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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 09:29

Éditions Actes Sud, 2011

 

 

 

L’oncle eut son Waterloo, le neveu sa défaite de Sedan. Août 1870, l’historien Nicolas Chaudun brosse la débâcle de l’armée française devant la Prusse et ses alliés. Napoléon III, perclus de douleurs à cause de ses calculs rénaux, subit les assauts de militaires jaloux et prétentieux. Rien ne fonctionne en cet été brûlant. Les coqs chantent mais la logistique bismarckienne engloutit les péripéties de groupes d’armées désorganisés ; sans estafettes, sans informations, ils se cherchent sans jamais se trouver. Les Gaulois sont dans la plaine quand les Bavarois les tiennent en joue. Tout est perdu au bout d’une virée folle entre Sambre et Meuse, alors que le fantôme de Bazaine s’est enfermé dans Metz.

 

D’une plume vive et féroce, l’auteur tient la troupe et ses chefs dans un kaléidoscope effarant : sueur, sang, charges, flux et reflux incessants et toujours l’épée dans les reins, l’Empire s’écroule en deux mois. C’est l’été, tout est perdu : drapeau blanc quand l’Empereur pisse du sang, alors qu’Eugénie intrigue à Paris. Le couple impérial tire sa révérence dans une capitale isolée. La France voit désormais son destin face à face. Désastre, souffrances, l’abîme accueille cette tranche d’histoire hallucinée.

 

L’été en enfer a reçu le Prix de l’Académie des sciences morales et politiques.

 

 

Par Frédéric Roger

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 14:20

Éditions Tallandier, 2007

 

 

 

 

Pétain : été 1945. Nuremberg : hiver 1945. Eichmann : 1961. Trois procès retentissants de l’après Seconde guerre mondiale, médiatisés dans le monde entier. Les plus hauts dignitaires militaires placés sur le banc des accusés pour répondre de leurs crimes. Des hommes face au jugement de l’Histoire.

 

Le Français Jospeh Kessel, qui fut également un romancier hors pair – je vous recommande notamment la lecture de Fortune carrée (1932) et Le Lion (1958) – fut un des meilleurs reporters du XXe siècle. Comme indiqué en quatrième de couverture, voilà un journaliste qui couvrit, entre autres, « les guerres civiles irlandaise et espagnole, les premières tensions en Palestine, les vols transsahariens de l’Aéropostale comme la traite négrière en mer Rouge. » Dans Jugements derniers il dresse le portrait d’accusés qui ne semblent pas mesurer la portée de leurs actes passés, tout simplement parce que la lâcheté est devenue depuis longtemps leur unique guide. Qu’il s’agisse de Philippe Pétain, le maréchal de la collaboration avec Hitler, des Nazis de Nuremberg, reponsables en quelques années de plusieurs dizaines de millions de morts, ou bien encore d’Adolf Eichmann, le pourvoyeur des camps d’extermination, le pathétique de ces puissants déchus se mêle constamment à l’abjection des crimes et au tragique de la situation. Les comptes rendus journalistiques de Kessel se concentrent sur l’attitude et les visages de ceux que l’on sait par avance condamnés. Il narre avec concision et vivacité les arguties et débats houleux qui font ressurgir l’innommable dans l’enceinte de ces trois tribunaux. Mais les passages les plus saisissants de ces chroniques juridiques sont deux duels, celui opposant Paul Reynaud au général Weygand lors du procès Pétain, et celui opposant le procureur Hausner à Eichmann. Là sourde une haine réciproque, à la fois impalpable et explosive. Et que dire de ce fou rire commun saisissant à Nuremberg Ribbentrop et Goering au souvenir de leur complot pour annexer l’Autriche ? Un fou rire démoniaque…

 

 

 

Par Matthieu Roger

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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 19:40

Éditions des Équateurs, 2016

 

 

 

En 2007 Jean-Paul Kauffmann se rend avec sa famille dans l’enclave russe de Kaliningrad, pour y assister aux commémorations du deux-centième anniversaire de la terrible bataille d’Eylau. Comptant 950.000 habitants et parfois appelée « petite Russie », Kaliningrad est aujourd’hui la terre russe la plus occidentale, séparée de la Russie par la Lituanie. Cette situation géographique particulière, couplée à ses origines prussiennes historiques, toujours prégnantes, et à la mémoire réactivée d’Eylau, en font cette « outre-terre » qui marqua irrémédiablement l’auteur.

 

Outre-Terre alterne les chapitres où Kauffmann décrit son périple à Kaliningrad, entre anecdotes familiales et rencontres avec d’autres férus de l’Empire, et ceux où il narre l’évolution de cette bataille qui, deux-cents ans auparavant, mit aux prises l’armée française conduite par Napoléon avec les troupes russes et prussiennes commandées par Bennigsen. Longtemps indécis, à tel point que certains historiens russes contestent encore la victoire à la Pyrrhus des Français, Eylau fut un des plus grands charniers de l’histoire militaire impériale. La gigantesque charge de cavalerie emmenée par Murat, regroupant plusieurs milliers de cavaliers, est notamment restée dans les annales. Cependant Outre-Terre n’est pas du tout le récit d’un voyage qui se voudrait hagiographique ou au service de la légende napoléonienne. L’auteur, à travers les recherches qu’il mène inlassablement sur l’ex-champ de bataille, entame en quelque sorte un voyage initiatique confrontant les traces du passé (le clocher d’une église, une plaine inchangée, une carte ancienne, etc.) au récit généré par la mémoire collective. « Pour quelles raisons un combat livré il y a deux cents ans, primitif par son choc, frontal, archaïque même, a-t-il retentit chez moi aussi profondément ? Une bataille en plus, genre stigmatisé entre tous ! La communauté nationale a cessé de vibrer à de tels souvenirs. L’événement n’a pas besoin d’être revisité ou réactualisé par l’historiographie. Pour une bonne raison : il est devenu insignifiant. N’y a-t-il pas des faits contemporains autrement plus tragiques et parlants qui mériteraient de résonner davantage chez un homme comme moi né au mitan du XXe siècle ? » (p. 153-154) Hanté par des bataillons de figures oubliées, ce n’est donc pas pour rien que cet ouvrage se trouve empli de références au Colonel Chabert de Balzac ainsi qu’au film éponyme réalisé en 1994 par Yves Angelo. « En fait on est venus ici pour Chabert. Ton histoire… C’est cela que tu cherches. » assène en guise de diagnostic son fils aîné à Kauffmann.

 

 

Par Matthieu Roger

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 08:53

Éditions Economica, 2015

 

 

 

Après Ishiwara, l’homme qui déclencha la guerre (Éd. Armand Colin, 2012), qui retraçait le parcours emblématique du général japonais ultranationaliste Ishiwara Kenji durant l’entre-deux-guerres, Bruno Birolli s’attaque ici à la bataille la plus célèbre du conflit russo-japonais de 1904-1905. Le siège par l’Armée Impériale de la seconde plus importante base navale russe de la côte orientale, après Vladivostok, constitue le climax de ce conflit meurtrier. Meurtrier car le siège coûta aux Japonais rien moins que 60.000 morts (130.000 morts sur l'ensemble de la guerre) ! Ces pertes énormes malgré la victoire sont à mettre en parallèle du bilan russe, dont la garnison et la flotte de Port-Arthur furent tout simplement rayées de la carte. Bruno Birolli nous narre avec précision et clarté ces mois de siège sanglants (8 février 1904-5 janvier 1905), de manière synthétique mais jamais lacunaire, tout en revenant sur les tenants et aboutissants diplomatiques de cette guerre. Car la victoire japonaise de Port-Arthur est une déflagration internationale retranscrite par tous les grands médias occidentaux de l’époque, qui dilatera pour plusieurs décennies le nationalisme militariste nippon dans des accès de grandiloquence belliqueuse.

 

Le plus intéressant, selon moi, sont les conclusions que l’auteur tire de cette gigantesque bataille. Pour la première fois peut-être de toute l’histoire militaire, c’est l’artillerie qui devient l’acteur majeur des combats. L’infanterie, préfiguration du premier conflit mondial, se trouve désormais désarmée face aux barrages de feu dressés par les obus, shrapnels et mitrailleuses. La topographie elle même devient mouvante, en témoigne ces collines complètement transformées en d’informes et monumentaux monceaux de terre, gravas et cadavres mêlés. L’industrialisation et la mécanisation systématiques de la guerre, entrevues lors de la Guerre de Sécession, sont définitivement en marche. Ainsi l’auteur n’a-t-il pas peur d’affirmer dès la page 8 : « du point de vue de l’histoire militaire, le 20e siècle commence en 1904 devant Port-Arthur ». Seule l’aviation est encore alors absente des équations militaires.

 

Port-Arthur 1904-1905 est un livre dont je vous recommande sans hésiter la lecture.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 11:00

Bimensuel édité par Mondadori France

 

 

Cela faisait longtemps que nous n’étions pas revenus sur ce site sur les publications du très bon magazine Guerres & Histoire. Focus aujourd’hui sur le numéro 24 du mois d’avril, dont le dossier principal est consacré à l’armée française de 1943-1945. Une question passionnante, surtout au vu de l’étrange amalgame qu’il fallut déployer au cours des opérations de libération de l’Europe entre Forces Françaises Libres mises sur pied par le Général de Gaulle, troupes d’Afrique du Nord souvent vichystes, ou bien encore Forces Françaises de l’Intérieure issues de la Résistance. Les différents articles de Nicolas Aubin, Julie Le Gac, Benoit Bihan, Claire Miot et Patrick Bouhet narrent la complexe intégration de ces forces interarmes, aux capacités d’action fort diverses, au conflit mondial. Singulièrement plurielle, l’armée française combattant aux côté des Alliés doit de plus constamment négocier son approvisionnement matériel, technique et logistique auprès des Américains, sans oublier la lutte en coulisses entre de Gaulle et Giraud pour le commandement en chef de tous les effectifs engagés au combat. Cette subordination matérielle et opérationnelle de l’armée française ne l’empêcha pas de se joindre au concert des nations victorieuses en 1945 et de démontrer, tant en Afrique, en France, en Italie qu’en Allemagne, des qualités tactiques et manœuvrières indéniables.

Autre dossier incontournable de ce numéro 24 de Guerres & Histoire, celui consacré à la pensée stratégique de Clausewitz. Benoit Bihan, dans ce second volet d’étude, présente six idées majeures du stratégiste prussien : la « formule » ou l’irruption de la politique, les notions de guerre absolue et de guerre réelle, la triade passion / intelligence créative / raison, l’importance des forces morales, la friction ou brouillard de guerre, et l’avantage conféré au combattant défenseur. Six idées-forces extraites du célèbre De la guerre, dont Clausewitz lui-même ne considérait comme véritablement achevé que le premier chapitre de la première partie. L’occasion de bien comprendre, comme le dit Benoit Bihan, pourquoi « il y a bien un avant et un après Clausewitz ».

Je reste par contre assez déçu par le papier consacré par Patrick Bouhet à « Waterloo, la bataille des sept erreurs », qui s’en tient à ressasser ce que la vulgate historique nous sert depuis bien longtemps au sujet de cette bataille mythique. Si notre lecteur avisé a soif de batailles, qu’il se reporte plutôt sur l’excellent article d’Éric Tréguier sur l’affrontement gréco-perse de Marathon, triomphe de la des hoplites athéniens sur les 50.000 soldats de Darius. Cette victoire grecque, entrée dans la légende grâce aux trente-huit kilomètres parcourus en six heures par les Athéniens pour retourner protéger les murs de leur cité, n’empêchera cependant pas le fils de Darius, Xerxès, de revenir dix ans plus tard brûler l’Acropole…

 

Par Matthieu Roger

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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 09:27

Éditions Gallimard/Julliard, 2013 (1ère édition en 1964)

 

 

Attention, contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre, Azincourt n’est pas un livre sur la bataille du même nom mais un livre sur la guerre aux XIVe et XVe siècles. Philippe Contamine, médiéviste reconnu et spécialiste de l’histoire militaire française à cette période, établit ici une synthèse du déroulement de la guerre de Cent Ans entre la bataille de Maupertuis (ou bataille de Poitiers, 1356) et celle d’Azincourt (1415), de ses enjeux et de ses répercussions sur la noblesse et le peuple. Il revient notamment sur les nombreuses chevauchées anglaises qui ravagèrent les provinces du Roi de France, l’impact de ces pillages à répétition – conjugués à ceux des routiers et sinistres grandes compagnies – sur la population et l’économie du pays, les techniques de combat, les armes employées, etc. De fait, le récit de la bataille d’Azincourt, peut-être la défaite française la plus retentissante de tout le conflit avec celle de Crécy en 1346, n’occupe que les dix dernières pages de l’ouvrage. Décimée par les archers gallois et anglais, la chevalerie française y est, en ce 25 octobre 1415, littéralement massacrée. Notons toutefois qu’Henri V, du fait de la taille relativement réduite de son armée, ne tirera de cette victoire aucun avantage stratégique décisif. Il rejoint d’ailleurs sa place forte de Calais après l’issue des combats.

Ce qu’il faut à mon sens retenir, c’est que la Guerre de Cent Ans a provoqué l’apparition des armées royales permanentes. Et comme le pointe du doigt l’auteur, l’établissement à travers l’Europe de ces armées permanentes eut d’importantes conséquences. « Il a donné naissance, en marge de la noblesse, à un nouveau groupe social et professionnel. Il a contribué au durcissement de la guerre, devenue à la fois plus intelligente, plus complexe et cruelle. Il a modifié le caractère des relations internationales. » (p. 29)

 

Philippe Contamine appuie en grande partie son expertise sur les fameuses Chroniques de Froissart, porte-parole de la classe chevaleresque ayant eu pour ambition de raconter toutes les guerres entre l’avènement d’Edouard III et la mort de Richard II (1327-1400). C’est pourquoi Azincourt se compose majoritairement de retranscriptions modernes de textes de l’époque. Cette présence récurrente du vieux français indisposera certains lecteurs, là où d’autres n’y verront qu’un souci d’authenticité des plus bienvenus. Un glossaire situé en fin d’ouvrage nous aide à appréhender cette langue française oubliée, que je trouve pour ma part savoureuse et truculente. Présents également en appendices une chronologie de la guerre de Cent Ans, une généalogie des dynasties anglaise et française des Plantagenêts et Valoi, une note sur les monnaies, une bibliographie, ainsi qu’un index des noms cités.

 

 

Par Matthieu Roger

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 15:52

Éditions Belin, 2013

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L’Individu et la Guerre est le dernier ouvrage en date d’Hervé Drévillon, dont nous avions d’ailleurs déjà chroniqué sur ce blog Batailles, publié en 2007. Dans L’Individu et la Guerre, l’historien se lance un défi plutôt ambitieux : retracer au sein de l’Armée française le rôle conféré au soldat, à l’individu combattant, et ce depuis la Renaissance jusqu’à la Première Guerre mondiale. La période à traiter s’avère donc extrêmement large, et suppose une analyse très fine des évolutions du commandement et des attentes tactiques portées sur le simple fantassin. Au final l’auteur relève sans coup férir le pari, même si l’on pourrait lui reprocher un manque de verve et d’allant dans le style d'écriture, ce qui pourrait rebuter certains lecteurs.

 

Il commence fort à propos son panorama historique en s’appuyant sur les leçons tirées de L’art de la guerre de Machiavel. Il rappelle combien le Florentin occupa une place importante lorsqu’il s’agit de rendre à l’État sa place de grand ordonnateur de la force armée. L’État, en endossant cette responsabilité, doit au soldat « un contrat noué dans la pratique et dans la préparation de la guerre. (…) La guerre était affaire du gouvernement, mais elle mobilisait des individus que l’État devait reconnaître en tant que tels. » (p. 10) Toutes les théories édictées ensuite au sujet de l’emploi du soldat découlent de ce paradoxe : comment exploiter au mieux les capacités combattantes propres à chaque unité tactique tout en cherchant un contrôle optimal des masses ? C’est ce rapport ambivalent entre initiative personnelle du soldat, qui aboutira par exemple à la création de tirailleurs, et la sujétion du soldat à une stratégie qui le dépasse, décidée par l’état-major, qui caractérise pendant des siècles les traités sur la guerre. Il n’est alors pas étonnant que la Révolution française, en se réclamant du modèle du citoyen-soldat rempli d’ire patriotique, exacerbe encore plus le rapport entre la politique et la guerre dont Clausewitz devint le plus célèbre vulgarisateur. Ce rapport formait en effet « véritablement un système en articulant un régime politique (la République), une stratégie (la défense agressive du territoire), un art opératif (le "système des opérations" défini par Carnot), une tactique (le soldat en tirailleur et en colonne) et un statut du soldat (régime disciplinaire, lois sur l’avancement). » (p. 206) Si Napoléon transcenda ces principes pour bâtir une des armées les plus puissantes de tous les temps, c’est bien cet amalgame entre nation en arme et soldat-patriote que l’on retrouve à la veille de la Première Guerre mondiale, lorsque les tenants de l’offensive à outrance s’apprêteront à lancer le grand massacre de conscrits de la France, au nom du sacrifice mystique de l’homme pour sa Nation.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 23:29

Arte Éditions & Futuropolis, 2014

 

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C’est un défi vraiment pas banal que s’est lancé Joe Sacco : réaliser une fresque dessinée de plusieurs mètres peignant le lancement de la grande offensive britannique de la Somme, le 1er juillet 1916. Futuropolis et Arte Éditions se sont associés pour permettre l’édition de ce projet, avec aujourd’hui la publication de ce livre panorama dont la frise illustrée mesure rien moins que sept mètres de long. Joe Sacco revendique la célèbre tapisserie de Bayeux comme inspiration formelle, d’où une imbrication fondue enchaînée de plans et de perspectives divergentes, réalisée plutôt brillamment. Le coup de crayon, uniquement en noir et blanc, rappelle quant à lui les illustrations réalisée par Jean-Claude Le Guillou pour Versailles – Histoire du château des rois (Éditions Deux Coqs d’or, 1997). Le panorama déplié se veut à la fois descriptif et narratif, puisqu’il relate toutes les séquences de cette journée du 1er juillet 1916 : balade matinale du général en chef Sir Douglas Haig, manœuvres des troupes jusqu’aux tranchées, pilonnages d’artillerie, attaques en lignes vers les positions allemandes, rapatriements des morts et des blessés. On pourra regretter le caractère quelque peu naïf des illustrations de Joe Sacco, qui ne marche à l’évidence pas dans un traitement ultra-réaliste à la Tardi. De même, le choix du noir et blanc peut être lui aussi questionné, une colorisation aurait selon moi donné plus de force à son dessin. Néanmoins l’exercice de reconstitution minutieux auquel se prête l’auteur a le mérite de retracer de manière fidèle le quotidien du troupier de la Première Guerre mondiale. Un livret rédigé par l’historien américain Adam Hochschild vient compléter l’ouvrage, où l’on trouve un texte de présentation éclairant sur les circonstances de ce drame qui vit près de 20.000 hommes fauchés en une seule journée, ainsi qu’une légende des différentes planches de la frise illustrée. Bref, à défaut de constituer un futur incontournable de votre bibliothèque historique, La grande guerre – Le premier jour de la bataille de la Somme s’avère être un objet très original, présenté dans un coffret à la finition soignée.

 

Un aperçu de ce travail de Joe Sacco est visible ICI.

 

 

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 13:51

Éditions Gallimard, 2012

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Dans cet ouvrage, Jean-Louis Brunaux, directeur de recherches au CNRS et spécialiste de la Gaule antique, tente de comprendre pourquoi la bataille d’Alésia est devenue l’un des événements les plus emblématiques de notre histoire nationale. Pourquoi cette bataille, qui mit aux prises en -52 av. J.-C. les légions de Jules César à une armée composite, mosaïque des peuples de toute la Celtique, a-t-elle acquis une portée si symbolique dans la mémoire collective ? Au vu de cette problématique, ce n’est donc pas un hasard si les éditions Gallimard ont décidé de publier ce livre au sein de leur collection « Les journées qui ont fait la France ».

 

Afin d’appréhender dans toute sa globalité le climax que constitue Alésia, l’auteur scinde son propos en quatre grands chapitres : « L’événement », « La Gaule indépendante », « La Conquête », « La légende ». En procédant ainsi, il tord le cou à certaines idées reçues. Non, l’armée gauloise assiégée dans l’oppidum d’Alésia ainsi que l’immense armée de renfort envoyée à son secours ne formaient pas une armée nationale. Bien que formées suite aux décisions du « Conseil de toute la Gaule », celles-ci avaient à leur tête plusieurs chefs ; Vercingétorix n’en était que la figure de proue. Non, à l’issue de la victoire romaine, toute la Gaule n’était pas pacifiée. Il faudra encore plusieurs années de guerre à César pour pouvoir revendiquer toute la Gaule, hors provinces Cisalpine et Transalpine, déjà rattachées à Rome, comme province soumise à la pax romana. Il n’en reste pas moins, sur un plan purement militaire, que des dix années de proconsulat de César en Gaule Alésia est le moment où s’exprima le mieux l’art romain de la poliorcétique, en témoignent les vestiges du siège retrouvés à Alise-Sainte-Reine, en pays auxois. Sans oublier l’avantage crucial que conféra à César son réseau extrêmement performant d’espionnage et de renseignement. En effet, « le proconsul connaissait toujours suffisamment à l’avance les projets de son ennemi pour disposer ses légions en conséquence, accumuler assez de munitions, calculer le temps de résistance de ses légionnaires et ne faire intervenir la cavalerie germaine qu’au moment le plus critique, quand les Gaulois, épuisés par des heures de combat, croyant enfin à la victoire, voyaient surgir un nouvel ennemi. » (p. 132)

 

Alésia est un ouvrage captivant, parce qu’au fil des pages Jean-Louis Brunaux redessine pour nous les contours des trois grands enjeux de cette bataille mémorable : celui de la Gaule en tant qu’entité politique indépendante, celui de la conquête romaine soudain remise en question, et celui de pari périlleux de César, qui misait là rien moins que sa carrière politique. Ce dernier n’hésitera d’ailleurs pas à enjoliver les faits à son avantage dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules. Comme le dit si bien l’auteur : « pendant quelques semaines, Alésia fut le centre de la Gaule mais aussi d’un monde romain qui se muait en un empire ».

 

 

Par Matthieu Roger

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 00:00

Bimensuel édité par Mondadori France

 

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Ce nouveau numéro de Guerres & Histoire débute par l’interview choc de Sacha Volkov, ex soldat soviétique capturé par les Allemands lors de la contre-attaque sur le saillant de Koursk en 1943. Un témoignage poignant sur les horreurs de la détention en temps de guerre, le jeune homme finissant par être envoyé au sinistre camp de Buchenwald. C’est plusieurs décennies auparavant que nous ramène le photoreportage consacré à la Guerre des Boers (p. 18 à 26), conflit colonial opposant les colons du Transvaal et de l’Etat libre d’Orange aux troupes britanniques. Un conflit peu évoqué de nos jours, mais qui montre qu’avec un sens affûté de la guérilla et un armement performant de petits effectifs peuvent tenir en respect une armée entière. Le dossier central du magazine est quant à lui consacré à la guerre d’attrition que livrèrent les alliés à la Luftwaffe à partir de 1943, course à la suprématie aérienne tous les instants dont on ne parvient à prendre la mesure que devant les chiffres effarants des pertes subies par les deux camps. Voilà un aspect de la Seconde Guerre mondiale qu’il était important de rappeler, d’autant plus qu’il fut riche en enseignement stratégiques, que ce soit au niveau des tactiques de combat entre avions de chasse, bombardiers et intercepteurs, ou bien à une échelle plus globale sur les objectifs des bombardements (ciblage des lieux de production industriels ou bien de la population civile ennemie). Autre article à mettre en avant, tout aussi intéressant que les précédents, celui qu’Eitan Haddok consacre à la « Guerre du Kipppour, comment Israël s’est laissé surprendre ». Ou l’on apprend que les services secrets israéliens, pourtant fameux, commirent en 1973 des impairs qui faillirent bien redessiner la carte géopolitique du Proche-Orient. Enfin, on retiendra également la double page consacrée au nouvel ouvrage publié par Jean Lopez, Joukov – L’homme qui a vaincu Hitler (Éditions Perrin). Celui-ci, s’il s’avère à la hauteur des louanges formulées par Laurent Henninger dans sa critique, pourrait bel et bien faire référence.

 

 

Par Matthieu ROGER

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite