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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 02:28

Éditions Flammarion, 2008

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Tout le monde connaît la guerre du Péloponnèse de nom, mais peu savent quels en furent vraiment les enjeux et les acteurs. Victor Davis Hanson, spécialiste de l’Antiquité, historien militaire et professeur émérite à l’Université d’État de Californie, s’attache dans cet ouvrage à retracer l’itinéraire chaotique de vingt-sept années de guerre civile autour des cités de Sparte et d’Athènes. S’absolvant de l’impératif chronologique couramment usité, il convoque tout à tour les différents agents stratégiques du conflit : le feu, la peste, la terreur, les hoplites, les sièges, la cavalerie, les navires, les mentalités, etc. Les dates, l’enchaînement des sièges et des batailles n’interviennent qu’en toile de fond d’une synthèse globale de l’histoire militaire du Ve siècle av. J.-C. qui s’appuie sur les écrits de l’époque, et notamment sur ceux de l’historien Thucydide. La guerre du Péloponnèse raconte ainsi comment la guerre navale prit inexorablement le dessus sur les batailles rangées opposant les phalanges d’hoplites. Dépassée par de nouvelles techniques de combats protéiformes (sièges, coups de mains, raids de cavalerie, massacres de civils et de prisonniers), ce que l’auteur appelle « la logique hoplite » n’en fut pas mois « transmise aux légions romaines, survécut dans les colonnes italiennes, suisses et espagnole du Moyen Âge et les tercios des lanciers, avant d’arriver jusqu’à l’époque des armes à feu, avec la maîtrise par les Européens de l’exercice militaire et du feu de volée » (p. 182). Lutte fratricide, l’affrontement entre Sparte, Athènes et leur myriade d’alliés respectifs marque un dérèglement de ce que certains nommèrent rétrospectivement « l’âge d’or de la Grèce ». Car cette guerre, non contente de mettre à bas les murailles du Pirée et d’assujettir Sparte à l’argent perse, se résume en grande partie à une série d’actes barbares, de massacres de civils et militaires : en 431 les Platéens exécutent tous leurs otages thébains, en 430 les Péloponnésiens jettent par-dessus bord tous les Athéniens capturés, en 427 les Athéniens exécutent mille Mytiléniens, en 424 les oligarques  exécutent leurs opposants démocrates, en 423 Mendè est mise à sac et Mélos détruite en 416, en 413 des écoliers sont massacrés à Mycalesse, etc. (p. 246-247). Et je ne fais que citer quelques dates de la longue liste établie par l’auteur… Victor Davis Hanson n’a cesse de rappeler, de chapitre en chapitre, dans quelle mesure ce conflit ébranla le monde hellénique et panhéllenique. Par l’étendue des moyens et des forces engagées, la guerre du Péloponnèse est peut-être tout simplement le premier exemple de guerre totale de l’Histoire.

 

Après Le jour des barbares d’Alessandro Barebro (cf. ma critique sur ce livre), les éditions Flammarion nous proposent une nouvelle fois un ouvrage d’histoire militaire d’excellente facture. Les notes, le glossaire et la liste des personnages situés en fin de livre permettront à ceux qui le désirent d’aller plus avant dans la compréhension de cet affrontement dantesque.

 

Par Matthieu Roger

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 15:55

Éditions Verdier, 2008

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Léonard et Machiavel est l’histoire de deux hommes qui se croisent et se recroisent, tissant les grands enjeux politiques et artistiques de la seconde moitié du XVe siècle. En adoptant la forme du récit, Patrick Boucheron, historien et professeur à la Sorbonne, choisit de retracer la vie de ces deux grands noms passés à la postérité. D’un côté Léonard de Vinci, inventeur et artiste de génie, étoile filante de nombreux princes-mécènes, en quête perpétuelle d’un entendement quasi-métaphysique de la nature et de la peinture. De l’autre Nicolas Machiavel, qui pose les fondements modernes de la science politique. Dans cet ouvrage l’auteur ne s’attelle pas à une biographie conventionnelle, puisqu’il dépeint les trajectoires de Machiavel et Léonard sous forme d’un récit teinté de fiction. Au fil des pages, il suppute et réunit les indices permettant de corroborer la thèse selon laquelle les deux Italiens auraient été non seulement collaborateurs mais aussi des proches aux influences réciproques. Ce n’est pas pour rien qu’on retrouve leurs traces communes en Romagne et en Toscane, de 1502 à 1504, lorsqu’ils inspectèrent certaines forteresses et projetèrent de faire tomber la cité rebelle de Pise en endiguant le cours de l’Arno.


Patrick Boucheron fait ici travail d’historien, et il constate que trop peu d’éléments, en fin de compte, ne lui permettent d’affirmer avec certitude la connivence  mutuelle qu’il se plaît à conter. Mais comme il le dit lui-même : « sous sa forme romanesque ou théâtrale, la fiction exerce une pression si forte que les digues posées par l’historien risquent de lâcher » (p. 65). Et après tout peu lui chaut, tant la Renaissance recèle de personnages hauts en couleurs. Alors que les petits États et principautés italiennes s’affrontent à coups de condottieres, Machiavel repense l’art de la guerre et Léonard redéfinit les arts. Ils côtoient les luttes de pouvoir et les cavalcades de César Borgia, en spectateurs avertis d’un monde qui se cherche et qu’ils révolutionnent. L’histoire de Léonard et Machiavel est celle d’une période où les batailles se succèdent en permanence pour défaire et remodeler les États, où les peintres sont commandités pour la gloire du prince. Machiavel et Léonard observent ces incertitudes de la gloire à l’aune de cette indépendance d’esprit qui les caractérisera toujours. C’est tombé en disgrâce que le premier rédige Le Prince. C’est avec une fausse désinvolture que le second n’acquitte pas ses contrats. La plume de Patrick Boucheron ressuscite aux yeux du lecteur l’or et la poussière des principats italiens, il nous emmène avec Machiavel dans les coulisses de la chancellerie florentine, il nous raconte un Léonard de Vinci maniant aussi bien le pinceau que le géomètre. En cela ce livre constitue ce que devrait être tout ouvrage d’étude historique, à savoir cette invite au perpétuel voyage vécue si intensément par nos deux protagonistes.

 

Par Matthieu Roger

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 16:27

LEDUC.S Éditions, 2010

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L’Américain Robert Greene propose avec cet ouvrage un panorama exhaustif de toutes les grandes stratégies militaires. Fondant sa synthèse sur cinq grands types de psychologies militaires – la guerre contre soi-même, la guerre en équipe, la guerre défensive, la guerre offensive, la guerre non conventionnelle – il dégage ainsi ce qu’il nomme « les 33 lois de la guerre », trente-trois principes que tout chef doit absolument prendre en considération quant à ses préparatifs ou opérations militaires. Ces trente-trois axiomes font chacun l’objet d’un chapitre particulier, toujours structuré de la même manière : un très bref résumé liminaire, plusieurs exemples historiques mis en perspectives par des citations et interprétés par l’auteur, un court propos imagé (on retrouve ici la même démarche que dans Les 36 Stratagèmes, recueil déjà présenté sur ce blog), un argument d’autorité emprunté à un grand stratège, et enfin un paragraphe qui vient « a contrario » nuancer la portée universelle de la loi stratégique énoncée.


Le plus intéressant dans cette démarche à la fois analytique et synthétique, c’est que Robert Greene emprunte à toutes les époques et à tous les penseurs, se référant, entre autres, aussi bien la Guerre de Sécession qu’à la guerre du Vietnam ou qu’aux guerres helléniques, convoquant des autorités aussi diverses que Napoléon Ier, Sun Tse, Jules César, Hannibal, etc. De même, il tire certains enseignements militaires de domaines autres que la seule polémologie. Ainsi il emprunte  au cinéma (Hitchcock), à la boxe (Mohammed Ali), à la politique (Roosevelt), à la diplomatie (de Gaulle), à la peinture (Dalí), etc. Ce fourmillement de références, toujours utilisées à bon escient, captive et met en lumière l’importance de la psychologie militaire. Là où l’auteur se montre moins convaincant, c’est lorsqu’il extrapole ses axiomes militaires pour aborder la psychologie quotidienne du tout à chacun. Sa tendance à diverger vers le coaching personnel rappelle trop l’auteur de Power, les 48 lois du pouvoir et de L’Art de la séduction, et n’apportent rien à son analyse polémologique. Quoi qu’il en soit, Stratégie – Les 33 lois de la guerre constitue une mine d’informations pour quiconque voudrait se pencher plus en avant sur les arcanes de l’art de la guerre. C’est un ouvrage épais dont on peut lire un ou deux chapitres, pour ensuite le poser puis le reprendre, chaque loi étant en soit un petit traité historico-militaire.

 

En guise de conclusion, j’aimerais reprendre une citation de William Slim que l’auteur utilise pour illustrer la stratégie de la guérilla psychologique (p. 23-24). Elle décrit avec justesse les états d’âme qui peuvent à tout moment traverser l’esprit du chef de guerre : « À tel moment, songera-t-il, je me suis trompé ; à tel autre, j’ai écouté mes peurs alors que j’aurais dû être courageux ; là, j’aurais dû attendre pour me regrouper, au lieu de frapper étourdiment ; à tel moment, j’ai omis de saisir l’opportunité qui se présentait à moi." Il se rappellera les soldats qu’il a lancés dans un assaut qui a échoué, et qui ne sont pas revenus. Il se rappellera le regard de ces hommes qui lui faisaient confiance. "Je les ai trahis, se dira-t-il, et j’ai trahi mon pays !" Et il se verra tel qu’il est : un général battu. À l’heure sombre, il se rongera de questions sur la vraie nature de l’homme et du commandement. » (in. Defeat into Victory, première publication en 1959)

 

Par Matthieu Roger

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 18:19

Éditions Akileos, 2011

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On prend les mêmes et on recommence ! Après Block 109 et Étoile rouge, Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat nous offrent un nouvel album qui ne déçoit pas. On y retrouve ce coup de crayon énergique et ce goût pour l’uchronie qui font de leur binôme un des plus doués de la bande dessinée actuelle. Cette fois-ci l’histoire prend place en février 1947, au Congo, alors que les Nazis contrôlent plus des trois-quarts du continent africain. Une bande de prisonniers de droit commun est envoyée par la SS d’Heydrich afin d’éradiquer un groupuscule de résistants locaux emmenés par le général Leclerc. Les deux protagonistes d’Opération Soleil de plomb sont les deux officiers allemands chargés d’encadrer cette « task force » pas comme les autres. À travers la jungle congolaise, ils poursuivent un ennemi insaisissables, et pour cause…


Tout se savoure dans ce nouvel album. Les dessins sont magnifiques, et certaines planches m’ont parfois rappelé les couleurs intenses du film Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Le choix du papier glacé permet d’ailleurs de rehausser ces superbes coloris. Le scénario est plus riche que dans Étoile rouge : les personnages ne sont pas manichéens, plusieurs excellents rebondissements viennent rythmer le récit, et les thèmes du racisme, de l’indigénat et la haine apparaissent en filigrane. Quant à la mise en perspective historique, elle ne peut qu’enthousiasmer les passionnés d’histoire militaire. Le contexte uchronique imaginé par les deux auteurs est tragique, puisqu’il confronte l’humanité à l’hégémonie nazie et aux exactions de ses sicaires. Rappelons le postulat de départ : Hitler est assassiné en 1941 et l’utilisation de l’arme atomique par les Nazis leur a permis de prendre le contrôle de toute l’Europe et de l’Afrique. On retrouve dans Opération Soleil de plomb la lutte de pouvoir interne qui constitue la trame de Block 109, opposant les SS d’Heydrich à l’Ordre teutonique dirigé par Zytek.

 

Bravo à Vincent Burgeas et Ronan Toulhoat pour cette nouvelle réussite graphique, qui mêle intelligemment histoire et suspens narratif ! En guise d’amuse-bouche, vous pouvez admirer quelques planches de l’album ICI.

 


Par Matthieu Roger

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 18:18

Éditions Economica, 1997

cover malplaquet

 

 

À l’automne 1709, la situation militaire de la France n’est guère brillante. Affaiblies par une Guerre de Succession d’Espagne qui traîne en longueur depuis déjà huit ans, les armées de Louis XIV enregistrent en effet depuis 1704 une série de défaite qui menace les frontières du royaume. Les plus notables sont celles de Höchstädt, Turin, Ramillies, Oudenaarde, auxquelles viennent s’ajouter les récentes pertes des places-fortes de Lille et de Tournai. On comprend alors pourquoi André Corvisier  (professeur émérite à la Sorbonne et président d’honneur de la Commission Internationale d’Histoire Militaire) a choisi pour cet ouvrage le sous-titre éloquent d’« effondrement de la France évité ». Car si elle ne fut pas une victoire, la bataille de Malplaquet, en voyant à son terme les troupes royales retraiter en bon ordre après avoir infligé des pertes deux fois supérieurs à l’ennemi, redonne confiance aux Français et redore leur blason en gloire et en prestige.


En 1709, Malplaquet n’est rien d’autre qu’une trouée coincée entre deux bois et située sur la route qui se dirige vers Mons. Commandée par les maréchaux de Villars et de Boufflers, l’armée française établit une position défensive, derrière des retranchements qui courent d’un bois à l’autre, sur un terrain bocager, forestier et morcelé. Mis en confiance par leurs succès, le prince Eugène et le duc de Malborough, les deux chefs militaires de l’alliance de La Haye (Angleterre, Provinces-Unies, Empire allemand), n’hésitent cependant pas à passer à l’offensive. S’ensuit une des batailles les plus meurtrières du XVIIIe siècle, où le placement de l’artillerie et les capacités manœuvrières des bataillons d’infanterie jouent un rôle déterminant. Plusieurs heures de combats furieux sur les ailes permettent finalement au prince Eugène de percer le centre français. Après plusieurs contre-attaques aussi vaines que violentes, Boufflers, auquel Villars a passé le commandement en chef après sa blessure, fait retraiter ses troupes qui s’exécutent avec une parfaite maîtrise. André Corvisier n’a donc pas tort quand il parle de « défaite glorieuse », puisqu’elle permet à Louis XIV, sur le plan stratégique, de ne pas s’avouer vaincu et de prolonger la guerre. Les coalisés perdent à cette occasion 20.000 hommes, tribu extrêmement élevé pour l’époque, alors que les Français n’ont à déplorer « que » 10.000 hommes mis hors d’état de combattre. Que ce soit d’un côté ou de l’autre, cette « bataille d’arrêt » comme la qualifie Jean-Pierre Le Flem, met en exergue le courage et la vaillance retrouvés de troupes françaises pourtant aux abois. En cela Malplaquet mérite bien une place d’honneur dans l’Histoire nationale.

 

La bataille de Malplaquet 1709,par l’exhaustivité de ses descriptions, est un livre à réserver aux aficionados de stratégie militaire. Mais, cela étant dit, on ne peut reprocher à André Corvisier un manque de pédagogie, puisque toute une partie de l’ouvrage est consacrée à l’exposition  du contexte politique et économique de la guerre. Les lecteurs qui manquent de temps trouveront un excellent chapitre consacré à Malplaquet dans Batailles d’Hervé Drévillon (déjà chroniqué sur ce blog), voire un descriptif plus sommaire mais tout aussi intéressant de cette bataille dans le Dictionnaire Perrin des guerres et des batailles de l’histoire de France (également chroniqué sur ce blog).

 

Par Matthieu Roger

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 11:09

Éditions Ouest-France, 2009


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L’historien François Bertin a parcouru les collections de la Réunion des Musées Nationaux et a choisi d’en exhumer 111 objets symboliques, afin de ressusciter les évènements importants de l’histoire de France. L’ouvrage présente par exemple, entre autres, le trône royal de Charlemagne à Aix-la-Chapelle, une arbalète à jet ayant appartenu à Catherine de Médicis, le manuscrit de révocation de l’Édit de Nantes, le registre du procès-verbal du serment du Jeu de paume, la lame géante de la guillotine, l’un des cinq masques mortuaires de Napoléon, le micro de la BBC utilisé par le général de Gaulle lors de l’appel du 18 juin 1940… Mais ces 111 photos ne sont que le prétexte pour aborder chronologiquement les grandes pages de l’Histoire, au fil des dates, des récits et des citations qui viennent les mettre en perspective. Grâce à la multitude d’illustrations et notices proposées, ce livre réussit à nous faire voyager dans le temps. Une page, une date, une image, un fait marquant : une manière certes réductrice mais ludique et sans prétentions de réviser notre histoire nationale.

 

Par Matthieu Roger

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 17:01

Éditions Flammarion, 2010

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Andrinople est une bataille injustement méconnue car elle marque le début de la fin de l’empire romain, divisé depuis peu en deux grandes zones géopolitiques dirigées chacune par un empereur : l’empire d’Occident et l’empire d’Orient. Le 9 août 378, elle vit s’opposer les légions de l’empereur romain d’Orient, Valens, aux troupes de Goths ayant franchi le Danube et mettant à feu et à sang la province de Thrace. Non seulement les Goths menés par Frigitern l’emportèrent, mais l’infanterie et la cavalerie romaine furent décimée, et Valens périt sur le champ de bataille.

 

Dans Le jour des barbares, Alessandro Barbero, historien et romancier italien, développe le contexte militaire et politique de l’empire avant et après cette bataille décisive. Le fait est que l’empire romain, au IVe siècle, est loin de l’état de déliquescence véhiculée par nos images d’Épinal. Centré sur la Méditerranée, il s’étend de la Bretagne (l’actuelle Angleterre) jusqu’au Tigre, de la Mer Noire jusqu’à la pointe de Gibraltar, de Trèves jusqu’à Alexandrie. Les légions romaines, si elles ont abandonné l’idée de s’emparer de la Germanie depuis le désastre de Teutoburg, font régner l’ordre sur les marches de l’empire. Cependant, garantir les frontières d’un tel empire coûte cher en hommes, et l’armée romaine s’avère être de plus en plus dépendante du recrutement de contingents de barbares. Ces derniers, Germains, Goths, Francs, Alamans ou Arabes, une fois enrôlés dans l’armée, ne tardent d’ailleurs pas à se romaniser, parlent latin, grec, et se convertissent au christianisme. Cet état de fait met en exergue l’utilisation accrue, par le pouvoir impérial des masses d’immigrants venues des marches frontalières, main-d’œuvre bon marché et docile. Cette assimilation des masses dites barbares est pratiquée depuis de nombreuses décennies et est enregistrée dans le droit romain. La guerre déclenchée en Thrace par les Goths trouve son origine dans l’urgence humanitaire des populations barbares qui, pressées au nord par les coups de boutoir des raids huns, réclament aux autorités romains ce qu’on appellerait aujourd’hui « l’asile politique ». Celui-ci leur est accordé en 376, ce qui permet à des milliers de Goths de trouver refuge en Thrace. La cohabitation avec ces hordes d’immigrés débouchera rapidement sur des effusions de sang, puis sur la bataille des Saules, à l’issue indécise, et sur celle d’Andrinople, véritable désastre militaire.

 

Le jour des barbares est un ouvrage passionnant, qui met en relief les enjeux stratégiques de survie d’un empire. Dans un style vivant et très pédagogique, Alessandro Barbero nous montre comment la première tâche du pouvoir impérial devint peu à peu la gestion des flux de l’immigration barbare. Ironie du sort, c’est un général romain d’origine barbare, Alaric qui, en 410, mit Rome à sac et sonna en quelque sorte le glas de l’empire romain d’Occident.

Du même auteur je vous recommande vivement la lecture de Waterloo (éditions Flammarion, 2005), brillant récit de la bataille qui mit fin au rêve napoléonien.

 


Par Matthieu Roger

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 13:13

Éditions Perrin, 2007

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Le soleil noir de la puissance constitue le deuxième opus, après Les cent jours ou l’esprit de sacrifice publié en 2001, d’une trilogie que l’ancien Premier Ministre français Dominique de Villepin consacre depuis plusieurs années à Napoléon Ier. Dans cet ouvrage remarquablement écrit et au style enlevé, l’auteur aborde la période glorieuse de Napoléon Bonaparte, celle qui s’étend de 1796, date à laquelle remporte la campagne d’Italie, à 1807, année des victoires de Friedland et Wagram, qui confirment son hégémonie militaire sur l’Europe continentale.

Loin de se poser en hagiographe de l’Empereur, malgré l’admiration profonde qui transparaît au fil des pages pour un destin si exceptionnel, Dominique de Villepin s’attache ici à observer ce qui préfigurait déjà, durant la période d’ascension irrésistible de Napoléon, sa chute et celle de l’Empire français. Pour lui deux erreurs géostratégiques majeures ont été commises par Napoléon. Premièrement, c’est sa volonté d’appliquer un blocus continental envers l’Angleterre, décision décrétée en 1806 et de fait inapplicable étant donné l’étendue de l’espace géographique concerné. La deuxième grande erreur de Napoléon est l’hérédité conférée au nouveau régime impérial en 1804, à laquelle s’est ajoutée l’imposition de ses frères et sœurs à la tête de différents royaumes (Westphalie, Hollande, Naples, Espagne, etc.). Cette satellisation de l’Europe ne pouvait que logiquement déboucher que sur une soif de revanche inextinguible de la part des autres monarques, peu enclins à voir les concepts révolutionnaires défendus par la France bousculer l’ordre social et politique de leurs royaumes respectifs. La thèse qu’avance Dominique de Villepin est celle d’une utopie napoléonienne. Par la démesure de ses ambitions et par une suite d’erreurs politico-stratégiques flagrantes que ne pouvait éternellement compenser son génie militaire, Napoléon Bonaparte était dès le début condamné à voir échouer ses visées impériales et continentales. On se trouve là au cœur du problème existentiel du Ier Empire, à savoir le dessein napoléonien fondamentalement schizophrène de poursuivre la Révolution de 1789 tout en la parachevant par la mise en place d’un système despotique.


Le soleil noir de la puissance, grâce à son propos sans concessions, mais sans évacuer la puissance de vue et d’action de Napoléon, participe de fort belle manière au renouvellement de la littérature qui lui est consacrée depuis deux siècles. Une espèce de portrait de Dorian Gray de l’Aigle de Sainte-Hélène, en quelque sorte.

 

Par Matthieu Roger

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 17:26

Plon/Imprimerie nationale Éditions, 1996 (première publication en 1932)


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Le fil de l’épée est à l’image du visionnaire qu’était Charles de Gaulle : le verbe haut, réfutant les non dits, excluant tout compromis. S’appuyant sur trois conférences données en 1927 à l’École de guerre, devant un auditoire hostile, de Gaulle prend position contre les doctrines a priori qui gangrènent l’armée française au sortir de la Première Guerre mondiale. Pour celui qui enseigna l’histoire militaire aux élèves officiers de Saint-Cyr, il s’avère en effet inconcevable que les doctrines militaires prévalent sur les contingences de la guerre et du champ de bataille. Selon de Gaulle, à la guerre seules comptent les circonstances et les personnalités. D’où son militantisme en faveur d’un retour à l’étude du réel. En convoquant les pages plus ou moins glorieuses de l’histoire militaire française, il dénonce l’immobilisme doctrinal des états-majors et le conformisme des cadres de l’armée. Si la France s’est inclinée devant les Prussiens en 1870-71, dit-il, c’est que ses généraux s’arc-boutèrent sur la doctrine défensive des positions, alors que celle-ci interdisait, dans les faits, toute initiative. Si le conflit de 1914-1918 fut si meurtrier, c’est à cause de la doctrine de l’attaque à outrance, qui sacrifia des masses colossales de soldats lors d’offensives suicidaires. De même, de Gaulle fustige la doctrine ultra-défensive des fortifications promue après-guerre par le haut commandement français. Ce n’est pas une quelconque doctrine militaire qui doit imprégner les esprits, mais bien une farouche volonté d’adapter et de remettre constamment en cause l’ordre de bataille, en fonction des circonstances, du contexte, de l’ennemi, du terrain, du moral des troupes, etc. Bref, en ce qui concerne l’art de la guerre, rien ne doit être figé dans le marbre.

 

Cependant, pour de Gaulle, le bon chef de guerre n’est pas seulement celui qui possède le talent et l’intuition lui permettant de s’adapter aux circonstances. C’est également celui insuffle un supplément d’âme à l’action de guerre. Directement inspiré par les thèses bergsoniennes, de Gaulle défend une vision philosophique de la conduite de la guerre. Ainsi le charisme, le caractère, le prestige, la fermeté et la rectitude morale sont autant de qualités qui viennent sanctionner l’action de tout grand général en chef. Et de Gaulle de citer Alexandre, César, Napoléon, ces chefs de guerre de génie qui surent à la fois s’assurer le respect et la confiance de leurs soldats, et témoigner d’un refus constant de tout conformisme ou conservatisme doctrinal. Prophétisant le rôle qui sera le sien lors de la seconde Guerre mondiale, de Gaulle insiste sur le caractère exemplaire de l’homme providentiel ; celui qui, seul contre tous, est capable d’analyser le tourbillon des évènements à l’aune de sa force de caractère et de ses principes moraux, pour ensuite prendre les décisions qui s’imposent.

 

Comme le dit Alain Peyrefitte dans sa présentation, « la pensée qui aiguise Le fil de l’épée est une pensée en action, une pensée de terrain, empreinte de décision mais aussi d’attention aux circonstances ». Discours habité par l’idéal de grandeur de la France, elle démontre que celui qui n’était à l’époque que simple capitaine était en avance sur son temps.

 

Par Matthieu Roger

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 12:57

Éditions Raisons d’agir, 1996

sur-la-television.jpg

 

 

Sur la télévision est un court ouvrage qui regroupe la version écrite de deux cours télévisés de Pierre Bourdieu. La première partie du livre, intitulée Le plateau et ses coulisses, démonte les mécanismes de la censure invisible s’exerçant à travers le petit écran et livre quelques-uns des secrets de fabrication de ces artefacts que constituent les images et les discours télévisuels. Ensuite, dans La structure invisible et ses effets, l’auteur explique comment la télévision, qui domine le monde du journalisme, a profondément altéré le fonctionnement d’univers aussi différents que ceux de l’art, de la littérature, de la philosophie ou de la politique, et même de la justice ou de la science. Tout en mettant en lumière la logique de l’audimat, c'est-à-dire de la soumission démagogique aux exigences du plébiscite commercial. Ainsi s’ouvre une réflexion profondément lucide sur la télévision en tant que pouvoir symbolique à l’échelle d’un pays, la France, mais aussi du monde.


Pierre Bourdieu dénonce, à juste titre, le fait que la télévision creuse la division entre ceux qui lisent les quotidiens dits « sérieux » et ceux qui n’ont pour seul bagage politique que l’information fournie par la télévision. Selon lui, il faudrait bénéficier à la fois d’une formation PAR les médias et d’une formation AUX médias. Double projet pour un seul objectif moral : l'humanisme. Pierre Bourdieu incrimine de fait la perversité des médias via leur structure, mais n’oublions pas que leur structure est aussi la résultante des agissements individuels. En ce sens, la structure donne peut-être simplement du poids à l’appât du gain et du pouvoir aux humains qui l’animent.

 

Sur la forme, on pourrait s’étonner du ton de cet ouvrage. En effet, si l’auteur entend critiquer la télévision, il va en fait plus loin. Il accuse notamment les journalistes des pires maux et stigmatise ceux qui collaborent avec ces représentants de la « dictature de l’audimat ». Si Bourdieu se montre aussi virulent, c’est qu’il craint une domination des sciences, en particulier des sciences sociales, par la logique médiatique. Il avoue lui-même craindre de voir, un jour, les non sociologues parler au nom des sociologues. Selon lui, la science doit rester pure et enfermée dans sa tour d’ivoire. Sur la télévision véhicule donc une vision quelque peu idéalisée et hautaine du sociologue.

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite