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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 14:02

Éditions AKILEOS, 2014

 

 

S.H.A.R.K. s’avère être l'avant-dernier de l’univers unchronique de la série Block 109, dont nous avons chroniqué toutes les précédentes bandes dessinées sur Les lectures d’Arès. Si l’on retrouve une nouvelle fois Vincent Brugeas au scénario et Ronan Toulhoat au storyboard, c’est cette fois-ci Ryan Lovelock qui se colle au dessin. Et force est d’avouer que l’on se régale de son talentueux coup de crayon, qui campe parfaitement l’ambiance moite et hostile du camp de détention de Rabbit Flat. Car S.H.A.R.K. se joue une nouvelle fois de la véracité historique en nous amenant en 1946, à l’heure où les forces américaines du Pacifique ont trouvé refuge en Australie et Nouvelle-Zélande, alors que de son côté le Premier ministre britannique entame des négociations secrètes avec l’Allemagne. Cette dernière a en effet pris l’avantage dans le conflit mondial qui déchire le globe. Rabbit Flat, tout droit sorti de l’imagination débordante des auteurs, n’est rien de moins que « le plus grand camp de prisonniers d’Australie regroupant près de 4000 détenus de guerre allemands, dont une majorité de SS, ainsi que des activistes du S.H.A.R.K. », nouveau parti politique australien réclamant à corps et à cris un armistice avec l’Allemagne pour concentrer l’effort de guerre national contre le Japon.

Si, comme nous l’avons dit plus haut, Ryan Lovelock s’en sort brillamment au dessin, Vincent Brugeas peine cette fois-ci à nous proposer un récit haletant. Sans aucunement parler de déception, le personnage de l’infiltré incarné par le détenu Worth n’a rien d’une folle originalité. Cependant ne faisons pas trop la fine bouche, S.H.A.R.K. poursuivant de manière plus que méritoire l’aventure graphique Block 109.

 

 

Par Matthieu Roger

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 12:11

Éditions Glénat, 2016

 

 

Joseph Joanovici est un petit malin. Mais un malin parfois trop malin. Orphelin juif originaire de Bessarabie roumaine, il débarque en France en 1925. À force d'ingéniosité et d'opportunisme, cet immigré que rien ne prédestinait aux hautes sphère devient ferrailleur, puis se taille au fil des ans une place de choix dans le commerce international des métaux. Sauf que la Seconde guerre mondiale fait tout à coup irruption, et avec elle son cortège de compromissions, d'arrangements plus ou moins louches et de coups tordus. Collaborant avec l'occupant nazi, Joseph Joanovici s'enrichit en approvisionnant le IIIe Reich en matières premières. L'orphelin juif devient milliardaire. Toujours plus retors, toujours plus prudent, bien décidé à assurer ses arrières. Puis le voilà s'associant à la résistance française, jouant un double jeu dangereux au détriment de sa vie familiale et de sa propre moralité...

 

Saluons l’initiative des Éditions Glénat d'enfin publier l'intégrale des six tomes de cette saga distillés par Fabien Nury et Sylvain Vallée entre 2007 et 2012. Voilà une bande dessinée qui donne matière à réfléchir autant qu'elle emporte le lecteur dans un récit palpitant aux multiples rebondissements. Car au-delà du destin hors normes de notre protagoniste, ce sont les périodes troubles de la guerre et de ses crimes que fouaillent les deux auteurs de leur crayon. Le dessin de Sylvain Vallée est certes loin d'être virtuose, trop classique diront certains, mais le scénario machiavélique échafaudé par son colistier Fabien Nury nous happe sans jamais nous lâcher. Collabos ? Résistants ? France passive ? Nul ne fut tout blanc, nul ne fut tout noir. Les zones d'ombres de la petite comme de la grande Histoire restent parfois encore impénétrables ou inavouables.

 

Prix de la Série au Festival d'Angoulême 2011, Il était une fois en France plaira à tout à chacun, qu'il soit ou non amateur de BD. "Criminel pour certains, héros pour d'autres... Joseph Joanovich fut tout cela, et bien plus encore." indique la quatrième de couverture. Lancez-vous sans attendre à la découverte de son extraordinaire trajectoire de vie !

 

 

 

Par Matthieu Roger

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 18:00

Pocket, 2008

 

 

Sous un format poche, les éditions Pocket nous présentent ici un recueil de contes écrits entre 1916 et 1973 par J.R.R. Tolkien. Premier tome d’une trilogie intitulée Histoire de la Terre du Milieu, les contes et poèmes y sont classés et annotés par Christopher Tolkien, fils de l’illustre auteur. Christopher Tolkien adjoint à chaque récit des explications fouillées permettant de contextualiser la narration. Il met ainsi en ordre les idées de son père et s’attache à ce que tous les contes se suivent de manière logique et chronologique, bien que certains aient été écrits sur plusieurs dizaines d’années d’écart. Ces légendes épiques narrent la création de l’univers de Tolkien, tant sur le plan géographique - la création de la Grande Terre bordée des mers extérieures, ou bien encore la plus connue Terre du milieu, où se déroulent ses plus grandes oeuvres comme Le Seigneur des Anneaux et Le Hobbit - que sur le plan anthropologique - l’arrivée et l’évolution des différents peuples vivant sur ces terres. En s’inspirant de la mythologie mais aussi de l’époque à laquelle vécut l’auteur, notamment la Première Guerre mondiale qui le marqua profondément, J.R.R. Tolkien nous transporte dans un monde ancestral, héroïque et magique.

Malgré quelques difficultés à me plonger dans ce recueil à cause du style d’écriture et d’une narration plutôt complexes (phrases parfois traduites en vieux français, nombreux personnages parachutés au cours du récit sans présentation préalable, héros aux noms multiples, etc.), les contes et poèmes s’enchaînent et m’ont complètement immergé au coeur d’histoires épiques. Un livre plutôt réservé aux mordus de l’univers tolkienien, dont je suis désormais avide de connaître tous les aboutissants.

 

 

Par Nathan Godin

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 10:48

Éditions Mnémos, 2017

 

 

Le sénéchal Philippe Gardeval est bel et bien, comme qui dirait, dans la panade. Non seulement la cité fortifiée de Lysimaque, capitale du royaume de Méronne, se retrouve assiégée par une armée nombreuse et impressionnante, mais son roi est désormais visé par des comploteurs aussi déterminés qu'indétectables. Sans compter que les autres hauts personnages de la cour, s'ils lui rendent bien en faconde, sont loin de posséder son intelligence et sa clairvoyance. Et ce n'est pas le balourd chancelier Othon de Ligias qui dément ce constat. L'état d'urgence sourde au coin de chaque corridor, et Philippe de Gardeval est loin d'imaginer toutes les sombres péripéties qui vont s'abattre sur loin au cours des prochains jours.

 

Grégory da Rosa signe avec ce premier roman une histoire qui à la fois nous captive et séduit par la qualité de son écriture. À l'instar d'un Jean-Philippe Jaworski dont nous avons maintes fois salué la qualité de l'oeuvre littéraire, il parsème son récit de termes issus du vieux français, rehaussant l'univers médiéval de Lysimaque d'une teinte colorée fort réjouissante. À l'heure où la guerre pointe le bout de son nez et où les forces magiques peuvent se déchaîner sans aucun préavis, l'auteur fait naviguer son héros au milieu d'intrigues de palais ayant tout d'un poker menteur des plus mortels. Le lecteur ne sait rapidement plus à quel saint se vouer, au sens propre comme au sens figuré !

 

Ce premier tome sera fort heureusement suivi d'une suite, que j'attends avec impatience tant la chute finale augure de bouleversements trépidants. Bravo à Grégory da Rosa d'avoir réussi à camper ce Sénéchal si original. Revivifiant !

 

 

 

Par Matthieu Roger

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 17:12

Actes Sud, 2015

 

Les Adieux à l'Empire est une grande fresque romanesque qui nous replonge au cœur de l'épopée impériale du début du XIXe siècle. Le narrateur et protagoniste, Des Ronans, est un hussard ; homme de guerre, certes, mais également fin lettré, adepte de la philosophie et des maximes stratégiques de Sun Tzu. « Lorsque Sun Tzu écrivit les versets de L’Art de la guerre, il y a des milliers d’année, l’armée était bien différente de celle d’aujourd’hui mais l’Empereur se préoccupe toujours de concentrer la masse de rupture sur un point donné et de frapper au moment le plus opportun qu’il crée par l’utilisation des autres masses… » (p. 75) C'est son destin extraordinaire que déroule Olivier Barde-Cabuçon au fil de ce récit aussi passionnant qu'haletant. Un destin qui emmène le lecteur aux quatre coins de l'Europe, des guérillas d'Espagne aux mornes plaines enneigées de Russie, en passant par Vienne assiégée ou bien encore les charniers d’Eylau. « On ne peut pas appréhender la stratégie de l’Empereur si on ne comprend pas que celui-ci débute toujours ses campagnes par un coup vite joué et d’une importance décisive. Ensuite, Napoléon se sert de l’avantage obtenu pour frapper un nouveau coup puis un autre, plaçant chaque fois son gain sur un seul numéro jusque la banque affolée saute. » (p. 394) En filigrane des campagnes napoléoniennes, on marche à la rencontre des états d'âme de Des Ronans, personnage attachant qui n'a de cesse de remettre en cause le sens de sa vie, de ses actions, de ses convictions, de ses amitiés, de ses amours. Avec en second plan la présence de ceux qui détermineront le chemin de sa destinée : Beau Geste, Daphné, La Lune, Della Roca, Spalazini. Autant d'amis, plus ou moins mystérieux, qui l'obligeront à questionner son éternelle fuite en avant vers la mort.


Olivier Barde-Cabuçon signe là une fiction accomplie, qui nous transporte au milieu de la gloire tragique d'une époque fameuse. Il allie avec talent le souffle romanesque à l’épopée militaire, pour peindre au cours ces Adieux à l'Empire des trajectoires de vie hautes en couleurs, que l'on n'oublie pas de sitôt une fois la dernière page de l'ouvrage refermé. Grandiose et émouvant.

 

 

Par Matthieu Roger

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 18:31

Pygmalion, 2016

 

Quinze ans après sa désormais fameuse saga de L’Assassin Royal, Robin Hobb nous ramène aux côtés d’Umbre, du Fou et de Fitz Chevalerie, pour de nouvelles aventures aux ramifications complexes et passionnantes. En nous proposant cette nouvelle série de romans intitulée Le Fou et l’Assassin, dont En quête de vengeance constitue le troisième opus (quatre tomes parus à ce jour), Robin Hobb démontre une nouvelle fois son talent à faire avancer pas à pas une narration dense, fouillée et très travaillée, où l’approfondissement de la psychologie des protagonistes est toujours privilégiée. Certains lecteurs pourront peut-être ressentir une certaine lenteur dans le développement de l’intrigue, mais ce parti-pris extrêmement psychologique, rehaussé par le fait que les deux locuteurs de l’histoire s’expriment à la première personne, confère une profondeur sans pareille à la peinture du Royaume des Six-Duchés et de la politique de sa famille régnante, les Loinvoyants. Robin Hobb s’affirme ici définitivement comme une auteure de fantasy majeure, sans la plus douée de ce début de XXIe siècle avec G.R.R. Martin et son épopée du Trône de Fer.

 

Dans En quête de vengeance, Fitz a complètement abandonné le rôle du dotaire Blaireau qu’il endossait dans sa propriété provinciale de Flétribois, pour redevenir aux yeux de tous le prince Fitz Chevalerie Loinvoyant, membre officiel de la maison royale. Mais lorsque son ami bien-aimé le Fou, au bord de la mort, fait de nouveau irruption dans sa vie, et que sa fille Abeille est subitement enlevée par d’obscurs étrangers au teint albinos, qui pourrait présager un seul instant de l’avenir qui le guette ? À la fois secondé par ses amis de toujours, et en même temps affecté par le poids de son destin solitaire et de ses responsabilités de père, notre héros aiguise dans l’ombre sa vengeance. Sans pour autant toujours comprendre les tenants et aboutissants de l’Art, cette magie propre aux Loinvoyants souvent utile mais ô combien dangereuse !

 

 

Par Matthieu Roger

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 13:32

La Boîte à Bulles, 2016

 

 

 

User ses pompes sur le pavé, augmenter ses pulsations cardiaques, transpirer de tous ses pores, cracher ses poumons... tout un programme loin d'être une sinécure ! C'est pourtant celui que nous propose Sébastien Samson dans son ouvrage Le Marathon de New York à la petite semelle.

Rien ne prédestinait Sébastien, professeur de dessin à l'existence rangée, à quitter le confort de ses chaussons pour une paire de chaussures de sport ! C'était sans prendre compte les aléas du quotidien tels qu'un dîner entre amis... Mis de côté par sa femme et ses convives passionnés de course à pied, l'enseignant, afin de prendre part aux discussions, décide sans trop réfléchir de les suivre dans leur dernière lubie : participer au célèbre Marathon de New York. Est-ce dans le but de se prouver qu'il en est capable ou simplement de répondre aux railleries concernant son laisser-aller et ses quelques kilos en trop ? Lui-même n'en est pas vraiment sûr, mais ce sera une bonne occasion de visiter « La Grosse Pomme » et il ne peut désormais plus reculer s'il ne veut pas être la risée de son entourage... Fini l'alcool, le tabac et les matières grasses ! À partir de maintenant, commence un entraînement solitaire et laborieux le long de la côte normande où il peine à boucler ses dix minutes de footing. Peu habitué à cette débauche d’énergie, son organisme grippé doit apprendre à s'adapter aux changements de rythme et à l'effort physique. Afin de se transcender durant l'exercice, il digresse, dialoguant avec lui-même et s'imaginant un monde l'aidant à repousser ses limites : celui d'une colonie de travailleurs à l’intérieur de son corps qui s'active au fonctionnement de la mécanique. Lorsque le grand jour arrive, Sébastien n'est pas certain d'être prêt... Néanmoins, avec sa femme et leur couple d'amis, les voilà sur le point de s’élancer sur les quarante-deux kilomètres de parcours. Les jambes suivent la foulée dans la douleur et les yeux découvrent la ville avec ravissement : le Bronx, le Queens, Brooklyn, Chinatown, l'Hudson River, l'imposante statue de la Liberté, les buildings majestueux, le bruit, la foule...

En 192 pages, l'auteur, à la fois protagoniste principal, scénariste et dessinateur, nous propose un récit atypique abordant la persévérance, la force mentale et le dépassement de soi qu'il lui a fallu pour progresser pas après pas. Il nous décrit, avec humour, cette aventure humaine en nous immergeant dans l'intimité de ceux qui courent jusqu'à la rupture. À chaque case, le lecteur cavale à ses côtés, partageant ses émotions, ses succès, ses échecs et ses réactions physiologiques face à l'effort.

À travers un dessin épuré, spontané et expressif, en noir et blanc, Sébastien Samson, en évoquant ce passage de sa vie, nous offre une visite détaillée de la plus grande ville des États-Unis. Il appuie son propos avec un trait rapide, proche de la caricature, pour ses personnages et un graphisme plus minutieux concernant les décors dans lesquels ils évoluent.

Cette histoire, touchante par sa sincérité et ses anecdotes cocasses, saura ravir les aficionados de la course à pied aussi bien que les athlètes de canapé !

 

 

 

Par KanKr

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 14:34

Les Editions de la Cerise, 2016

 

 

Le monde de la piraterie, des chasses au trésor et des batailles navales a peuplé nos imaginaires de bambins, puis nous avons grandi et oublié nos rêves... Jeremy A. Bastian, lui, est resté un enfant. Ce deuxième tome de La fille du capitaine pirate témoigne de son enracinement à l'âge de l'innocence et des chimères.

Depuis qu'elle a quitté Port Elisabeth, en Jamaïque, à la recherche de son père, la fille maudite du capitaine pirate a écumé les mers d'Omerta. L’intrépide insouciante les a parcourues aussi bien par-dessus que par-dessous, croisant des forbans, d’improbables monstres marins et autres créatures fantastiques dont certaines deviendront ses compagnons de route. Elle poursuit sans relâche sa quête homérique pour retrouver celui dont elle ne connaît ni le nom ni le visage : un obscur paternel que ses rencontres lui apprendront être l'un des plus redoutés corsaires des océans.

 

Jeremy A. Bastian explore le monde des songes, errant dans l'extravagance d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll tout en succombant à l'appel du large, à l'image de L’île au trésor de Robert Louis Stevenson. Il fait fi des conventions, écrivant au gré de ses fantasmes, contant ce que son esprit lui dicte lorsqu'il digresse dans l'imaginaire. Univers unique, ambiance poétique, langage truculent, protagonistes loufoques... sa plume a décidément l'inspiration débordante !

D'un point de vue graphique, l'ouvrage est tout aussi atypique que le scénario. L'auteur se joue des normes habituellement utilisées dans la bande dessinée : agencement des cases, jeu continuel avec le décor et l'histoire, sens de lecture, textes serpentant autour des dessins... Les cases n'ont presque aucune légitimité ici tant elles semblent contraignantes... les mots et les images s'évadent à chaque page ! Jeremy A. Bastian a opté pour une illustration proche de la gravure, un lettrage original et un noir et blanc sobre, mais fourmillant d'éléments afin de nourrir son propos. Un régal pour les yeux !

Ne vous attendez cependant pas à une lecture rapide... Il faut revenir sur l’œuvre et les détails pour en apprécier toute la profondeur !

Voilà une suite confirmant tout le talent de Jeremy A. Bastian ! Cette fable irrationnelle, riche et addictive, sentant le fer, la poudre et l'eau salée, est un bijou qui vient trouver une place de choix dans la collection de la petite maison d'édition de la Cerise. Vivement l'épilogue de cette aventure dans le troisième et dernier volet !

 

 

Par KanKr

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 17:14

Rue de Sèvres, 2016

 

 

 

Les aiguilles tournant, laissant leurs stigmates sur les visages et altérant le moral, voici le sujet développé par Juan Díaz Canales dans Au fil de l'eau. Une fois n'est pas coutume, le scénariste de Blacksad et du dernier Corto Maltese s'installe derrière les crayons, sans pour autant délaisser sa plume. En tant qu'auteur complet, il nous propose un récit original, de la forme au fond !

Dans les années 2000, alors que la crise économique fait des ravages en Europe dans les rangs des plus démunis, Madrid n'échappe pas à la règle. Au milieu de cette ambiance morose, une bande d'octogénaires, partagée entre ennui du quotidien et convoitise de revenus supplémentaires, se découvre une passion pour le trafic d'objets volés. De petits profits qui ne leur servent pourtant pas à améliorer l’ordinaire, mais à miser sur leurs parties de cartes. On se demande néanmoins si cette activité illicite n'est pas un simple jeu de provocation envers l'ordre établi de la part de ces seniors, compagnons de lutte, qui ont défendu la liberté dans les années trente. Cependant, malgré leur sérénité de surface, ils portent un lourd secret qui pourrait expliquer la disparition des membres du groupe les uns après les autres, assassinés dans d'obscures circonstances…

 

L'auteur nous dépeint un portrait amer de l'Espagne contemporaine traînant les fantômes de son passé comme un fardeau : le franquisme, le militantisme anarchiste, la pauvreté ou encore la mise à l'écart des anciens. Il aborde avec finesse, tendresse et une sombre poésie, la place du troisième âge dans notre société, l'emprise de l'horloge qui défile, les conflits de générations, l'esprit de contradiction et la fracture sociale. Des problématiques aussi universelles qu'intimes ! Comme le sous-entend le titre de l'ouvrage : l'eau suit toujours le sens du courant, tout comme l'homme suit celui du temps. On ne retourne jamais en arrière...

Si le scénario se révèle incontestablement subtil et profondément humaniste, le dessin n'en est pas moins d'une exquise efficacité ! Le choix du noir et blanc s'avère judicieux dès les premières cases, renforçant l'aspect austère du propos. Son trait, quant à lui maîtrisé, léger et très expressif, nous offre une galerie de personnages aux visages burinés par l'existence auxquels le lecteur s'identifie rapidement.

 

Indéniablement, à travers ce polar atypique et grinçant, Juan Díaz Canales affirme ses talents de conteur et instaure ceux de dessinateur ! Il nous enseigne une leçon de vie tout simplement belle et émouvante.

À lire et savourer !

 

 

Par KanKr

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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 08:18

La boîte à bulles, 2016

 

 

 

De l'Inde, chacun a déjà entendu parler du Gange, du Taj Mahal, de Bollywood ou de Gandhi, fleurons du pays le faisant rayonner dans le monde. Moins nombreux sont ceux qui connaissent les Adivasis, peuple indigène pacifique. Et pour cause ! Comme partout, derrière la vitrine se cache toujours ce qui n'est pas présentable...

À travers Adivasis meurtris – L'agonie d'un peuple autochtone en Inde, Eddy Simon et Matthieu Berthod ont choisi d'évoquer l'une de ces faces sombres de l'Inde.

Sujets de cet ouvrage, les Adivasis sont des aborigènes de l'Inde habitant quasiment en autarcie, à l'écart de la civilisation, dans les régions reculées du territoire. Si leur nombre est estimé à cent millions, ils constituent une minorité de la population. Au sein d'un système social organisé en castes, ils se retrouvent souvent recensés avec les intouchables, l’échelon le plus bas de la hiérarchie. Considérés par la société comme des primitifs, ils sont méprisés et exploités par les classes supérieures. Avec l'avènement du XXIe siècle, leur situation empire. D'une part, le gouvernement, via ses milices, s'approprie leurs terres, pille les richesses qui s'y trouvent et permet à l'industrie de s'y implanter sans vergogne. D'autre part, les rebelles maoïstes (les naxalites), sous couvert de les défendre, s'opposent à l'État avec violence. Au milieu d'une guerre pour laquelle ils n'ont pris aucun parti, les Adivasis vont devenir le dommage collatéral d'une lutte sans concessions se déroulant dans l'ignorance générale.

Pour illustrer leur propos, les auteurs ont opté pour un séquençage de cases en noir et blanc ayant rarement de liens entre elles. Ils utilisent l'image pour mettre en avant les situations développées tout au long du récit, laissant primer le scénario sur le dessin. Plus qu'une bande dessinée, Eddy Simon et Matthieu Berthod nous offrent ici un documentaire graphique instructif qui s’intéresse à un thème très peu exploré.

Voici une œuvre, soutenue par Amnesty International, qui ne doit pas sombrer dans l'oubli !

 

 

Par KanKr

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite