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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 14:01

Éditions du Seuil, 2007

batailles drévillon

 

À l’instar de L’art de la guerre par l’exemple de Frédéric Encel, Batailles s’impose à mes yeux  comme l’un des livres référence en termes de polémologie. Non content de présenter le déroulement tactique et stratégique de quatorze batailles majeures ayant émaillé l’histoire de France (cf. liste ci-dessous), Hervé Drévillon, professeur d’histoire à la Sorbonne, procède à leur recontextualisation politique, sociale et culturelle. Une recontextualisation menée avec style et talent, faisant entrevoir, au-delà des manœuvres du champ de bataille, la dimension psychologique inhérente à cette marche au-devant de la mort. Car comprendre l’évènement paroxysmique que constitue la bataille c’est comprendre l’univers mental et socio-politique dans lequel s’inscrivent ses acteurs : comme le dit avec justesse Hervé Drévillon « toute violence est à la fois brutalité et transgression, un geste et sa portée symbolique, (dont) l’analyse doit mobiliser des données matérielles et biologiques – armes et blessures – ainsi que des éléments culturels et psychologiques » (p. 295). Ce sont les souffrances humaines, ces chocs de chair et d’acier, qui permettent de mesurer l’ampleur d’une bataille. Qu’à la fin de l’histoire il y ait un vainqueur et un vaincu est un état de fait procédant de la nature même de l’évènement, même si on serait en ce qui concerne certains combats bien embêté pour déclarer quel parti l’a véritablement emporté. Mais l’Histoire avec un grand H réclame le sacrifice du don de soi, et c’est ce sacrifice qui à la fois forge la légende et permet d’appréhender les enjeux sous-jacents de la bataille En prenant l’exemple de Malplaquet, défaite essuyée par les Français face aux Anglo-Hollandais en 1709, l’auteur résume ainsi la signification de cette tension dramatique : « C’est donc à l’aune de ce qu’elle avait coûté à la France et à l’ennemi que la bataille fut jugée et qu’elle doit être, aujourd’hui encore, appréciée. Les trente mille soldats tués ou blessés de part et d’autre ne furent pas les instruments de la victoire ou de la défaite, ils en furent l’enjeu. » (p. 191).

Au fil des siècles et des conflits le lecteur se trouve emporté par le souffle de cette furia francese qui caractérise la culture militaire française, qui toujours aura préféré l’offensive au détriment de la défensive, état d’esprit qui n’est pas sans avoir parfois conduit à de tragiques désastres. Du combat des Trente en 1351 à la bataille de La Marne en 1914, Hervé Drévillon nous brosse de manière épique mais sans vaines fioritures l’épreuve du fer et du feu pour ce qu’elle est réellement, c’est à dire « une histoire de chair et de papier, d’encre et de sang » ; le récit de la bataille de Froeschwiller-Reischoffen, en 1871, et des charges de cuirassiers impériaux aussi héroïques que suicidaires est tout simplement poignant et mérite à lui seul de s’y attarder. Batailles est un livre incontournable, je dirai même plus indispensable.

 

Liste des batailles traitées dans l’ouvrage :

-          Le combat des Trente, 1351 (combat le duché de Bretagne)

-          Castillon, 1453 (guerre de Cent Ans)

-          Pavie, 1525 (guerre d’Italie)

-          Ivry, 1590 (guerres de religion)

-          Rocroi, 1643 (guerre de Trente Ans)

-          Maëstricht, 1673 (guerre de Hollande)

-          Malplaquet, 1709 (guerre de Succession d’Espagne)

-          Rossbach, 1757 (guerre de Sept Ans)

-          Les Saintes, 1782 (bataille navale)

-          Marengo, 1800 (campagne d’Italie)

-          Eylau, 1807 (campagne de Pologne)

-          Solferino, 1859 (guerre d’Italie)

-          Froeschwiller-Reischoffen, 1870 (guerre de 1870-1871)

-          La Marne, 1914 (Première Guerre mondiale).

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Stratégie militaire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite