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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 10:13

Le Livre de Poche, 2007

 

Merlin est le deuxième tome du Cycle de Pendragon, saga écrite par l’Américain Stephen Lawhead, qui revisite la légende arthurienne. Aujourd’hui traduite en vingt-et-une langues, elle comprend au total cinq volumes : dans l’ordre chronologique Taliesin, Merlin, Arthur, Pendragon, Le Graal. Une des particularités de Stephen Lawhead est de proposer pour chaque ouvrage un narrateur différent, à l’image du procédé utilisé par Glen Cook tout au long des Annales de la Compagnie Noire.

 

Merlin dénote fortement par rapport au premier tome Taliesin, qui se contentait au final d’exposer les personnages fondateurs, même si l’apport du mythe de l’Atlantide ajoutait une touche d’exotisme légendaire bien exploitée. Ici le rythme est beaucoup plus enlevé, les complots s’ourdissent derrière les murs de sombres forteresses, les batailles sont épiques, la légende se nourrit de hauts faits. Le narrateur de cette enivrante épopée n’est autre que Merlin (narration à la première personne), appelé par les uns Emrys, par les autres Myrddin, Merlinus, ou bien encore L’Enchanteur. Élevé enfant par le Petit Peuple des Collines, il devient à la fois barde, druide, guerrier, roi, prophète et serviteur du Vrai Dieu. On ne s’étonnera donc pas que l’auteur divise ce livre en trois grandes parties, qui proclament le « Roi », le « Seigneur de la forêt » puis le « Prophète ». Le lecteur suit le parcours de Merlin au service de l’unité et de la paix en Île des Forts, notre actuelle Grande-Bretagne. Une destinée passionnante, sorte de version contemporaine de Chrétien de Troyes où le romanesque prend le pas sur les mythes poétique annoncés dans Taliesin. Avec en toile de fond la présence noire et sournoise de Morgian, autrement dit la fée Morgane, sorcière aux effrayants desseins, désormais ennemie jurée de notre héros. Voilà qui n’est pas sans rappeler, l’excellence du style en moins, l’univers celtique impitoyable et fabuleux des Rois du Monde de Jean-Philippe Jaworski.

 

"Vous, rois endormis dans vos caves à hydromel, réveillez-vous ! Rassemblez vos armées, équipez vos guerriers, munissez leurs mains d'acier tranchant !

Vous, guerriers écroulés sur vos coupes à la table de vos seigneurs, levez-vous ! Polissez vos armes, aiguisez vos lames, nettoyez vos casques et peignez vos boucliers de couleurs vives !

Toi, peuple de l'Île des Forts, debout ! Cesse de trembler ; reprends courage et apprête les festins de bienvenue. Car l'âme de la Bretagne frémit de nouveau. Merlin est de retour."

(p. 332)

 

 

Par Matthieu Roger

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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 10:11

Éditions Perrin, 2014

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Après son passionnant Fouquet, que nous vous avions déjà présenté sur ce site, Jean-Christian Petitfils se pose avec cette monumentale biographie de Louis XIV comme l’un des plus brillants historiens français d’aujourd’hui. De fait, ce Louis XIV s’avère être bien plus qu’une biographie classique, puisqu’elle dessine une fresque méticuleuse et vivante de chaque aspect des soixante-douze ans du règne du Roi Soleil. Le talent de Jean-Christian Petitfils repose sur sa capacité à mêler et alterner, sans jamais noyer le lecteur dans d’abscons propos, les différents champs d’études, qu’il s’agisse d’économie, des hiérarchies sociales en vigueur, de guerre, de diplomatie, des mœurs, ou bien encore de la structuration politique de l’État. Il démontre ainsi la trifonctionnalité de la monarchie de droit divin louis-quatorzienne, à la fois fédératrice, diviseuse, et niveleuse. Battant en brèche toutes les idées reçues sur Louis le Grand, il souligne avec précision les différentes facettes de ce souverain qui plaça définitivement la France au centre de l’échiquier européen, en déployant sur le plan militaire et diplomatique une « stratégie défensive ». À la fois roi de guerre épris de gloire, amoureux des arts et chef de clans, Louis XIV centralisa au fur et à mesure le pouvoir entre ses mains, transformant son domaine de Versailles en un symbole passé depuis à la postérité. Ses prérogatives sont nombreuses et puissantes ; citons, entre autres, « le pouvoir d’injonction, celui d’édicter les lois, d’accorder les privilèges, de remettre les peines, de gérer les finances publiques comme il l’entend, d’établir et de percevoir les impôts sans le consentement des peuples » (p. 230). Mais en aucun cas ne peut-on parler de pouvoir totalitaire, l’absolutisme royal confortant sa prééminence grâce au pacte historique conclu entre l’Église gallicane et l’État. D’où la révocation de l’Édit de Nantes : de son point de vue, le Roi Très-Chrétien ne pouvait régner que sur un pays uni par une seule et même religion, le catholicisme. En fin du compte, conclut Jean-Christian Petitfils, « le rôle modernisateur et progressiste de la monarchie ne saurait être nié. À preuve la réussite de la société de cour, la maîtrise du processus de compétition des élites, le contrôle par le roi de la mobilité sociale et de l’équilibre des tensions entre les groupes, la tutelle de l’ensemble hiérarchique des corps et des communautés, l’implantation définitive des intendants qui, au XVIIIe siècle, dépossèderont les gouverneurs et tiendront la dragée haute aux parlements provinciaux ou aux collectivités locales. » (p. 738).

 

Ce Louis XIV est un livre d’une remarquable érudition, incontournable, indispensable. 

 

 

 

Par Matthieu Roger

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27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 13:50

Éditions de l’Œuvre, 2010

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Le prix à payer est le récit poignant du destin extraordinaire de Mohammed al-Moussaoui, fils d’une noble et respectée maison irakienne. Désigné pour succéder à son père à la tête du clan familial, Mohammed jouit de son statut d’homme privilégié, même si les al-Sayyid al-Moussaoui se méfient de l’administration autoritaire et corrompue mise en place par le Parti Baas de Saddam Hussein. Sauf qu’envoyé en service militaire à la frontière iranienne – en 1987 la guerre Iran-Irak fait toujours rage –, Mohammed va découvrir grâce à son voisin de chambrée la foi chrétienne. Plus encore, il va se convertir au christianisme, une décision qui changera à jamais sa vie. Car dans la société islamique irakienne, la conversion à une autre religion autre que l’Islam est considérée comme un crime, passible de mort. Entre la joie que lui apporte cette nouvelle voie spirituelle et le carcan social édicté par le fanatisme religieux, Mohammed va vite prendre la vraie mesure de son choix radical. Renié par ses plus proches, une fatwa est même prononcée à son encontre : il n’est plus désormais qu’un mécréant à abattre.

 

Ce qui est passionnant dans ce livre, c’est le tableau que peint l’auteur des sociétés irakienne et jordanienne. Gangrénées une mise en pratique obscurantiste des commandements du Coran, ces sociétés voient les us et coutumes les plus traditionnelles s’intriquer avec un islamisme politique fondamentaliste qui ne laisse aucune place à la liberté de pensée. Avec en toile de fond la dictature de Saddam Hussein – Mohammed sera torturée par la police politique, privé de toute dignité –, la corruption endémique de l’administration, le clanisme régissant le tissu social irakien, la misogynie triomphante s’exerçant au sein des cellules familiales, sans oublier les rivalités exacerbées entre chiites et sunnites. Que faire lorsque même sa propre mère substitue la haine la plus violente à l’amour ? « Je ne reconnais plus les miens. Ceux qui possèdent des armes, je le devine, sont prêts à appuyer sur la détente au moindre geste, à la moindre parole de travers. (…) Même ma mère, ma propre mère, qui vient de faire son entrée dans la pièce éructe des paroles d’une violence inouïe : Tuez-le et jetez-le dans le Basel ! » (p. 98)

 

Plus qu’une autobiographie, Le prix à payer est un plaidoyer saisissant et éloquent contre l’intolérance, le fanatisme religieux et l’oppression des minorités cultuelles. Sans faire œuvre de prosélytisme déplacé, il met en lumière le caractère irrecevable du fondamentalisme islamique, aux antipodes de l’Islam modéré par exemple majoritaire en France, aujourd’hui terre d’accueil de l’auteur. N’oublions pas qu’en Irak, la chute de Mossoul et l’expulsion de 100.000 chrétiens de leurs villages de la plaine de Ninive ont accéléré leur disparition progressive. Depuis 2003, 90 % des chrétiens d’Irak ont dû, à l’instar de Joseph Fadelle, quitter le pays.

 


Par Matthieu Roger

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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 16:49

Édition du Seuil, 1995

Peter Burke

 

 

Cet ouvrage de Peter Burke porte sur les stratégies de la gloire utilisées par Louis XIV et ces conseillers dans le but de façonner l’aura publique de la figure royale. Il nous permet de mieux comprendre comment Louis XIV s’est servi de l’art comme d’un outil, qu’on pourrait qualifier aujourd’hui de propagande et de manipulation des « médias ».

 

Les années 1660 marquent ce que l’auteur appelle « l’affirmation de soi », où la personnification du pouvoir s’exalte à travers les arts. Le principal objectif de Louis XIV est alors d’impressionner, ceci est illustré en image par Le Brun avec les excuses du roi d’Espagne et du Pape. Versailles devient alors le symbole de la magnificence royale, qui donne mission à Le Vau et à Le Nôtre d’agrandir ce petit château à proximité de Paris. Durant la guerre de Dévolution de 1667-1668 et la guerre d’Hollande de 1672-1678, la cour est présente aux côtés du roi. Ces victoires entraînent de nombreuses représentations artistiques, de nombreux tableaux et des médailles sont réalisés, le passage du Rhin en 1672 devient le thème du concours de l’académie royale de peinture et de sculpture en 1672, et de grandes fêtes sont organisées à Versailles à l’été 1674. Les dix années de paix qui vont suivre la paix de Nimègue en 1678 entraînent des dépenses plus importantes pour l’art. Puis les années 1682-1683 marquent la sédentarisation du roi à Versailles avec sa cour qui s’y installe en 1682, et la mort de son épouse et de Colbert en 1683. Versailles va devenir un univers social à part entière, avec sa ritualisation de la vie quotidienne et une planification des actions du roi. Louvois, qui remplace Colbert, change de stratégie avec des projets grandioses comme la campagne des statues et des dépenses pour Versailles multipliée par deux. Au moment de la révocation de l’édit de Nantes, les panégyriques en faveur du bon roi chrétien furent nombreux. A partir de 1688, Louis XIV se sédentarise, touché par la goutte il commence progressivement à se retirer de la vie publique, c’est aussi une période moins glorieuse. Pour Burke, les vingt-cinq dernières années de Louis XIV peuvent donc être qualifiées de « coucher du soleil ». A la suite de la mort de Louvois, en 1691, Louis XIV ne dispose plus de ministres d’envergure dans le domaine artistique. Les artistes sont aussi moins distingués qu’avant et n’ont pas le niveau des Molière, Lully ou autres Le Brun.  De plus, à cause de la révocation de 1685, de nombreux artistes protestants quittent le royaume. L’auteur met en avant les « cours satellites » des ducs de Bourgogne ou d’Orléans, qui prennent de plus en plus d’importance. La mort du roi, qualifiée par certains auteurs de « magnifique spectacle », est l’occasion pour Louis XIV de prodiguer conseils à son successeur.

             

Burke dresse dans la dernière partie du livre plusieurs comparaisons avec certains princes italiens, à l’instar de Côme de Médicis qui utilisait souvent l’art pour compenser son manque de légitimité. Le roi soleil va également s’appuyer sur des modèles antiques, avec par exemple la reprise de la statue équestre d’après le modèle de Marc Aurèle. Enfin, des comparaisons sont également possibles avec les chefs d’Etats actuels qui utilisent les médias comme moyens de contrôle et de persuasion. Au XVIIe et au XVIIIe siècle, Louis XIV pouvait s’appuyer sur la peinture, le théâtre ou la sculpture ; aujourd’hui nous avons Internet, la télévision et le cinéma.

 


Par Thomas Roger

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 23:24

Éditions Gallimard, 2012

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Lorsqu’on lit Jean-Christophe Rufin, on se dit que la littérature française a encore de beaux jours devant elle. Son style d’écriture romanesque et vivant dépeint ici la vie aventureuse de Jacques Cœur avec un allant des plus communicatifs. Le grand Cœur est bien plus qu’une simple biographie romancée du Grand Argentier de Charles VII, il s’agit d’une plongée dans une époque charnière de l’histoire de France, entre Moyen Âge et Renaissance, entre pouvoir féodal déclinant et renforcement lent mais inexorable de l’influence économique et politique de la bourgeoisie industrieuse. Homme ayant  côtoyé les personnages les plus puissants de son temps, le Jacques Cœur que nous conte ici Jean-Christophe Rufin s’avère attachant, continuellement tiraillé entre ses aspirations profondément humanistes et ses ambitions réticulaires. Fils de petit bourgeois devenu un des personnages les plus influents d’Europe, son activité incessante le place à la croisée des chemins de plusieurs civilisations désormais connectées. Un grand basculement s’opère en effet parallèlement à la vie du Berruyer : « cent ans de guerre avec l’Angleterre prennent fin ; la papauté se réunifie ; la longue survie de l’Empire romain s’achève avec la chute de Byzance ; l’islam s’installe comme le vis-à-vis de la chrétienté » (p. 497). Et désormais le négoce, ainsi que le pouvoir de l’argent qu’il véhicule, supplante peu à peu la prééminence d’une chevalerie décimée aux croisades. L’auteur s’attarde avec talent à peindre la psychologie de son protagoniste, à nous faire partager ses moindres doutes ou espoirs. Avec en toile de fond la loyauté indéfectible mais lucide de celui-ci envers les deux personnes qui marquèrent le plus sa destinée : son roi, Charles VII, et Agnès Sorel, la femme qu’il aima par-dessus toutes. La fiction dépasse alors l’histoire ; ce duo amoureux, imaginé par l’auteur, révèle une soif de liberté que les hautes sphères du pouvoir contraignent à jamais.

 

Rédigée à la première personne, la narration enlevée de Jean-Christophe Rufin fait mouche à chacune des cinq-cents pages de ce livre. Au même titre que Rouge Brésil, primé en 2001, Le grand Cœur aurait bien pu une nouvelle fois valoir à l’Académicien le fameux prix Goncourt. Car ce très beau roman se déguste sans retenue. Ne reste plus qu’à vous rendre rapidement chez votre libraire, pour vous embarquer sur les galées de Méditerranée aux côtés de Jacques Cœur.

 


 

Par Matthieu Roger

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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 15:51

Éditions Pygmalion, 2014

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Aujourd’hui les livres de G.R.R. Martin se vendent comme des petits pains. Surfant sur le succès de la série télévisée Game Of Thrones, le grand public dévore les tomes successifs du Trône de Fer, découvrant ainsi l’une des sagas de fantasy les plus ambitieuses de tous les temps. L’œuf de dragon nous ramène quatre-vingt-dix ans avant l’époque du Trône de Fer, alors qu’Aerys Ier Targaryen règne sur le royaume des Sept Couronnes. À première vue, on serait tenté de se demander si la publication de ce « préquelle » n’est pas un coup marketing des éditeurs, histoire de profiter du succès toujours croissant des productions de G.R.R. Martin.

 

Cependant il serait malhonnête de critiquer L’œuf de dragon à l’aune d’un tel soupçon, tant le récit qu’il propose se suffit à lui-même. Aux côtés de Ser Duncan le Grand et de son écuyer surnommé L’Œuf, qui sous son pseudonyme et son crâne rasé s’avère n’être autre que le neveu du roi, le lecteur se retrouve propulsé en pleine lice du tournoi organisé à l’occasion des noces du seigneur de Beurpuits. Sauf que nos deux héros vont se retrouver au cœur d’intrigues et de complots qui ont plus à voir avec l’avenir même du royaume qu’avec la célébration du mariage de leur hôte. Alors que les tournoyeurs, nobles à la renommé établie ou bien chevaliers errants en quête de rançons, se présentent tour à tour au héraut du tournoi, bien malin qui pourrait derrière les écus armoriés déceler les intentions des uns et des autres…

 

L’œuf de dragon est un livre qui se lit très facilement, et que l’on pourrait presque recommander, si l’on fait fi des généalogies compliquées des différentes maisons nobles, à de jeunes lecteurs. Le récit est enlevé, extrêmement narratif, et captive du début à la fin.

 

 

Par Matthieu Roger

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 10:07

Éditions Economica, 2014 (2e édition)

 

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Tactique générale est la version abrégée du manuel de doctrine tactique de l’armée de Terre française. Il n’est point question ici d’exposer des études de cas ou autres exercices tactiques appliqués, mais bel et bien de récapituler le vocable usité aujourd’hui au sein de l’état-major et des rangs de l’armée française, et de le structurer en une pensée doctrinale claire et concise. De fait, ce petit manuel théorique permet de mieux mettre en perspective les projections récentes de l’armée française sur des théâtres extérieurs tels que l’Afghanistan, le Tchad, la Lybie, le Mali, etc. Alors qu’aujourd’hui les forces armées étatiques des grandes puissances s’engagent de manière quasi systématique dans des conflits asymétriques l’exemple le plus récent étant le déclenchement annoncé par François Hollande de frappes en Irak contre le Daesh , la variété des tempos de déploiements ne peut faire l’économie d’un cadre tactique à la fois adaptable et fonctionnel. Le Général de corps d’armée Bertrand Clément-Bollée ne s’y trompe pas, lorsqu’il rappelle dans sa préface que les théâtres d’opérations actuels de l’armée française, malgré des contextes politiques, physiques et géostratégiques différents, présentent à l’échelle tactique des similitudes fortes : « impératif de protection de la force, numérisation, intégration interarmes et interarmées aux plus bas niveaux d’exécution, dureté des combats ». D’où une volonté affirmée, en profitant de la supériorité logistique et technique qu’offre notre puissance militaire nationale, de revendiquer l’offensive comme moyen privilégié de rupture du réseau tactique ennemi : « Au combat, le succès est obtenu par l’action offensive. Même dans la défensive, toute occasion doit être saisie pour prendre l’initiative et passer à l’offensive » (p. 96-97). En effet, tous les moyens doivent être mis en œuvre pour prendre l’ascendant et la maîtrise de la situation, en imposant son rythme et ses initiatives à l’adversaire. Ce postulat est un corolaire de « l’accélération générale du cycle information, conception, décision, action ».

 

On notera la présence bienvenue de focus historiques illustrant tel ou tel point théorique, comme par exemple la bataille de Malplaquet (1709), la manœuvre israélienne d’Abou Agheila (juin 1967) ou la neutralisation allemande de l’Opération Goodwood (juillet 1944). On les aurait aimés un peu plus nombreux. Dans la même collection Stratégies & Doctrines, vous pouvez également vous référer à L’utilité de la force L’art de la guerre aujourd’hui, du général Rupert Smith, déjà chroniqué sur ce site.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 15:52

Éditions Belin, 2013

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L’Individu et la Guerre est le dernier ouvrage en date d’Hervé Drévillon, dont nous avions d’ailleurs déjà chroniqué sur ce blog Batailles, publié en 2007. Dans L’Individu et la Guerre, l’historien se lance un défi plutôt ambitieux : retracer au sein de l’Armée française le rôle conféré au soldat, à l’individu combattant, et ce depuis la Renaissance jusqu’à la Première Guerre mondiale. La période à traiter s’avère donc extrêmement large, et suppose une analyse très fine des évolutions du commandement et des attentes tactiques portées sur le simple fantassin. Au final l’auteur relève sans coup férir le pari, même si l’on pourrait lui reprocher un manque de verve et d’allant dans le style d'écriture, ce qui pourrait rebuter certains lecteurs.

 

Il commence fort à propos son panorama historique en s’appuyant sur les leçons tirées de L’art de la guerre de Machiavel. Il rappelle combien le Florentin occupa une place importante lorsqu’il s’agit de rendre à l’État sa place de grand ordonnateur de la force armée. L’État, en endossant cette responsabilité, doit au soldat « un contrat noué dans la pratique et dans la préparation de la guerre. (…) La guerre était affaire du gouvernement, mais elle mobilisait des individus que l’État devait reconnaître en tant que tels. » (p. 10) Toutes les théories édictées ensuite au sujet de l’emploi du soldat découlent de ce paradoxe : comment exploiter au mieux les capacités combattantes propres à chaque unité tactique tout en cherchant un contrôle optimal des masses ? C’est ce rapport ambivalent entre initiative personnelle du soldat, qui aboutira par exemple à la création de tirailleurs, et la sujétion du soldat à une stratégie qui le dépasse, décidée par l’état-major, qui caractérise pendant des siècles les traités sur la guerre. Il n’est alors pas étonnant que la Révolution française, en se réclamant du modèle du citoyen-soldat rempli d’ire patriotique, exacerbe encore plus le rapport entre la politique et la guerre dont Clausewitz devint le plus célèbre vulgarisateur. Ce rapport formait en effet « véritablement un système en articulant un régime politique (la République), une stratégie (la défense agressive du territoire), un art opératif (le "système des opérations" défini par Carnot), une tactique (le soldat en tirailleur et en colonne) et un statut du soldat (régime disciplinaire, lois sur l’avancement). » (p. 206) Si Napoléon transcenda ces principes pour bâtir une des armées les plus puissantes de tous les temps, c’est bien cet amalgame entre nation en arme et soldat-patriote que l’on retrouve à la veille de la Première Guerre mondiale, lorsque les tenants de l’offensive à outrance s’apprêteront à lancer le grand massacre de conscrits de la France, au nom du sacrifice mystique de l’homme pour sa Nation.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 16:13

Panini Books, 2014 (première publication en 1970)

 

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Quarante-quatre ans après sa première publication, les éditions Panini Books ont aujourd’hui la bonne idée de rééditer en français L’Aigle de Rome, roman historique que l’on doit à la plume de Wallace Breem. Ce dernier, ancien militaire britannique, nous raconte ici l’extraordinaire destin du général Maximus et de son commandant de cavalerie Quintus à l’orée du Ve siècle après J.-C., alors que la puissance romaine n’est plus que pâle reflet des lustres d’antan. Ce récit m'a fait penser au Loup des frontières de Rosemary Sutcliff, et dans une moindre mesure au Désert des Tartares de Dino Buzzati, puisque l’action se déroule exclusivement aux frontières de l’empire romain. D’abord en Bretagne, dans les régions inhospitalières gardées par le Mur d’Hadrien, puis principalement sur les limes de Germanie, là où le courant impétueux du Rhin s’interpose entre le monde civilisé et les sombres forêts peuplées de barbares. C’est ce livre qui inspira Ridley Scott comme base de départ pour son chef-d’œuvre cinématographique Gladiator, dont la scène d’ouverture grandiose n’est autre qu’une bataille entre les légions de Marc-Aurèle et de sauvages Germains.

 

En fait L’Aigle de Rome vaut surtout pour ses cent trente dernières pages, d’un épisme à couper le souffle. Jusque-là l’auteur conduit son roman de manière plutôt efficace mais sans lyrisme, sacrifiant sans manque d’appétence pour les descriptions à la narration rapide – parfois trop rapide – des péripéties jalonnant le parcours de Maximus. Mais lorsque qu’il ne s’agit plus que de vie ou de mort, lorsque c’est la survie même de l’empire qui se joue, Wallace Breem emporte le lecteur au cœur d’une odyssée militaire hors du commun. Xavier Grall avait titré l’un de ses livres L’inconnu me dévore ; tel devait être le sentiment des soldats de la XXe Légion guettant la rive opposée du Rhin, attendant le signal d’une attaque ennemie que tous savent inéluctable. « Arrive alors la phase la plus difficile, quand vous voyez les flèches et les javelots filer vers vous, et qu’hommes et chevaux s’écroulent autour de vous. C’est alors que vous avez envie de vous précipiter sur l’ennemi. Vous devez résister à la tentation. Restez groupés et attendez patiemment la dernière sonnerie. » (p. 252)

 

 

 Par Matthieu Roger

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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 21:37

Panini Books, 2014

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Pour son premier roman, on ne peut pas dire que Brian McClellan ait fait les choses à moitié. La Promesse du Sang est non seulement un excellent roman d’aventures et d’intrigues politiques, doublé d’une enquête policière captivante, mais il réussit surtout à insuffler un vent de nouveauté bienvenu sur la fantasy. Grâce à quelques idées innovantes, comme par exemple la puissante magie des poudremages, chargée de poudre à canon, McClellan plante un univers original, que l’on croirait tout droit sorti du Paris révolutionnaire de 1789. Pas étonnant pour un sou, puisque l’auteur avoue dans sa préface – calibrée à dessein pour le lectorat français ? – son amour pour grands classiques d’Alexandre Dumas et Victor Hugo, tels Le Comte de Monte-Cristo, Les Trois Mousquetaires, Le Vicomte de Bragelonne ou Les Misérables. Écoutons-le : « Maintenant que j’y réfléchis, il me semble donc naturel que j’écrive un roman de fantasy qui s’inspire directement de la Révolution française, puisque mes œuvres favorites sont également liées à ce moment clé de l’histoire. Adolescent, j’étais déjà fasciné par des hommes comme Napoléon, dont les histoires extraordinaires ont été de véritables sources d’inspirations. Au fil des années, des auteurs comme Hugo et Dumas ont été de vrais modèles pour moi. Et bien que je ne puisse jamais prétendre atteindre une telle profondeur et un tel talent littéraire, je tente de créer des aventures que tout le monde pourra apprécier, en leur donnant cette saveur révolutionnaire. » (p. 8-9).

 

Le début du récit nous propulse en plein coup-d’état, alors que le souverain d’Adro se voit renversé par le grisonnant Maréchal Tamas, qui entend bien mettre à bas les privilèges des nobles et établir une véritable république populaire. Sauf que ce bouleversement de l’échiquier politique va instantanément réveiller les ambitions belliqueuses du royaume voisin de Kez, dont les troupes manœuvrent aux frontières, sans oublier les ennemis de l’intérieur qui s’agitent en coulisses à Adopest. Tamas devra s’appuyer ses dévoués poudremages et sur Adamat, ex-policier à la retraite, afin de déjouer les complots qui risquent d’étouffer dans l’œuf ses ambitions politiques. C’était sans compter sur la résurgence d’une ancienne prophétie religieuse, annonçant rien moins que le retour du dieu Kresimir parmi les hommes !

Magie, cabales, effluves de poudre et retournements de situation bien amenés constituent les ingrédients savoureux de La Promesse du Sang. J’attends avec impatience la publication en juillet prochain du second tome, qui s’intitulera La Campagne Écarlate. Si ce dernier est à la hauteur du premier opus, Brian McClellan sera définitivement un écrivain à surveiller de près.

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite