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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 10:26

Le Cercle de Bibliophilie, 1963

 

 

 

 

 

Han d’Islande est une oeuvre importante dans le parcours du jeune Victor Hugo, celui-ci l’ayant publié en 1823 à seulement 21 ans. Rien qu’à la lecture de ce roman d’intrigues et d’aventures, on se rend compte de l’extrême précocité stylistique du futur génie de la littérature. Hugo avait d’ailleurs déjà écrit et publié Bug-Jargal, son tout premier roman, cinq ans auparavant, à 16 ans ! Avec Han d’Islande il nous livre un récit qui emprunte beaucoup au genre théâtral, puisque la narration est basée sur une succession ininterrompue de rebondissements plus ou moins attendus, ainsi que sur un écheveau complexe de relations entre les protagonistes. Hugo était très ambitieux quand à l’écriture de ce livre, songeant au départ à une composition en quatre volumes qui aurait conféré à cette histoire la portée et la densité d’une véritable saga. Bien lui en prit par la suite de ramasser son propos afin de resserrer la narration autour d’un axe principal : un sombre complot visant à abattre définitivement Schumacker, ancien chancelier du royaume de Norvège emprisonné dans le donjon de Munckholm.

 

L’histoire de Han d’Hislande prend place dans la Norvège de la toute fin du XVIIe siècle. Comme nous l’avons déjà dit il y est question de complots politiques, mais aussi de rébellion populaire, de quête aventureuse, de légendes, d’honneur, d’un brigand à l’aura maléfique et surhumaine, de trahison et d’amour. C’est cette thématique amoureuse qui permet à Hugo de nous livrer ses plus beaux moments de prose, lorsque le romantique se mêle à la noblesse d’âme des deux amants, qui ne sont autres que Ordener Guldenlew, fils du vice-roi, et Éthel Schumacker, fille du détenu disgracié. Je cite : « Ordener s'inclina devant cet ange. Son âme sentait trop pour que sa bouche pût parler. Ils restèrent quelque temps sur le coeur l'un de l'autre. Au moment de la quitter, peut-être pour jamais, Ordener jouissait, avec un triste ravissement, du bonheur de tenir une fois encore toute son Éthel entre ses bras. Enfin, déposant un chaste et long baiser sur le front décoloré de la douce jeune fille, il s'élança violemment sous la voûte obscure de l'escalier en spirale, qui lui apporta un moment après le mot si lugubre et si doux : Adieu ! »

 

Han d’Islande, malgré quelques procédés scénaristiques trop prévisibles, est un roman historique de très bonne facture. Bien moins connu que d’autres chefs-d’oeuvre tels que Notre-Dame de Paris ou Les Misérables, il mérite néanmoins que le lecteur s’y attarde et parcoure un bout de chemins sur les côtes désolées de Trondheim.

 

 

Par Matthieu Roger

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 11:37

Éditions Julliard, 2015

 

 

 

La réputation de Denis Robert n'est plus à faire. Journaliste d'investigation, il s'est notamment démarqué lors de la très médiatique affaire Clearstream par son obstination et son étude consciencieuse des faits. Dans Mohicans, sa dernière enquête, il nous livre sa version de l'histoire du journal le plus polémique de France. Un portrait à charge contre Philippe Val, Richard Malka, Cabu, et dans une moindre mesure ceux qui ont repris la marque Charlie Hebdo depuis 1992. Son ouvrage vient contrebalancer les prétendues vérités défendues par Philippe Val dans son livre C’était Charlie. Denis Robert retrace le parcours chaotique d'un journal à travers Hara-Kiri Mensuel, Hara-Kiri Hebdo, la Gueule Ouverte, Charlie Mensuel et Charlie Hebdo, et ce jusqu’en mai 2015, après les tragiques événements du 7 janvier.

Selon lui, il y a deux périodes. La première, de la création à la disparition d'Hara-Kiri en 1982, est la plus faste. Celle où l'humour, l'insolence, la subversion ont amusé, choqué ou ouvert les yeux de toute une génération de lecteurs et libéré la voie à une nouvelle façon de faire du journalisme. La seconde, de 1992 à nos jours, qui verra la dilapidation de l'héritage et le remodelage de l'hebdomadaire. L'humour bête et méchant est remplacé par des prises de position politiques, le titre est volé à Cavanna qui est progressivement mis au rebut, les contradicteurs sont évincés, etc. Le tout dans un but d'enrichissement personnel et d'assouvissement d'une soif de pouvoir.

 

Comme à son habitude, l'auteur s’appuie sur des sources précises, des recherches minutieuses et de nombreux entretiens pour expliquer le travail de sape d'un concept par le fossoyeur Val. Néanmoins, il rend également au fil des pages un bel hommage à ceux qu'il appelle les Mohicans : Choron, Delfeil de Ton, Reiser, Gébé, Siné, Fournier, etc., mais surtout Cavanna, le boss, plume impétueuse autant que talentueuse. Des kamikazes qui ne prenaient rien au sérieux et pour qui tout était prétexte au rire ! Il conte leur histoire, aussi belle qu'éphémère. Une aventure unique qui sent le sexe, l'alcool et la liberté !

 

 

Par KanKr

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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 13:33

Éditions Catserman, 2005

 

 

 

Une pointe d’argot, des barricades, des femmes montées au front, des nuits sanglantes ou encore des conflits politiques engendrés par la défaite du Second Empire face à la Prusse, telle est la formule que nous proposent Jean Vautrin et Tardi à travers Le Cri du Peuple. Initialement éditée en quatre volumes, cette intégrale nous abandonne au milieu de la Commune, dans une version dessinée du roman éponyme de Jean Vautrin mettant en scène une enquête qui se déroule au cours des funestes événements de 1871.

 

Au cœur d'un Paris sous la neige, le corps d'une demoiselle est retrouvé dans la Seine, un œil de verre gravé du numéro treize au creux de la main. Ainsi commence le récit, sur ce qui constituera la trame de l’œuvre, avec en toile de fond le vent d'une révolte qui monte des quartiers populaires. Au-delà de cette intrigue policière, qui s'efface au fil des pages pour laisser toute sa place à la lutte entre les drapeaux bleu-blanc-rouge et les bannières rouges, les auteurs s'intéressent au parcours des divers personnages fictifs qui participèrent à ces tragiques semaines d'insurrection et de répression : le capitaine Antoine Tarpagnan, transi d'amour pour Caf’Conc’, qui rejoindra les rangs communards, Horace Grondin, ancien bagnard à la recherche de Tarpagnan qu'il accuse du meurtre de sa fille adoptive, l'inspecteur Hippolyte Barthélémy, avide d’avancement, qui souhaite à tout prix démêler l'affaire de la noyée, mais aussi des personnalités qui y ont, de près ou de loin, réellement pris part : Jules Vallès, Louise Michel, Georges Clemenceau ou Gustave Courbet. Leurs histoires ne cesseront de s'enchevêtrer jusqu'à ce que les actions finissent par se recouper. Le scénario trouve un parfait équilibre entre le polar et le témoignage historique du plus important massacre perpétré par l'État français à l'encontre de ses citoyens. Plus qu'un hommage aux communards, c'est un brûlot à charge contre Adolphe Thiers.

 

Saisissant les péripéties depuis les pavés à travers son trait si particulier, Tardi trimballe le lecteur des quartiers populaires aux grands sites parisiens, dans les pas d'un peuple luttant pour sa liberté. L'esthétique graphique mise en scène par le dessinateur, tout en noir et blanc, s'avère judicieuse tant le dessin est étouffant, retranscrivant l'atmosphère violente, austère et sombre de l'époque. D'autant que le format à l'italienne, propice aux plans plus larges, permet d'explorer dans le détail et la minutie de grandes scènes épiques. Les auteurs nous plongent au cœur des hostilités pour mieux nous faire partager les odeurs, les bruits, les passions ou l’engouement des Parisiens engagés dans un combat perdu d'avance qui se termine comme il a commencé : dans l'hémoglobine. En trois cent douze pages, Jean Vautrin et Tardi nous font passer d'une ambiance de Grand Soir à la désillusion finale !

 

 

Par KanKr

 

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 12:40

Éditions Dargaud, 2013

 

 

 

Marcus le Romain et Arminius le Germain ont tous deux grandi et été formés ensemble. Aujourd’hui, ils sont devenus des officiers supérieurs de l’armée romaine. Mais si Marcus a ses pensées tournées vers l’élue de son cœur, Priscilla, Arminius complote contre Rome et l’armée qui l’accueillit en sein. Il va trahir l’uniforme qu’il porte en cherchant à unir les tribus germaines, son peuple d’origine. Dans ce quatrième tome des Aigles de Rome, Enrico Marini poursuit son récit et nous amène sur les terres hostiles de Germanie, en 9 ap. J.-C. Le lecteur est dès la première page projeté au cœur de la mêlée, lors de laquelle il fait connaissance du cruel commandant romain Lepidus, dont le visage se cache derrière un casque rutilant aux traits marmoréens.

 

Il faut avant tout tirer un coup de chapeau à Enrico Marini, qui est à la fois le scénariste, le dessinateur et le coloriste de cette bande dessinée. Très à l’aise dans la peinture des scènes d’action, il axe ici sa narration sur le basculement d’Arminius dans le camp des ennemis de Rome. On sent chez Marini un constant souci de réalisme historique, en témoignent l’usage régulier de termes latins au cours des dialogues ou bien encore le respect des tactiques de combat adoptées par l’armée romaine, notamment en ce qui concerne l’usage du pilum, ce javelot lourd utilisé par les légionnaires comme arme aussi bien défensive qu’offensive. Lors de l’impact, le pilum restait coincé dans le bouclier ou se brisait, de sorte que l’ennemi ne puisse le renvoyer ; il pouvait traverser un bouclier de trois centimètres ou une plaque métallique. Un glossaire d’une page, en fin d’ouvrage, vient rafraichir la mémoire des non-latinistes méconnaissant le cursus honorum ou le fonctionnement des légions. Graphiquement, le coup de crayon de Marini est alerte, privilégiant les couleurs froides pour les scènes d’extérieur et les couleurs chaudes pour les scènes d’intérieur. Ce quatrième volume des aventures de Marcus et Arminius n’en reste pas moins un tome de transition, et l’on ne peut s’empêcher d’imaginer la rébellion fomentée par Arminius se solder par un affrontement digne de la légendaire bataille de Teutobourg. Faisons confiance à l’auteur pour nous concocter un dénouement des plus passionnants.

 

 

Par Matthieu Roger

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 15:04

Les Presses Universitaires de France, 2012

 

 

En ces temps sombres où la bêtise s'impose comme une philosophie de vie, voilà un opuscule profondément moderne ! À travers Les lois fondamentales de la stupidité humaine, Carlo Cipolla nous décrit le fonctionnement de la société en dégageant quatre grandes catégories dans lesquelles il classe les individus : les crétins, les intelligents, les bandits et les stupides. Ils se démarquent les uns des autres par l'effet de leurs actions individuelles sur l'ensemble de la société. Ainsi, celles d'un crétin entraînent des pertes pour lui et des gains pour autrui, l'être intelligent agit de manière à procurer un bénéfice à tous, le bandit n'envisage que son seul avantage, quant à l'être stupide ses actions engendrent des pertes pour les autres sans aucun profit pour lui-même. Partant de ce principe, chaque être humain se situe irrémédiablement dans un de ces cercles. Il tire ensuite cinq lois fondamentales et leur impact sociétal pour conclure son propos par ce simple constat : tous nos déboires ont la même origine, la stupidité humaine ! Ce truculent brûlot, égratignant sans compter le fléau que représente la bêtise pour l'humanité, met en évidence que les êtres stupides sont légion, mais aussi que ce caractère ne s'apprend pas, celui-ci est inné. En ce sens, il est impossible de les manipuler puisque leur comportement s'exprime hors de toute pensée rationnelle.

 

Traité d'un ton absurde et plein d'humour, ce petit chef-d’œuvre sans prétention de l'historien économique italien vaut le coup de perdre quelques instants à le lire. Avec ses 72 pages étayées de graphiques à la portée de tous, il est rapidement dévoré et son sujet inattendu ouvre une réflexion mélangeant philosophie, économie et sociologie tout en restant un traité à la portée ludique. L'auteur nous offre, sous un aspect d'étude scientifique, un essai sans chiffres ni sources, qui a comme vertu de prouver qu'il est possible d'extraire des lois sur tout et n'importe quoi ! Formidablement bien pensé, si en finissant l'ouvrage on en conclut que les individus stupides sont supérieurs en nombre, celui-ci a surtout le mérite de mettre en garde contre les théories ineptes foisonnantes !

 

 

Par KanKr

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 15:33

Éditions ActuSF, 2015

 

 

Voilà un livre qui réjouit de par son audace et sa belle qualité d’écriture. Je dis audace car derrière le postulat scénaristique, qui narre le combat immémorial des Victoires, ces femmes chargées de combattre sans relâche le Mal au fil des siècles, se cache une vraie réflexion sur le rôle de la mémoire collective et des contingences historiques. Comme le dit l’auteur, L’Origine des Victoires est « un roman spéculatif, qui interroge le rôle de la culture historique dans l’Imaginaire collectif ».

Huit chapitres pour présenter huit Victoires, huit portraits de femmes qui tentent chacune à leur époque d’influer sur le cours de l’Histoire. Les six premiers chapitres nous ramènent de manière déchronologique aux temps premiers ; on peut y croiser des figures historiques telles que Gustave Eiffel, Saint Thomas d’Aquin, le futur Octave-Auguste, ou bien encore Marc-Antoine. Et puis brusquement la courbe du temps s’inverse, nous propulsant dans les méandres futurs de la science-fiction si chère à Ugo Bellagamba.

 

Si la lutte du Bien, incarné ici par les Victoires, contre le Mal, nommé ici l’Orvet, est aussi passionnante, c’est que l’auteur allie ses prises de risque narratives à une belle plume, dont la force d’évocation et la capacité à stimuler l’imaginaire du lecteur ne son plus à prouver une fois la dernière page tournée. L’Orvet lui-même nous est dépeint en proie à ses pensées les plus intimes, exposant avec force cynisme la logique réductrice de ses pulsions destructrices. Le moment où l’Orvet découvre les hommes préhistoriques s’avère par exemple des plus saisissants, puisqu’il authentifie le mythe de Caïn à travers les yeux du Mal jouissant de sa force manipulatrice incommensurable.

 

N.B. : les quinze premières pages de ce récit sont disponibles en lecture libre ICI.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 12:44

Éditions Place des Victoires, 2011

 

 

 

Voilà un magnifique livre d’art qui pourrait bien constituer le cadeau idéal pour vos fêtes de fin d’année. Son très grand format (42 cm de hauteur sur 34 cm de largeur), rehaussé par une tranche dorée du plus bel effet, est imposant et constitue l’écrin qu’il fallait pour mettre en valeur les superbes photographies haute définition des murs et voûtes de la chapelle Sixtine. Construite à la fin du XVe siècle, peinte et décorée au cours de la première moitié du XVIe siècle, cette dernière fait sans aucune contestation possible partie des joyaux architecturaux de l’humanité. La restauration des fresques de Michel-Ange, entreprise entre 1980 et 1994, permit de révéler au grand jour le savant et explosif mélange des couleurs, dévoilant sous la sombre patine des siècles une des plus étourdissantes compositions visuelles de l’histoire de l’art. Temple du génie italien de la Renaissance – citons, entre autres contributeurs, Le Pérugin, Botticelli, Ghirlandaio, Rosselli et Michel-Ange – la chapelle Sixtine défie l’entendement de par la beauté de ses peintures. Celle du Jugement dernier, sans doute l’une des oeuvres d’art les plus connues au monde, ne doit pas faire oublier que voûtes, médaillons, lunettes et voûtains constituent autant d’enseignements sur les représentations théologiques de l’époque, l’histoire de la papauté et l’enseignement de la Bible.

 

Si vous ne pouvez vous rendre un jour au Vatican, n’hésitez pas à entreprendre ce voyage au fil des pages de La chapelle Sixtine. Ou quand le livre restitue pour notre plus grand plaisir l'ébahissement des sens devant l’inimaginable. Comme le dit assez justement Alexandre Gady dans sa préface, « peut-être, au fond, est-ce avec un tel ouvrage que l’on peut encore regarder vraiment la chapelle Sixtine : dans le calme des pages feuilletées, dans les images somptueuses montrant ce que l’on ne voit pas d’en bas, lorsqu’on est dans la chapelle, la beauté des fresques jaillit dans toute la puissance de leur détail ». Conférant une place mineure aux explications textuelles, ce livre est l’exemple même que, parfois, l’image se suffit à elle-même. Un conseil : laissez-vous tenter.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 10:11

Les Échappés, 2015

 

 

 

Il existe des ouvrages qui pèsent plus que d'autres, et cela indépendamment de leur taille ou du nombre de pages qui les composent. L'ultime opus de Charb, Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes, est de ceux-là. Lourd de souvenirs, lourd de conséquences, lourd de sens surtout, il y effectue une mise au point concernant les attaques constantes qui touchent le journal dans lequel il officie. Un coup de colère venant du cœur, qui a gagné en force avec l'assassinat de son auteur le 7 janvier dernier, deux jours seulement après l'avoir bouclé. Si sa plume s'est tue à tout jamais, il nous laisse une ode à la liberté d'expression, fustigeant l'ignorance et l’imbécillité, intelligemment écrite.

 

En sept lettres il répond à tous ceux qui les accusent, lui et Charlie Hebdo, d'être islamophobes. Dans sa ligne de mire, tour à tour les extrémistes religieux se servant du dogme pour asseoir leur légitimité, les racistes qui détournent l'hebdomadaire pour véhiculer leurs idées, les médias qui agitent des chiffons rouges dans leurs colonnes et les politiques fébriles qui cèdent face à la pression des extrêmes, au point d'aller à l'encontre de la législation française. S'il poursuit ici son combat, c'est sans agression, mais en invoquant les racines des mots dans une leçon de vocabulaire adressée à tous ceux qui en dévoient le sens. Sans cesse pointé du doigt et jugé pour provocation envers les musulmans, il rappelle que les phobies sont des peurs et que, par extension, l'islamophobie est une peur de l'islam. Or, si la peur est regrettable, elle n'est en rien condamnable. En fervent défenseur de l'égalité des droits, il constate que le terme islamophobie a remplacé celui de racisme et dénonce dans ce livre l'instrumentalisation de cette formule pour amalgamer les antiracistes critiquant un culte à ceux qui s'en prennent aux adeptes de l'islam. Critiquer une spiritualité est devenu aussi répréhensible que de discriminer quelqu'un en raison de son appartenance religieuse.

Charb nous laisse son dernier témoignage quant à son inquiétude de voir la lutte antiraciste évincée par une lutte pour la protection et la promotion d'une théologie, mais aussi de voir la libéralisation du racisme ouverte par le débat sur l'identité nationale engagé par Nicolas Sarkozy. Il milite pour son droit à l'humour, son droit au blasphème, considérant qu'il n'y a pas de doctrine au-dessus des autres. La pointe critique est toujours là, le cynisme aussi, mais uniquement pour souligner le ridicule de ces messages mortifères. Ainsi conclut-il cet opuscule posthume en posant la question suivante : et l'athéophobie dans tout ça ?

Si incontestablement Charb était un dessinateur de talent, sa plume n'a rien à envier à son coup de crayon ! Un hymne à l'antiracisme à lire sans modération !

 

 

 

Par KanKr

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 11:35

Éditions Perrin, 2005

 

 

 

Voilà une biographie magistrale, qui pourrait servir de modèle à tous les historiens. S’attaquant ici à la vie et l’oeuvre du dernier Roi de France, Jean-Christian Petitfils nous brosse avec brio la France du XVIIIe siècle, son économie, sa démographie, sa diplomatie, ses évolutions politiques, etc. Ce qui me surprend toujours, chez cet auteur, c’est sa capacité à frôler l’exhaustivité – pourtant utopique en historiographie – tout en alliant la critique des études historiques antérieures à un style d’écriture impeccable. Et ce Louis XVI ne déroge pas à la règle. On y découvre les doutes inlassables d’un souverain malade d’aboulie, dont l’incapacité chronique à diriger était contrebalancée par un souci constant du bien-être de ses sujets. À l’évidence Louis XVI ne fut pas homme capable d’appréhender et traiter avec justesse les dynamiques révolutionnaires à l’oeuvre dans le pays, celles-ci étant portées à des fins différentes par le Parlement, la haute aristocratie et la petite bourgeoisie. Victime d’atermoiements coupables, celui que la Convention enverra à la guillotine en janvier 1793 gâcha un début de règne relativement réussi en subissant de plus en plus l’influence des coteries et des clans à l’oeuvre à la cour de Versailles. Jamais  le « ci-devant Louis Capet » ne fut la main de justice qu’il aurait aimé incarner.

 

 

Par Matthieu Roger

 

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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 10:34

Éditions Mille et Une Nuits, 2007

 

 

 

Dans la bibliographie d'Ernesto Rafael Guevara de la Serna, Voyage à motocyclette est un écrit de référence. Rédigé alors qu'il n'était encore qu'un étudiant en médecine grandissant dans une famille bourgeoise à l'abri de tout besoin, il contient les prémices de réflexions qui l'amèneront à devenir le Che. Pourtant, le 29 décembre 1951, lorsqu'il enfourche Poderosa, la Norton 500 de son ami Alberto Granado avec qui il s’apprête à parcourir l'Amérique latine, il est loin des luttes qui l'ont plus tard rendu célèbre. Ernesto va bientôt avoir vingt-quatre ans et c'est avec des cahiers, des crayons, un sac sur le dos et une bonne dose d'insouciance dans les poches qu'il entame ce voyage qui, au fil des kilomètres, se révélera initiatique. Ce périple, le premier d'envergure du futur guérillero, raconte dans un premier temps leur quotidien. Il évoque leur épopée, la description des paysages qu'ils traversent et leurs déboires (le froid, la chaleur, les moustiques, la fatigue, la faim, les chutes...) rythmés par les crises d'asthme d'Ernesto. Ces quelques notes prises sur des carnets constituent un simple témoignage de deux amis partis assouvir un caprice d'errance et d'aventure vers l'inconnu et remplissent les pages blanches d'inoubliables souvenirs de route.

Au fur et à mesure de leurs pérégrinations à travers l’Amérique latine, le ton change. L'œil de l'auteur fixe moins la nature, attiré progressivement par les sociétés qui l'entourent. Les descriptions de paysages, le romantisme du voyage et les plaisirs de la bonne bouffe et du vin s'effacent derrière les portraits de ceux qui croisent son chemin. C'est une énième panne de Poderosa, la dernière, obligeant les deux amis à continuer ce périple à la seule force du pouce et des jambes, qui va marquer un réel tournant dans le récit. Désormais au contact des populations, Ernesto va progressivement s'immerger dans le quotidien de peuples opprimés, vivant dans la misère et l'insalubrité et ne bénéficiant que de soins précaires. Visitant les mines de sel et les léproseries, il prend conscience des réalités sociales des ouvriers et des malades enclavés dans l'exploitation, l'ostracisme ou encore le mépris.

C'est en désirant découvrir le monde qu'Ernesto croise son destin, se construisant par ses rencontres et ses désillusions sur la civilisation, loin de la sphère politique actuelle qui a perdu contact avec ses administrés. Même s'il ne le sait pas encore, il a déjà rendez-vous avec l'Histoire ! À travers ces péripéties de baroudeur, nous percevons un autre visage (drôle, facétieux, intelligent et débrouillard) de la future figure de la révolution cubaine, orateur hors pair, craint par ses adversaires autant que par ses amis. Le révolutionnaire se construit, mais c'est le cœur qui prend les armes en premier !

 

Ce qui n'était qu'un carnet de voyage de l'Argentine à Miami en passant par le Chili, la Cordillère des Andes, le Venezuela, la forêt équatoriale, la Colombie, etc., destiné à rester dans un fond de tiroir du jeune étudiant en médecine, est devenu un témoignage historique et sincère, car aucunement promis à une quelconque édition. Un ouvrage pertinent, lucide et d'une maturité indéniable malgré l'innocence de l'auteur dont la plume se révèle d'une grande qualité. Un livre qu'il faut incontestablement posséder dans sa bibliothèque !

 

 

Par KanKr

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite