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19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 17:00

Coédition Passés composés & Ministère des Armées, 2019

 

 

En lançant en 2019 cette nouvelle collection Mondes en guerre, les éditions Passés composés et le Ministère des Armées se jettent un immense défi, à savoir « explorer la diversité des pratiques guerrières sur tous les continents depuis la préhistoire jusqu'à nos jours ». Rien de moins ! L’enjeu est donc de taille encyclopédique, avec deux premiers tomes respectivement dédiés à la période allant de la préhistoire jusqu’à la fin du Moyen Âge et à celle entre le XVe et le XIXe siècles. Deux prochains tomes viendront compléter ce panorama, l’un consacré aux guerres impériales et mondiales (publication prévue en mai 2020), l’autre aux conflits contemporains. C’est sur le premier opus que porte aujourd’hui notre regard.

 

Découpé en sept grandes parties intitulées Naissance de la guerre, L’Orient et les Grecs, L’évolution de la guerre, L’heure de Rome, La guerre dans un monde en transformation, L’Occident médiéval et Les Orients médiévaux, c’est celui qui couvre de loin la chronologie la plus large. Sept cents pages au cours desquelles dix historiens abordent les différentes armées et révolutions militaires. Le tout sous la direction de Giusto Traina, dont nous avions publié sur ce site une chronique de son excellent ouvrage Carrhes, 9 juin 53 av. J.-C. – Anatomie d’une défaite. Rehaussée par la magnifique iconographie rassemblée par Anne Mensior, les auteurs proposent ici un voyage fouillé à travers les siècles, retraçant l’évolution des tactiques militaires, de la littérature stratégique et poliorcétique, de l’armement, des conflits interethniques et interétatiques, et ce dans une perspective s’exonérant de tout européo- ou occidentalo-centrisme. L’occasion notamment de déplacer notre focale au Moyen-Orient et en Asie, où les guerres furent toutes aussi atroces et des empires tout aussi étendus qu’autour du bassin méditerranéen. Ghengis Khan et Tamerlan en sont deux des exemples les plus célèbres. L’occasion également de revenir sur des entités politiques ayant compté dans l’histoire de notre monde et pourtant aujourd’hui méconnues, à l’instar de l’empire byzantin (395-1453) ou encore la dynastie des Song en Chine (960-1279). Un panorama gigantesque à mettre entre les mains de toute personne intéressée par l’histoire militaire, qui démontre à quelle point l’histoire de notre humanité s’est forgée essentiellement à travers la violence permanente des logiques guerrières.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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3 mars 2019 7 03 /03 /mars /2019 14:42

Éditions Actes Sud, 2015

 

 

Conquistadors est un livre phénoménal, une sorte d'inéluctable descente aux enfers, où le sublime se mêle constamment à l'abject. Oscillant entre histoire, biographie et fiction, Éric Vuillard y narre la conquête de l'Empire inca par les troupes espagnoles de Francisco Pizarre, en 1532. Il narre la boue des ravines, les jungles inextricables, les morts putrides, les morions délavés par le temps. Il narre le soleil accablant, le choc des civilisations, l'appât inextinguible de l'or, les momies profanées. Il narre la trahison, la folie, les massacres sauvages, la guerre civile. Éric Vuillard déroule ainsi devant les yeux ébahis du lecteur une incroyable odyssée, dont la légende confine constamment au tragique. Sa plume est magistrale, lumineuse et tranchante comme le glaive. Elle ne renie aucune bassesse humaine, contant ces gloires espagnoles à l'aune du sang qu'elle déversèrent par torrents. Francisco Pizarre, ses deux demi-frères, ses lieutenants Hernando de Soto et Sebastian de Belalcazar et leur poignée de soldats traversent les Andes telles des chimères guidées par d'innommables obsessions. Conquistadors c'est Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog distillé en littérature. Conquistadors c'est un livre qu'on lit en un souffle et qui nous laisse pantois, éreinté. Telle une lente agonie. Brûlante. Sublime. Époustouflante. Brutale. Un roman incontournable.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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23 mars 2018 5 23 /03 /mars /2018 17:16

Dacres éditions, 2014

 

 

 

Publié par les éditions Dacres au sein de leur collection Mémorial de Verdun, qui a pour but de "contribuer au travail de mémoire effectué par le Mémorial au travers de récits, témoignages, études et essais", cet ouvrage revient sur les quatre années de combats acharnés qui défigurèrent la crête des Éparges, tout au long du premier conflit mondial. Nicolas Czubak, professeur d'histoire, et Pascal Lejeune, spécialiste de cette zone des Hauts de Meuse située non loin de Metz et de Verdun, font ici oeuvre d'historiens pour revenir à hauteur d'hommes, au coeur des boyaux de sape, des tranchées et entonnoirs de mines. Quatre ans au cours desquels soldats français et allemand s'écharpèrent pour quelques arpents de terrain, démontrant par là-même que la guerre de positions caractéristique de la Première Guerre mondiale n'était rien d'autre qu'une ineptie stratégique doublée d'une ineptie tactique, sans parler du désastre moral incarné par cette boucherie humaine.

 

Émaillant leur récit de plans et de nombreuses photos d'époque, les deux auteurs font explicitement échos aux deux grands témoignages littéraires laissés par Maurice Genevoix avec Ceux de 14 et par Ernst Jünger avec Orages d'acier. Genevoix et Jünger, deux écrivains passés à la postérité qui, eux aussi, comme tant d'autres, combattirent aux Éparges. Livrons ici un seul chiffre qui rend compte de l'hécatombe sur la crête des Éparges : de février à avril 1915, au plus fort des combats, pas moins de 20.000 hommes furent fauchés ou faits prisonniers pour la possession de cet éperon long de 1800 mètres et large de 800 mètres. Un chiffre hallucinant venant corroborer l'horreur des cadavres pulvérisés mélangés à la boue, sous le feu roulant et abrutissant des obusiers en tous genres. Après une telle lecture, difficile d'oublier ce qu'un chroniqueur allemand du 37e Reserve Infantiere Regiment, resté anonyme, rédigeait pendant la guerre en contemplant l'horizon mosellan : "Il n'y a aucun endroit sur le front de l'Ouest où beauté et horreur, vie florissante et mort crue se touchent si étroitement."

 

 

Par Matthieu Roger

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 16:01

Dacres éditions, 2016

 

Émilien Frey est un officier de carrière titulaire d'une maîtrise d'histoire et diplômé en administration économique et sociale, également ancien instructeur à Saint-Cyr Coëtquidan. Un solide bagage académique et professionnel qui lui permet aujourd'hui de présenter L'invention politique de l'événement, ouvrage dans lequel il explore la connexion entre l'événement et la construction d'une nouvelle idéologie politique viable. Partant de la campagne d'Égypte menée au Proche-Orient par les troupes françaises en 1798-1799, il démontre que cet événement extraordinaire pour l'époque, à savoir la projection navale sur un terrain extérieur très lointain de trente-sept mille hommes, à laquelle succéda plusieurs victoires terrestres ultra médiatisées en France, constitua le terreau sur lequel Bonaparte put fonder son régime impérial. Considérant la bataille des Pyramides, lors de laquelle les Mamelouks vinrent s'empaler par milliers sur les carrés français, comme le "paroxysme symbolique" de cette nouvelle dynamique élaborée par Bonaparte, il en dégage l'originalité, que ce soit en termes de force symbolique, de portée médiatique, d'opportunité politique, de légitimité militaire, ou encore d'influence propagandaire. Ou pour le dire autrement, "l'objectif ultime est bien de mettre en évidence que la guerre par la rupture qu'elle implique et la bataille par son originalité novatrice permettent à un nouveau pouvoir d'installer une idéologie qui justifiera les changements politiques modifiant alors en profondeur la structure de la société" (page 16).

Mais ce qui est d'autant plus intéressant de la part d'Émilien Frey, c'est qu'il replace cette "rupture idéologique" dans le cadre d'une analyse des méthodes historiographiques. Son souci permanent de la synthèse, transparaissant dans l'emploi de sources historiques de natures très diversifiées, pose un regard passionné et critique de l'étude de l'événement en histoire. La première partie ainsi que la conclusion de l'ouvrage tracent ainsi une frontière contrifuge entre l'approche en tendances lourdes de l'École des Annales et ce qu'on appelle communément l'histoire-batailles. Et l'auteur d'insister plus sur le poids lourd de conséquences que confère l'interprétation commune d'un événement que sur les caractéristiques intrinsèques de celui-ci. En cela il réussit parfaitement à nous convaincre que la victoire des Pyramides et a fortori l'expédition d'Égypte jouèrent un rôle fondamental dans l'édification de la légende napoléonienne.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 09:29

Éditions Actes Sud, 2011

 

 

 

L’oncle eut son Waterloo, le neveu sa défaite de Sedan. Août 1870, l’historien Nicolas Chaudun brosse la débâcle de l’armée française devant la Prusse et ses alliés. Napoléon III, perclus de douleurs à cause de ses calculs rénaux, subit les assauts de militaires jaloux et prétentieux. Rien ne fonctionne en cet été brûlant. Les coqs chantent mais la logistique bismarckienne engloutit les péripéties de groupes d’armées désorganisés ; sans estafettes, sans informations, ils se cherchent sans jamais se trouver. Les Gaulois sont dans la plaine quand les Bavarois les tiennent en joue. Tout est perdu au bout d’une virée folle entre Sambre et Meuse, alors que le fantôme de Bazaine s’est enfermé dans Metz.

 

D’une plume vive et féroce, l’auteur tient la troupe et ses chefs dans un kaléidoscope effarant : sueur, sang, charges, flux et reflux incessants et toujours l’épée dans les reins, l’Empire s’écroule en deux mois. C’est l’été, tout est perdu : drapeau blanc quand l’Empereur pisse du sang, alors qu’Eugénie intrigue à Paris. Le couple impérial tire sa révérence dans une capitale isolée. La France voit désormais son destin face à face. Désastre, souffrances, l’abîme accueille cette tranche d’histoire hallucinée.

 

L’été en enfer a reçu le Prix de l’Académie des sciences morales et politiques.

 

 

Par Frédéric Roger

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 14:20

Éditions Tallandier, 2007

 

 

 

 

Pétain : été 1945. Nuremberg : hiver 1945. Eichmann : 1961. Trois procès retentissants de l’après Seconde guerre mondiale, médiatisés dans le monde entier. Les plus hauts dignitaires militaires placés sur le banc des accusés pour répondre de leurs crimes. Des hommes face au jugement de l’Histoire.

 

Le Français Jospeh Kessel, qui fut également un romancier hors pair – je vous recommande notamment la lecture de Fortune carrée (1932) et Le Lion (1958) – fut un des meilleurs reporters du XXe siècle. Comme indiqué en quatrième de couverture, voilà un journaliste qui couvrit, entre autres, « les guerres civiles irlandaise et espagnole, les premières tensions en Palestine, les vols transsahariens de l’Aéropostale comme la traite négrière en mer Rouge. » Dans Jugements derniers il dresse le portrait d’accusés qui ne semblent pas mesurer la portée de leurs actes passés, tout simplement parce que la lâcheté est devenue depuis longtemps leur unique guide. Qu’il s’agisse de Philippe Pétain, le maréchal de la collaboration avec Hitler, des Nazis de Nuremberg, reponsables en quelques années de plusieurs dizaines de millions de morts, ou bien encore d’Adolf Eichmann, le pourvoyeur des camps d’extermination, le pathétique de ces puissants déchus se mêle constamment à l’abjection des crimes et au tragique de la situation. Les comptes rendus journalistiques de Kessel se concentrent sur l’attitude et les visages de ceux que l’on sait par avance condamnés. Il narre avec concision et vivacité les arguties et débats houleux qui font ressurgir l’innommable dans l’enceinte de ces trois tribunaux. Mais les passages les plus saisissants de ces chroniques juridiques sont deux duels, celui opposant Paul Reynaud au général Weygand lors du procès Pétain, et celui opposant le procureur Hausner à Eichmann. Là sourde une haine réciproque, à la fois impalpable et explosive. Et que dire de ce fou rire commun saisissant à Nuremberg Ribbentrop et Goering au souvenir de leur complot pour annexer l’Autriche ? Un fou rire démoniaque…

 

 

 

Par Matthieu Roger

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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 19:40

Éditions des Équateurs, 2016

 

 

 

En 2007 Jean-Paul Kauffmann se rend avec sa famille dans l’enclave russe de Kaliningrad, pour y assister aux commémorations du deux-centième anniversaire de la terrible bataille d’Eylau. Comptant 950.000 habitants et parfois appelée « petite Russie », Kaliningrad est aujourd’hui la terre russe la plus occidentale, séparée de la Russie par la Lituanie. Cette situation géographique particulière, couplée à ses origines prussiennes historiques, toujours prégnantes, et à la mémoire réactivée d’Eylau, en font cette « outre-terre » qui marqua irrémédiablement l’auteur.

 

Outre-Terre alterne les chapitres où Kauffmann décrit son périple à Kaliningrad, entre anecdotes familiales et rencontres avec d’autres férus de l’Empire, et ceux où il narre l’évolution de cette bataille qui, deux-cents ans auparavant, mit aux prises l’armée française conduite par Napoléon avec les troupes russes et prussiennes commandées par Bennigsen. Longtemps indécis, à tel point que certains historiens russes contestent encore la victoire à la Pyrrhus des Français, Eylau fut un des plus grands charniers de l’histoire militaire impériale. La gigantesque charge de cavalerie emmenée par Murat, regroupant plusieurs milliers de cavaliers, est notamment restée dans les annales. Cependant Outre-Terre n’est pas du tout le récit d’un voyage qui se voudrait hagiographique ou au service de la légende napoléonienne. L’auteur, à travers les recherches qu’il mène inlassablement sur l’ex-champ de bataille, entame en quelque sorte un voyage initiatique confrontant les traces du passé (le clocher d’une église, une plaine inchangée, une carte ancienne, etc.) au récit généré par la mémoire collective. « Pour quelles raisons un combat livré il y a deux cents ans, primitif par son choc, frontal, archaïque même, a-t-il retentit chez moi aussi profondément ? Une bataille en plus, genre stigmatisé entre tous ! La communauté nationale a cessé de vibrer à de tels souvenirs. L’événement n’a pas besoin d’être revisité ou réactualisé par l’historiographie. Pour une bonne raison : il est devenu insignifiant. N’y a-t-il pas des faits contemporains autrement plus tragiques et parlants qui mériteraient de résonner davantage chez un homme comme moi né au mitan du XXe siècle ? » (p. 153-154) Hanté par des bataillons de figures oubliées, ce n’est donc pas pour rien que cet ouvrage se trouve empli de références au Colonel Chabert de Balzac ainsi qu’au film éponyme réalisé en 1994 par Yves Angelo. « En fait on est venus ici pour Chabert. Ton histoire… C’est cela que tu cherches. » assène en guise de diagnostic son fils aîné à Kauffmann.

 

 

Par Matthieu Roger

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 08:53

Éditions Economica, 2015

 

 

 

Après Ishiwara, l’homme qui déclencha la guerre (Éd. Armand Colin, 2012), qui retraçait le parcours emblématique du général japonais ultranationaliste Ishiwara Kenji durant l’entre-deux-guerres, Bruno Birolli s’attaque ici à la bataille la plus célèbre du conflit russo-japonais de 1904-1905. Le siège par l’Armée Impériale de la seconde plus importante base navale russe de la côte orientale, après Vladivostok, constitue le climax de ce conflit meurtrier. Meurtrier car le siège coûta aux Japonais rien moins que 60.000 morts (130.000 morts sur l'ensemble de la guerre) ! Ces pertes énormes malgré la victoire sont à mettre en parallèle du bilan russe, dont la garnison et la flotte de Port-Arthur furent tout simplement rayées de la carte. Bruno Birolli nous narre avec précision et clarté ces mois de siège sanglants (8 février 1904-5 janvier 1905), de manière synthétique mais jamais lacunaire, tout en revenant sur les tenants et aboutissants diplomatiques de cette guerre. Car la victoire japonaise de Port-Arthur est une déflagration internationale retranscrite par tous les grands médias occidentaux de l’époque, qui dilatera pour plusieurs décennies le nationalisme militariste nippon dans des accès de grandiloquence belliqueuse.

 

Le plus intéressant, selon moi, sont les conclusions que l’auteur tire de cette gigantesque bataille. Pour la première fois peut-être de toute l’histoire militaire, c’est l’artillerie qui devient l’acteur majeur des combats. L’infanterie, préfiguration du premier conflit mondial, se trouve désormais désarmée face aux barrages de feu dressés par les obus, shrapnels et mitrailleuses. La topographie elle même devient mouvante, en témoigne ces collines complètement transformées en d’informes et monumentaux monceaux de terre, gravas et cadavres mêlés. L’industrialisation et la mécanisation systématiques de la guerre, entrevues lors de la Guerre de Sécession, sont définitivement en marche. Ainsi l’auteur n’a-t-il pas peur d’affirmer dès la page 8 : « du point de vue de l’histoire militaire, le 20e siècle commence en 1904 devant Port-Arthur ». Seule l’aviation est encore alors absente des équations militaires.

 

Port-Arthur 1904-1905 est un livre dont je vous recommande sans hésiter la lecture.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 11:00

Bimensuel édité par Mondadori France

 

 

Cela faisait longtemps que nous n’étions pas revenus sur ce site sur les publications du très bon magazine Guerres & Histoire. Focus aujourd’hui sur le numéro 24 du mois d’avril, dont le dossier principal est consacré à l’armée française de 1943-1945. Une question passionnante, surtout au vu de l’étrange amalgame qu’il fallut déployer au cours des opérations de libération de l’Europe entre Forces Françaises Libres mises sur pied par le Général de Gaulle, troupes d’Afrique du Nord souvent vichystes, ou bien encore Forces Françaises de l’Intérieure issues de la Résistance. Les différents articles de Nicolas Aubin, Julie Le Gac, Benoit Bihan, Claire Miot et Patrick Bouhet narrent la complexe intégration de ces forces interarmes, aux capacités d’action fort diverses, au conflit mondial. Singulièrement plurielle, l’armée française combattant aux côté des Alliés doit de plus constamment négocier son approvisionnement matériel, technique et logistique auprès des Américains, sans oublier la lutte en coulisses entre de Gaulle et Giraud pour le commandement en chef de tous les effectifs engagés au combat. Cette subordination matérielle et opérationnelle de l’armée française ne l’empêcha pas de se joindre au concert des nations victorieuses en 1945 et de démontrer, tant en Afrique, en France, en Italie qu’en Allemagne, des qualités tactiques et manœuvrières indéniables.

Autre dossier incontournable de ce numéro 24 de Guerres & Histoire, celui consacré à la pensée stratégique de Clausewitz. Benoit Bihan, dans ce second volet d’étude, présente six idées majeures du stratégiste prussien : la « formule » ou l’irruption de la politique, les notions de guerre absolue et de guerre réelle, la triade passion / intelligence créative / raison, l’importance des forces morales, la friction ou brouillard de guerre, et l’avantage conféré au combattant défenseur. Six idées-forces extraites du célèbre De la guerre, dont Clausewitz lui-même ne considérait comme véritablement achevé que le premier chapitre de la première partie. L’occasion de bien comprendre, comme le dit Benoit Bihan, pourquoi « il y a bien un avant et un après Clausewitz ».

Je reste par contre assez déçu par le papier consacré par Patrick Bouhet à « Waterloo, la bataille des sept erreurs », qui s’en tient à ressasser ce que la vulgate historique nous sert depuis bien longtemps au sujet de cette bataille mythique. Si notre lecteur avisé a soif de batailles, qu’il se reporte plutôt sur l’excellent article d’Éric Tréguier sur l’affrontement gréco-perse de Marathon, triomphe de la des hoplites athéniens sur les 50.000 soldats de Darius. Cette victoire grecque, entrée dans la légende grâce aux trente-huit kilomètres parcourus en six heures par les Athéniens pour retourner protéger les murs de leur cité, n’empêchera cependant pas le fils de Darius, Xerxès, de revenir dix ans plus tard brûler l’Acropole…

 

Par Matthieu Roger

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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 09:27

Éditions Gallimard/Julliard, 2013 (1ère édition en 1964)

 

 

Attention, contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre, Azincourt n’est pas un livre sur la bataille du même nom mais un livre sur la guerre aux XIVe et XVe siècles. Philippe Contamine, médiéviste reconnu et spécialiste de l’histoire militaire française à cette période, établit ici une synthèse du déroulement de la guerre de Cent Ans entre la bataille de Maupertuis (ou bataille de Poitiers, 1356) et celle d’Azincourt (1415), de ses enjeux et de ses répercussions sur la noblesse et le peuple. Il revient notamment sur les nombreuses chevauchées anglaises qui ravagèrent les provinces du Roi de France, l’impact de ces pillages à répétition – conjugués à ceux des routiers et sinistres grandes compagnies – sur la population et l’économie du pays, les techniques de combat, les armes employées, etc. De fait, le récit de la bataille d’Azincourt, peut-être la défaite française la plus retentissante de tout le conflit avec celle de Crécy en 1346, n’occupe que les dix dernières pages de l’ouvrage. Décimée par les archers gallois et anglais, la chevalerie française y est, en ce 25 octobre 1415, littéralement massacrée. Notons toutefois qu’Henri V, du fait de la taille relativement réduite de son armée, ne tirera de cette victoire aucun avantage stratégique décisif. Il rejoint d’ailleurs sa place forte de Calais après l’issue des combats.

Ce qu’il faut à mon sens retenir, c’est que la Guerre de Cent Ans a provoqué l’apparition des armées royales permanentes. Et comme le pointe du doigt l’auteur, l’établissement à travers l’Europe de ces armées permanentes eut d’importantes conséquences. « Il a donné naissance, en marge de la noblesse, à un nouveau groupe social et professionnel. Il a contribué au durcissement de la guerre, devenue à la fois plus intelligente, plus complexe et cruelle. Il a modifié le caractère des relations internationales. » (p. 29)

 

Philippe Contamine appuie en grande partie son expertise sur les fameuses Chroniques de Froissart, porte-parole de la classe chevaleresque ayant eu pour ambition de raconter toutes les guerres entre l’avènement d’Edouard III et la mort de Richard II (1327-1400). C’est pourquoi Azincourt se compose majoritairement de retranscriptions modernes de textes de l’époque. Cette présence récurrente du vieux français indisposera certains lecteurs, là où d’autres n’y verront qu’un souci d’authenticité des plus bienvenus. Un glossaire situé en fin d’ouvrage nous aide à appréhender cette langue française oubliée, que je trouve pour ma part savoureuse et truculente. Présents également en appendices une chronologie de la guerre de Cent Ans, une généalogie des dynasties anglaise et française des Plantagenêts et Valoi, une note sur les monnaies, une bibliographie, ainsi qu’un index des noms cités.

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite