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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 17:43

Éditions Perrin, 2007 (première version publiée en 1929, rééditée en 1941 et 1946, retravaillée par la suite)

strategie-liddell.jpg

 

Attention, ceci est plus qu’un ouvrage de référence, c’est un livre culte !

 

On ne présente plus le Britannique Basil H. Liddell Hart, l’un des plus grands stratégistes du siècle passé. Rappelons seulement que celui-ci, après avoir servi dans l’armée britannique au cours de la 1ère Guerre Mondiale, a été à l’instar de De Gaulle un des premiers à déceler le formidable potentiel de l’arme blindée (notamment dans son étude La guerre blindée et son avenir) et a durablement influencé la pensée stratégique militaire du XXe siècle. Des généraux comme Guderian et Rommel en Allemagne, MacArthur aux États-Unis, ou encore Radek et Toukhatchevski en URSS, ont par exemple revendiqué l’importance que revêtaient à leurs yeux son travail théorique.

Dans Stratégie, Liddell Hart tente un spectaculaire panorama de la stratégie militaire depuis la nuit des temps. Il aborde dans une première partie la stratégie du Ve siècle avant J.-C. au XIIe siècle avant J.-C., pour ensuite consacrer une partie entière à la 1ère Guerre Mondiale et une autre à la 2de Guerre Mondiale. Enfin, il développe dans un quatrième et dernier chapitre ce qu’il considère comme « les bases de la stratégie et de la grande stratégie ». Pour autant que mes précédentes lectures me permettent d’en juger, peu d’auteurs ont cette capacité propre à Liddell Hart de pouvoir prétendre inscrire leur pensée théorique dans un mouvement d’une telle profondeur et d’une telle exhaustivité, et cela sans que la clarté du propos en soit pour le moins amoindrie. Liddell Hart réussit en effet ici le tour de force d’offrir au lecteur une véritable confrontation avec l’Histoire, et propose un ouvrage abordable malgré son étendue chronologique.

La thèse de l’auteur peut paraître simpliste au premier abord, à savoir : la victoire la plus avantageuse ne peut, dans 99 % des cas, que s’acquérir via une approche qu’il nomme indirecte. Cette « approche indirecte » que doit rechercher tout stratège militaire comprend deux champs d’application : les opérations physiques (stratégie + tactique), ainsi que les opérations mentales (attaque/confusion psychologique de l’ennemi + facteur politique). Mais tout l’à-propos de la dialectique conflictuelle de Liddell Hart est d’interpénétrer constamment le facteur espace-milieu avec la prééminence des effets moraux. La manœuvre devient alors une arme de guerre à part entière, qui désorganise matériellement ET psychologiquement l’ennemi en menaçant ses axes de communications et/ou ses positions les plus faibles. L’analyse qui est faite des guerres napoléoniennes s’avère en cela particulièrement éclairante. En effet, plus Napoléon privilégiera l’affrontement frontal de l’ennemi (et donc refusera la méthode de l’approche indirecte) plus il verra ses marges de manœuvres –ce dernier terme étant à prendre au sens propre comme au sens figuré – réduites. Partir de l’étude des stratégies militaires du Ve siècle avant J.-C. permet à Liddell Hart de mettre en perspective de manière convaincante le bien-fondé de l’approche indirecte en termes de tactique opérationnelle, de stratégie et de grande stratégie. Et ceci tout en gardant à l’esprit que « le véritable objectif national en état de guerre comme en état de paix, est une paix encore plus parfaite ». Comme il le dit lui-même « The experience of history enables us to deduce that gaining military victory is not in itself equivalent to gaining the object of war. » (Thoughts on war, octobre 1925). Une perspective éthique à l’aune de la figure tutélaire qu’a été Liddell Hart, qui force notre admiration et impose le respect.

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Stratégie militaire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite