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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 12:32

Imago Éditions de Paris, 1990

 

 

 

Versailles ? Monumental ! La cour ? Quel théâtre ! Louis XIV ? Un phare ! Derrière le faste et les ors, sous la perruque et la dentelle, le corps du Roi, au fil des ans, vieillit. Et quand il souffre, viennent les médecins et les charlatans avec leurs potions, leurs décoctions, breuvages, mixtures, emplâtres, saignées, lavements, dépuratifs… Molière l’a écrit : « Vade retro Purgon, Diafoirus et autres apothicaires ! » Mais lorsque le grand roi souffre, comme tout homme sur cette terre, Louis serre les dents et ne dit mot. Louis reste, jusqu’à l’évanouissement, dans son rôle titre de « Roi-Soleil » ; et pourtant, quelle galère !

Michelle Caroly enseigne la civilisation française à l’Université de Pennsylvanie (États-Unis), et c’est grâce au « Journal de Santé » tenu scrupuleusement par ses médecins qu’elle nous dévoile ce roi souffrant. Lequel met tout en scène, maladie et épreuves physiques, dont il est accablé ou rédimé selon une étiquette dont lui seul maintient les codes, au gré des enjeux politiques ou militaires.

On suit, dans ce livre, la déchéance physique d’un homme qui tint bon. Extrait : « Louis avait de fréquents abcès aux gencives qui enflaient ses joues et déformaient son visage. Avant d’ouvrir les abcès à la lancette, on y appliquait des cataplasmes de mie de  pain et de lait […/…] En 1685 le roi est affligé d’un trou dans la mâchoire supérieure gauche dont toutes les dents avaient été arrachées […/…] Ce trou portait l’eau, quand il buvait, dans son nez qui coulait comme une fontaine […/…] Cette cavité avait dégénéré en carie de l’os, et accumulait des matières organiques pourrissant et dégageant une odeur “forte et quasi cadavéreuse dans les mucosités qu’il mouchait. »

Si d’Aquin et Dangeau, ses médecins, ne le tuèrent pas, la chronique de cette faillite corporelle du plus grand souverain de son temps est effrayante. Que de souffrances, que d’approximations dans les diagnostics, que d’impéritie dans les soins ! Le roi mourra de la gangrène ; à l’autopsie, l’épiderme se lèvera de tous côtés. Une fois la dépouille dépecée, la tête sciée en deux, les différentes parties furent comme de coutume séparées. Ouf, quelle vie, quelle galère… royale !

 

 

 

Par Frédéric Roger

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 15:57

Éditions Perrin,  2012

 

 

 

Encore un livre sur Jeanne d’Arc ? Tout n’a-t-il pas déjà été écrit sur cette figure tutélaire de la France ? Le sous-titre nous éclaire d’emblée : « Vérités et légendes ». Car l’auteure, Colette Beaune, s’est fait piéger : invitée en tant que médiéviste avec trois autres historiens par la chaîne de TV Arte, ses propos furent parfois défigurés au montage. Elle rétablit ici la vérité historique, et la met en perspective en travaillant avec méthode et rigueur. Mais rigueur ne veut pas dire ennui. Colette Beaune projette en effet notre siècle, friand de réalités virtuelles, de nanotechnologies, d’éphémère et d’écrans plasma, vers une réalité de chair et de sang. Une France, oui, mais laquelle ? La guerre, pour qui et pourquoi ? Des illusions, des voix, une supercherie ? Des manipulations, un complot, quelles vérités ? Jeanne, putain ou sorcière ? Une héroïne, une martyre, une sainte ?

C'est là où l’auteure excelle. Avec autorité, elle repositionne Jeanne à l’exacte place qu’elle occupait dans son temps. Entre Armagnacs et Bourguignons, c’est son âme qui compte le plus pour elle ! On a des traces, des documents, les minutes de ses différents procès. Partisans et ennemis témoignent. Jeanne, elle-même, s’exprime, son langage est compréhensible. Elle maintient juges et bourreaux à distance avec une force et une paix qui impressionnent. Ses réponses sont justes, elle ne triche pas, elle n’élude rien, elle ne caricature ni n’injurie personne. Elle déjoue les pièges tendus avec discernement.

Alors : « Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente… », comme le suggérait le poète Georges Brassens ? Quand on n’est ni folle ni exaltée, ni orgueilleuse ni vindicative, mais reniée et désarmée, bafouée, pourquoi accepter le bûcher ? Pourquoi ne pas chercher à vivre quand même, coûte que coûte ? Par delà les faits répertoriés, ce que nous donne à comprendre Colette Beaune, c’est la geste des consciences qui, à travers les âges, de Jeanne à Jean Moulin se lèvent pour dire « non », et refusent l’iniquité. Vive conversation avec tous ces stigmatisés et contre les mythographes de tous bords et de tous temps.

 

 

Par Frédéric Roger

 

 

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 16:11

Éditions Tallandier, 2016

 

 

 

 

Un pavé, une brique, un moellon ? Jean-Christian Petitfils, auteur d’un très remarqué Louis XIV en 1995, Grand Prix de la Biographie (Histoire) de l’Académie Française, s’attaque aujourd’hui à une forteresse : La Bastille ! Son livre de 345 pages avec notes, annexe, sources et bibliographie, index des noms propres, dit tout en quinze chapitres sur ce symbole de l’arbitraire dont les monarques de France firent un usage excessivement… secret. Abus, mais libéralités, nourriture, mobilier, mœurs et usages du temps sont éclairés à l’aune des mythomanes et des empoisonneurs, des hommes et des femmes, aristocrates ou quidams, qui s’y sont succédés. Le style est vif, alerte, avec une pointe d’humour pour un sujet terrible mais parfois drolatique.

En fin de volume, surtout ne pas manquer les cinquante pages sur l’état de l’opinion française à l’aube de la Révolution. Rarement l’écheveau des errements s’entremêlant aura été analysé avec une telle acuité et le paysage de la fin des illusions dépeint avec autant de finesse. Quand l’auteur brosse le tableau vivant d’un Paris en émoi après la grande crise du printemps 1789, son style fait qu’on y est, et qu’on a tout compris. L’assaut final du 14 juillet et le massacre qui s’en suivit sont décrits avec réalisme. L’affaire, sous nos yeux, nous emporte dans ses murs, hors du temps.

 

 

Par Frédéric Roger

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 11:35

Éditions Perrin, 2005

 

 

 

Voilà une biographie magistrale, qui pourrait servir de modèle à tous les historiens. S’attaquant ici à la vie et l’oeuvre du dernier Roi de France, Jean-Christian Petitfils nous brosse avec brio la France du XVIIIe siècle, son économie, sa démographie, sa diplomatie, ses évolutions politiques, etc. Ce qui me surprend toujours, chez cet auteur, c’est sa capacité à frôler l’exhaustivité – pourtant utopique en historiographie – tout en alliant la critique des études historiques antérieures à un style d’écriture impeccable. Et ce Louis XVI ne déroge pas à la règle. On y découvre les doutes inlassables d’un souverain malade d’aboulie, dont l’incapacité chronique à diriger était contrebalancée par un souci constant du bien-être de ses sujets. À l’évidence Louis XVI ne fut pas homme capable d’appréhender et traiter avec justesse les dynamiques révolutionnaires à l’oeuvre dans le pays, celles-ci étant portées à des fins différentes par le Parlement, la haute aristocratie et la petite bourgeoisie. Victime d’atermoiements coupables, celui que la Convention enverra à la guillotine en janvier 1793 gâcha un début de règne relativement réussi en subissant de plus en plus l’influence des coteries et des clans à l’oeuvre à la cour de Versailles. Jamais  le « ci-devant Louis Capet » ne fut la main de justice qu’il aurait aimé incarner.

 

 

Par Matthieu Roger

 

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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 10:11

Éditions Perrin, 2014

cover-Louis-XIV.jpg

 

 

Après son passionnant Fouquet, que nous vous avions déjà présenté sur ce site, Jean-Christian Petitfils se pose avec cette monumentale biographie de Louis XIV comme l’un des plus brillants historiens français d’aujourd’hui. De fait, ce Louis XIV s’avère être bien plus qu’une biographie classique, puisqu’elle dessine une fresque méticuleuse et vivante de chaque aspect des soixante-douze ans du règne du Roi Soleil. Le talent de Jean-Christian Petitfils repose sur sa capacité à mêler et alterner, sans jamais noyer le lecteur dans d’abscons propos, les différents champs d’études, qu’il s’agisse d’économie, des hiérarchies sociales en vigueur, de guerre, de diplomatie, des mœurs, ou bien encore de la structuration politique de l’État. Il démontre ainsi la trifonctionnalité de la monarchie de droit divin louis-quatorzienne, à la fois fédératrice, diviseuse, et niveleuse. Battant en brèche toutes les idées reçues sur Louis le Grand, il souligne avec précision les différentes facettes de ce souverain qui plaça définitivement la France au centre de l’échiquier européen, en déployant sur le plan militaire et diplomatique une « stratégie défensive ». À la fois roi de guerre épris de gloire, amoureux des arts et chef de clans, Louis XIV centralisa au fur et à mesure le pouvoir entre ses mains, transformant son domaine de Versailles en un symbole passé depuis à la postérité. Ses prérogatives sont nombreuses et puissantes ; citons, entre autres, « le pouvoir d’injonction, celui d’édicter les lois, d’accorder les privilèges, de remettre les peines, de gérer les finances publiques comme il l’entend, d’établir et de percevoir les impôts sans le consentement des peuples » (p. 230). Mais en aucun cas ne peut-on parler de pouvoir totalitaire, l’absolutisme royal confortant sa prééminence grâce au pacte historique conclu entre l’Église gallicane et l’État. D’où la révocation de l’Édit de Nantes : de son point de vue, le Roi Très-Chrétien ne pouvait régner que sur un pays uni par une seule et même religion, le catholicisme. En fin du compte, conclut Jean-Christian Petitfils, « le rôle modernisateur et progressiste de la monarchie ne saurait être nié. À preuve la réussite de la société de cour, la maîtrise du processus de compétition des élites, le contrôle par le roi de la mobilité sociale et de l’équilibre des tensions entre les groupes, la tutelle de l’ensemble hiérarchique des corps et des communautés, l’implantation définitive des intendants qui, au XVIIIe siècle, dépossèderont les gouverneurs et tiendront la dragée haute aux parlements provinciaux ou aux collectivités locales. » (p. 738).

 

Ce Louis XIV est un livre d’une remarquable érudition, incontournable, indispensable. 

 

 

 

Par Matthieu Roger

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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 16:49

Édition du Seuil, 1995

Peter Burke

 

 

Cet ouvrage de Peter Burke porte sur les stratégies de la gloire utilisées par Louis XIV et ces conseillers dans le but de façonner l’aura publique de la figure royale. Il nous permet de mieux comprendre comment Louis XIV s’est servi de l’art comme d’un outil, qu’on pourrait qualifier aujourd’hui de propagande et de manipulation des « médias ».

 

Les années 1660 marquent ce que l’auteur appelle « l’affirmation de soi », où la personnification du pouvoir s’exalte à travers les arts. Le principal objectif de Louis XIV est alors d’impressionner, ceci est illustré en image par Le Brun avec les excuses du roi d’Espagne et du Pape. Versailles devient alors le symbole de la magnificence royale, qui donne mission à Le Vau et à Le Nôtre d’agrandir ce petit château à proximité de Paris. Durant la guerre de Dévolution de 1667-1668 et la guerre d’Hollande de 1672-1678, la cour est présente aux côtés du roi. Ces victoires entraînent de nombreuses représentations artistiques, de nombreux tableaux et des médailles sont réalisés, le passage du Rhin en 1672 devient le thème du concours de l’académie royale de peinture et de sculpture en 1672, et de grandes fêtes sont organisées à Versailles à l’été 1674. Les dix années de paix qui vont suivre la paix de Nimègue en 1678 entraînent des dépenses plus importantes pour l’art. Puis les années 1682-1683 marquent la sédentarisation du roi à Versailles avec sa cour qui s’y installe en 1682, et la mort de son épouse et de Colbert en 1683. Versailles va devenir un univers social à part entière, avec sa ritualisation de la vie quotidienne et une planification des actions du roi. Louvois, qui remplace Colbert, change de stratégie avec des projets grandioses comme la campagne des statues et des dépenses pour Versailles multipliée par deux. Au moment de la révocation de l’édit de Nantes, les panégyriques en faveur du bon roi chrétien furent nombreux. A partir de 1688, Louis XIV se sédentarise, touché par la goutte il commence progressivement à se retirer de la vie publique, c’est aussi une période moins glorieuse. Pour Burke, les vingt-cinq dernières années de Louis XIV peuvent donc être qualifiées de « coucher du soleil ». A la suite de la mort de Louvois, en 1691, Louis XIV ne dispose plus de ministres d’envergure dans le domaine artistique. Les artistes sont aussi moins distingués qu’avant et n’ont pas le niveau des Molière, Lully ou autres Le Brun.  De plus, à cause de la révocation de 1685, de nombreux artistes protestants quittent le royaume. L’auteur met en avant les « cours satellites » des ducs de Bourgogne ou d’Orléans, qui prennent de plus en plus d’importance. La mort du roi, qualifiée par certains auteurs de « magnifique spectacle », est l’occasion pour Louis XIV de prodiguer conseils à son successeur.

             

Burke dresse dans la dernière partie du livre plusieurs comparaisons avec certains princes italiens, à l’instar de Côme de Médicis qui utilisait souvent l’art pour compenser son manque de légitimité. Le roi soleil va également s’appuyer sur des modèles antiques, avec par exemple la reprise de la statue équestre d’après le modèle de Marc Aurèle. Enfin, des comparaisons sont également possibles avec les chefs d’Etats actuels qui utilisent les médias comme moyens de contrôle et de persuasion. Au XVIIe et au XVIIIe siècle, Louis XIV pouvait s’appuyer sur la peinture, le théâtre ou la sculpture ; aujourd’hui nous avons Internet, la télévision et le cinéma.

 


Par Thomas Roger

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16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 17:52

Les Éditions Noir sur Blanc, 2014

 

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Aujourd'hui, nous allons dessiner la mort est un livre effrayant. Effrayant car Wojciech Tochman, grand reporter polonais fondateur en 2009 de l'Institut polonais du reportage, y narre les atrocités subies par les Rwandais durant la guerre civile et le génocide de 1994. Pour ce faire, il s'est rendu au Rwanda à plusieurs reprises, et y a collecté durant des mois les témoignages des témoins qui ont survécu jusqu'à aujourd'hui. Il a ainsi rencontré et interrogés aussi bien des rescapés que des bourreaux, des prisonniers, des personnels associatifs et humanitaires, des anciens militaires, des religieux, un psychiatre, un juge, ou bien encore la secrétaire d'Etat rwandaise pour la famille, les femmes et les enfants, etc. Il nous livre ici la compilation de leurs témoignages bruts, sans ordonnancement précis, sans chercher à prendre parti ni livrer d'analyse pointue du conflit. Tout juste se borne-t-il à livrer un bref rappel, dans le premier chapitre, du contexte géopolitique et socio-culturel du conflit entre Hutus et Tutsis. La lecture de toutes ces horreurs m'a donné la nausée. Meurtres, viols, découpages à la machette, actes de barbarie, tortures, infanticides et j'en passe, il semble bien que le mal régnait sans partage au Rwanda en cette année 1994. Des martyrs des suppliciés à la détresse psychologique ressassée par certains bourreaux aujourd'hui, comment un peuple a-t-il pu ainsi s'entredéchirer, s'automutiler ? A cette question Wojciech Tochman ne formule aucune réponse, animé par un impérieux devoir de mémoire le poussant à accumuler sur son calepin d'innombrables récits individuels. Les mots se muent alors en échos lointains de l'inhumanité en action des milices Interahamwe : "annihiler, exterminer, éliminer, supprimer, liquider, broyer, effacer, abattre, briser, exécuter, décapiter, découper, couper, décimer, anéantir, extirper, zigouiller, en finir, une fois pour toutes, définitivement, terminer, tabasser, taillader, égorger, démolir, massacrer, assassiner, tuer, violer à mort" (p. 63).

Solidement documenté, Aujourd'hui, nous allons dessiner la mort donne la parole à ceux qui vécurent le pire au plus profond de leur chair. Ravivant l'innommable, il n'en livre pas moins une vision non fantasmée du Rwanda, pays qui rêve au XXIe siècle d'une nation retrouvée, mais dont les blessures à vif sont encore loin de se refermer. Un livre choc, bouleversant.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 00:13

Éditions Perrin, 1998, 1999 et 2005 pour la dernière édition

 

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Voilà un livre de poche bien replet – pas moins de 600 pages – mais qui ne doit cependant pas effrayer notre aimable lecteur. Jean-Christian Petitfils, à qui l’on doit également une biographie de Louis XIV et plusieurs ouvrages sur les droites françaises, nous livre ici un récit magistral de ce que fut la vie de Nicolas Fouquet, surintendant des Finances de Mazarin puis de Louis XIV. La mémoire collective a retenu sa déchéance prononcée par le roi après les célèbres fastes de la réception organisée en son honneur à Vaux-le-Vicomte, symbole de l’absolutisme royal naissant. Mais les multiples facettes du personnage méritent que l’on s’y attarde plus en profondeur, car elles dessinent l’ascension hors-norme d’une ambition démesurée. Jean-Christophe Petitfils nous narre tout à tour le juriste éminent, qui devint procureur général du Parlement, l’habile financier, rompu à toutes les combines budgétaires en cette époque de crise fiduciaire aigüe, le diplomate avisé, l’ami fidèle,  qui sut s’entourer de courtisans, de clients et d’alliés plus ou moins loyaux, sans oublier le grand mécène et bâtisseur, qui réunit par exemple à Vaux-le-Vicomte le fameux trio Le Brun-Le Nôtre-Le Vaux. Profitant de l’épisode de la Fronde pour rentrer dans les bonnes grâces de Mazarin, Fouquet, à force de travail et d’activisme clientéliste, se hissa au faîte de l’État, cumulant charges, honneurs et rétributions des plus lucratives.

 

Mais les jeux secrets de la puissance et de la fortune font tourner les têtes les plus froides. Engageant des dépenses somptuaires pour bâtir son domaine de Vaux-le-Vicomte et entretenir ses réseaux d’obligés, Nicolas Fouquet se créa autant d’inimitiés que d’amis. Le plus farouche de ses ennemis fut sans aucun doute Colbert. C’est ce dernier, avec l’aval du roi, qui fomenta le lit de justice extraordinaire qui condamna Fouquet au bannissement, sentence commuée ensuite en prison à perpétuité. Comparant les deux personnages, l’historien précise : « Autant Colbert était méthodique, précis, assommant de rigueur, autant Nicolas se complaisait dans la négligence brouillonne et le charme des aquarelles aux horizons flous. La confusion s’étendait à tous les niveaux. Il encourageait, par exemple, ses amis à prêter au roi : investir dans les finances de Sa Majesté pouvait rapporter à condition de recevoir de bonnes assignations. Il s’y employait. En remerciement  de leur générosité, il pressait Mazarin de leur donner des gratifications. À leur tour, ces faveurs financières confortaient ces liens de patronage. » (p. 158). Pour le dire de manière quelque peu abrupte, Fouquet était un magouilleur de première, doublé d’un homme cultivé et charmeur, à la fois éloquent et présomptueux. Voulant léguer à la postérité son ascension fulgurante, il se brûla les ailes au feu d’un soleil royal que nul autre ne pouvait et ne devait égaler. Nec pluribus impar.

 

 

Par Matthieu Roger

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 10:28

Éditions Hugo&Cie, 2013

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Attention à ne pas confondre cet ouvrage avec Grands mensonges de l’histoire publié aux Éditions Ouest-France en 2011, de bien moins bonne qualité. Ici Patrick Pesnot, journaliste à France Inter, où il anime l’émission « Rendez-vous avec X », revisite les dessous de grands événements historiques. On retrouve dans Les grands mensonges de l’Histoire sa prédilection pour les grandes affaires d’espionnage et contre-espionnage international, comme par exemple l’opération « Mincemeat ». Celle-ci permit en 1943 d’abuser le haut état-major allemand en lui faisant croire à un débarquement en Grèce ou en Sardaigne alors que les Alliés allaient en réalité fondre sur la Sicile. Même si dans ce livre l’auteur aborde toutes les périodes de l’histoire, du baptême de Clovis (496) jusqu’au mensonge américain sur les armes de destruction massive irakiennes (2004), les trois-quarts des sujets traités relèvent de l’histoire contemporaine. Le postulat de départ est simple : révéler les grandes manœuvres, les complots et les coulisses des grands événements qui ont marqué l’Histoire avec un grand H. Et certains épisodes s’avèrent aussi surprenants qu’instructifs ! On retiendra par exemple les cabales dessinant l’arrière-plan politique de l’assassinat d’Henri IV par Ravaillac, les manipulations de Staline et du NKVD pour évincer le maréchal Toukhatchevski, ou bien encore l’impensable escroquerie à grande échelle des « avions renifleurs ». Et Patrick Pesnot, dans un style alerte, de tordre le coup de certaines fausses vérités passées à la postérité. La plus flagrante est peut-être celle entourant l’attaque de Pearl Harbor par les Japonais le 7 décembre 1941 qui, loin d’être le désastre dont on nous rebat les oreilles, n’infligea que des dégâts très limités à l’US Navy. Il rejoint là les conclusions éclairées de Pierre Grumberg publiées à ce propos dans le numéro 4 de Guerres & Histoire.

 

 

Par Matthieu Roger

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 09:06

Éditions Vuibert, 2011

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Un an avant la publication de L’Atlas 2013, les Éditions Vuibert s’étaient déjà associées au Monde Diplomatique pour produire cet Atlas Histoire, avec pour sous-titre : Histoire critique du XXe siècle. Cette précision est importante, car elle pose dès le début la dimension critique assumée de l’ouvrage, dont les analyses historiques s’expriment via le prisme de l’anticapitalisme et de l’anti-impérialisme. Nulle surprise, puisque l’on retrouve là deux des grands chevaux de batailles du Monde Diplomatique.

 
Présenter une histoire critique du XXe siècle paraît à première vue impossible, tant la période fut riche en ruptures et bouleversements civilisationnels. La forme choisie adopte donc un parti pris évacuant toute exhaustivité, puisqu’elle présente une quarantaine de focus d’une double page, chacun s’articulant autour d’une problématique bien précise. Chacun de ces zooms historiques offre au lecteur un article de synthèse sur la problématique traitée, systématiquement illustré par une ou deux cartographies. C’est qui s’avère intéressant, ce sont justement les sujets retenus, qui dénotent par leur originalité : le génocide arménien, l’incompétence du général Joffre, les armées blanches en Russie, les artistes sous le New Deal, le révisionnisme historique autour du pacte germano-soviétique, la guerre méconnue du Cameroun (1955-1971), l’échec de l’Europe sociale, la RDA, la création de l’ALENA due aux lobbys américains, les méthodes actuelles de contestation politique, etc. La vue d’ensemble offerte par ces différents éclairages prononce la victoire du capitalisme, qu’il ne faut pas cesser pour autant de combattre, ainsi que l’ensemble des forces centrifuges et centripètes caractéristiques des impérialismes. De fait, l’Atlas Histoire tente d’aller à contre-courant du mainstream idéologique propre au processus de mondialisation-globalisation. Un effort de lucidité qu’on ne peut évidemment que saluer, même si l’on peut toutefois regretter l’absence de traitement des questions liées aux flux migratoires et aux capacités de projection militaire, pourtant plus que jamais fondamentales.

  

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite