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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 09:29

Éditions Actes Sud, 2011

 

 

 

L’oncle eut son Waterloo, le neveu sa défaite de Sedan. Août 1870, l’historien Nicolas Chaudun brosse la débâcle de l’armée française devant la Prusse et ses alliés. Napoléon III, perclus de douleurs à cause de ses calculs rénaux, subit les assauts de militaires jaloux et prétentieux. Rien ne fonctionne en cet été brûlant. Les coqs chantent mais la logistique bismarckienne engloutit les péripéties de groupes d’armées désorganisés ; sans estafettes, sans informations, ils se cherchent sans jamais se trouver. Les Gaulois sont dans la plaine quand les Bavarois les tiennent en joue. Tout est perdu au bout d’une virée folle entre Sambre et Meuse, alors que le fantôme de Bazaine s’est enfermé dans Metz.

 

D’une plume vive et féroce, l’auteur tient la troupe et ses chefs dans un kaléidoscope effarant : sueur, sang, charges, flux et reflux incessants et toujours l’épée dans les reins, l’Empire s’écroule en deux mois. C’est l’été, tout est perdu : drapeau blanc quand l’Empereur pisse du sang, alors qu’Eugénie intrigue à Paris. Le couple impérial tire sa révérence dans une capitale isolée. La France voit désormais son destin face à face. Désastre, souffrances, l’abîme accueille cette tranche d’histoire hallucinée.

 

L’été en enfer a reçu le Prix de l’Académie des sciences morales et politiques.

 

 

Par Frédéric Roger

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 17:14

Rue de Sèvres, 2016

 

 

 

Les aiguilles tournant, laissant leurs stigmates sur les visages et altérant le moral, voici le sujet développé par Juan Díaz Canales dans Au fil de l'eau. Une fois n'est pas coutume, le scénariste de Blacksad et du dernier Corto Maltese s'installe derrière les crayons, sans pour autant délaisser sa plume. En tant qu'auteur complet, il nous propose un récit original, de la forme au fond !

Dans les années 2000, alors que la crise économique fait des ravages en Europe dans les rangs des plus démunis, Madrid n'échappe pas à la règle. Au milieu de cette ambiance morose, une bande d'octogénaires, partagée entre ennui du quotidien et convoitise de revenus supplémentaires, se découvre une passion pour le trafic d'objets volés. De petits profits qui ne leur servent pourtant pas à améliorer l’ordinaire, mais à miser sur leurs parties de cartes. On se demande néanmoins si cette activité illicite n'est pas un simple jeu de provocation envers l'ordre établi de la part de ces seniors, compagnons de lutte, qui ont défendu la liberté dans les années trente. Cependant, malgré leur sérénité de surface, ils portent un lourd secret qui pourrait expliquer la disparition des membres du groupe les uns après les autres, assassinés dans d'obscures circonstances…

 

L'auteur nous dépeint un portrait amer de l'Espagne contemporaine traînant les fantômes de son passé comme un fardeau : le franquisme, le militantisme anarchiste, la pauvreté ou encore la mise à l'écart des anciens. Il aborde avec finesse, tendresse et une sombre poésie, la place du troisième âge dans notre société, l'emprise de l'horloge qui défile, les conflits de générations, l'esprit de contradiction et la fracture sociale. Des problématiques aussi universelles qu'intimes ! Comme le sous-entend le titre de l'ouvrage : l'eau suit toujours le sens du courant, tout comme l'homme suit celui du temps. On ne retourne jamais en arrière...

Si le scénario se révèle incontestablement subtil et profondément humaniste, le dessin n'en est pas moins d'une exquise efficacité ! Le choix du noir et blanc s'avère judicieux dès les premières cases, renforçant l'aspect austère du propos. Son trait, quant à lui maîtrisé, léger et très expressif, nous offre une galerie de personnages aux visages burinés par l'existence auxquels le lecteur s'identifie rapidement.

 

Indéniablement, à travers ce polar atypique et grinçant, Juan Díaz Canales affirme ses talents de conteur et instaure ceux de dessinateur ! Il nous enseigne une leçon de vie tout simplement belle et émouvante.

À lire et savourer !

 

 

Par KanKr

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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 08:18

La boîte à bulles, 2016

 

 

 

De l'Inde, chacun a déjà entendu parler du Gange, du Taj Mahal, de Bollywood ou de Gandhi, fleurons du pays le faisant rayonner dans le monde. Moins nombreux sont ceux qui connaissent les Adivasis, peuple indigène pacifique. Et pour cause ! Comme partout, derrière la vitrine se cache toujours ce qui n'est pas présentable...

À travers Adivasis meurtris – L'agonie d'un peuple autochtone en Inde, Eddy Simon et Matthieu Berthod ont choisi d'évoquer l'une de ces faces sombres de l'Inde.

Sujets de cet ouvrage, les Adivasis sont des aborigènes de l'Inde habitant quasiment en autarcie, à l'écart de la civilisation, dans les régions reculées du territoire. Si leur nombre est estimé à cent millions, ils constituent une minorité de la population. Au sein d'un système social organisé en castes, ils se retrouvent souvent recensés avec les intouchables, l’échelon le plus bas de la hiérarchie. Considérés par la société comme des primitifs, ils sont méprisés et exploités par les classes supérieures. Avec l'avènement du XXIe siècle, leur situation empire. D'une part, le gouvernement, via ses milices, s'approprie leurs terres, pille les richesses qui s'y trouvent et permet à l'industrie de s'y implanter sans vergogne. D'autre part, les rebelles maoïstes (les naxalites), sous couvert de les défendre, s'opposent à l'État avec violence. Au milieu d'une guerre pour laquelle ils n'ont pris aucun parti, les Adivasis vont devenir le dommage collatéral d'une lutte sans concessions se déroulant dans l'ignorance générale.

Pour illustrer leur propos, les auteurs ont opté pour un séquençage de cases en noir et blanc ayant rarement de liens entre elles. Ils utilisent l'image pour mettre en avant les situations développées tout au long du récit, laissant primer le scénario sur le dessin. Plus qu'une bande dessinée, Eddy Simon et Matthieu Berthod nous offrent ici un documentaire graphique instructif qui s’intéresse à un thème très peu exploré.

Voici une œuvre, soutenue par Amnesty International, qui ne doit pas sombrer dans l'oubli !

 

 

Par KanKr

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 14:20

Éditions Tallandier, 2007

 

 

 

 

Pétain : été 1945. Nuremberg : hiver 1945. Eichmann : 1961. Trois procès retentissants de l’après Seconde guerre mondiale, médiatisés dans le monde entier. Les plus hauts dignitaires militaires placés sur le banc des accusés pour répondre de leurs crimes. Des hommes face au jugement de l’Histoire.

 

Le Français Jospeh Kessel, qui fut également un romancier hors pair – je vous recommande notamment la lecture de Fortune carrée (1932) et Le Lion (1958) – fut un des meilleurs reporters du XXe siècle. Comme indiqué en quatrième de couverture, voilà un journaliste qui couvrit, entre autres, « les guerres civiles irlandaise et espagnole, les premières tensions en Palestine, les vols transsahariens de l’Aéropostale comme la traite négrière en mer Rouge. » Dans Jugements derniers il dresse le portrait d’accusés qui ne semblent pas mesurer la portée de leurs actes passés, tout simplement parce que la lâcheté est devenue depuis longtemps leur unique guide. Qu’il s’agisse de Philippe Pétain, le maréchal de la collaboration avec Hitler, des Nazis de Nuremberg, reponsables en quelques années de plusieurs dizaines de millions de morts, ou bien encore d’Adolf Eichmann, le pourvoyeur des camps d’extermination, le pathétique de ces puissants déchus se mêle constamment à l’abjection des crimes et au tragique de la situation. Les comptes rendus journalistiques de Kessel se concentrent sur l’attitude et les visages de ceux que l’on sait par avance condamnés. Il narre avec concision et vivacité les arguties et débats houleux qui font ressurgir l’innommable dans l’enceinte de ces trois tribunaux. Mais les passages les plus saisissants de ces chroniques juridiques sont deux duels, celui opposant Paul Reynaud au général Weygand lors du procès Pétain, et celui opposant le procureur Hausner à Eichmann. Là sourde une haine réciproque, à la fois impalpable et explosive. Et que dire de ce fou rire commun saisissant à Nuremberg Ribbentrop et Goering au souvenir de leur complot pour annexer l’Autriche ? Un fou rire démoniaque…

 

 

 

Par Matthieu Roger

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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 17:41

Éditions Mnémos, 2016

 

 

 

Le Royaume Rêvé a tout pour plaire. Une plume alerte, celle d’Adrien Tomas, un univers riche et fouillé, celui d’un vaste continent insulaire, des personnages attachants, que l’on suit pas à pas tout au long du récit, éléments qui viennent structurer une fantasy à mille lieues des clichés du genre. À l’instar de G.R.R. Martin dans Le Trône de Fer, Adrien Tomas alterne les chapitres dont chacun se concentre sur un protagoniste différent. Même si Vermine, la sauvageonne aux pouvoirs si obscurs, paraît constituer l’héroïne principale de l’histoire, c’est toute une galerie de héros qui vient composer ici la geste des royaumes des Marches du Gel. Développant un système politique original, où les héritiers des principautés nordiques sont à la fois otages et atouts du pouvoir pour l’instant centralisé à Sveld, l’auteur n’en égrène pas moins savamment quelques bribes d’informations capitales sur les autres puissances continentales. Si, en ce qui concerne Le Royaume Rêvé, le danger vient bel et bien de l’intérieur, la chute finale laisse présager une suite outrepassant les frontières géographiques de ce premier opus.

Si je vous conseille la lecture de ce livre, agréable compagnon de vacances, c’est qu’il mélange avec un brio certain intrigues politiques, stratégie, destins individuels, magie, mandragores inquiétantes et fantasy, sans oublier une légère pointe d’humour jamais superflue. Combats et rebondissements narratifs sont également au programme concocté par Adrien Tomas, lequel fait désormais partie, comme Jean-Philippe Jaworski ou Fabien Cerruti, de ces écrivains de fiction français les plus talentueux que nous ne manquerons pas de suivre de très près.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 14:05

Tana Éditions, 2016

 

 

Genís Carreras entreprend ici une démarche extrêmement orginale : mêler au sein d’un même ouvrage design et philosophie. Pensé comme un dictionnaire visuel, Philographique confronte une centaine de paradigmes et concepts philosophiques en « isme » à leur délinaison en logos géométriques. Chaque double page permet au lecteur de redécouvrir une notion philosophique fondamentale – absolutisme, déterminisme, monisme, positivisme, stoïcisme, etc. – et de la mettre en perspective grâce à des dessins à la fois épurés et vecteurs de sens. Ces métaphores visuelles, outre leur originalité graphique, viennent compléter la définition fournie. Symboles ou représentations abstraites, leur agencement et leur couleur questionnent tout autant qu’elles précisent. Voici ci-dessous, à titre d’exemples, trois vis-à-vis proposés par l’auteur.

 

« Anarchisme : série de conceptions qui s’opposent à l’idée d’État comme moyen de gouverner et qui défendent une société basée sur des relations non hiérarchiques. » (p.16-17)

 

« Historicisme : théorie qui suppose que pour comprendre un événement historique, vous devez comprendre le contexte philosophique dans lequel il prend place, au lieu de l’expliquer avec des idées supposées intemporelles ou fondamentales. » (p.92-93)

 

« Socialisme : système économique dans lequel les moyens de production sont possédées et contrôlées par le plus grand nombre et pas par quelques-uns. » (p.168-169)

 

Un symbole placé près du numéro de la page indique à quel domaine de la philosophie la théorie concernée appartient : métaphysique, morale, épistémologie, politique, religion ou divers. L’anarchisme, l’historicisme et le socialisme sont ainsi logiquement classés dans le domaine politique, là où le cynisme sera plutôt du ressort de la morale et le pessimisme du ressort de la métaphysique.

J’ai trouvé ce livre passionnant car il ouvre mille portes de réflexions sans pour autant s’engager dans des détours intellectuels absconds. L’alliage de la théorie et de supports visuels est très bien pensé et constitue une manière inédite de réfléchir la pluralité des points de vue humains. Philographique ou comment aborder la culturelle générale de manière inventive et créative. Bravo à Genís Carreras !

 

 

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Culture(s)
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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 10:28

Le Lombard, 2016

 

 

Entre 1995 et 2011, Euskadi Ta Askatasuna, plus connu sous l’acronyme ETA, ayant perdu beaucoup de son aura depuis sa création en 1959, a recentré ses opérations sur des personnalités basques. Durant cette période, l’État engage des miliciens sans formation pour escorter ceux que les actions de l’organisation ciblent encore. C'est pendant ces événements que Mark Bellido et Judith Vanistendael ont décidé d'ancrer leur récit dans Salto – L'histoire du marchand de bonbons qui disparut sous la pluie.

Miquel, livreur de bonbons insouciant qui n'a d'attention que pour sa famille, achemine ses marchandises de sucreries aux clients de l'entreprise qui l'emploie. Mais il manque d’entrain et de motivation, notamment pour réclamer les règlements. Rêveur et idéaliste, il se destine à l'écriture. Une de ses nouvelles, publiée dans un magazine, lui donne l'espoir d'en faire son métier à plein temps. Malheureusement, il peine à s'y mettre, préférant s’occuper du bonheur de ses enfants à qui il promet des vacances à la mer. Mais, de laxisme en mauvais choix, il finit par se retrouver sans travail, sans voiture et sans argent pour y remédier. Pour subvenir aux besoins de son foyer, il décide de postuler à une annonce de l’État qui recrute des privés pour la sécurité de certaines personnes menacées par l'ETA. Suivi par sa famille, il part habiter à Pampelune où il devient un « txakurra » (chien en basque), qualificatif méprisant dont sont affublés ces gardes du corps, sans entraînement, au service complet d'hommes politiques ou d'intellectuels. Pour l'occasion, il prend le nom de Mikel afin de garder ses proches à l'abri de ses activités. Accompagné de Rose, sa collègue, d'une arme et de vingt-cinq cartouches, il sera chargé de la protection de Tango55, cible de l'ETA, maire retraité d'un petit village à proximité de Pampelune et qui a un certain penchant pour la bouteille. Assimilant jour après jour le métier, Miquel va petit à petit perdre son humour et sa désinvolture au rythme où son ménage se désagrège. C'est l'histoire d'un enfant qui apprend à être adulte !

 

Mark Bellido nous propose une fiction autobiographique, intense et dense, sur fond d'attentats à la bombe, à cette époque sombre où le Pays basque était en quête de sa liberté. Cette chronique sociopolitique, au constat teinté d'amertume, conserve pourtant un ton léger et humoristique. Elle ne s’intéresse pas aux ramifications politiques de l'indépendantisme basque, préférant dresser le quotidien d'un homme embarqué dans une existence réglée qui prend le dessus sur ses illusions : dormir avec une arme à portée de main, se lever aux aurores, vérifier sa voiture avant de la démarrer, méfiance constante...

Derrière ses crayons, Judith Vanistendael construit, de son côté, un univers graphique original et complexe. De ses traits simples et colorés, elle retranscrit avec minutie le contexte de l'intrigue, des personnages aux visages expressifs et leurs interactions. Dans certaines de ses planches, elle reste volontairement plus évasive, soulignant la perte de contrôle du protagoniste principal. Incontestablement, il y a une touche de poésie dans son dessin !

Plus cérébrale que haletante, cette œuvre à l'atmosphère particulière est un voyage passionnant et captivant à travers une page qui a marqué les souvenirs par sa violence.

 

 

 

Par KanKr

 

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 16:44

Éditions Casterman, 2016

 

 

 

 

L'Amérique, ses grandes plaines verdoyantes et ses Indiens ont fait rêver toute une génération d'explorateurs en mal de voyages et de découvertes. Alexis de Tocqueville, célèbre notamment pour ses réflexions philosophiques et politiques, est de ceux-là. Dans Quinze jours dans le désert, il a conté son périple au tréfonds de la région des Grands Lacs, en direction de contrées que la civilisation occidentale n'avait toujours pas foulées, histoire que Kévin Bazot a décidé d'adapter en bande dessinée avec Tocqueville : Vers un nouveau monde.

 

Sous forme de récit initiatique, cette excursion graphique raconte l'errance, en 1831, du jeune aristocrate, futur intellectuel que nous connaissons aujourd'hui, à travers les États-Unis d'Amérique. Accompagné de son ami Gustave de Beaumont, empli d'illusions et de naïveté, il part en quête des Amérindiens qu'il imagine sauvages et réfractaires à la modernisation de l'Occident, plus axés sur la synergie avec la nature que sur le développement industriel. Le candide idéaliste va vite déchanter. Confronté à la réalité, il doit se rendre à l'évidence : ceux qu'il cherche sont en voie d'extinction, acculés par l'expansionnisme des colons. L'urbanisation dévore les forêts ! Contrairement à ce qu'il pensait, les Indiens, devenant les victimes de l'essor des grandes villes, se sont soumis à la culture de ceux qui ont investi leurs terrains. Partout les deux compagnons ne croisent que des Amérindiens miséreux, ivrognes, bagarreurs et voleurs n'ayant plus une once de révolte en eux. Alexis de Tocqueville et Gustave de Beaumont sont les témoins de la construction de l'Amérique contemporaine ! Persévérants, s'enfonçant de plus en plus au cœur du Nouveau Monde, ils finiront par trouver ceux qu'ils étaient venus rencontrer. Mais, déjà, la civilisation est à deux pas de ces derniers espaces vierges…

 

L'auteur nous livre, ici, un triste portrait de l'Amérique des pionniers dans un ouvrage graphique inspiré, documenté, précis et détaillé, pour rester au plus proche du texte originel. Il en a conservé l'aspect critique, notamment l'imposition culturelle et religieuse des colons sur les Indiens en anesthésiant toutes volontés et toutes velléités par l'alcool.

Grâce à une ligne claire et un dessin diapré, Kévin Bazot illustre parfaitement son propos, immergeant le lecteur dans cette époque révolue où les vastes forêts dominaient encore le territoire.

Si le scénario n'est jamais palpitant, a contrario des grands westerns sur la conquête de l'Ouest, il n'en demeure pas moins passionnant du début à la fin !

Une adaptation réussie, respectueuse de l’œuvre d'Alexis de Tocqueville, superposant des images sur ses mots.

 

 

Par KanKr

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 16:24

Éditions Akileos, 2016

 

 

 

 

Après un premier opus magistral, ce Livre II du Roy des Ribauds est sans doute la bande dessinée que j’attendais avec le plus d’impatience en ce premier semestre 2016. Toute petite déception car ce deuxième tome est à l’évidence un livre de transition, annonciateur du grand affrontement à venir. « Qu’ils viennent… Tous… » lance ainsi avec défi Tristan, dit le Roy des Ribauds, en dernière page.

 

Si l’arc narratif prend ici son temps au gré des alliances et complots qui sourdent en coulisses, il n’en reste pas moins que Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat nous assènent une nouvelle fois une démonstration graphique et rythmique de premier plan. Les scènes de combat sont tout aussi magnifiques que les scènes d’intérieur, rehaussées avec justesse par la gamme chromatique originale choisie par Toulhoat, oscillant entre le sépia, l’orange, le mauve et le bleu nuit. La galerie de personnages proposée est en outre travaillée avec soin, certains pans de leur passé respectif étant savamment distillés au cours du récit. Qu’il s’agisse du Roy des Ribauds, de sa fille Sybille, du Grand Coësre, du Roi Philippe Auguste, du Comte de Boulogne, de Saïf, de Barthélémy, du Hibou, du fieffé Ascelin ou bien encore de l’inquiétant Rouennais, on sent que l’heure de vérité va bientôt sonner ; chacun fourbit ses armes, rend coup pour coup et se méfie de son voisin. Rendez-vous au Livre III !

 

 

Par Matthieu Roger

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 16:02

Éditions Actes Sud, 2016

 

 

Albert Sánchez Piñol est incontestablement l’un des auteurs de fiction les plus talentueux de ce début de XXIe siècle. La Peau froide et Pandore au Congo, respectivement publiés en 2004 et 2007, m’avaient déjà enchanté par leur style d’écriture et la qualité des univers dépeints, oscillant entre fantastique, mystérieux, aventures et burlesque. C’est donc rempli d’attentes que je me suis lancé dans le récit de la vie mouvementée de Marti Zuvirìa, dit Zuvi, jeune Espagnol débarquant en France en 1705. Et j’ai été loin d’être déçu.

 

L’histoire débute au moment où, par un concours de circonstances plutôt heureux, Zuvi se fait recruter par le célèbre ingénieur militaire Vauban, dans l’ombre duquel il apprend les bases de la fortification militaire et de l’art du siège. Étrange pari que celui de l’auteur d’articuler son long roman – plus de 700 pages – autour de la poliorcétique, d’autant plus que cette thématique est loin de servir uniquement à caractériser la personnalité de notre héros. Victus déploie en effet sa narration tout au long de la Guerre de succession d’Espagne (1701-1714), une chronologie du conflit étant même disponible en annexe. Et Zuvi, emporté par le flot d’événements plus improbables les unes que les autres, de voguer de sièges en combats, de combats en sièges, pour finalement atterrir en 1713 dans sa Barcelone natale, assiégée par les troupes françaises et castillanes. Ce siège mettra Zuvi face à ses propres contradictions. Sans compter qu’il durera plus d’un an, mais pour quelle issue ?

 

Sous-titrée Barcelone 1714, cette fiction historique se démarque de la production littéraire ambiante par les envolées désopilantes et parfois salaces de son ton. Empreint d’un profond humanisme, le récit met en perspective les trajectoires d’individus brisés et balayés par les affres de la guerre. Le paradoxe est d’observer Zuvi, aux forts penchants antimilitaristes, de débattre face à l’héritage que lui a légué Vauban et la mystique poliorcétique qui l’anime désormais envers et contre tous. Car dans Victus les ingénieurs militaires ne sont pas de simples soldats, ils sont les Ponctués, membres d’une caste d’élus condamnée à ériger pour détruire…

 

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite