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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 10:49

La Documentation Française, mai-août 2015

 

 

 

La revue Questions Internationales a publié cet été un très intéressant numéro double consacré au concept de puissance militaire. Divisé en trois grandes parties (« La puissance militaire », « Quelques acteurs militaires », « La puissance militaire dans l’histoire de quelques grands empires »), celui-ci regroupe une vingtaine d’articles s’attachant à décrypter l’évolution du lien entre géostratégie et la multiplicité des facteurs qui fondent ou invalident cette notion de puissance militaire. Malgré des propos aux formulations parfois trop académiques, ce panorama contemporain fournit au lecteur pléthore d’outils pour mieux comprendre les relations internationales ainsi que les rapports de force qui les sous-tendent. Sans pour autant évacuer une mise en perspective historique, puisque la troisième grande partie intitulée « La puissance militaire dans l’histoire de quelques grands empires » revient sur l’usage de la force armée au temps d’Alexandre le Grand, de l’Empire romain, de l’Empire ottoman, de l’Empire germano-prussien, de Napoléon, ou bien encore de la colonisation.

 

Deux articles se distinguent à mon sens par la pertinence et la clairvoyance de leurs analyses. Celui de Michel Goya tout d’abord, qui met en lumière les nouveaux enjeux militaires soulevés par la prédominance actuelle des conflits asymétriques (« L’adaptation des moyens militaires aux conflits asymétriques », p. 54-61). Le second article, que l’on doit à Frédéric Charillon, directeur de l’Institut de Recherches Stratégiques de l’École Militaire, revient quant à lui sur les atouts et faiblesses de la France en tant que potentielle grande puissance mondiale, à l’heure où ses défis internationaux deviennent de plus en plus multiformes et souvent lointains (« Questions sur la puissance militaire française », p. 146-153). Mais le constat le plus important est peut-être celui que dresse Pierre Buhler, cité par Pierre-Olivier Eglemme lorsqu’il évalue la force militaire de l’Europe actuelle : « Peu nombreux sont les États européens qui sont prêts à investir dans l’Europe une volonté de puissance, en particulier dans sa forme militaire. La plupart des nations européennes n’en voient guère la nécessité, associant la puissance au nationalisme et à ses abus, à la Machtpolitik aux funestes conséquences, aux tragédies qui ont affligé leur continent au XXe siècle. Spectre hantant la conscience historique des Européens, traumatisés par les deux conflits mondiaux, la puissance reste frappée d’illégitimité et d’immoralité. » (in La Puissance au XXIe siècle. Les nouvelles définitions du monde, CNRS Éditions, 2011). De là à diagnostiquer un déclin stratégique de l’Europe il n’y a qu’un pas, que l’on franchit aisément. Extrêmement préoccupant.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 19:17

Éditions Vuibert, 2012

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À l’heure où les simples citoyens que nous sommes se trouvent ensevelis sous la masse immense des informations délivrées par les médias en tous genres, Internet et télévision en tête, difficile d’appréhender de manière précise les rapports de force géopolitiques qui sous-tendent aujourd’hui la mondialisation. Tentative bienvenue de décrypter ces processus, L’Atlas 2013 aborde chaque région du monde, pour les replacer l’une après l’autre dans le grand jeu diplomatique des relations internationales. Pour ce faire, la rédaction du Monde diplomatique a réuni une cinquantaine de journalistes et d’historiens, sous la direction Philippe Rekacewicz, (directeur du département de cartographie du Programme des Nations-Unies pour l’environnement), Martine Bulard (L’Occident malade de l’Occident, Fayard, 2010), Alain Gresh (blog Nouvelles d’Orient), Catherine Samary (Institut d’études européennes) et Olivier Zajec (Institut de stratégie et des conflits). Ceux-ci nous proposent cinquante-six focus, tous déclinés de la même manière : un article synthétique d’une ou deux pages, systématiquement accompagné d’une mini bibliographie indicative et illustré par plusieurs cartes ou graphiques (170 sur l’ensemble de l’ouvrage). Comme on pouvait s’y attendre de la part de l’excellent journal qu’est Le Monde diplomatique, toutes les contributions sont de qualité et remettent les choses en place quant aux véritables enjeux géopolitiques de ce début de XXIe siècle.

 

Découpé en cinq chapitres respectivement intitulés « Fractures », « Ainsi change la planète », « Des anciennes aux nouvelles puissances », « Guerres sans fin » et « Convulsions et résistances », L’Atlas 2013 aborde tous les sujets possibles et inimaginables : politiques énergétiques, rivalités et luttes d’influence régionales, flux économiques et financiers, conflits inter- et infra-étatiques, migrations démographiques, etc. C’est le chapitre 4 « Guerres sans fin » qui m’a le plus passionné, car il offre un panorama vraiment complet sur tous les conflits actuels. Opérations de maintien de la paix en cours, chaos du Proche-Orient, piège afghan, bourbier pakistanais, insécurité de la Corne de l’Afrique, cas épineux de la Palestine, enracinement d’Al-Qaïda au Sahara, partition de la Corée, violence du narcotrafic au Mexique, néo-colonialisme chinois en Afrique, tensions territoriales en mer de Chine méridionale, chaudron caucasien, instabilité des Balkans, tout est ici traité avec la plus grande des clartés ! Comme l’énonce fort justement la quatrième de couverture : « sous l’effet de la plus grave crise économique mondiale depuis 1929, le monde ne cesse de se recomposer sous nos yeux ». Ayons au moins l’intelligence d’évacuer tout nombrilisme européano-centré.

 

 


Par Matthieu Roger

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 23:37

Mensuel édité par la SA Le Monde Diplomatique

 

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Alors qu’aujourd’hui la presse française ne cesse de compiler les marronniers et cache sa misère à coups de soi-disantes enquêtes d’investigation, il faut savoir se raccrocher aux derniers représentants d’une presse de qualité, plus intéressée par le fond que par le buzz. Le Monde Diplomatique, qui publie en ce mois de décembre son 705e numéro, en est incontestablement l’illustre représentant. Bien décidé à « défendre un journalisme qui refuse à la fois les engouements béats et le commerce de la peur », pour reprendre l’expression utilisée par le directeur de la rédaction Serge Halimi dans son édito, Le Monde diplo s’érige par la plume comme un des derniers bastions de l’exigence journalistique, en procurant chaque mois à ses lecteurs une salutaire ouverture sur le monde. En témoigne le sommaire à la fois internationalement éclectique de ce numéro, qui nous transporte de New Dheli jusqu’à Johannesburg, en passant par les Etats-Unis, la Palestine, la Birmanie ou bien encore l’Arménie. Autant de pistes de réflexions pour comprendre notre monde et en saisir les tendances lourdes les plus saillantes. Le regard multidirectionnel du Monde Diplomatique participe en outre, tous les deux mois, à l’édition de Manière de voir, publication d’une centaine de pages mettant en perspective un sujet d’actualité en recourant aux meilleurs articles du Monde diplomatique. Notons que ce mois-ci Manière de voir aborde « L’armée dans tous ses états », dans le but d’interroger les nouvelles natures et natures de la guerre. On pourra ainsi retrouver, sous la coordination de Philippe Leymarie, les contributions éclairées et éclairantes d’Alain Gresh « Egypte, retour dans les casernes », Lucien Poirier « Zones d’ombre sur la dissuasion » ou encore Paul-Marie de La Gorce « L’esprit de guerre froide ».

 

Mais revenons à nos moutons, à savoir ce Monde diplo de l’Avent. Sans oublier les trois sacro-saintes et toujours stimulantes pages réservées aux livres du mois (p. 24-26), difficile de passer sous silence le passionnant article que Philippe Descamps consacre à la situation géopolitique du Haut-Karabakh « État de guerre permanent au Haut-Karabakh ». Coincé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan qui le revendiquent tous deux, ce territoire est depuis vingt ans le théâtre d’un statu quo armé entre les deux pays. Produits de l’escalade militaire et diplomatique déclenchée par les combats de 1992, des revendications territoriales inconciliables n’ont de cesse d’être émises par les deux camps, qui entendent bien défendre armes à la main ce corridor stratégique entre la Mer Noire et la Caspienne. Je voudrais également mettre en lumière, entre autres, l’article d’Anne-Marie Robert sur les partitions frontalières dessinant le continent africain. Après avoir posé d’emblée la question « Que reste-t-il des frontières africaines ? », elle montre et démontre, carte à l’appui, la fragilité historique des frontières de l’Afrique. Le conflit au Mali, qui pourrait bien sous peu provoquer le déclenchement d’une opération militaire menée par l’Union africaine, en est l’un des symptômes les plus actuels.

 


 

Par Matthieu ROGER


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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 18:55

Éditions Flammarion,  1991

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Le chercheur français Dominique Wolton s’est affirmé depuis plusieurs décennies comme l’un des meilleurs spécialistes des sciences de la communication et des médias. Aujourd’hui directeur de la revue internationale Hermès, il a publié tout au long de sa carrière plus d’une vingtaine d’ouvrages interrogeant, entres autres, l’espace public et la communication politique, l’information et le journalisme, la diversité culturelle et la mondialisation. Avec War Game, publié en 1991, il revient sur le cas de la seconde deuxième guerre du Golfe pour en tirer les enseignements quant à l’apparition d’un nouveau mode d’information initié par la chaîne américaine CNN : la médiatisation en continue grâce au direct. Rappelons que ce conflit débuta par l’invasion du Koweï par l'Irak en 1990, invasion à laquelle les Etats-Unis et leurs alliés internationaux répliquèrent en lançant les opérations « Bouclier du désert » (protection de l'Arabie Saoudite) et « Tempête du désert » (libération du Koweït en 1991 grâce à une offensive aéroterrestre). Dominique Wolton ne se trompe pas lorsqu’il déclare que cette guerre a marqué l’histoire guerrière de l’humanité. « D’abord, elle est la rencontre, pour la première fois dans l’Histoire, d’une capacité d’information par l’image 24 heures sur 24 avec une guerre largement annoncée. Ensuite, cette guerre s’est faite sur fond de contentieux lourd, et parfois implicite, entre les journalistes, les hommes politiques et les militaires, et dont la cause directe est le Viêt-nam. Enfin, il s’agit d’une guerre faite au nom du droit, par une coalition de vingt-neuf nations agissant sur mandat de l’ONU, l’omniprésence des médias symbolisant en quelque sorte cette dimension démocratique. » (p. 17)

 

Sous-titré L’information et la guerre, War Game décrypte avec minutie le jeu de la diffusion internationale des informations en temps de guerre. Tributaires de la censure, des rumeurs et de la désinformation qui influent alors sur les flux communicationnels irriguant la planète, les journalistes tentèrent pour la première fois d’offrir à leurs lecteurs / auditeurs / spectateurs la fascinante vision d’un flux ininterrompu d’informations. Cette hypermédiatisation de l’événement s’avère plutôt ambivalente, dans la mesure où elle n’a pas permis à l’époque une meilleure connaissance des enjeux historiques, culturels, politiques et religieux des pays concernés. D’où ce constat émis par l’auteur : « c’est la logique de l’événement qui l’emporte sur la logique de la connaissance, la logique de l’information sur la logique de la communication » (p. 77). Tout en établissant la distinction entre les notions d’information et de communication, Dominique Wolton dénie aux médias le statut de véritable « quatrième pouvoir ». Pour ce faire, il s’appuie cinq constats :


-  la guerre du Golfe a moins consacré la victoire de l'information que celle de l'impérialisme de l'instant


 -  la presse n’a ni la légitimité ni le pouvoir de s’affirmer en tant que quatrième pouvoir


-  les médias ne sont malheureusement jamais prompts à accepter les critiques


-  les médias sont volatiles


- le public est plus averti et critique envers les médias qu’on ne pourrait le penser de prime abord.

 

War Game est un livre où l’auteur réussit à empiler les concepts et notions des sciences communicationnelles sans pour autant rendre son propos inintelligible. Son analyse des circuits internationaux de l’information en temps de guerre dénote une profonde acuité des paradoxes qui peuplent nos démocraties occidentales. Au vu de l’avènement d’Internet et de la multiplication des supports de communication actuels, les thèses de Dominique Wolton conservent aujourd'hui plus que jamais toute leur pertinence.

 

 

Par Matthieu Roger

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 12:27

Mensuel édité par la SA Le Monde Diplomatique

 

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Une nouvelle fois Le Monde Diplomatique fait mouche, à l’heure où tout et son contraire sont entendus dans les médias dans le cadre de l’élection présidentielle. Dans L’audace ou l’enlisement, Serge Halimi revient sur les enjeux économiques de l’élection française. Comme il le dit avec justesse, « la subordination des cercles dirigeants français à une droite allemande de plus en plus arrogante, attachée à son credo d’une « démocratie conforme au marché », érode la souveraineté populaire. La levée de cette hypothèque est au cœur du scrutin en cours. » Annoncée par François Hollande, la renégociation des traités cadres européens apparaît dès lors comme une condition sine qua non. Sauf que la plupart des gouvernements européens ne l’entendront pas de cette oreille. La gauche saura-t-elle alors aller au combat ? La question est posée. Revenant également sur les élections présidentielles françaises, Éric Dupin pointe du doigt les Acrobaties doctrinales au Front national. N’hésitant pas à instrumentaliser dans son discours des auteurs peu à même de cautionner l’extrême-droite, Marine Le Pen a fait de la critique du libre-échange économique et de l’immigration ses deux chevaux de bataille. Ce qui ne l’empêche pas de viser toujours et encore de nouveaux électorats, à l’image des enseignants. Au-delà de du score élevé recueillie par la figure de proue frontiste ce 22 avril 2012, n’oublions pas que ses positionnements racoleurs signifient purement et simplement « aucun partage des richesses ». Hautement amoral et idéologiquement dangereux.

 

On trouve nombre d’autres articles tout aussi intéressants dans ce numéro d’avril. En ce qui concerne le volet géopolitique, Alain Gresh revient sur l’Onde de choc syrienne. Dans la lignée – directe ou indirecte – des printemps arabes, les troubles qui agitent actuellement la Jordanie, Le Bahreïn et de manière bien plus dramatique la Syrie sont symptomatiques d’un affaiblissement des États, phénomène à mettre en parallèle du rôle croissant des milices au sein des joutes nationales (Irak, Kurdistan, Afghanistan, Liban, Palestine). Quoi qu’il en soit, nul ne connaît pour l’instant de quelle manière se soldera la lutte engagée par le peuple syrien pour une vie plus libre et démocratique. Si une nouvelle intervention étrangère reste pour l’instant hautement improbable, car susceptible d’attiser les tensions régionales, se profilent alors les hypothèses  inquiétantes d’affrontements interconfessionnels généralisés ou d’un écrasement encore plus sanglant des mouvements revendicatifs par l’armée. Une recrudescence de violence qui en  ce moment touche également le Sahel, conséquence de la guerre en Lybie et de la guerre civile à l’œuvre au Mali. Un état de fait clairement exposé dans l’excellent article de Philipe Leymarie Comment le Sahel est devenue une poudrière. Bonne lecture diplomatique à tous.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 18:22

Mensuel édité par la SA Le Monde Diplomatique

 

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La lecture du Monde Diplomatique est comme une gorgée d’eau fraîche en pleine canicule. Elle réveille les sens et éclaircit les idées, sans toutefois nous bercer de fausses illusions sur l’état de notre monde.

 

Dans ce numéro du mois de janvier, un article m’a particulièrement frappé. À l’heure où les débats politiques publics n’ont de cesse de d’agiter l’épouvantail de la crise économique mondiale, Wolfgang Streeck, directeur de l’Institut Max Planck pour l’étude des sociétés, pose dans La crise de 2008 acommencé il y a quarante ans une question à mon avis fondamentale : « et si le capitalisme démocratique mis en place dans les pays occidentaux après la seconde guerre mondiale comportait un déséquilibre indépassable ? » Son exposé, particulièrement éclairant, montre en une double page l’évolution du système capitaliste. Ayant d’abord fait appel à l’inflation, avant d’aggraver la dette publique des États puis d’avoir intégré la dette privée – celle des ménages – dans son cercle vicieux, le capitalisme affronte aujourd’hui une quatrième phase de crise qui le remet en cause de manière profondément structurelle, puisqu’il n’existe plus désormais aucune soupape aux contractions financières internationales. Si les perturbations et l’instabilité sont devenues la règle, on en vient presque à rêver l’explosion d’un système aussi amoral qu’inepte à gommer les inégalités de notre « capitalisme démocratique ». Ce texte de Wolfang Streek, à lire de toute urgence, est une version abrégée d’une analyse publiée dans la New Left Review n° 71 (Londres, septembre-octobre 2011), que vous pouvez découvrir ICI.

 

À lire également, entre autres, deux textes inédits de Pierre Bourdieu, La fabrique des débats publics et Les deux faces de l’État, reprises de cours donnés au Collège de France au début des années 1990. Comme à son habitude, le sociologue français s’avère glaçant de lucidité. Notons aussi le supplément de quatre pages consacré aux politiques sanitaires internationales, qui rappelle qu’un effort financier sans précédent, coordonné par le Fonds mondial, a récemment permis de juguler et de faire régresser les épidémies de sida, de tuberculose et de paludisme. Mais devant la crise et les restrictions budgétaires des États donateurs, la lutte continue de plus belle pour devancer la mort.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 15:09

Mensuel édité par la SA Le Monde Diplomatique

 

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Encore un sommaire très fourni pour ce numéro du Monde Diplomatique du mois de décembre. De la Russie jusqu’au Congo, en passant par Mayotte, la Grèce, l’Inde ou les Etats-Unis, voici une nouvelle revue complète des sujets internationaux les plus significatifs. Bien évidemment la crise économique mondiale se retrouve en premières ligne des interrogations. Dans son article Sur le toboggan de la crise, qui fait la une, l’économiste Frédéric Lordon décortique avec brio le cercle vicieux dans lequel nous nous trouvons actuellement à cause des politiques de rigueur budgétaire : « L’impossibilité pour chacun séparément de compenser par la demande extérieure l’étranglement de la demande intérieure, du fait que tous les autres alentour font le même choix de la rigueur, conduit fatalement à des baisses de croissance telles que les pertes de recettes fiscales détruisent l’effet des réductions des dépenses. (…) Il s’ensuit cet enchaînement absurde dans lequel les hausses de taux d’intérêt déclenchées par les attaques de panique spéculative dégradent cumulativement les soldes budgétaires (…), à quoi les politiques économiques  répondent en approfondissant la restriction… et les dettes. (p. 12) » Ou comment résumer la macroéconomie en quelques phrases.

 

Trois autres articles ont particulièrement attiré mon attention, car ils reviennent sur des questions stratégiques incontournables. Séisme géopolitique au Proche-Orient, écrit par Alain Gresh, aborde le processus de démocratisation embrasant depuis peu le monde arabe. L’occasion d’inscrire la poursuite des revendications populaires (Ègypte, Syrie, Yémen, Bahreïn, etc.) dans le cadre plus global des jeux de pouvoir géopolitiques entre Washington, la Ligue arabe et les États revendiquant leur indépendance diplomatique. L’ancien diplomate français Patrick Haimzadeh cherche quant à lui à décrypter l’après-guerre en Lybie en posant une question à première vue simple : Qui a gagné la guerre en Lybie ? Sauf que le Conseil national de transition, bien que militairement vainqueur de la guerre civile, n’est pas accepté par l’ensemble de la population et « se heurte à la militarisation de la société, au repli sur les identités clanique et religieuse, ainsi qu’à l’intervention d’acteurs étrangers ». De leur côté, deux professeurs d’histoire à l’université de New York, Jane Burbank et Frederic Cooper, mettent en perspective la notion d’empire au travers d’une double page intitulée De Rome à Constantinople, penser l’empire pour comprendre le monde. Leur raisonnement, qui les conduit à interroger la solidité parfois factice et peu efficiente de l’État-nation, les amène à souhaiter la venue de nouvelles formes de souveraineté, plus à même d’intégrer la lutte contre l’inégalité et l’acceptation de la diversité comme piliers politiques et structurels.

 

Je vous invite une nouvelle fois à pratiquer et faire connaître Le Monde Diplo autour de vous. Les qualités éditoriales et rédactionnelles de ce journal en font un titre à part dans le paysage journalistique français, qui mérite plus que jamais notre soutien inconditionnel.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 19:30

Presses universitaires de France, 2011

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Où va l’Amérique d’Obama ? D’entrée la question est posée, même si la figure du président américain n’apparaît que très rarement au fil des pages. Dans son introduction, le parfois contestable Alexandre Adler convoque les leçons de l’histoire et tente d’en tirer les scénarios les plus plausibles. Ce panorama géostratégique global, appréhendant concrètement les défis auxquels sont aujourd’hui confrontés les États-Unis, part du postulat que la poursuite du leadership américain doit partir de l’intérieur, via une nouvelle refonte de l’économie nationale – ceci est également la thèse d’Hervé de Carmoy. Non que le combat contre l’islamisme international ou la compétition envers les puissances émergentes soient quantités négligeables, mais seules une nouvelle « flexibilité tactique » et une nouvelle « vision globale du monde » permettront d’articuler efficacement l’économie américaine à une diplomatie moins agressive, peut-être plus pragmatique.

  

Afin de sonder les diverses pistes de développement possibles, Hervé de Carmoy interroge tour à tour, dans ce qui constitue le cœur de ce livre, les mutations démographiques, l’état du secteur financier, le potentiel d’innovation, la politique étrangère, et la force militaire des États-Unis. Cinq champs d’étude qui font apparaître la véritable problématique à laquelle s’attaque l’auteur, celle de la capacité des Américains à maintenir leur suprématie internationale. Hervé de Carmoy, qui fut en poste dans certaines des plus grandes banques mondiales, accorde donc logiquement beaucoup d’importance à la question économique. Il en dégage l’impératif d’un nouveau partenariat entre secteur public et secteur privé, ce qui n’est pas sans aller à l’encontre du sacro-saint ultralibéralisme républicain. Mais ce sont les deux derniers chapitres d’Où va l’Amérique d’Obama ? qui m’ont le plus intéressé. Ceux-ci montrent une espèce de continuité évidente entre les années Roosevelt et l’époque actuelle, laquelle, comme je l’ai déjà évoqué, passe par la fondation d’un nouveau pacte économique national. C’est à ce prix que les États-Unis seront en mesure de maintenir leur primat technologique et d’intégrer une nouvelle approche « logicielle » de leur supériorité. Car aujourd’hui plus que jamais, il leur faut « détecter, comprendre, réagir plus vite que tout adversaire, et ce de manière si démonstrative  qu’il devienne décourageant pour quelque adversaire que ce soit de s’y frotter » (p. 165). Hervé de Carmoy précise ainsi les quatre axes qui forment le socle de la nouvelle politique étrangère américaine : le réalisme, l’impératif de sécurité, la puissance économique, et ce qu’il appelle « l’option de la paix ». Et que ce soit face à l’ennemi ou à n’importe quel concurrent économique, l’Amérique ne suivra à coup  sûr qu’une seule voie : celle, supposée, de ses propres intérêts.

 

 

Par Matthieu Roger

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 21:34

Mensuel édité par la SA Le Monde diplomatique


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Autant le déclarer d’entrée : Le Monde diplo’ est mon journal favori. Espèce d’OVNI au sein du paysage journalistique français, il est l’un des derniers gages d’une presse indépendante de qualité. Dans L’emprise du journalisme, Bourdieu soulignait déjà le fait qu’en France, seuls Le Monde diplomatique et Le Canard enchainé pouvaient se prévaloir d’une complète indépendance envers la publicité. Une politique éditoriale qui a son prix, comme le rappelle le directeur de la publication Serge Halimi dans son édito (p. 2). De tendance altermondialiste, mais jamais partisan dans son approche des faits, Le Monde diplomatique offre depuis plusieurs décennies des articles analytiques développés, d’une ou deux pages, qui font sens dans un monde aux constantes mutations. Grâce aux bibliographies indicatives situées en fin d’articles, le lecteur peut, s’il le désire, approfondir les pistes de réflexion lancées par les journalistes. À l’instar des Lectures d’Arès, Le Monde diplomatique propose également des chroniques littéraires, mais uniquement sur les ouvrages récemment publiés. D’une manière générale, l’approche socio-économique dont se réclame ce journal permet des mises en perspectives à la fois singulières et pertinentes. Chaque début de mois est ainsi l’occasion de revenir sur les grands enjeux internationaux qui définissent notre tumultueuse et inégalitaire contemporanéité. Et pour un prix-numéro à seulement 4,90 euros, on peut dire que le jeu en vaut la chandelle.

 

Dans ce numéro d’octobre, trois articles ont particulièrement retenu mon attention. Le premier d’entre eux traite des opérations militaires que le gouvernement indien entreprend contre la guérilla naxalite au Jharkhand et dans le Chhattisgarh (p. 4-5). L’occasion de revenir sur ce qui relie l’intelligentsia intellectuelle indienne à la pensée révolutionnaire maoïste. Le second article, intitulé « Demain l’État palestinien, toujours demain » (p. 6-7), écrit par Alain Gresh, offre une synthèse passionnante de la question étatique palestinienne. Alain Gresh y explique pourquoi le changement de stratégie des leaders palestiniens en faveur de la voie diplomatique n’a toujours pas porté ses fruits. Enfin, Jean-Marie Harribey interroge dans « Sortir la crise, par où commencer ? » (p. 18-19) le concept de démondialisation à l’aune des principes de souveraineté et de coopération. Il montre l’intérêt d’une troisième voie altermondialiste, seule capable selon lui « de désigner les véritables cibles à atteindre, d’esquisser une bifurcation socio-écologique, des sociétés et de construire pas à pas une véritable coopération internationale ». Mais ce focus personnel est bien évidemment lacunaire, puisque ce numéro n° 691 se penche aussi sur Twitter, la nouvelle Tunisie, le nucléaire français, la politique d’Obama, l’industrie militaire russe, la Grèce face aux dette, etc., et offre un supplément très intéressant de quatre pages sur la démocratie participative,

 

 

Par Matthieu Roger

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 22:15

Éditions Points, 2010

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Les Éditions Points ont récemment lancé une nouvelle collection intitulée « Les grands discours ». Celle-ci regroupe, au sein de petits opuscules d’une quarantaine de pages, les discours les plus marquants prononcés par certains hommes célèbres, tels Martin Luther King, Barack Obama, de Gaulle, Winston Churchill, Barrès, Trotsky, Mandela, Malraux, etc. Dans l’ouvrage qui nous intéresse ici, on retrouve le dernier discours d’Itzhak Rabin quelques minutes avant son assassinat, en 1995, suivi du texte de la proclamation d’indépendance d’Israël prononcée par David Ben Gourion en 1948, ainsi que la déclaration d’indépendance de l’État palestinien lue par Yasser Arafat en 1988. Trois discours qui nous rappellent le rôle fondamental du discours sur la scène diplomatique internationale. Non seulement le chef d’état s’adresse à son peuple, mais sa parole sert à affirmer un positionnement envers ses opposants et ses interlocuteurs étrangers. Dans le cas du Proche-Orient, véritable poudrière depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le discours est devenue une arme que les uns et les autres manient pour menacer l’ennemi, le condamner, le prendre à parti, interpeller l’opinion publique ou bien réaffirmer une politique donnée. En 2011 le conflit israélo-palestinien n’est toujours pas réglé, puisque le maintien des colonies juives se heurte à la soif farouche d’autonomie des territoires palestiniens. Nul ne sait ce qu’il serait advenu du processus de paix si Itzhak Rabin n’avais pas été assassiné en 1995 par un ultra-orthodoxe extrémiste juif. À l’époque, son message était en effet porteur de tous les espoirs : « La voie de la paix reste encore préférable à celle de la guerre. Je l’affirme en tant que militaire et ministre de la Défense, qui assiste trop souvent à la douleur des familles des soldats de Tsahal. Pour eux, pour nos enfants, et, dans mon cas, pour nos petits enfants, je veux que ce gouvernement déploie toute son énergie et ses facultés en vue de promouvoir et établir une paix globale. » (p. 15). De nos jours, la haine religieuse est toujours entretenue par une minorité au sein de chaque camp. Lorsque je parle de haine religieuse, je l’entends dans son acception culturelle, et non cultuelle ou dogmatique. Ce n’est pas pour rien que David Ben Gourion appelait en 1948 à « la rédemption d’Israël ». Ce n’est pas pour rien que Yasser Arafat disait s’incliner devant les martyrs de la nation arabe ravivant « la flamme de l’Intifada ». Quand la sacralisation de sa propre cause s’énonce au détriment de l’autre, il y a malheureusement peu de place pour une main tendue.

 


Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite