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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 17:15

Éditions Steinkis, 2015

 

 

 

 

 

Sous les lignes noires et brutes se dessine le destin de deux enfants, Maryam et Vartan. Le récit débute en mai 1915, au moment où débute le génocide des Arméniens. La promesse d'un jeune Turc à son père mourant va le conduire à escorter deux jeunes Arméniens chez leur oncle afin de les mettre à l'abri. Engagement d'un vieil homme né dans un Empire Ottoman aux multiples cultures, difficile à accepter pour son jeune fils qui grandit, lui, en même temps que le mouvement Jeunes Turcs.

Mais apparaît également le problème de la mémoire, de l'appartenance à une communauté dont un Arménien ne peut se réclamer encore aujourd'hui en Turquie, et du silence pesant de ceux qui osèrent en sauver quelques-uns. L'assimilation forcée se trouve tue, cherchant à faire disparaître toute trace de culture arménienne en Turquie. Voilà qui rend encore plus difficile cette quête d'identité apparaissant comme une problématique de plus en plus importante et actuelle pour les jeunes Arméno-Turcs.

 

 

Par Thomas Roger

 

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 15:22

Scutella Editions, 2016

 

 

 

Balestra, esquive, estoc, feinte, fouetté, garde, parade, etc., le glossaire des coups d'escrime est aussi divers que celui des pas de danse. Tout est dans la beauté du geste ! De fait, rien d'étonnant à ce que Dan Christensen ait adopté, pour protagoniste principal, un talentueux escrimeur reconverti dans la mise en scène de combats d'épées pour le cinéma.

 

Intitulé Riposte, le récit, comme son titre l'indique, se déroule en deux temps : une parade suivie d'une offensive. L'homme, traqué par ses souvenirs, va en devenir le chasseur ! Luca Di Serafino est célèbre dans le monde du maniement du fleuret, mais c'est également un personnage antipathique, arrogant et prétentieux, à l'ombrageux passé, sur qui court une obscure rumeur d'assassinat et de duel. Malheureusement, les démons qui nous hantent finissent toujours par refaire surface et Luca Di Serafino ne fait pas exception. À la sortie d'un cocktail au domicile du producteur du film sur lequel il officie, il est agressé par trois individus et échoue à l’hôpital. De retour chez lui, il ne peut que constater que quelqu'un lui en veut. Son appartement a été forcé et fouillé en son absence et un pistolet lui a été subtilisé.

Dès lors, les choses s’enchaînent, alimentées par les suspicions et la soif de vengeance, rythmées par l'honneur, les mensonges et les duels. Les secrets que le maître d'armes tentait de dissimuler se dévoilent au fur et à mesure que l'intrigue évolue. Les flashbacks, ponctuant l’histoire, nous révélent ce qui l'a poussé à quitter Venise, où son grand-père lui apprenait l'art du maniement de la rapière au sein du dojo familial. Une visite impromptue, une proposition de rachat de la salle d’entraînement, un refus catégorique, une promesse de représailles... Voilà les ingrédients d'un thriller atypique et intéressant !

 

Digne des vieux films de capes et d'épées, l'auteur rend ici un bel hommage à l'escrime dans une aventure pleine d'un sombre romantisme ! Côté graphique, son crayon est aussi leste que la lame de son personnage. Le trait sobre, en nuances de gris, et les lignes claires et dynamiques confèrent au dessin une fluidité propre aux gestes des épéistes et un rythme quasiment chorégraphique. Si tu ne viens pas à Scutella, Scutella viendra à toi !

 

Par KanKr

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 15:59

Éditions de la Pastèque, 2016

 

 

 

Lorsqu'ils ne restent qu'au fond de la mémoire, les souvenirs sont indéniablement voués à l'oubli et condamnés, un jour, à disparaître. Dans La petite patrie, adaptation du roman autobiographique du même nom de Claude Jasmin, Julie Rocheleau et Normand Grégoire s’intéressent à ce regard éphémère sur un monde qu'on ne maîtrise pas. L'histoire de Claude Jasmin, scénarisée par Normand Grégoire, est celle d'un adulte qui s'efforce d'évoquer son enfance à l'orée des années 40.

Le décor est rapidement planté : Montréal, quartier Rosemont (renommé La Petite-Patrie suite au succès du livre) en 1939. Un groupe d'enfants se tire dessus pour de faux alors qu'au-delà de l'Atlantique débute une autre bataille, une vraie. Si l'empreinte de la guerre, la religion, la mort ou encore l'amour est présente, elle n'a que peu d'impact sur eux. Ils sont aussi prompts à braver les différentes étapes de la vie qu'à les oublier et passer à autre chose. Au milieu de cette espiègle petite troupe, Tit-Claude est le profil type du bambin insouciant et innocent évoluant dans un monde parallèle à celui des grands. Il n'a que huit ans et déjà sa grand-mère le destine à devenir le premier pape canadien-français. Lui est amoureux, ne pense qu'à s'amuser aux dépens des habitants de la ville québécoise, et coule des jours heureux aux côtés de celle pour qui son cœur bat et de ses compagnons de jeu. Autour d'eux, la population change et la cité se transforme pendant qu'ils s'y adaptent inconsciemment !

 

Ces chroniques d’un quartier populaire montréalais, construites d'une succession d'anecdotes qui n'ont pas forcément de lien entre elles, offrent au lecteur une nostalgie de l'enfance à laquelle il peut aisément s'identifier. On a beau essayer de se rappeler de tout, les souvenirs ne reviennent que par bribes et l'emploi d'ellipses narratives appuie cette idée tout au long du récit. C'est une immersion dans l'âge tendre, monde des doux rêves, qui constitue pour l'auteur une ode à cette époque révolue. L'histoire qu'il nous conte est d'une tendresse cruelle par les sujets qu'il évoque, mais surtout parce qu'elle est définitivement passée. À travers son regard d'enfant de huit ans, qui nous touche par son authenticité et sa simplicité, il fait appel à tous les sens du lecteur.

Derrière sa palette, Julie Rocheleau nous propose un dessin magnifique et très expressif, qui nous livre ses couleurs dans une quadrichromie maîtrisée et originale. Elle esquisse ces tranches d'existence et transcende le scénario par le biais de ses personnages arrondis, attachants et pleins de vie. Si le roman originel a connu un vif succès, cette adaptation graphique le mérite tout autant.

 

 

Par KanKr

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 15:54

Éditions Viviane Hamy, 2012

 

 

 

 

Voilà un ouvrage inclassable ! Roman historique lorgnant vers le récit d’aventures et la quête initiatique, même si le héros n’est plus de prime jeunesse, Le Prince et le Moine se distingue des productions littéraires habituelles du genre. L’action se situe à la toute fin du Haut Moyen Âge, en l’an 999, une période rarement traitée par les écrivains. À la croisée des chemins entre lointaines réminiscences de l’ancien empire romain, sédentarisation des plus puissants peuples barbares, affirmation du Saint-Empire romain germanique et problématiques de survie de l’empire byzantin, cette « Europe » de l’an mille est secouée par de profondes mutations démographiques et politiques qui ne cessent de boulervser sa géographie.

C’est dans ce contexte instable que Stephanus de Pannonie, moine de l’abbaye de Saint-Gall, se retrouve expédié par son supérieur au fin fond de l’Europe centrale, sur les terres des redoutés Magyars, afin d’assurer une étrange mission diplomatique. Comme vous pouvez vous en douter tout ne se déroulera pas comme prévu, et notre héros va se trouver confronté à une civilisation dont il ignore tout mais qui le renverra en même temps au mystère de ses propres origines. Se pourrait-il qu’il soit le Künde, ce chef spirituel ancestral que certaines tribus et chefs de guerre appellent de leurs vœux ? Mais l’homme est un loup pour l’homme, surtout en ces contrées où les légendes s’imbriquent constamment aux soifs de pouvoir et de conquêtes.

 

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans le récit, l’auteur ayant quelques difficultés à planter ses personnages au cours des trente première pages. Cependant, une fois passé ce départ légèrement poussif, le lecteur est irrémédiablement embarqué vers l’orient aux côtés de Stephanus de Pannonie. Robert Hàsz n’a pas son pareil pour mettre en scène des personnages déroutants, aux multiples facettes, qui semblent la plupart du temps désemparés face à leur destin. À la fois miroir des légendes magyares et chevauchée inexorable vers l’inconnu, Le Prince et le Moine nous transporte dans une ambiance fascinante, nostalgique, où les contes s’enchevêtrent aux ambitions des puissants.

 

 

 

 

Par Matthieu Roger

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 14:10

Denoël Graphic, 2015

 

 

 

Quand Rudolf Ditzen, plus connu sous le pseudonyme d'Hans Fallada, se fond dans son homologue de papier Erwin Sommer, cela donne un récit qui ne manque pas d'intérêt. C'est cette rencontre que nous livre Jakob Hinrichs dans Hans Fallada – Vie et mort du buveur. Deux destinées tempétueuses et tourmentées qui se répondent continuellement tout au long de l'ouvrage pour finalement n'en raconter qu'une : celle de Rudolf Ditzen.

Erwin Sommer est le propriétaire d’un commerce prenant la mauvaise courbe économique. Perturbé de cacher ses déboires financiers à sa femme Magda, il commence à s’enivrer quotidiennement. Sa pratique du goulot devient pathologique jusqu'à ce que la bouteille soit son unique compagne et, plus tard, la morphine son amante, au détriment de toute vie sociale et familiale. Ses péripéties éthyliques le mèneront de l'asile à la prison, où il passera une grande partie de ses jours, notamment accusé de tentative de meurtre sur son épouse. Suite à une litanie de cauchemars, produits des crises de manque, il trouvera sa rédemption dans l'écriture. Elle sera une bouée de sauvetage à ses souffrances psychologiques, à défaut de ses addictions dont il restera dépendant jusqu'à sa mort en 1947.

Cette construction originale, alternant des passages de l'existence des deux protagonistes, permet d'accentuer la perte de contrôle de ce qui est réel et de ce qui ne l'est plus. En oscillant entre la vie d'Hans Fallada et celle de son fictif alter ego, le lecteur plonge au cœur de la création d'un déclin social et finit par errer dans les méandres tortueux de l'esprit. Tout tourne au trouble. Des mésaventures vécues par Hans et Erwin à la période dans laquelle ils évoluent, empreinte de la montée du nazisme, jusqu'au dessin et aux tons psychédéliques entraînant dans les digressions hallucinatoires, liées à l’absorption abondante d’alcool et de stupéfiants, des deux personnages. Le trait nébuleux, aux teintes expressionnistes riches en couleurs, vient ajouter une touche particulière à l’ouvrage en le rendant extrêmement immersif. Ce mélange, méticuleusement renseigné aussi bien concernant Rudolf Ditzen que son œuvre ou encore ses déviances, est une réussite incontestable.

Voilà un ovni graphique dont la lecture devient sans doute la plus grande addiction pour celui qui l'a entre les mains. Il y a de la poésie dans cette déchéance !

 

 

 

Par KanKr

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 10:26

Le Cercle de Bibliophilie, 1963

 

 

 

 

 

Han d’Islande est une oeuvre importante dans le parcours du jeune Victor Hugo, celui-ci l’ayant publié en 1823 à seulement 21 ans. Rien qu’à la lecture de ce roman d’intrigues et d’aventures, on se rend compte de l’extrême précocité stylistique du futur génie de la littérature. Hugo avait d’ailleurs déjà écrit et publié Bug-Jargal, son tout premier roman, cinq ans auparavant, à 16 ans ! Avec Han d’Islande il nous livre un récit qui emprunte beaucoup au genre théâtral, puisque la narration est basée sur une succession ininterrompue de rebondissements plus ou moins attendus, ainsi que sur un écheveau complexe de relations entre les protagonistes. Hugo était très ambitieux quant à l’écriture de ce livre, songeant au départ à une composition en quatre volumes qui aurait conféré à cette histoire la portée et la densité d’une véritable saga. Bien lui en prit par la suite de ramasser son propos afin de resserrer la narration autour d’un axe principal : un sombre complot visant à abattre définitivement Schumacker, ancien chancelier du Royaume de Norvège emprisonné dans le donjon de Munckholm.

 

L’histoire de Han d’Islande prend place dans la Norvège de la toute fin du XVIIe siècle. Comme nous l’avons déjà dit il y est question de complots politiques, mais aussi de rébellion populaire, de quête aventureuse, de légendes, d’honneur, d’un brigand à l’aura maléfique et surhumaine, de trahison et d’amour. C’est cette thématique amoureuse qui permet à Hugo de nous livrer ses plus beaux moments de prose, lorsque le romantique se mêle à la noblesse d’âme des deux amants, qui ne sont autres qu'Ordener Guldenlew, fils du vice-roi, et Éthel Schumacker, fille du détenu disgracié. Je cite : « Ordener s'inclina devant cet ange. Son âme sentait trop pour que sa bouche pût parler. Ils restèrent quelque temps sur le coeur l'un de l'autre. Au moment de la quitter, peut-être pour jamais, Ordener jouissait, avec un triste ravissement, du bonheur de tenir une fois encore toute son Éthel entre ses bras. Enfin, déposant un chaste et long baiser sur le front décoloré de la douce jeune fille, il s'élança violemment sous la voûte obscure de l'escalier en spirale, qui lui apporta un moment après le mot si lugubre et si doux : Adieu ! »

 

Han d’Islande, malgré quelques procédés scénaristiques trop prévisibles, est un roman historique de très bonne facture. Bien moins connu que d’autres chefs-d’oeuvre tels que Notre-Dame de Paris ou Les Misérables, il mérite néanmoins que le lecteur s’y attarde et parcoure un bout de chemin sur les côtes désolées de Trondheim.

 

 

Par Matthieu Roger

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 11:37

Éditions Julliard, 2015

 

 

 

La réputation de Denis Robert n'est plus à faire. Journaliste d'investigation, il s'est notamment démarqué lors de la très médiatique affaire Clearstream par son obstination et son étude consciencieuse des faits. Dans Mohicans, sa dernière enquête, il nous livre sa version de l'histoire du journal le plus polémique de France. Un portrait à charge contre Philippe Val, Richard Malka, Cabu, et dans une moindre mesure ceux qui ont repris la marque Charlie Hebdo depuis 1992. Son ouvrage vient contrebalancer les prétendues vérités défendues par Philippe Val dans son livre C’était Charlie. Denis Robert retrace le parcours chaotique d'un journal à travers Hara-Kiri Mensuel, Hara-Kiri Hebdo, la Gueule Ouverte, Charlie Mensuel et Charlie Hebdo, et ce jusqu’en mai 2015, après les tragiques événements du 7 janvier.

Selon lui, il y a deux périodes. La première, de la création à la disparition d'Hara-Kiri en 1982, est la plus faste. Celle où l'humour, l'insolence, la subversion ont amusé, choqué ou ouvert les yeux de toute une génération de lecteurs et libéré la voie à une nouvelle façon de faire du journalisme. La seconde, de 1992 à nos jours, qui verra la dilapidation de l'héritage et le remodelage de l'hebdomadaire. L'humour bête et méchant est remplacé par des prises de position politiques, le titre est volé à Cavanna qui est progressivement mis au rebut, les contradicteurs sont évincés, etc. Le tout dans un but d'enrichissement personnel et d'assouvissement d'une soif de pouvoir.

 

Comme à son habitude, l'auteur s’appuie sur des sources précises, des recherches minutieuses et de nombreux entretiens pour expliquer le travail de sape d'un concept par le fossoyeur Val. Néanmoins, il rend également au fil des pages un bel hommage à ceux qu'il appelle les Mohicans : Choron, Delfeil de Ton, Reiser, Gébé, Siné, Fournier, etc., mais surtout Cavanna, le boss, plume impétueuse autant que talentueuse. Des kamikazes qui ne prenaient rien au sérieux et pour qui tout était prétexte au rire ! Il conte leur histoire, aussi belle qu'éphémère. Une aventure unique qui sent le sexe, l'alcool et la liberté !

 

 

Par KanKr

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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 13:33

Éditions Catserman, 2005

 

 

 

Une pointe d’argot, des barricades, des femmes montées au front, des nuits sanglantes ou encore des conflits politiques engendrés par la défaite du Second Empire face à la Prusse, telle est la formule que nous proposent Jean Vautrin et Tardi à travers Le Cri du Peuple. Initialement éditée en quatre volumes, cette intégrale nous abandonne au milieu de la Commune, dans une version dessinée du roman éponyme de Jean Vautrin mettant en scène une enquête qui se déroule au cours des funestes événements de 1871.

 

Au cœur d'un Paris sous la neige, le corps d'une demoiselle est retrouvé dans la Seine, un œil de verre gravé du numéro treize au creux de la main. Ainsi commence le récit, sur ce qui constituera la trame de l’œuvre, avec en toile de fond le vent d'une révolte qui monte des quartiers populaires. Au-delà de cette intrigue policière, qui s'efface au fil des pages pour laisser toute sa place à la lutte entre les drapeaux bleu-blanc-rouge et les bannières rouges, les auteurs s'intéressent au parcours des divers personnages fictifs qui participèrent à ces tragiques semaines d'insurrection et de répression : le capitaine Antoine Tarpagnan, transi d'amour pour Caf’Conc’, qui rejoindra les rangs communards, Horace Grondin, ancien bagnard à la recherche de Tarpagnan qu'il accuse du meurtre de sa fille adoptive, l'inspecteur Hippolyte Barthélémy, avide d’avancement, qui souhaite à tout prix démêler l'affaire de la noyée, mais aussi des personnalités qui y ont, de près ou de loin, réellement pris part : Jules Vallès, Louise Michel, Georges Clemenceau ou Gustave Courbet. Leurs histoires ne cesseront de s'enchevêtrer jusqu'à ce que les actions finissent par se recouper. Le scénario trouve un parfait équilibre entre le polar et le témoignage historique du plus important massacre perpétré par l'État français à l'encontre de ses citoyens. Plus qu'un hommage aux communards, c'est un brûlot à charge contre Adolphe Thiers.

 

Saisissant les péripéties depuis les pavés à travers son trait si particulier, Tardi trimballe le lecteur des quartiers populaires aux grands sites parisiens, dans les pas d'un peuple luttant pour sa liberté. L'esthétique graphique mise en scène par le dessinateur, tout en noir et blanc, s'avère judicieuse tant le dessin est étouffant, retranscrivant l'atmosphère violente, austère et sombre de l'époque. D'autant que le format à l'italienne, propice aux plans plus larges, permet d'explorer dans le détail et la minutie de grandes scènes épiques. Les auteurs nous plongent au cœur des hostilités pour mieux nous faire partager les odeurs, les bruits, les passions ou l’engouement des Parisiens engagés dans un combat perdu d'avance qui se termine comme il a commencé : dans l'hémoglobine. En trois cent douze pages, Jean Vautrin et Tardi nous font passer d'une ambiance de Grand Soir à la désillusion finale !

 

 

Par KanKr

 

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 12:40

Éditions Dargaud, 2013

 

 

 

Marcus le Romain et Arminius le Germain ont tous deux grandi et été formés ensemble. Aujourd’hui, ils sont devenus des officiers supérieurs de l’armée romaine. Mais si Marcus a ses pensées tournées vers l’élue de son cœur, Priscilla, Arminius complote contre Rome et l’armée qui l’accueillit en sein. Il va trahir l’uniforme qu’il porte en cherchant à unir les tribus germaines, son peuple d’origine. Dans ce quatrième tome des Aigles de Rome, Enrico Marini poursuit son récit et nous amène sur les terres hostiles de Germanie, en 9 ap. J.-C. Le lecteur est dès la première page projeté au cœur de la mêlée, lors de laquelle il fait connaissance du cruel commandant romain Lepidus, dont le visage se cache derrière un casque rutilant aux traits marmoréens.

 

Il faut avant tout tirer un coup de chapeau à Enrico Marini, qui est à la fois le scénariste, le dessinateur et le coloriste de cette bande dessinée. Très à l’aise dans la peinture des scènes d’action, il axe ici sa narration sur le basculement d’Arminius dans le camp des ennemis de Rome. On sent chez Marini un constant souci de réalisme historique, en témoignent l’usage régulier de termes latins au cours des dialogues ou bien encore le respect des tactiques de combat adoptées par l’armée romaine, notamment en ce qui concerne l’usage du pilum, ce javelot lourd utilisé par les légionnaires comme arme aussi bien défensive qu’offensive. Lors de l’impact, le pilum restait coincé dans le bouclier ou se brisait, de sorte que l’ennemi ne puisse le renvoyer ; il pouvait traverser un bouclier de trois centimètres ou une plaque métallique. Un glossaire d’une page, en fin d’ouvrage, vient rafraichir la mémoire des non-latinistes méconnaissant le cursus honorum ou le fonctionnement des légions. Graphiquement, le coup de crayon de Marini est alerte, privilégiant les couleurs froides pour les scènes d’extérieur et les couleurs chaudes pour les scènes d’intérieur. Ce quatrième volume des aventures de Marcus et Arminius n’en reste pas moins un tome de transition, et l’on ne peut s’empêcher d’imaginer la rébellion fomentée par Arminius se solder par un affrontement digne de la légendaire bataille de Teutobourg. Faisons confiance à l’auteur pour nous concocter un dénouement des plus passionnants.

 

 

Par Matthieu Roger

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 15:04

Les Presses Universitaires de France, 2012

 

 

En ces temps sombres où la bêtise s'impose comme une philosophie de vie, voilà un opuscule profondément moderne ! À travers Les lois fondamentales de la stupidité humaine, Carlo Cipolla nous décrit le fonctionnement de la société en dégageant quatre grandes catégories dans lesquelles il classe les individus : les crétins, les intelligents, les bandits et les stupides. Ils se démarquent les uns des autres par l'effet de leurs actions individuelles sur l'ensemble de la société. Ainsi, celles d'un crétin entraînent des pertes pour lui et des gains pour autrui, l'être intelligent agit de manière à procurer un bénéfice à tous, le bandit n'envisage que son seul avantage, quant à l'être stupide ses actions engendrent des pertes pour les autres sans aucun profit pour lui-même. Partant de ce principe, chaque être humain se situe irrémédiablement dans un de ces cercles. Il tire ensuite cinq lois fondamentales et leur impact sociétal pour conclure son propos par ce simple constat : tous nos déboires ont la même origine, la stupidité humaine ! Ce truculent brûlot, égratignant sans compter le fléau que représente la bêtise pour l'humanité, met en évidence que les êtres stupides sont légion, mais aussi que ce caractère ne s'apprend pas, celui-ci est inné. En ce sens, il est impossible de les manipuler puisque leur comportement s'exprime hors de toute pensée rationnelle.

 

Traité d'un ton absurde et plein d'humour, ce petit chef-d’œuvre sans prétention de l'historien économique italien vaut le coup de perdre quelques instants à le lire. Avec ses 72 pages étayées de graphiques à la portée de tous, il est rapidement dévoré et son sujet inattendu ouvre une réflexion mélangeant philosophie, économie et sociologie tout en restant un traité à la portée ludique. L'auteur nous offre, sous un aspect d'étude scientifique, un essai sans chiffres ni sources, qui a comme vertu de prouver qu'il est possible d'extraire des lois sur tout et n'importe quoi ! Formidablement bien pensé, si en finissant l'ouvrage on en conclut que les individus stupides sont supérieurs en nombre, celui-ci a surtout le mérite de mettre en garde contre les théories ineptes foisonnantes !

 

 

Par KanKr

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite