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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 21:24

In Machiavel – Œuvres complètes, Bibliothèque de La Pléiade, Éditions Gallimard, 1952

 

machiavel

 

 

 

La vie de Castruccio Castracani da Luccase se lit comme un roman. Elle raconte la passionnante destinée de Castruccio Castracani, condottiere qui fut seigneur de la ville de Lucques de 1316 à 1328. Non content de raconter la vie mouvementée de ce grand capitaine italien, Nicolas Machiavel mêle la fiction aux faits historiques pour en dresser un véritable panégyrique, le plaçant même à la hauteur de Philippe de Macédoine et de Scipion l’Africain. « Il vécut quarante-cinq ans, et fit voir une grandeur d’âme digne d’un souverain, dans toutes les périodes de sa vie. (…) Comparable en sa vie à Philippe de Macédoine, père d’Alexandre le Grand, et à Scipion, ce célèbre enfant de Rome, il mourut à l’âge de ces deux héros, et sans doute il les aurait surpassé tous deux si, au lieu de naître à Lucques, il eût eu pour patrie la macédoine ou Rome. » (p. 940). L’histoire de Castruccio Castrani nous ramène au cœur des complots et conflits armés qui mettaient alors aux prises les différentes principautés italiennes. Avec en toile de fond la vielle opposition entre Gibelins, Guelfes et leurs partisans respectifs pour le contrôle de la Toscane. Ce qui stupéfie chez Castruccio Castracani, c’est avant tout sa capacité, quel que soit le contexte, à adopter les meilleures dispositions militaires. C’est comme si, au vu des succès et des victoires qui s’accumulent dans son escarcelle, le condottiere lucquois ne faisait simplement qu’appliquer les maximes livrées par Sun Tse dans L’Art de la guerre. Ruses de guerre, division des ennemis, utilisation optimale de la topographie, répartition experte de ses troupes, ténacité dans l’adversité, tout y passe !

 

Mais l’auteur cherche ici à forger une légende, en écrivant une vie exemplaire à la manière de Plutarque et Pétrarque. Comme le rappelle Edmond Barrincou dans ses annotations, Machiavel n’hésite ainsi pas à inventer tel ou tel personnage, à modifier la filiation de son héros, ou encore à résumer deux batailles en une seule (en l’occurrence la bataille de Serevalle, qui « mixe » en fait celles d’Altopascio et Montecarlo). En seulement trente pages, l’historien des Histoires florentines ou du Discours sur la première décade de Tite-Live démontre qu'il fut aussi un remarquable conteur de hauts faits.

 

 

Par Matthieu Roger

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 18:38

In Machiavel – Œuvres complètes, Bibliothèque de La Pléiade, Éditions Gallimard, 1952

 

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Écrit entre 1519 et 1520, L’art de la guerre se présente comme un manuel des affaires militaires à destination du prince italien, d’où sa forme discursive. Nicolas Machiavel, dont je n’aurai pas ici l’impudence de rappeler l’influence sur les sciences politiques du XVIe siècle jusqu’à nos jours, y dispense les conseils susceptibles d’animer la virtù de tout général en chef. Par virtù, concept central de la pensée machiavélienne, il faut entendre la capacité humaine, éminemment politique, à s’adapter et à influer sur le cours des événements.

 

La lecture de L’art de la guerre peut parfois s’avérer fastidieuse, notamment lorsque l’auteur s’attarde à nous décrire par le menu sa composition idéale d’une armée, bataillon par bataillon, ou encore la manière de dresser un camp, avec les emplacements précis de chaque tente ou corps de garde. Heureusement la traduction proposée par La Pléiade ne tombe jamais dans le poussiéreux, et ravive la nature moderne de ce discours. La plume de Machiavel résume ainsi avec clarté tous les aspects quotidiens de l’ordonnancement militaire : l’armement, l’exercice des soldats, les dispositions tactiques, la garde d’un camp, le rôle des officiers, la manière d’organiser et d’assiéger les fortifications, les ruses de guerre, etc. Par ailleurs, n’oublions pas que Machiavel milite pour la constitution permanente d’une milice nationale de métier, seule armée capable, à ses yeux, d’assurer une certaine pérennité du pouvoir militaire. Cette milice nationale doit être composée prioritairement d’infanterie (piquiers, gens d’armes, vélites) : « il est hors de doute que le nerf d’une armée est l’infanterie ». Si cela ne l’empêche pas d’aborder de temps à autre l’utilisation de la cavalerie ou de l’artillerie, son ouvrage pêche dans l’absence d’une réelle pensée interarmes, enjeu qui se dégageait pourtant alors du conflit géographiquement proche de la Guerre de Cent Ans. À cette limite géographique de L’art de la guerre machiavélien, dont l’efficience est forgée dans le contexte historique des rivalités entre principautés italiennes, s’ajoute le peu de variété de ses sources d’influence. Le penseur florentin s’inspire en effet quasi exclusivement des méthodes de l’armée romaine antique, qu’il érige en exemple suprême. L’art de la guerre romain a bien sûr beaucoup de choses à nous apprendre, mais l’on peut toutefois regretter que Machiavel n’ait pas convoqué des exemples stratégiques tirés d’époques et de civilisations plus diverses. Il n’en reste pas moins qu’il relie ici de manière assez talentueuse les enjeux politiques du pouvoir régalien à l’impératif de professionnalisation des armées.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 12:35

Bimensuel édité par Mondadori France

 

cover Guerres-Histoire-n°10

 

 

La couverture de ce dixième numéro de Guerres & Histoire – déjà ! – nous présente sans ambiguïté la teneur du dossier principal : « La guerre de Cent Ans - Les clefs d’une révolution militaire ». Vingt-quatre pages, pas une de plus, pas une de moins, pour décortiquer l’art de la guerre au Moyen-Âge et les tactiques employées par les différents partis engagés dans ce conflit, qui dura exactement cent seize ans. De nouvelles armes apparaissent, comme les premiers canons, l’utilisation massive de fantassins ou encore le longbow (l’arc long). Du fait des recompositions incessantes des alliances et des allégeances, la guerre de Cent Ans fut de celles qui requirent le plus d’aptitudes de la part des généraux en chef. Non seulement il leur fallait être capable de conduire leur armée lors des batailles rangées, mais  ils durent également démontrer leur science des raids en terres ennemies ou encore de la poliorcétique, les sièges de places fortes représentant alors la majorité des affrontements. Parmi les grandes figures militaires de cette époque, citons, entre autres, le « Prince Noir », Bertrand du Guesclin, Robert Knolles, Henri V, John Talbot, le duc de Bedford et le comte de Clermont. Jeanne d’Arc présente bien sûr un cas à part, abondamment traité par la littérature et le cinéma (cf. « Jeanne, héroïne aux voix multiples » p. 98-99). Le point fort de ce dossier est de montrer les répercussions importantes qu’eurent toutes les réformes des outils militaires sur les champs économique, politique et social. Comme le résume Jean Lopez dans son éditorial, l’effondrement de la chevalerie à Crécy ou Poitiers précipite la chute du système féodal, la montée de l’infanterie impose le peuple comme un nouvel acteur politique à part entière, et l’arrivée de l’artillerie renforce le pouvoir royal, son autorité et sa fiscalité.

 

Toutefois l’article à ne pas louper de ce nouveau Guerres & Histoire est sans conteste l’interview de Zvika Gringold réalisé par Eitan Haddok, qui revient sur son combat d’anthologie mené au Golan en octobre 1973. À la tête de seulement quelques chars, le lieutenant israélien Gringold réussit en effet à tenir à respect pendant un jour entier plusieurs centaines de blindés syriens. Ou comment une infériorité numérique accablante ne signifie pas toujours forcément la défaite… Un témoignage stupéfiant !

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 20:20

Bibliothèque de La Pléiade, éditions Gallimard, 1951

 

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Beaucoup d’encre a été déjà versée au sujet des Misérables de Victor Hugo. Œuvre intemporelle appartenant au patrimoine littéraire mondial, ce récit n’a pas fini de marquer les générations de lecteurs qui se succèdent à son chevet. Il se distingue d’emblée par son envergure imposante : mille cinq cents pages  aussi denses que passionnantes, qui nous projettent au cœur de la destinée tragique du forçat Jean Valjean. Mais Les Misérables n’est pas  qu’un simple roman, aussi captivant soit-il, car il constitue un réquisitoire politique implacable contre le paupérisme et l’injustice sociale. Victor Hugo ne s’en cache pas, à travers les trajectoires individuelles des protagonistes qu’il met en scène, il entend clamer à la face du monde le scandale de la misère et du déterminisme social. La thèse soutenue par Hugo est la suivante : la violence exercée par le corps social sur l’homme est telle qu’elle le prive à la fois d’espoir et de justice, à quelques rares exceptions près. Constat pessimiste mais non nihiliste, puisqu’il n’exclue nullement le réformisme politique et la rédemption des âmes, but poursuivis respectivement par l’auteur et son héros Jean Valjean.

 

Au-delà de l’histoire de ces misérables, c’est l’Histoire avec un grand H qui nous intéresse ici. L’auteur nous livre en effet ses meilleures pages lorsqu’il narre la bataille de Waterloo, le régime louis-philippien ou encore l’insurrection parisienne de juin 1832. Consacrant plusieurs chapitres à la dernière bataille livrée par Napoléon Ier, Hugo nous offre plusieurs moments épiques saisissants, tels la célèbre charge des cuirassiers sur les carrés anglais, la dernière charge de la Garde ou encore l’anéantissement du dernier carré français. Partons sans attendre avec lui au cœur des combats :

 

« Ney tira son épée et prit la tête. Les escadrons énormes s’ébranlèrent.

Alors on vit un spectacle formidable.

Toute cette cavalerie, sabres levés, étendards et trompettes au vent, formée en colonnes par division, descendit, d’un même mouvement et comme un seul homme, avec la précision d’un bélier de bronze qui s’ouvre une brèche, la colline de la Balle-alliance, s’enfonça dans le fond redoutable où tant d’hommes étaient déjà tombés, y disparut dans la fumée, puis, sortant de cette ombre, reparut de l’autre côté du vallon, toujours compacte et serrée, montant au grand trot, à travers un nuage de mitraille crevant sur elle, l’épouvantable pente de boue de Mont-Saint-Jean. Ils montaient, graves, menaçants, imperturbables (…). On croyait voir de loin s’allonger vers la crête du plateau deux immenses couleuvres d’acier ; cela traversa la bataille comme un prodige.

Rien de semblable ne s’était vu depuis la prise de la grande redoute de la Moskova  par la grosse cavalerie ; Murat y manquait, mais Ney s’y retrouvait. Il semblait que cette masse était devenue monstre et n’eût qu’une âme. Chaque escadron ondulait et se gonflait comme un vaste anneau du polype. On les apercevait à travers une fumée déchirée çà et là ; pêle-mêle de casques, de cris, de sabres, bondissements orageux de croupes des chevaux dans le canon et la fanfare, tumulte discipliné et terrible ; là-dessus les cuirasses, comme des écailles sur l’hydre. » (p. 341-342)

 

Tout simplement grandiose ! Le combat final de la barricade de la rue de la Chanvrerie, où l’on retrouve Jean Valjean, Enjolras, Marius, Gavroche et Javert s’avère tout aussi épique, dramatique illustration des tactiques de contre-insurrection urbaine employées à cette époque.

 

Et quelle meilleure manière de savourer ce monument de la littérature française que la magnifique édition proposée depuis plus de soixante ans par La Bibliothèque de La Pléiade ? On n’a, à ce jour, pas encore trouvé mieux.

 

 

Par Matthieu Roger

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 23:37

Mensuel édité par la SA Le Monde Diplomatique

 

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Alors qu’aujourd’hui la presse française ne cesse de compiler les marronniers et cache sa misère à coups de soi-disantes enquêtes d’investigation, il faut savoir se raccrocher aux derniers représentants d’une presse de qualité, plus intéressée par le fond que par le buzz. Le Monde Diplomatique, qui publie en ce mois de décembre son 705e numéro, en est incontestablement l’illustre représentant. Bien décidé à « défendre un journalisme qui refuse à la fois les engouements béats et le commerce de la peur », pour reprendre l’expression utilisée par le directeur de la rédaction Serge Halimi dans son édito, Le Monde diplo s’érige par la plume comme un des derniers bastions de l’exigence journalistique, en procurant chaque mois à ses lecteurs une salutaire ouverture sur le monde. En témoigne le sommaire à la fois internationalement éclectique de ce numéro, qui nous transporte de New Dheli jusqu’à Johannesburg, en passant par les Etats-Unis, la Palestine, la Birmanie ou bien encore l’Arménie. Autant de pistes de réflexions pour comprendre notre monde et en saisir les tendances lourdes les plus saillantes. Le regard multidirectionnel du Monde Diplomatique participe en outre, tous les deux mois, à l’édition de Manière de voir, publication d’une centaine de pages mettant en perspective un sujet d’actualité en recourant aux meilleurs articles du Monde diplomatique. Notons que ce mois-ci Manière de voir aborde « L’armée dans tous ses états », dans le but d’interroger les nouvelles natures et natures de la guerre. On pourra ainsi retrouver, sous la coordination de Philippe Leymarie, les contributions éclairées et éclairantes d’Alain Gresh « Egypte, retour dans les casernes », Lucien Poirier « Zones d’ombre sur la dissuasion » ou encore Paul-Marie de La Gorce « L’esprit de guerre froide ».

 

Mais revenons à nos moutons, à savoir ce Monde diplo de l’Avent. Sans oublier les trois sacro-saintes et toujours stimulantes pages réservées aux livres du mois (p. 24-26), difficile de passer sous silence le passionnant article que Philippe Descamps consacre à la situation géopolitique du Haut-Karabakh « État de guerre permanent au Haut-Karabakh ». Coincé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan qui le revendiquent tous deux, ce territoire est depuis vingt ans le théâtre d’un statu quo armé entre les deux pays. Produits de l’escalade militaire et diplomatique déclenchée par les combats de 1992, des revendications territoriales inconciliables n’ont de cesse d’être émises par les deux camps, qui entendent bien défendre armes à la main ce corridor stratégique entre la Mer Noire et la Caspienne. Je voudrais également mettre en lumière, entre autres, l’article d’Anne-Marie Robert sur les partitions frontalières dessinant le continent africain. Après avoir posé d’emblée la question « Que reste-t-il des frontières africaines ? », elle montre et démontre, carte à l’appui, la fragilité historique des frontières de l’Afrique. Le conflit au Mali, qui pourrait bien sous peu provoquer le déclenchement d’une opération militaire menée par l’Union africaine, en est l’un des symptômes les plus actuels.

 


 

Par Matthieu ROGER


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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 23:39

Hors-série Histoire n°1 - Sciences Humaines Éditions, 2012

 

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Ce premier grand dossier hors-série du magazine Sciences Humaines nous propose un panorama intégral du phénomène guerrier depuis la nuit des temps. Afin de mener au mieux cette étude de la guerre à travers les âges, Jean-Vincent Holeindre et Laurent Testot ont scindé le corpus d’une trentaine d’articles en quatre grandes périodes chronologiques : « Aux sources de la guerre », abordant la période des guerres préhistoriques jusqu’à la défense de l’empire byzantin, « Les États combattants », du Moyen-Âge jusqu’à la Révolution et l’Empire, « Vers l’apocalypse », de la guerre de Sécession jusqu’à la Guerre froide, et enfin « Les temps des conflits asymétriques », qui traite de la guerre à l’ère contemporaine. Gages de qualité, on retrouve les contributions d'historiens et polémologues tels que Philippe Contamine, Guillaume Lasconjarias, Gérard Chaliand, ou encore Pierre Hassner. Les articles les plus intéressants sont ceux qui traitent des époques ou épisodes les plus méconnus. Citons par exemple le passionnant entretien avec Lawrence H. Keeley sur "Les guerres préhistoriques", où l'on apprend que les guerres primitives étaient souvents plus destructrices, plus fréquentes et plus violentes que les guerres modernes, ou bien encore l'aperçu de "La stratégie de l'Empire byzantin" proposé par Jean-Claude Cheynet, qui montre que les stratèges de Constantinople prônaient un savoir militaire fondé sur la guerres de mouvements et les embuscades. Des repères chronologiques et propositions bibliographiques viennent scander les quatre grands chapitres de ce hors-série, venant ainsi cadrer ces tentatives salutaires de vulgarisation historiques. Puisque la guerre accaompagne l'humanité depuis ses origines, il ne nous faut jamais oublier qu'elle constitue avant tout un fait social total, aux dimensions multiples, aussi bien militaires que politiques, économiques, culturelles ou juridiques. Sans se méprendre pour autant sur les enjeux décortiqués par vingt-cinq siècles de réflexion stratégique. C'est d'ailleurs uniquement à l'aune de cette démarche de compréhension pluridisciplinaire du choc armé que nous devons par exemple aujourd'hui appréhender les conflits se déroulant au Soudan, en Palestine ou en Syrie. A l'heure des drones, des cyberguerres et du technologisme, soulever la question de la fin de la guerre n'a jamais semblé aussi peu pertinent.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 14:53

Éditions Gallimard, 1981

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Pour la grande majorité d’entre nous, le nom d’Herman Melville reste indissociable de son célèbre roman Moby Dick. Peu savent que l’écrivain américain consacra une grande partie de sa carrière d’écrivain à la poésie. Comme l’indique Pierre Leyris en introduction à sa préface : « longtemps, pour presque tous, la poésie de Melville resta sous-estimée en Amérique ». Ce recueil de dix-sept poèmes tirés de Battle-Pieces and Aspects of The War (Tableaux de bataille et aspects de la guerre) nous permet de découvrir une poésie très humaniste, proche de la nature, qui met en exergue le sacrifice des hommes lors de la Guerre de Sécession. Le point fort de ce livre est de nous proposer une édition bilingue de ces Poèmes de guerre, le lecteur pouvant effectuer un va-et-vient permanent entre la version anglaise et la version française. Petit bémol à ce sujet : je trouve la traduction française réalisée par Pierre Leyris de qualité assez inégale selon les poèmes. Mais il est vrai que l’exercice est tout sauf facile. La poésie d’Herman Melville est logiquement bien plus forte et expressive dans sa version originale. Parmi tous les poèmes de ce recueil, c’est incontestablement celui relatant la bataille de Fort Donelson (12-16 février 1862) qui s’avère le plus marquant ; le lecteur se retrouve transporté tantôt en ville auprès de la population avide des nouvelles du front, tantôt au cœur des combats épiques pour la prise du fort. Laissons Melville nous conter une sortie des assiégés confédérés :

 

“After some vague alarms,

Which left our lads unscared,

Out sallied the enemy at dim of dawn,

With cavalry and artillery, and went

In fury at our environment.

Under cover of shot and shell

Three columns of infantry rolled on,

Vomited out of Donelson–

Rolled down the slopes like rivers of hell,

Surged at our line, and swelled and poured

Like breaking surf. But unsubmerged

Our men stood up, except where roared

The enemy through one gap. We urged

Our all of manhood to the stress,

But still showed shaterness in our desperateness.” (Donelson, p. 58)

 

Présent à la fin du livre, un Supplément écrit par l’auteur détaille l’état d’esprit dans lequel celui-ci composa ses Battle-Pieces, et fournit une prospective politique pour les États-Unis après la guerre civile. Soulignons l’excellent avant-propos de Philippe Jaworski, qui présente de manière claire et synthétique le contexte historique de la Guerre de Sécession.

 


 

Par Matthieu Roger


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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 15:57

Éditions Soteca, 2012

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Mon commandement en Orient est le récit, écrit par le Général Sarrail lui-même, de sa période passée en tant que général en chef des forces de l’Entente sur le front des Balkans, de 1915 à 1917. Plus qu’un descriptif très précis des mouvements tactiques des deux camps sur la ligne de front grecque, il s’agit là en fait des mémoires d’autojustification de Sarrail, dans la mesure où ce dernier cherche continuellement à louer ses prises de décisions personnelles, tout en accablant dans le même temps les acteurs qui gravitent autour de lui de reproches divers et variés. Cette tendance lourde à l’autojustification peut parfois énerver, mais elle a cependant le mérite de pointer du doigt les difficultés d’un commandement interarmes et interallié. Les forces placées en théorie sous le commandement du Général sont constituées de contingents non seulement français, mais également anglais, russes, italiens, serbes, auxquels viendront s’ajouter plus tard quelques troupes grecques. Considérés comme un front secondaire de la Première Guerre mondiale, les Balkans ne sont pas scrutés, la plupart du temps à juste titre, comme une priorité par le Grand Quartier Général (GQG) et les dirigeants politiques français. De manière quelque peu réductrice, on peut dire que la mission principale de Sarrail durant ces trois années se résuma à fixer l’armée bulgare afin de soulager les autres fronts de l’Entente. Même si le Général Sarrail fait souvent montre d’audace et de pugnacité pour tout ce qui toucha aux affaires militaires, les commentaires et annotations de Rémy Porte s’avèrent essentiels si l’on veut comprendre les luttes d’influences politiques qui se jouent alors en coulisses dans l’hexagone. Rémy Porte nous propose en effet un travail remarquable de décryptage et d’analyse historique des faits évoqués par Sarrail, replaçant dans leur contexte les responsabilités respectives des différents personnels politiques et militaires. Voilà qui explique la présence pour le moins étoffée et fournie des notes de bas de page.

 

Mon commandement en Orient est un livre à lire par tous ceux qui s’intéressent au premier conflit mondial. Il rappelle que la figure du Général Sarrail, pourtant méconnue aujourd’hui, comptait alors sur la scène nationale française. Ce sont d’ailleurs ses divers appuis ministériels qui lui permirent de décrocher son généralat en chef en Orient. Étude d’un cas concret d’action militaire, Mon commandement en Orient propose une lecture à la fois politique, stratégique et tactique d’un théâtre d’opérations précis. Instructif.

 

 


Par Matthieu Roger

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 16:22

Bimensuel édité par Mondadori France

 

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À mettre en exergue dans ce neuvième numéro de Guerres & Histoire la très intéressante interview de Bruno Colson par Laurent Henninger, qui traite de la pensée militaire du Suisse Antoine Henri de Jomini. Ce dernier fut plusieurs années chef d’état-major du maréchal Ney, avant de passés aux alliés combattant Napoléon en 1813. C’est lui qui a diffusé et fait la publicité du terme de « stratégie », même si celui-ci fut en fait forgé au XVIIIe siècle par le théoricien français Joly de Maizeroy. Surtout connu pour son Précis de l’art de la guerre, Jomini a également écrit un Traité des grandes opérations militaires, en se basant sur ses observations recueillies tout au long des guerres de la Révolution et du Ier Empire. Selon Bruno Colson, la postérité de l’œuvre de Jomini est immense, puisque le Suisse a fortement influencé l’enseignement militaire des XIXe et XXe siècles, notamment outre-Atlantique. Au bout du compte, « il reste l’homme d’une seule idée, qui peut se résumer ainsi : il faut masser plus de forces que l’ennemi sur un point décisif ».

 

Je voudrais également mettre en avant « Denain, la manœuvre du miracle », écrit par Guillaume Lasconjarias, chercheur à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. Cet article montre qu’en matière d’affaires militaires l’audace s’avère parfois payante, en témoigne la contremarche osée tentée contre le Prince Eugène par Villars en 1712 le long de la Selle, affluent de l’Escault. Pourtant en infériorité numérique face aux troupes néerlandaises, les attaques vigoureuses portées en colonnes – disposition rare à l’époque – sur les fortifications ennemies permettent aux Français d’emporter la mise à Denain, et de desserrer ainsi grandement l’étau qui pesait alors sur tout le nord de la France.

 

Enfin, entres autres, une double page d’Éric Tréguier nous fait découvrir les kobukson ou « bateaux-tortues », étranges navires hérissés de piques conçu à la fin du XVIe siècle par l’amiral coréen Yi pour lutter contre la flotte nipponne. Ces étonnants bateaux étaient carrément hors normes pour l’époque : blindage épais, puissance de feu inégalés des 25 canons embarqués, autonomie totale. Surprenant !

 

 

 

Par Matthieu ROGER


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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 15:42

Éditions Tallandier, 2012

cover-Bevin-Alexander.jpg

 

       

Sun Tzu ou l’art de gagner des batailles : le titre de cet ouvrage résonne comme un slogan marketing placé en tête de gondoles des librairies. Mais il fallait faire fi de ce préjugé pour aller chercher ce que Bevin Alexander souhaitait nous offrir en substance. Vétéran américain de la guerre de Corée et spécialiste  de la stratégie militaire, celui-ci nous propose seize chapitres, chacun constituant un focus spécifique sur une campagne militaire de l’ère moderne. De la campagne de Saratoga en 1777 à Incheon et l’invasion de la Corée du Nord en 1950, en passant par les batailles de Gettysburg (1863) et de Stalingrad (1942), l’auteur se propose d’analyser les décisions des grands généraux à l’aune des enseignements livrés par Sun Tzu dans son célébrissime L’art de la guerre. Plus que les bons choix opératifs ou tactiques, il pointe du doigt les erreurs stratégiques qui débouchèrent sur des revers aux graves conséquences. Il ne se prive d’ailleurs pas de décrier sévèrement certains commandants qu’il juge incapables, tels Helmuth von Moltke ou Robert Lee.  Pour en revenir aux défaillances stratégiques les plus notables, il montre par exemple que c’est en contrevenant à son habitude de désaxer l’ordre de bataille de l’ennemi que Napoléon perd à Waterloo ses dernières illusions de gloire. De même le haut état-major allemand laisse-t-il échapper la victoire en 1914, parce qu’il a renié totalement l’esprit originel du Plan Schlieffen, qui prévoyait un débordement massif de l’aile gauche des armées alliées, puis leur encerclement total. Pour appuyer ses dires, Bevin Alexander se réfère constamment au principe du déséquilibre décisif provoqué par l’utilisation conjointe d’une force zheng, c’est-à-dire une force de fixation, orthodoxe, régulière, et d’une force qi, force irrégulière, de contournement. « En général, l’élément régulier correspond à la force principale, celle qui va  affronter et fixer l’ennemi, tandis que l’élément irrégulier correspond à une force moins importante, qui va attaquer l’ennemi en un endroit différent, inattendu, le plus souvent sur le flanc ou les arrières, le contraignant ainsi à se désagréger. » (p.134) Cette combinaison de deux forces aux objectifs différentes correspond au principe d’ « approche indirecte » abondamment prôné et analysé par Basil H. Liddell Hart.

 

Ce livre est une bonne surprise, dans la mesure où il nous permet d’appréhender l’art de la guerre de généraux offensifs, brillants et inspirés, comme par exemples Thomas Jonathan Jackson ou Patton. Ces deux-là avaient en effet mieux que quiconque compris cet axiome intangible énoncé en son temps par Sun Tzu : « Remporter cent victoires en cent combats n’est pas une preuve d’excellence. Ce qui est une vraie preuve d’excellence, c’est de soumettre l’ennemi sans combattre. » (p. 226)

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite