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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 18:00

Pocket, 2008

 

 

Sous un format poche, les éditions Pocket nous présentent ici un recueil de contes écrits entre 1916 et 1973 par J.R.R. Tolkien. Premier tome d’une trilogie intitulée Histoire de la Terre du milieu, les contes et poèmes y sont classés et annotés par Christopher Tolkien, fils de l’illustre auteur. Christopher Tolkien adjoint à chaque récit des explications fouillées permettant de contextualiser la narration. Il met ainsi en ordre les idées de son père et s’attache à ce que tous les contes se suivent de manière logique et chronologique, bien que certains aient été écrits sur plusieurs dizaines d’années d’écart. Ces légendes épiques narrent la création de l’univers de Tolkien, tant sur le plan géographique - la création de la Grande terre bordées des mers extérieures, ou bien encore la plus connue Terre du milieu, où se déroulent ses plus grandes oeuvres comme Le Seigneurs des Anneaux et Le Hobbit - que sur le plan anthropologique - l’arrivée et l’évolution des différents peuples vivant sur ces terres. En s’inspirant de la mythologie mais aussi de l’époque à laquelle vécut l’auteur, notamment la Première Guerre mondiale qui le marqua profondément, J.R.R. Tolkien nous transporte dans un monde ancestral, héroïque et magique.

Malgré quelques difficultés à me plonger dans ce recueil à cause du style d’écriture et d’une narration plutôt complexes (phrases parfois traduites en vieux français, nombreux personnages parachutés au cours du récit sans présentation préalable, héros aux noms multiples, etc.), les contes et poèmes s’enchaînent et m’ont complètement immergé au coeur d’histoires épiques. Un livre plutôt réservé aux mordus de l’univers tolkienien, dont je suis désormais avide de connaître tous les aboutissants.

 

 

Par Nathan Godin

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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 18:00

Éditions Tallandier, 2017

 

 

 

Nous avions déjà chroniqué sur ce site cet ouvrage, dans le quel Bevin Alexander démontre l’universalité et l’applicabilité des principes stratégiques énoncés par Sun Tzu dans son Art de la guerre, sur une période s’écoulant de la bataille de la campagne de Saratoga (1777) à la guerre de Corée (1950-1953). Les Éditions Tallandier republient aujourd’hui Sun Tzu ou l’art de gagner des batailles au sein de leur collection Texto, dans un format plus petit, plus proche du poche. Reprenant la très bonne traduction de Jacques Bersani, cette nouvelle version propose en fin de livre d’abondantes notes explicatives qui viennent approfondir les enjeux exposés au fil des conflits traités. Voilà un panorama tactique et stratégique constituant un excellent complément de compréhension de l’approche indirecte chère à Liddell Hart, et qui, de plus, nous éclaire sur certaines opérations militaires un peu oubliées comme les batailles de Saratoga (septembre-octobre 1777) ou l’opération amphibie d’Incheon (septembre 1950).

 

 

Par Matthieu Roger

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 10:48

Éditions Mnémos, 2017

 

 

Le sénéchal Philippe Gardeval est bel et bien, comme qui dirait, dans la panade. Non seulement la cité fortifiée de Lysimaque, capitale du royaume de Méronne, se retrouve assiégée par une armée nombreuse et impressionnante, mais son roi est désormais visé par des comploteurs aussi déterminés qu'indétectables. Sans compter que les autres hauts personnages de la cour, s'ils lui rendent bien en faconde, sont loin de posséder son intelligence et sa clairvoyance. Et ce n'est pas le balourd chancelier Othon de Ligias qui dément ce constat. L'état d'urgence sourde au coin de chaque corridor, et Philippe de Gardeval est loin d'imaginer toutes les sombres péripéties qui vont s'abattre sur loin au cours des prochains jours.

 

Grégory da Rosa signe avec ce premier roman une histoire qui à la fois nous captive et séduit par la qualité de son écriture. À l'instar d'un Jean-Philippe Jaworski dont nous avons maintes fois salué la qualité de l'oeuvre littéraire, il parsème son récit de termes issus du vieux français, rehaussant l'univers médiéval de Lysimaque d'une teinte colorée fort réjouissante. À l'heure où la guerre pointe le bout de son nez et où les forces magiques peuvent se déchaîner sans aucun préavis, l'auteur fait naviguer son héros au milieu d'intrigues de palais ayant tout d'un poker menteur des plus mortels. Le lecteur ne sait rapidement plus à quel saint se vouer, au sens propre comme au sens figuré !

 

Ce premier tome sera fort heureusement suivi d'une suite, que j'attends avec impatience tant la chute finale augure de bouleversements trépidants. Bravo à Grégory da Rosa d'avoir réussi à camper ce Sénéchal si original. Revivifiant !

 

 

 

Par Matthieu Roger

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 17:12

Actes Sud, 2015

 

Les Adieux à l'Empire est une grande fresque romanesque qui nous replonge au cœur de l'épopée impériale du début du XIXe siècle. Le narrateur et protagoniste, Des Ronans, est un hussard ; homme de guerre, certes, mais également fin lettré, adepte de la philosophie et des maximes stratégiques de Sun Tzu. « Lorsque Sun Tzu écrivit les versets de L’Art de la guerre, il y a des milliers d’année, l’armée était bien différente de celle d’aujourd’hui mais l’Empereur se préoccupe toujours de concentrer la masse de rupture sur un point donné et de frapper au moment le plus opportun qu’il crée par l’utilisation des autres masses… » (p. 75) C'est son destin extraordinaire que déroule Olivier Barde-Cabuçon au fil de ce récit aussi passionnant qu'haletant. Un destin qui emmène le lecteur aux quatre coins de l'Europe, des guérillas d'Espagne aux mornes plaines enneigées de Russie, en passant par Vienne assiégée ou bien encore les charniers d’Eylau. « On ne peut pas appréhender la stratégie de l’Empereur si on ne comprend pas que celui-ci débute toujours ses campagnes par un coup vite joué et d’une importance décisive. Ensuite, Napoléon se sert de l’avantage obtenu pour frapper un nouveau coup puis un autre, plaçant chaque fois son gain sur un seul numéro jusque la banque affolée saute. » (p. 394) En filigrane des campagnes napoléoniennes, on marche à la rencontre des états d'âme de Des Ronans, personnage attachant qui n'a de cesse de remettre en cause le sens de sa vie, de ses actions, de ses convictions, de ses amitiés, de ses amours. Avec en second plan la présence de ceux qui détermineront le chemin de sa destinée : Beau Geste, Daphné, La Lune, Della Roca, Spalazini. Autant d'amis, plus ou moins mystérieux, qui l'obligeront à questionner son éternelle fuite en avant vers la mort.


Olivier Barde-Cabuçon signe là une fiction accomplie, qui nous transporte au milieu de la gloire tragique d'une époque fameuse. Il allie avec talent le souffle romanesque à l’épopée militaire, pour peindre au cours ces Adieux à l'Empire des trajectoires de vie hautes en couleurs, que l'on n'oublie pas de sitôt une fois la dernière page de l'ouvrage refermé. Grandiose et émouvant.

 

 

Par Matthieu Roger

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 18:31

Pygmalion, 2016

 

Quinze ans après sa désormais fameuse saga de L’Assassin Royal, Robin Hobb nous ramène aux côtés d’Umbre, du Fou et de Fitz Chevalerie, pour de nouvelles aventures aux ramifications complexes et passionnantes. En nous proposant cette nouvelle série de romans intitulée Le Fou et l’Assassin, dont En quête de vengeance constitue le troisième opus (quatre tomes parus à ce jour), Robin Hobb démontre une nouvelle fois son talent à faire avancer pas à pas une narration dense, fouillée et très travaillée, où l’approfondissement de la psychologie des protagonistes est toujours privilégiée. Certains lecteurs pourront peut-être ressentir une certaine lenteur dans le développement de l’intrigue, mais ce parti-pris extrêmement psychologique, rehaussé par le fait que les deux locuteurs de l’histoire s’expriment à la première personne, confère une profondeur sans pareille à la peinture du Royaume des Six-Duchés et de la politique de sa famille régnante, les Loinvoyants. Robin Hobb s’affirme ici définitivement comme une auteure de fantasy majeure, sans la plus douée de ce début de XXIe siècle avec G.R.R. Martin et son épopée du Trône de Fer.

 

Dans En quête de vengeance, Fitz a complètement abandonné le rôle du dotaire Blaireau qu’il endossait dans sa propriété provinciale de Flétribois, pour redevenir aux yeux de tous le prince Fitz Chevalerie Loinvoyant, membre officiel de la maison royale. Mais lorsque son ami bien-aimé le Fou, au bord de la mort, fait de nouveau irruption dans sa vie, et que sa fille Abeille est subitement enlevée par d’obscurs étrangers au teint albinos, qui pourrait présager un seul instant de l’avenir qui le guette ? À la fois secondé par ses amis de toujours, et en même temps affecté par le poids de son destin solitaire et de ses responsabilités de père, notre héros aiguise dans l’ombre sa vengeance. Sans pour autant toujours comprendre les tenants et aboutissants de l’Art, cette magie propre aux Loinvoyants souvent utile mais ô combien dangereuse !

 

 

Par Matthieu Roger

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 12:32

Imago Éditions de Paris, 1990

 

 

 

Versailles ? Monumental ! La cour ? Quel théâtre ! Louis XIV ? Un phare ! Derrière le faste et les ors, sous la perruque et la dentelle, le corps du Roi, au fil des ans, vieillit. Et quand il souffre, viennent les médecins et les charlatans avec leurs potions, leurs décoctions, breuvages, mixtures, emplâtres, saignées, lavements, dépuratifs… Molière l’a écrit : « Vade retro Purgon, Diafoirus et autres apothicaires ! » Mais lorsque le grand roi souffre, comme tout homme sur cette terre, Louis serre les dents et ne dit mot. Louis reste, jusqu’à l’évanouissement, dans son rôle titre de « Roi-Soleil » ; et pourtant, quelle galère !

Michelle Caroly enseigne la civilisation française à l’Université de Pennsylvanie (États-Unis), et c’est grâce au « Journal de Santé » tenu scrupuleusement par ses médecins qu’elle nous dévoile ce roi souffrant. Lequel met tout en scène, maladie et épreuves physiques, dont il est accablé ou rédimé selon une étiquette dont lui seul maintient les codes, au gré des enjeux politiques ou militaires.

On suit, dans ce livre, la déchéance physique d’un homme qui tint bon. Extrait : « Louis avait de fréquents abcès aux gencives qui enflaient ses joues et déformaient son visage. Avant d’ouvrir les abcès à la lancette, on y appliquait des cataplasmes de mie de  pain et de lait […/…] En 1685 le roi est affligé d’un trou dans la mâchoire supérieure gauche dont toutes les dents avaient été arrachées […/…] Ce trou portait l’eau, quand il buvait, dans son nez qui coulait comme une fontaine […/…] Cette cavité avait dégénéré en carie de l’os, et accumulait des matières organiques pourrissant et dégageant une odeur “forte et quasi cadavéreuse dans les mucosités qu’il mouchait. »

Si d’Aquin et Dangeau, ses médecins, ne le tuèrent pas, la chronique de cette faillite corporelle du plus grand souverain de son temps est effrayante. Que de souffrances, que d’approximations dans les diagnostics, que d’impéritie dans les soins ! Le roi mourra de la gangrène ; à l’autopsie, l’épiderme se lèvera de tous côtés. Une fois la dépouille dépecée, la tête sciée en deux, les différentes parties furent comme de coutume séparées. Ouf, quelle vie, quelle galère… royale !

 

 

 

Par Frédéric Roger

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 13:32

La Boîte à Bulles, 2016

 

 

 

User ses pompes sur le pavé, augmenter ses pulsations cardiaques, transpirer de tous ses pores, cracher ses poumons... tout un programme loin d'être une sinécure ! C'est pourtant celui que nous propose Sébastien Samson dans son ouvrage Le Marathon de New York à la petite semelle.

Rien ne prédestinait Sébastien, professeur de dessin à l'existence rangée, à quitter le confort de ses chaussons pour une paire de chaussures de sport ! C'était sans prendre compte les aléas du quotidien tels qu'un dîner entre amis... Mis de côté par sa femme et ses convives passionnés de course à pied, l'enseignant, afin de prendre part aux discussions, décide sans trop réfléchir de les suivre dans leur dernière lubie : participer au célèbre Marathon de New York. Est-ce dans le but de se prouver qu'il en est capable ou simplement de répondre aux railleries concernant son laisser-aller et ses quelques kilos en trop ? Lui-même n'en est pas vraiment sûr, mais ce sera une bonne occasion de visiter « La Grosse Pomme » et il ne peut désormais plus reculer s'il ne veut pas être la risée de son entourage... Fini l'alcool, le tabac et les matières grasses ! À partir de maintenant, commence un entraînement solitaire et laborieux le long de la côte normande où il peine à boucler ses dix minutes de footing. Peu habitué à cette débauche d’énergie, son organisme grippé doit apprendre à s'adapter aux changements de rythme et à l'effort physique. Afin de se transcender durant l'exercice, il digresse, dialoguant avec lui-même et s'imaginant un monde l'aidant à repousser ses limites : celui d'une colonie de travailleurs à l’intérieur de son corps qui s'active au fonctionnement de la mécanique. Lorsque le grand jour arrive, Sébastien n'est pas certain d'être prêt... Néanmoins, avec sa femme et leur couple d'amis, les voilà sur le point de s’élancer sur les quarante-deux kilomètres de parcours. Les jambes suivent la foulée dans la douleur et les yeux découvrent la ville avec ravissement : le Bronx, le Queens, Brooklyn, Chinatown, l'Hudson River, l'imposante statue de la Liberté, les buildings majestueux, le bruit, la foule...

En 192 pages, l'auteur, à la fois protagoniste principal, scénariste et dessinateur, nous propose un récit atypique abordant la persévérance, la force mentale et le dépassement de soi qu'il lui a fallu pour progresser pas après pas. Il nous décrit, avec humour, cette aventure humaine en nous immergeant dans l'intimité de ceux qui courent jusqu'à la rupture. À chaque case, le lecteur cavale à ses côtés, partageant ses émotions, ses succès, ses échecs et ses réactions physiologiques face à l'effort.

À travers un dessin épuré, spontané et expressif, en noir et blanc, Sébastien Samson, en évoquant ce passage de sa vie, nous offre une visite détaillée de la plus grande ville des États-Unis. Il appuie son propos avec un trait rapide, proche de la caricature, pour ses personnages et un graphisme plus minutieux concernant les décors dans lesquels ils évoluent.

Cette histoire, touchante par sa sincérité et ses anecdotes cocasses, saura ravir les aficionados de la course à pied aussi bien que les athlètes de canapé !

 

 

 

Par KanKr

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 14:34

Les Editions de la Cerise, 2016

 

 

Le monde de la piraterie, des chasses au trésor et des batailles navales a peuplé nos imaginaires de bambins, puis nous avons grandi et oublié nos rêves... Jeremy A. Bastian, lui, est resté un enfant. Ce deuxième tome de La fille du capitaine pirate témoigne de son enracinement à l'âge de l'innocence et des chimères.

Depuis qu'elle a quitté Port Elisabeth, en Jamaïque, à la recherche de son père, la fille maudite du capitaine pirate a écumé les mers d'Omerta. L’intrépide insouciante les a parcourues aussi bien par-dessus que par-dessous, croisant des forbans, d’improbables monstres marins et autres créatures fantastiques dont certaines deviendront ses compagnons de route. Elle poursuit sans relâche sa quête homérique pour retrouver celui dont elle ne connaît ni le nom ni le visage : un obscur paternel que ses rencontres lui apprendront être l'un des plus redoutés corsaires des océans.

 

Jeremy A. Bastian explore le monde des songes, errant dans l'extravagance d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll tout en succombant à l'appel du large, à l'image de L’île au trésor de Robert Louis Stevenson. Il fait fi des conventions, écrivant au gré de ses fantasmes, contant ce que son esprit lui dicte lorsqu'il digresse dans l'imaginaire. Univers unique, ambiance poétique, langage truculent, protagonistes loufoques... sa plume a décidément l'inspiration débordante !

D'un point de vue graphique, l'ouvrage est tout aussi atypique que le scénario. L'auteur se joue des normes habituellement utilisées dans la bande dessinée : agencement des cases, jeu continuel avec le décor et l'histoire, sens de lecture, textes serpentant autour des dessins... Les cases n'ont presque aucune légitimité ici tant elles semblent contraignantes... les mots et les images s'évadent à chaque page ! Jeremy A. Bastian a opté pour une illustration proche de la gravure, un lettrage original et un noir et blanc sobre, mais fourmillant d'éléments afin de nourrir son propos. Un régal pour les yeux !

Ne vous attendez cependant pas à une lecture rapide... Il faut revenir sur l’œuvre et les détails pour en apprécier toute la profondeur !

Voilà une suite confirmant tout le talent de Jeremy A. Bastian ! Cette fable irrationnelle, riche et addictive, sentant le fer, la poudre et l'eau salée, est un bijou qui vient trouver une place de choix dans la collection de la petite maison d'édition de la Cerise. Vivement l'épilogue de cette aventure dans le troisième et dernier volet !

 

 

Par KanKr

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 15:57

Éditions Perrin,  2012

 

 

 

Encore un livre sur Jeanne d’Arc ? Tout n’a-t-il pas déjà été écrit sur cette figure tutélaire de la France ? Le sous-titre nous éclaire d’emblée : « Vérités et légendes ». Car l’auteure, Colette Beaune, s’est fait piéger : invitée en tant que médiéviste avec trois autres historiens par la chaîne de TV Arte, ses propos furent parfois défigurés au montage. Elle rétablit ici la vérité historique, et la met en perspective en travaillant avec méthode et rigueur. Mais rigueur ne veut pas dire ennui. Colette Beaune projette en effet notre siècle, friand de réalités virtuelles, de nanotechnologies, d’éphémère et d’écrans plasma, vers une réalité de chair et de sang. Une France, oui, mais laquelle ? La guerre, pour qui et pourquoi ? Des illusions, des voix, une supercherie ? Des manipulations, un complot, quelles vérités ? Jeanne, putain ou sorcière ? Une héroïne, une martyre, une sainte ?

C'est là où l’auteure excelle. Avec autorité, elle repositionne Jeanne à l’exacte place qu’elle occupait dans son temps. Entre Armagnacs et Bourguignons, c’est son âme qui compte le plus pour elle ! On a des traces, des documents, les minutes de ses différents procès. Partisans et ennemis témoignent. Jeanne, elle-même, s’exprime, son langage est compréhensible. Elle maintient juges et bourreaux à distance avec une force et une paix qui impressionnent. Ses réponses sont justes, elle ne triche pas, elle n’élude rien, elle ne caricature ni n’injurie personne. Elle déjoue les pièges tendus avec discernement.

Alors : « Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente… », comme le suggérait le poète Georges Brassens ? Quand on n’est ni folle ni exaltée, ni orgueilleuse ni vindicative, mais reniée et désarmée, bafouée, pourquoi accepter le bûcher ? Pourquoi ne pas chercher à vivre quand même, coûte que coûte ? Par delà les faits répertoriés, ce que nous donne à comprendre Colette Beaune, c’est la geste des consciences qui, à travers les âges, de Jeanne à Jean Moulin se lèvent pour dire « non », et refusent l’iniquité. Vive conversation avec tous ces stigmatisés et contre les mythographes de tous bords et de tous temps.

 

 

Par Frédéric Roger

 

 

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 16:11

Éditions Tallandier, 2016

 

 

 

 

Un pavé, une brique, un moellon ? Jean-Christian Petitfils, auteur d’un très remarqué Louis XIV en 1995, Grand Prix de la Biographie (Histoire) de l’Académie Française, s’attaque aujourd’hui à une forteresse : La Bastille ! Son livre de 345 pages avec notes, annexe, sources et bibliographie, index des noms propres, dit tout en quinze chapitres sur ce symbole de l’arbitraire dont les monarques de France firent un usage excessivement… secret. Abus, mais libéralités, nourriture, mobilier, mœurs et usages du temps sont éclairés à l’aune des mythomanes et des empoisonneurs, des hommes et des femmes, aristocrates ou quidams, qui s’y sont succédés. Le style est vif, alerte, avec une pointe d’humour pour un sujet terrible mais parfois drolatique.

En fin de volume, surtout ne pas manquer les cinquante pages sur l’état de l’opinion française à l’aube de la Révolution. Rarement l’écheveau des errements s’entremêlant aura été analysé avec une telle acuité et le paysage de la fin des illusions dépeint avec autant de finesse. Quand l’auteur brosse le tableau vivant d’un Paris en émoi après la grande crise du printemps 1789, son style fait qu’on y est, et qu’on a tout compris. L’assaut final du 14 juillet et le massacre qui s’en suivit sont décrits avec réalisme. L’affaire, sous nos yeux, nous emporte dans ses murs, hors du temps.

 

 

Par Frédéric Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite