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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 18:01

Éditions Ère, 2011

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Fidèle à lui-même, le philosophe Frédéric Neyrat décortique les faisceaux de signification des concepts et notions les plus usités. Au-delà des clichés et des idées formulées à l’emporte-pièce, il s’attaque dans cet ouvrage  au terme de « terrorisme » pour démontrer que ce mot est loin d’englober une acception unique et figée.

L’auteur met tout d’abord en garde contre les fictions dont on recouvre généralement les actes dits terroristes. Aborder le concept de terrorisme procède d’un abandon de nos pulsions les plus paranoïaques. Car comme il le dit lui-même, « à partir du moment où l’on s’interroge sur les intentions des individus, on peut vraiment s’imaginer tout et n’importe quoi, et l’on peut aussi chercher à prévenir, à empêcher l’acte dans la mesure où l’on serait certain d’avoir identifié une volonté terroriste » (p. 17). Débutant son analyse, Frédéric Neyrat convoque Gérard Chaliand – l’entendement transhistorique du terrorisme, dans une perspective d’étude des moyens d’une stratégie militaire donnée –  ainsi que Jean Baudrillard et sa perception à la fois symbolique et virale du process terroriste. Cela lui permet d’engager sa propre thèse, selon laquelle le terrorisme se retrouve en fait au croisement de la souveraineté et de la globalisation. Après avoir démystifié le lien présumé historique entre la Terreur jacobine, il emploie moult concepts philosophiques pour prouver, de manière plutôt convaincante, que la volonté terroriste, en substance, répond à une soif de souveraineté. Et cela, quel que soit l’ennemi déclaré.

 

Ce qui est intéressant, chez Frédéric Neyrat, c’est qu’il ne fait à jamais l’économie d’une mise en perspective historique des concepts philosophiques. Interrogeant les différentes portées cognitives du terme terrorisme, il montre que celui-ci porte en lui, à des degrés moindres selon ses différents agents, une dimension symbolique, une dimension politique révolutionnaire, une dimension religieuse, et une dimension globale. Phénomène – ou mode opératoire tactique dirait Chaliand – qui tend à l’illimitation, le terrorisme n’en a donc pas fini de questionner le XXIe siècle. S’il n’est pas possible d’en donner une définition univoque, je serais tenté, à titre personnel, d’avancer l’idée selon laquelle le terroriste, en fin de compte, serait peut-être celui qui se place en marge du consensus. Et lorsque je dis en marge du consensus, il faut comprendre en marge du pouvoir politique (identification à une minorité), contre un ennemi clairement désigné (négation du « con », de l’avec), pour un acte qui fait sens (dyade objectif politique / nécessité de rendre audible un message politique).

 

 

Par Matthieu Roger

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 11:54

Éditions Pierre de Taillac, 2011


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Jacques-Olivier Boudon, historien et Président de l’Institut Napoléon, a eu l’excellent idée de réunir en un ouvrage les principaux discours de guerre de Napoléon. La compilation de ses adresses aux soldats et au peuple français permet de revivre l’épopée de la Révolution et du Premier Empire. Elle permet également de saisir les champs lexicaux chers au général puis à l’empereur. Jusqu’au couronnement de 1804, les textes de Napoléon invoquent les grands principes de la Révolution, dont la liberté. Plus tard, on observe un glissement sémantique qui repose sur la soif de gloire et le recensement des victoires passées. A la lecture de ces manifestes, on ne peut qu’admirer l’éloquence du chef de guerre exhortant ses troupes à la victoire. Si le ton s’avère souvent hyperbolique, il contribue au lien direct que Napoléon a toujours voulu tisser entre lui et ses soldats, ceux qu’il nomme « les invincibles ». La dernière phrase de son discours du 11 septembre 1808 résume bien cela : « Soldats, tout ce que vous avez fait, tout ce que vous ferez encore pour le bonheur du peuple français, pour ma gloire, pour la vôtre, sera éternellement dans mon cœur ». Le nombre exceptionnel de victoires obtenues par l’Empereur engendre cette confiance mutuelle entre l’armée et son général. Et Napoléon de ressasser, quasiment à chaque discours, le nombre de drapeaux, de canons, de places fortes et de prisonniers capturés à l’ennemi. Instruments de la propagande impériale, ces discours, dont certains furent réécrit pour la postérité par Napoléon lui-même, témoignent de deux idées-forces : la grandeur de la France, et la nature transcendantale de la gloire militaire. Àce sujet, on remarque que Napoléon dresse constamment un parallèle entre la destinée de l’antique peuple romain et celle du peuple français. De la première campagne d’Italie jusqu’aux lendemains de Waterloo, le commandant en chef de la Grande Armée aime à féliciter ses unités les valeureuses, sans pour autant oublier de vilipender la perfidie des argentiers britanniques et l’infériorité des armées russes, autrichiennes et prussiennes. Napoléon Bonaparte avait pris toute la mesure d’une rhétorique percutante et concise, qu’il maniait comme un outil de stratégie militaire à part entière.

 

Discours de guerre est un livre très intéressant, dont la présentation de qualité est rehaussée par plusieurs gravures illustratives. Pour ceux qui ne seraient pas familiers de l’épopée napoléonienne, quelques phrases d’introduction précèdent chaque discours, le replaçant dans son contexte historique. La préface de Jacques-Olivier Boudon revient sur l’éloquence militaire et les références et thèmes les plus employés par Napoléon. Enfin, une chronologie placée en fin d’ouvrage vient rappeler les dates à retenir de ces vingt-cinq années qui bouleversèrent à jamais le cours de l’Histoire.

 

 

Par Matthieu Roger

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 20:08

Éditions Gallimard, 2009

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Ayant savouré avec délectation le premier roman et chef d’œuvre de Jean-Philippe Jaworski, Gagner la guerre, c’est fort logiquement que je m’en suis allé me procurer Janua vera, un recueil de huit nouvelles publié un an auparavant. Même si on n’atteint pas ici l’excellence scénaristique et la verve narrative de Gagner la guerre, force est d’admettre que le style d’écriture de l’auteur fait une nouvelle fois mouche. Un talent indéniable, repérable du fait que chaque nouvelle possède une atmosphère bien particulière. Ce n’est pas pour rien que Janua vera a reçu en 2008 du Prix du Cafard Cosmique. À travers huit récits, le lecteur explore différents âges et différentes régions du Vieux Royaume : Marche Franche, royaume de Leomance, république de Ciudalia, contrées sauvages d’Ouromagne. Un éclatement du temps et des lieux qui confère une profondeur historique ciselée à cette fantasy médiévale.

 

Tout d’abord quelques déceptions. Le service des dames met en scène le chevalier Ædan, n’ayant pour seule règle de vie que l’intransigeant code de l’honneur. Le canevas narratif classique, hommage explicite à Chrétien de Troyes, atteint vite ses limites. Une offrande très précieuse met en scène Cecht, un guerrier barbare en quête de rédemption. Le final ouvert de l’histoire, peu convaincant, m’a laissé sur ma faim. Le conte de Suzelle emprunte lui au caractère primesautier et pathétique des nouvelles de Guy de Maupassant, sans pour autant réussir à nous captiver. Ces trois déceptions, toutes relatives, sont plus que compensées par la qualité des cinq autres nouvelles proposées. La chute de Janua vera, qui ouvre le recueil, possède un côté cinématographique qui confine au bouleversant. Jour de guigne, en nous confrontant aux déboires comico-tragiques d’un malheureux clerc frappé du Syndrome de Palympseste, prouve que fantasy et humour peuvent faire bon ménage. Un amour dévorant renouvelle avec efficacité le registre fantastique. Que ceux qui craignent de s’aventurer en pleine forêt à la nuit tombée passent leur chemin ! Le confident m’a rappelé l’ambiance glauque et confinée d’une autre nouvelle, Le Puits et la Pendule d’Edgar Allan Poe. Là aussi, claustrophobes s’abstenir ! Et je garde le meilleur pour la fin avec Mauvaise donne, où l’on retrouve avec grand plaisir le héros de Gagner la guerre, don Benvenuto Gesufal, ainsi que le machiavélique Leonide Ducatore. Un récit haut en couleurs, où notre cher assassin navigue à vue entre les coups fourrés et complots politiques qui régissent Ciudalia, la cité aux mille venelles.

 

 

Par Matthieu Roger

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 19:10

Éditions Allia, 2010

cover-Apologie.jpg

 

 

Dans la nuit du 5 au 6 juillet 1536, Lorenzo de Médicis, dit Lorenzino, assassine le jeune duc Alexandre de Médicis, alors maître de Florence et gendre de Charles Quint. Rédigée par Lorenzino pour être lue dans les cercles politiques italiens, cette Apologie constitue à la fois une réponse à ses détracteurs et un développement des motivations éthiques et politiques de son meurtre. Invoquant les impératifs moraux des principes de citoyenneté et liberté, Lorenzino justifie son acte comme nécessaire à la république de Florence. Partant du présupposé qu’« il est bien que les tyrans soient tués », l’auteur a rédigé ce libelle dans le but de clarifier trois points essentiels. Premièrement, il explique en quoi Alexandre était un tyran. Deuxièmement, il dénonce le qualificatif de traître que certains accolent à son nom, puisqu’il affirme n'être ni serviteur ni parent dudit Alexandre. Troisièmement, il montre en quoi sa décision de fuir Florence après le crime pour rejoindre les ennemis des Médicis fut juste et inévitable. L’auteur livre donc son Apologie comme un témoignage auto-justificateur, comme une condamnation à mort universelle de la tyrannie. Son choix d’assassiner Alexandre fut le bon, dit-il, quoi qu’il lui en coûte, quoi qu’en pensent ses contemporains. Dans sa postface de l’ouvrage, Francesco Espamer s’appuie sur les différentes analyses du tyrannicide pour réfuter « l’image engendrée par le XIXe siècle d’un Lorenzino sombre, pâlichon et renfermé ». Selon lui, Lorenzino a composé l’Apologie avec éloquence, « pour rappeler aux contemporains et à la postérité que, malgré tout, il avait accomplie, lui, tout seul un geste mémorable ».

 

Même si l’Apologie ne fut pas imprimée du vivant de son auteur, elle continua longtemps après sa mort de circuler sous forme manuscrite. Elle fut publiée pour la première fois en 1723. Exercice de style rhétorique, elle rend compte d’une époque où complots et assassinats politiques décidaient du destin des principautés italiennes.

 

 

Par Matthieu Roger

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 16:31

Trimestriel édité par Mondadori France

 

Guerres-Histoire-2

 

 

Avant toute chose je tiens à remercier Jean Lopez et la rédaction de Guerres & Histoire pour leur envoi gracieux des premiers numéros de la revue. On sent une équipe à l’écoute des desiderata et remarques de ses lecteurs – en atteste d’ailleurs les « questions & réponses » et courriers des lecteurs publiés dans ce numéro. Un mode de fonctionnement qui intègre l’opinion du lectorat : primordial si Guerres & Histoire entend développer son public à moyen terme.

 

Ce second opus de la revue confirme toutes les promesses entrevues en mars. Sa grande force, selon moi, est d’aborder des conflits qui sont généralement peu traités par la vulgate historiographique. Ainsi le reportage photos saisit-il la guerre du Biafra, guerre civile entre Nigérians et Biafrais (indépendantistes situés à l’est du Niger) dont on connait bien souvent le nom mais guère les tenants et aboutissants. Un autre article raconte la « guerre oubliée » des États-Unis contre le Mexique, une des premières étapes importantes dans le façonnement des visées impérialistes américaines. L’exposé sur la Garde varègue : l’armée privée des empereurs byzantins revient quant à lui sur une unité de mercenaires méconnue, qui constitua pourtant durant plusieurs siècles l’élite de la garde rapprochée du basileus. Enfin, Tyr, le maître siège d’Alexandre rappelle fort justement que le conquérant macédonien s’avérait aussi pugnace lorsqu’il s’agissait d’assiéger une ville que lorsqu’il fallait manœuvrer sur les champs de batailles. Autant d’articles qui invitent à la curiosité intellectuelle.

 

Si le premier numéro avait fait sa une sur Napoléon – publicité du célèbre bicorne oblige – le dossier central porte ici sur l’Opération Barbarossa déclenchée en juin 1941 par Hitler contre l’URSS. Rédigé par Jean Lopez et Yasha MacLasha, ce dossier à la fois pertinent et passionnant réussit le tour de force de synthétiser en vingt-cinq pages les enjeux stratégiques et opérationnels cette offensive dantesque. Si l’on connait déjà bien sûr le dénouement militaire de cette opération, il est proprement hallucinant d’observer les quantités matérielles engagées. Au « gigantisme insensé du plan Barbarossa » correspondent des impératifs logistiques qui auront raison de la Wehrmacht, malgré sa supériorité tactique indéniable sur les troupes russes. Ce type d’article résume en lui-même la politique éditoriale de Guerres & Histoire : proposer une vulgarisation historique de très grand qualité, en appuyant le propos sur de solides références biographiques et de nombreux visuels (infographies, cartes, photos, etc.). Le seul bémol que j’aurais à formuler est la mise en page, trop surchargée à mon goût, qui pâtit de l’insert des nombreuses définitions et encarts explicatifs contextualisant le texte.  On me répondra que la vulgarisation est à ce prix, dont acte. Quoi qu’il en soit, avec cent-dix pages de lecture il y a là de quoi largement rassasier les passionnés d’histoire en tous genres. Déjà incontournable dès son deuxième numéro, Guerres & Histoire est un magazine qui, je l’espère, n’a pas finit de faire parler de lui.

 

 

Par Matthieu Roger


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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 20:00

Édition Joanneum / Springer WienNew York, 1998


cover shiny shapes

 

 

Le Zeughaus de Graz est une armurerie construite au XVIIe siècle par les gouvernants de la Styrie, une province frontalière d’Autriche. Devenu aujourd’hui musée, cet immense arsenal accueille une collection unique, en tous points remarquable, d’armes et d’armures datant des guerres contre les Turcs. Shiny Shapes présente l'impressionnante collection du Zeughaus grâce à de sublimes photographies, qui mettent en lumière les qualités sculpturales et les détails armoriés de ces armures et armes d’un autre âge. En face du lecteur se dressent les heaumes des chevaliers. Ces visages d’acier nous font face, côtoyant hallebardes affûtées et pistolets magnifiquement ouvragés. Les photographies pleine page de ces traces militaires confèrent à l'ouvrage tout son intérêt. En parallèle le texte explique le contexte culturel et militaire de l’époque, du Moyen Âge à la période baroque. Il témoigne des guerres qui confrontèrent les Balkans puis l’Autriche aux invasions ottomanes. Ce texte d’accompagnement est très intéressant lorsqu’il narre le développement du Saint-Empire romain germanique et l’organisation militaire des marches de Styrie, il l’est un peu moins lorsqu’il s’épanche sur le symbolisme et la portée philosophico-physiologique de l’art de la guerre. Car après tout, pourquoi extrapoler devant ces objets témoins de l’histoire ? Il n’en reste pas moins que la mise en page soignée de ce livre reflète avec brio l’aura majestueuse et presque sensuelle des pièces d’armures. Un très bel ouvrage, qu’on ne se lasse pas de feuilleter.

 

Petite précision pour les non anglophones : Shiny Shapes s’apprécie dans la langue de Shakespeare.

 


Par Matthieu Roger

 

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 16:55

Éditions L’Atalante, 2011

cover-2034.jpg

 

 

Année 2034. Décor post-apocalyptique. À cause d’une guerre nucléaire déclenchée pour un motif inconnu, l’humanité est depuis une dizaine d’année rayée de la carte. Seuls quelques milliers de rescapés ont trouvé refuge dans les tunnels du métro moscovite, évitant les radiations mortelles qui interdisent toute vie normale en surface. Et ce sans savoir si d’autres hommes, en d’autres endroits de la planète, ont réussi à survivre. Voilà donc maintenant dix ans que les survivants peuplent les tunnels du métro encore accessibles et tentent de s’organiser en une véritable société souterraine. Leur quotidien se résume au combat contre l’angoisse, les maladies, les monstres, les mutants, ainsi que des attaques psychiques provenant d’on ne sait où… D'un côté Rouges, trotskystes, néonazis, derniers démocrates, sectes et autres affidés de la Hanse se répartissent les anciennes lignes du métro, au gré des combats et des zones d’influence réservées. De l’autre certaines stations, livrées à elles-mêmes, regroupent quelques centaines d’individus, et ne sont protégés que par les seuls hérissons tchèques de leurs postes de garde. En-dessous de l’ancienne capitale de la Russie se déroule donc un jeu mortel, dont les règles s’amendent au son des balles de kalachnikovs.

 

C’est dans cette ambiance d'apocalypse que le lecteur suit l’itinéraire mouvementé de quatre personnages. Hunter est un tueur, un franc-tireur d’élite des souterrains obscurs, qui semble avoir perdu toute trace d’humanité. L’accompagne Homère, un vieillard cultivé dont l’unique préoccupation est de mettre un sens sur la fin de son existence. Ce tandem improbable croisera la route de Sacha, une jeune fille au passé dramatique, ainsi que celle de Léonid, musicien mystérieux rappelant le joueur de flûte de Hamelin.

 

Dimitri Glukhovsky renoue avec la recette qui fit de Métro 2033 un best-seller international, campant ici une humanité désœuvrée, dans un univers glauque à souhait. A l’image des évènements relatés dans le premier opus, le récit de Métro 2034 nous trimballe une nouvelle fois de station en station, au gré des pérégrinations de nos quatre protagonistes. Même s’il est parfois pénible de devoir se reporter constamment aux plans du métro – dénominations russes obligentpour suivre leurs parcours, force est d’avouer que l’atmosphère d’extinction de la civilisation est très bien rendue. Et si le rythme du scénario s’essouffle quelque peu à mi-chemin, c’est pour mieux repartir de plus belle et buter sur un dénouement final en forme de cliffangher. Rendez-vous en 2035 ?

 

 

Par Matthieu Roger

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 21:38

Éditions Tallandier, 2010

cover wagram

 

 

Wagram, à l’instar d’Austerlitz (1805) et Friedland (1807), entre dans la catégorie des batailles dites décisives. Celles qui, dans la foulée des combats, obligent l’ennemi à négocier la paix. Aboutissement de la campagne d’Autriche de 1809, il s’agit d’un choc dantesque opposant sur le champ de bataille environ 300.000 soldats. Ce qui la rend extraordinaire, au sens premier du terme, c’est l’emploi extrêmement massif que les deux camps font de l’artillerie. La grande batterie impériale, dont les gueules crachent en continu une pluie de boulets, jouera d’ailleurs un grand rôle dans l’avènement de la victoire française. D’où un véritable carnage, l’affrontement laissant plus de 50.000 hommes sur le carreau, sans compter les 18.000 prisonniers autrichiens.

 

Tout l’intérêt de ce livre est de ne pas se cantonner à la simple relation des diverses offensives et contre-offensives. Arnaud Blin, dont je vous recommande d’ailleurs l’excellent ouvrage sur la bataille d’Iéna (Éditions Perrin, 2003), prend en effet le temps de narrer la totalité de la campagne et de resituer l’affrontement dans son contexte diplomatique et stratégique. Il montre bien l’étendue de la révolution stratégique napoléonienne, qui bouleverse les modes de pensée de l’intelligentsia militaire européenne. Plus encore, il avance l’hypothèse selon laquelle Wagram serait peut-être le premier stigmate de la guerre moderne, de par le volume des troupes engagées et une puissance de feu inédite pour l’époque. Cartes à l'appui, le lecteur assiste au jeu d’échec mettant aux prises Napoléon Ier, auréolé de son invincibilité et de sa gloire militaires, à l’archiduc Charles, le propre frère du souverain autrichien, décrit par l’auteur comme « le plus bel adversaire » qui ait jamais combattu l’Empereur. Ce dernier s’est appuyé sur la mobilité supérieure de ses troupes pour fondre sur l’Allemagne puis s’emparer de Vienne. Ce qui ne l’empêche pas – une première ! – d’être culbuté par Charles à Aspern-Essling. Tirant les leçons de sa défaite, le génie napoléonien démontre une nouvelle fois son exceptionnelle aptitude à planifier chaque détail des opérations. Prélude à un enfoncement du centre ennemi, sa magistrale manœuvre d’enveloppement par les ailes, rendue possible par une audacieuse traversée du Danube, sonnera le glas des espoirs autrichiens.

 

 

Par Matthieu Roger

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 12:37

Éditions de L’Herne, 2009

cover chomsky

 

 

 

Ce livre regroupe deux interviews de Noam Chomsky, l’un des plus grands intellectuels du XXe siècle. Conduites par Jean Bricmont, professeur de physique théorique à l’université de Louvain, en 2001 et 2009, elles permettent au célèbre linguiste américain d’aborder une multitude de sujets : relations internationales, économie, nature humaine, philosophie, sciences, etc. Comme à son habitude, Chomsky se mue en pourfendeur des lieux communs, balayant les incohérences de la pensée dominante du revers de ses arguments. Pour cela il s’appuie sur ce qu’il nomme « le pari de Pascal : supposons que rien n’est possible et le pire arrivera ; supposons que l’on peut améliorer les choses, alors, peut-être, le fera-t-on ». Un optimisme de bon aloi, qui ne l’empêche pas de toujours se montrer ultra-réaliste quant à son raisonnement.  Et ce n’est pas parce qu’il se déclare à la fois socialiste et anarchiste qu’il prêche un utopisme farfelu. En effet, il définit l’anarchisme comme « une tendance de la pensée et de l’action humaines qui cherche à identifier les structures d’autorité et de domination, à les appeler à se justifier, et dès qu’elles s’en montrent incapables, à travailler à les surmonter ». Voilà un programme que Bourdieu n’aurait lui-même n’aurait pas renié.

 

Raison contre pouvoir, le pari de Pascal est un ouvrage qui ouvre multiplie les pistes de réflexion les plus salutaires. Ses deux auteurs confrontent le lecteur à sa propre méconnaissance du processus de mondialisation et de ses rouages les plus obscurs. En posant ses questions sous forme d’objections, Jean Bricmont permet à Chomsky de dénoncer les lacunes de nos démocraties occidentales, ainsi que la violence – politique, économique, militaire – qui régit actuellement le monde. S’il nous faut faire quotidiennement acte de raison, c’est pour mieux remettre en cause le discours médiatique à tendance monopolistique des élites intellectuelles. Cette contestation des autorités traditionnelles réclame une révolution altermondialiste que Chomsky appelle de tous ses vœux. Non pas une révolution par la violence, mais une révolution par et pour la démocratie, basée sur le refus des mass media et des logiques aliénantes mises en place par les grands de ce monde. Et Chomsky de mettre en avant, à plusieurs reprises, les très pertinentes thèses de Karl Polanyi et Pierre Kropotkine. Le premier a montré comment le marché capitaliste d’État a dû surmonter de nombreuses résistances avant de devenir la doxa internationale. Le second postule que l’« aide mutuelle » est un facteur primordial dans l’évolution du genre humaine, et que celle-ci tendait naturellement vers l’anarchisme communiste. Capacité de résistance et foi dans le réformisme, voilà deux leitmotivs qui devraient constituer les axiomes d’une nouvelle gouvernance. À bon entendeur salut !

 


Par Matthieu Roger

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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 12:51

Éditions Gallimard, 2011

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J’avais déjà repéré Jean-Philippe Jaworski au détour d’une nouvelle, Montefellòne, publiée dans l’anthologie Rois et Capitaines (éditions Mnemos, 2009). Montefellòne était clairement la meilleure nouvelle du recueil, et je m’étais promis de garder un œil attentif sur ce jeune auteur prometteur. Gallimard ayant réédité son premier roman en format poche, autant dire que j’ai sauté sur l’occasion.

 

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : Gagner la guerre est un chef-d’œuvre. Le genre de livre qu’on ne referme qu’une fois la dernière page tournée. Une panacée contre la médiocrité littéraire. Un gant jeté à la face de tous les détracteurs de la fantasy, que l’on se doit désormais de considérer comme un genre littéraire à part entière. Ce qui impressionne, c’est le style d’écriture de l’auteur, haut en couleurs, fourmillant de néologismes, aussi brillant dans ses descriptions qu’efficace dans la peinture des caractères humains. Jean-Philippe Jaworski manie la langue française comme un sculpteur manie son burin. À coups vifs et mordants, pour un rendu des plus artistiques où l’on sent la jouissance de l’écriture poindre à chaque phrase. On retrouve cette truculence du verbe dans la façon dont s’exprime le héros, don Benvenuto Gesufal, qui nous narre ici son histoire. Assassin de la guilde des Chuchoteurs au service du podestat de la République de Ciudalia, Leonide Ducatore, sa science de l’épée l’a rendu maître dans l’art d’éliminer les ennemis politiques de son employeur. Atout hors pair mais simple pion sur l’échiquier diplomatique, Benvenuto aura à affronter moult péripéties et coups bas pour espérer – peut-être – sauver sa peau.

 

Gagner la guerren’est pas un roman comme les autres, dans la mesure où les intrigues politiques du Vieux Royaume viennent s’enrichir d’une réflexion sous-jacente sur les sciences politiques et l’art de diriger. Ce n’est pas innocemment que Jaworski cite Napoléon Bonaparte et Nicolas Machiavel en préambule : d’emblée le ton est donné. On peut d’ailleurs comprendre le personnage de Leonide Ducatore comme une incarnation du pragmatisme machiavélien. Entre les mains des puissants, les espions, assassins, spadassins et autres sicaires ne sont que des leurres et des outils. Benvenuto le dit lui-même : « Notre destin, c’était de gagner la guerre, quitte à détruire ce que nous croyions défendre. C’est pourquoi je devais me lever, empoigner mes armes et anéantir la famille Mastigia. » (p. 926). Et l’auteur d’introduire chaque nouveau chapitre par une citation, convoquant des autorités aussi diverses et variées que Jean de La Bruyère, Molière, Sophocle, Yourcenar, Julien Gracq, François Villon ou Sartre. Nicolas Giffard, hérault du septième chapitre, notifie au lecteur cet art de la guerre qui fait force de loi en République de Ciudalia (p. 343) :

 

« La tactique peut être définie comme étant l’ensemble des moyens permettant de parvenir à un ou plusieurs objectifs préalablement déterminés par la stratégie. Ces deux formes de pensées sont indissociables.

Un plan stratégique ne peut être réussi sans le calcul précis des coups, sans le jeu tactique, et inversement des coups tactiques qui se succèdent sans lien logique et aboutissent généralement à une mauvaise position.

(…) L’instrument préféré du tacticien est la combinaison, suite des coups provoquant des répliques féroces. »

 

Gagner la guerre a obtenu en 2009 le prix Imaginales du meilleur roman français de fantasy. Totalement mérité !

 


Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite