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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 12:51

Éditions Gallimard, 2011

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J’avais déjà repéré Jean-Philippe Jaworski au détour d’une nouvelle, Montefellòne, publiée dans l’anthologie Rois et Capitaines (éditions Mnemos, 2009). Montefellòne était clairement la meilleure nouvelle du recueil, et je m’étais promis de garder un œil attentif sur ce jeune auteur prometteur. Gallimard ayant réédité son premier roman en format poche, autant dire que j’ai sauté sur l’occasion.

 

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : Gagner la guerre est un chef-d’œuvre. Le genre de livre qu’on ne referme qu’une fois la dernière page tournée. Une panacée contre la médiocrité littéraire. Un gant jeté à la face de tous les détracteurs de la fantasy, que l’on se doit désormais de considérer comme un genre littéraire à part entière. Ce qui impressionne, c’est le style d’écriture de l’auteur, haut en couleurs, fourmillant de néologismes, aussi brillant dans ses descriptions qu’efficace dans la peinture des caractères humains. Jean-Philippe Jaworski manie la langue française comme un sculpteur manie son burin. À coups vifs et mordants, pour un rendu des plus artistiques où l’on sent la jouissance de l’écriture poindre à chaque phrase. On retrouve cette truculence du verbe dans la façon dont s’exprime le héros, don Benvenuto Gesufal, qui nous narre ici son histoire. Assassin de la guilde des Chuchoteurs au service du podestat de la République de Ciudalia, Leonide Ducatore, sa science de l’épée l’a rendu maître dans l’art d’éliminer les ennemis politiques de son employeur. Atout hors pair mais simple pion sur l’échiquier diplomatique, Benvenuto aura à affronter moult péripéties et coups bas pour espérer – peut-être – sauver sa peau.

 

Gagner la guerren’est pas un roman comme les autres, dans la mesure où les intrigues politiques du Vieux Royaume viennent s’enrichir d’une réflexion sous-jacente sur les sciences politiques et l’art de diriger. Ce n’est pas innocemment que Jaworski cite Napoléon Bonaparte et Nicolas Machiavel en préambule : d’emblée le ton est donné. On peut d’ailleurs comprendre le personnage de Leonide Ducatore comme une incarnation du pragmatisme machiavélien. Entre les mains des puissants, les espions, assassins, spadassins et autres sicaires ne sont que des leurres et des outils. Benvenuto le dit lui-même : « Notre destin, c’était de gagner la guerre, quitte à détruire ce que nous croyions défendre. C’est pourquoi je devais me lever, empoigner mes armes et anéantir la famille Mastigia. » (p. 926). Et l’auteur d’introduire chaque nouveau chapitre par une citation, convoquant des autorités aussi diverses et variées que Jean de La Bruyère, Molière, Sophocle, Yourcenar, Julien Gracq, François Villon ou Sartre. Nicolas Giffard, hérault du septième chapitre, notifie au lecteur cet art de la guerre qui fait force de loi en République de Ciudalia (p. 343) :

 

« La tactique peut être définie comme étant l’ensemble des moyens permettant de parvenir à un ou plusieurs objectifs préalablement déterminés par la stratégie. Ces deux formes de pensées sont indissociables.

Un plan stratégique ne peut être réussi sans le calcul précis des coups, sans le jeu tactique, et inversement des coups tactiques qui se succèdent sans lien logique et aboutissent généralement à une mauvaise position.

(…) L’instrument préféré du tacticien est la combinaison, suite des coups provoquant des répliques féroces. »

 

Gagner la guerre a obtenu en 2009 le prix Imaginales du meilleur roman français de fantasy. Totalement mérité !

 


Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Fictions
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite