groupe, en fait chargé d’une seconde mission tout aussi secrète, se compose d’un officier, d’un sniper, d’un tirailleur, d’un médecin, d’un as de la cambriole et d’un journaliste. Immergés dans le décor apocalyptique des ruines new-yorkaises, ils auront à affronter le pire…

 

Le background militaro-historique est bien moins présent dans New York 1947 que dans par exemple Étoile Rouge ou Opération Soleil de Plomb. Il s’agit ici d’action pure, d’un survival aux multiples rebondissements. Le coup de crayon de Ronan Toulhoat fait une nouvelle fois des merveilles, enchaînant le regard du lecteur ses jeux de lumière et à ses teintes rouges et grises ; l’ambiance qui s’en dégage s’avère pour le moins captivante. Certaines planches sont superbes, rehaussées par une impression papier qui révèlent au toucher le relief des dessins, telles des gravures en taille douce. Un album très réussi donc, susceptible de nous faire patienter avant la sortie, au printemps 2012, d’un nouvel opus intitulé Ritter Germania, annoncé comme « un polar noir dans les coulisses du cinéma de propagande nazie ».

 

 

Par Matthieu Roger

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 22:15

Éditions Points, 2010

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Les Éditions Points ont récemment lancé une nouvelle collection intitulée « Les grands discours ». Celle-ci regroupe, au sein de petits opuscules d’une quarantaine de pages, les discours les plus marquants prononcés par certains hommes célèbres, tels Martin Luther King, Barack Obama, de Gaulle, Winston Churchill, Barrès, Trotsky, Mandela, Malraux, etc. Dans l’ouvrage qui nous intéresse ici, on retrouve le dernier discours d’Itzhak Rabin quelques minutes avant son assassinat, en 1995, suivi du texte de la proclamation d’indépendance d’Israël prononcée par David Ben Gourion en 1948, ainsi que la déclaration d’indépendance de l’État palestinien lue par Yasser Arafat en 1988. Trois discours qui nous rappellent le rôle fondamental du discours sur la scène diplomatique internationale. Non seulement le chef d’état s’adresse à son peuple, mais sa parole sert à affirmer un positionnement envers ses opposants et ses interlocuteurs étrangers. Dans le cas du Proche-Orient, véritable poudrière depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le discours est devenue une arme que les uns et les autres manient pour menacer l’ennemi, le condamner, le prendre à parti, interpeller l’opinion publique ou bien réaffirmer une politique donnée. En 2011 le conflit israélo-palestinien n’est toujours pas réglé, puisque le maintien des colonies juives se heurte à la soif farouche d’autonomie des territoires palestiniens. Nul ne sait ce qu’il serait advenu du processus de paix si Itzhak Rabin n’avais pas été assassiné en 1995 par un ultra-orthodoxe extrémiste juif. À l’époque, son message était en effet porteur de tous les espoirs : « La voie de la paix reste encore préférable à celle de la guerre. Je l’affirme en tant que militaire et ministre de la Défense, qui assiste trop souvent à la douleur des familles des soldats de Tsahal. Pour eux, pour nos enfants, et, dans mon cas, pour nos petits enfants, je veux que ce gouvernement déploie toute son énergie et ses facultés en vue de promouvoir et établir une paix globale. » (p. 15). De nos jours, la haine religieuse est toujours entretenue par une minorité au sein de chaque camp. Lorsque je parle de haine religieuse, je l’entends dans son acception culturelle, et non cultuelle ou dogmatique. Ce n’est pas pour rien que David Ben Gourion appelait en 1948 à « la rédemption d’Israël ». Ce n’est pas pour rien que Yasser Arafat disait s’incliner devant les martyrs de la nation arabe ravivant « la flamme de l’Intifada ». Quand la sacralisation de sa propre cause s’énonce au détriment de l’autre, il y a malheureusement peu de place pour une main tendue.

 


Par Matthieu Roger

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 20:59

Éditions Grasset, 2007

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Avec Mon traître Sorj Chalandon nous offre un très beau récit sur l’Irlande, la guerre et l’amitié. Un récit autobiographique puisque le narrateur, Antoine, raconte en fait une partie de la vie de l’auteur. Antoine est un jeune luthier français qui, au cœur des années 1970 tombe amoureux de l’Irlande, de son histoire et de ses habitants. Il noue des liens privilégiés avec Jim et Cathy, qui deviennent sa famille d’accueil sur Belfast, et surtout Tyrone Meehan, un activiste de l’Irish Republican Army. Pour Antoine ce dernier est l’ami, le frère, l’incarnation de la bravoure du nationalisme irlandais. Chalandon dépeint cette amitié avec émotion et pudeur : « Nous étions comme ça, à deux, face au lac, et milieu de son Irlande et de son ciel. Il m’a pris par l’épaule. Il n’a rien dit, d’abord. Il a laissé le vent, la lumière effleurer les collines, les murets de pierres plates. Sa main, lourde sur mon épaule, ses yeux clos. Je l’ai regardé. J’étais fier. De sa confiance surtout. » (p. 119). Mais le combat qu’ils mènent, celui pour la libération de l’Irlande du Nord, n’est pas de ceux qui épargnent les cœurs vaillants. Car comme l’indique le titre du livre, Tyrone Meehan trahira.

 

Tyrone Meehan n’est autre que Denis Donaldson, qui fut retourné par le MI5 britannique contre son propre camp. L’annonce officielle de sa trahison, en 2005, fut pour l’auteur un véritable choc. Comment son ami avait-il pu lui mentir pendant si longtemps ? D’autant plus que son implication pour l’IRA (transits d’argent et accueil d’activistes dans son appartement parisien) l’avait engagé au-delà des simples actes. « Je trouvais étrange que la guerre déborde ainsi de ses frontières. Je savais que l’IRA ne frapperait jamais les intérêts britanniques sur le sol français. La France n’était qu’une base arrière. Un lieu de passage, de repli ou de repos. Mais l’IRA opérait en Allemagne, aux Pays-Bas, ailleurs que sur sa terre. Et qu’il aidait à tuer. Et qu’il tuerait. Et que ces hommes qui dormaient  dans ma chambre tueraient aussi peut-être. Mais voilà. C’était comme ça. J’étais entré dans la beauté terrible et c’était sans retour. » (p. 84).

 

Mon traître m’a ému. L’auteur manie la plume avec talent, enchaînant les phrases brèves et incisives sur un rythme où l’anaphore est reine. À la suite du narrateur on entre dans les coulisses d’une lutte armée qui marqua la seconde moitié du XXe siècle. Certaines scènes sont bouleversantes, comme l’annonce publique de la mort de Bobby Sands ou le face-à-face final entre Antoine et Tyrone. Aujourd’hui Sorj Chalandon publie Retour à Killybegs, où est exposé le pourquoi de la trahison de Tyrone. Si ce nouveau livre est du même acabit que Mon traître, nulle raison de douter que le succès soit au rendez-vous.

 

A ceux qui souhaiteraient appronfondir la question irlandaise, je recommande la lecture de l'ouvrage d'Agnès Maillot IRA - Les républicains irlandais (Editions PU de Caen, 2001).

 

 

Par Matthieu Roger

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 14:47

Éditions Harper Voyager, 2011


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Ce monument de la fantasy nous projette au cœur des complots et intrigues politiques qui décideront de l’avenir du Royaume de Westeros. À l’est, au-delà des mers, Daenerys, dernier rejeton de la lignée des Targaryens, règne sur la cité de Meereen, assiégée par une coalition des états esclavagistes. Nombreux sont ceux qui cherchent à la rejoindre, qui pour prétendre à sa main, qui pour s’en faire une alliée de prestige. Parmi eux figure le nain Tyrion Lannister, qui, sa tête ayant été mise à prix, s’est échappé de la capitale Port-Réal. Il est désormais condamné à mort pour l’assassinat de son neveu, le Roi Joffrey. Même si Tyrion n’a pas commis ce régicide, il n’en a pas moins profité pour envoyer ad patres son propre père, Lord Tywin. Un Lannister paye toujours ses dettes…

Au nord des Sept Royaumes se dresse l’immense Mur de glace, sur lequel veillent les frères noirs de la Garde de Nuit. Leur commandant en chef, Jon Snow, bâtard de la famille des Starks, n’a pas la tâche facile. Il doit affronter des ennemis tant au sein de sa confrérie qu’au-delà du Mur, où les armées sauvages se massent pour un assaut décisif.

De tous côtés on assiste aux soubresauts des complots ourdis par les prêtres, les capitaines, les nobles, les esclaves et les êtres monstrueux qui œuvrent pour les différents prétendants au Trône de fer. Il est l’heure pour chacun d’affronter son destin.

 

Six ans que les fidèles lecteurs de George R.R. Martin attendaient ce livre ! C’est dire l’attente qui précédait la publication internationale de ce cinquième opus de la saga A Song of Ice and Fire (titre français : Le Trône de Fer), débutée en 1996. Selon un système bien rôdé de chapitres alternés, chacun d’entre eux correspondant au point de vue d’un seul protagoniste, G.R.R. Martin orchestre avec minutie et talent sa grande fresque épique. La force du Trône de fer est d’offrir au lecteur un univers riche et cohérent, aux multiples rebondissements, où la psychologie fouillée des personnages s’apprécie à l’aune des enjeux stratégiques de la lutte pour le pouvoir. A noter : le fil narratif de A Dance With Dragons se dévide en parallèle au précédent opus de la saga, A Feast for Crows. Si quelques chapitres peuvent décevoir, il n’en conserve pas moins une envergure pour l’instant inégalée dans la fantasy contemporaine.

 

Un épais pavé à savourer en anglais, en attendant une première traduction française début 2012.

 

 

Par Matthieu Roger

 

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 18:01

Éditions Ère, 2011

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Fidèle à lui-même, le philosophe Frédéric Neyrat décortique les faisceaux de signification des concepts et notions les plus usités. Au-delà des clichés et des idées formulées à l’emporte-pièce, il s’attaque dans cet ouvrage  au terme de « terrorisme » pour démontrer que ce mot est loin d’englober une acception unique et figée.

L’auteur met tout d’abord en garde contre les fictions dont on recouvre généralement les actes dits terroristes. Aborder le concept de terrorisme procède d’un abandon de nos pulsions les plus paranoïaques. Car comme il le dit lui-même, « à partir du moment où l’on s’interroge sur les intentions des individus, on peut vraiment s’imaginer tout et n’importe quoi, et l’on peut aussi chercher à prévenir, à empêcher l’acte dans la mesure où l’on serait certain d’avoir identifié une volonté terroriste » (p. 17). Débutant son analyse, Frédéric Neyrat convoque Gérard Chaliand – l’entendement transhistorique du terrorisme, dans une perspective d’étude des moyens d’une stratégie militaire donnée –  ainsi que Jean Baudrillard et sa perception à la fois symbolique et virale du process terroriste. Cela lui permet d’engager sa propre thèse, selon laquelle le terrorisme se retrouve en fait au croisement de la souveraineté et de la globalisation. Après avoir démystifié le lien présumé historique entre la Terreur jacobine, il emploie moult concepts philosophiques pour prouver, de manière plutôt convaincante, que la volonté terroriste, en substance, répond à une soif de souveraineté. Et cela, quel que soit l’ennemi déclaré.

 

Ce qui est intéressant, chez Frédéric Neyrat, c’est qu’il ne fait à jamais l’économie d’une mise en perspective historique des concepts philosophiques. Interrogeant les différentes portées cognitives du terme terrorisme, il montre que celui-ci porte en lui, à des degrés moindres selon ses différents agents, une dimension symbolique, une dimension politique révolutionnaire, une dimension religieuse, et une dimension globale. Phénomène – ou mode opératoire tactique dirait Chaliand – qui tend à l’illimitation, le terrorisme n’en a donc pas fini de questionner le XXIe siècle. S’il n’est pas possible d’en donner une définition univoque, je serais tenté, à titre personnel, d’avancer l’idée selon laquelle le terroriste, en fin de compte, serait peut-être celui qui se place en marge du consensus. Et lorsque je dis en marge du consensus, il faut comprendre en marge du pouvoir politique (identification à une minorité), contre un ennemi clairement désigné (négation du « con », de l’avec), pour un acte qui fait sens (dyade objectif politique / nécessité de rendre audible un message politique).

 

 

Par Matthieu Roger

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 11:54

Éditions Pierre de Taillac, 2011


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Jacques-Olivier Boudon, historien et Président de l’Institut Napoléon, a eu l’excellent idée de réunir en un ouvrage les principaux discours de guerre de Napoléon. La compilation de ses adresses aux soldats et au peuple français permet de revivre l’épopée de la Révolution et du Premier Empire. Elle permet également de saisir les champs lexicaux chers au général puis à l’empereur. Jusqu’au couronnement de 1804, les textes de Napoléon invoquent les grands principes de la Révolution, dont la liberté. Plus tard, on observe un glissement sémantique qui repose sur la soif de gloire et le recensement des victoires passées. A la lecture de ces manifestes, on ne peut qu’admirer l’éloquence du chef de guerre exhortant ses troupes à la victoire. Si le ton s’avère souvent hyperbolique, il contribue au lien direct que Napoléon a toujours voulu tisser entre lui et ses soldats, ceux qu’il nomme « les invincibles ». La dernière phrase de son discours du 11 septembre 1808 résume bien cela : « Soldats, tout ce que vous avez fait, tout ce que vous ferez encore pour le bonheur du peuple français, pour ma gloire, pour la vôtre, sera éternellement dans mon cœur ». Le nombre exceptionnel de victoires obtenues par l’Empereur engendre cette confiance mutuelle entre l’armée et son général. Et Napoléon de ressasser, quasiment à chaque discours, le nombre de drapeaux, de canons, de places fortes et de prisonniers capturés à l’ennemi. Instruments de la propagande impériale, ces discours, dont certains furent réécrit pour la postérité par Napoléon lui-même, témoignent de deux idées-forces : la grandeur de la France, et la nature transcendantale de la gloire militaire. Àce sujet, on remarque que Napoléon dresse constamment un parallèle entre la destinée de l’antique peuple romain et celle du peuple français. De la première campagne d’Italie jusqu’aux lendemains de Waterloo, le commandant en chef de la Grande Armée aime à féliciter ses unités les valeureuses, sans pour autant oublier de vilipender la perfidie des argentiers britanniques et l’infériorité des armées russes, autrichiennes et prussiennes. Napoléon Bonaparte avait pris toute la mesure d’une rhétorique percutante et concise, qu’il maniait comme un outil de stratégie militaire à part entière.

 

Discours de guerre est un livre très intéressant, dont la présentation de qualité est rehaussée par plusieurs gravures illustratives. Pour ceux qui ne seraient pas familiers de l’épopée napoléonienne, quelques phrases d’introduction précèdent chaque discours, le replaçant dans son contexte historique. La préface de Jacques-Olivier Boudon revient sur l’éloquence militaire et les références et thèmes les plus employés par Napoléon. Enfin, une chronologie placée en fin d’ouvrage vient rappeler les dates à retenir de ces vingt-cinq années qui bouleversèrent à jamais le cours de l’Histoire.

 

 

Par Matthieu Roger

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 20:08

Éditions Gallimard, 2009

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Ayant savouré avec délectation le premier roman et chef d’œuvre de Jean-Philippe Jaworski, Gagner la guerre, c’est fort logiquement que je m’en suis allé me procurer Janua vera, un recueil de huit nouvelles publié un an auparavant. Même si on n’atteint pas ici l’excellence scénaristique et la verve narrative de Gagner la guerre, force est d’admettre que le style d’écriture de l’auteur fait une nouvelle fois mouche. Un talent indéniable, repérable du fait que chaque nouvelle possède une atmosphère bien particulière. Ce n’est pas pour rien que Janua vera a reçu en 2008 du Prix du Cafard Cosmique. À travers huit récits, le lecteur explore différents âges et différentes régions du Vieux Royaume : Marche Franche, royaume de Leomance, république de Ciudalia, contrées sauvages d’Ouromagne. Un éclatement du temps et des lieux qui confère une profondeur historique ciselée à cette fantasy médiévale.

 

Tout d’abord quelques déceptions. Le service des dames met en scène le chevalier Ædan, n’ayant pour seule règle de vie que l’intransigeant code de l’honneur. Le canevas narratif classique, hommage explicite à Chrétien de Troyes, atteint vite ses limites. Une offrande très précieuse met en scène Cecht, un guerrier barbare en quête de rédemption. Le final ouvert de l’histoire, peu convaincant, m’a laissé sur ma faim. Le conte de Suzelle emprunte lui au caractère primesautier et pathétique des nouvelles de Guy de Maupassant, sans pour autant réussir à nous captiver. Ces trois déceptions, toutes relatives, sont plus que compensées par la qualité des cinq autres nouvelles proposées. La chute de Janua vera, qui ouvre le recueil, possède un côté cinématographique qui confine au bouleversant. Jour de guigne, en nous confrontant aux déboires comico-tragiques d’un malheureux clerc frappé du Syndrome de Palympseste, prouve que fantasy et humour peuvent faire bon ménage. Un amour dévorant renouvelle avec efficacité le registre fantastique. Que ceux qui craignent de s’aventurer en pleine forêt à la nuit tombée passent leur chemin ! Le confident m’a rappelé l’ambiance glauque et confinée d’une autre nouvelle, Le Puits et la Pendule d’Edgar Allan Poe. Là aussi, claustrophobes s’abstenir ! Et je garde le meilleur pour la fin avec Mauvaise donne, où l’on retrouve avec grand plaisir le héros de Gagner la guerre, don Benvenuto Gesufal, ainsi que le machiavélique Leonide Ducatore. Un récit haut en couleurs, où notre cher assassin navigue à vue entre les coups fourrés et complots politiques qui régissent Ciudalia, la cité aux mille venelles.

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite