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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 20:43

Éditions Grasset & Fasquelle,  2009

 

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Les Grandes Vies regroupent quatre biographies écrites par Stefan Sweig sur Fouché, Marie-Antoinette, Marie Stuart et Magellan. Et franchement, ces grandes vies méritent le détour. Grâce à sa prose remarquable, Stefan Sweig nous narre la vie de ces grandes figures historiques de manière extrêmement captivante, nous emmenant souvent plus du côté du roman d’aventures que de la biographie historique classique ou académique. Ce qui fait la particularité de Stefan Sweig, né en 1881 et décédé en 1942, c’est son approche très psychologisante des personnages qu’il décrit. Non seulement il analyse leurs actions, mais il n’a de cesse de les relier à la trajectoire individuelle et aux causes psychologiques qui leur sont propres. Ainsi le lecteur a-t-il l’impression de lire dans l’esprit de Fouché ou de Marie Stuart, de se laisser porter avec eux par le courant des méandres politiques et diplomatiques. Là s’opère le génie du récit historique par Stefan Sweig : pas un seul instant on ne doute des éléments d’interprétations qu’il avance, d’autant plus qu’ils sont toujours étayés par de solides recherches et références historiques. Convoqués en tant que témoins privilégiés, l’auteur nous offre l’insigne honneur de cheminer à côté de ces grands acteurs de l’Histoire avec un grand H.

 

Je n’ai pas lu la biographie de Marie-Antoinette, ma critique porte donc ici uniquement sur Fouché, Marie Stuart et Magellan. Le fait est que j’aurais dû mal à dire laquelle de ces trois biographies m’a le plus marqué. Là où Fouché interloque par sa capacité à survivre à une époque remplie de bouleversements – il réussit tout de même le tour de passe-passe incroyable de servir successivement la Révolution, le Directoire, le Consulat, l’Empire et enfin la Royauté –, le destin shakespearien de Marie Stuart et le tour du monde inimaginable de Magellan sont tout aussi passionnants à vivre. L’auteur est autant à l’aise dans la peinture des multiples facettes d’une personnalité que dans celle des grands enjeux historiques sous-jacents. Dans l’ombre de Fouché, de Marie Stuart ou de Magellan, se dressent la stature tragique de Bothwell, l’ambition de gloire insatiable de Napoléon, ou encore l’infinitude des océans. À titre d’illustrations, voici trois extraits qui valent pour preuve de « la prose enchanteresse » de Stefan Sweig.

 

« L’expédition d’Alexandre, de la Grèce à l’Inde (qui est encore aujourd’hui fabuleuse, lorsqu’on la suit du doigt sur la carte), la conquête de Cortez, la marche de Charles XII de Stockholm à Pultava, la caravane de six cent mille hommes que napoléon traîne d’Espagne jusqu’à Moscou, ces prouesses à la fois du courage et de la présomption sont dans l’histoire ce que représentent les combats de Prométhée et des Titans contre les dieux dans la mythologie : de l’héroïsme et de l’ « hubris », mais, dans tous les cas, le maximum, déjà sacrilège, de tout ce qu’il est possible d’atteindre humainement. » (Fouché, p. 143)

 

« Ce Bothwell semble taillé dans un bloc de marbre noir. D’une énergie insolente, le regard hardiment fixé par-delà les temps, il rappelle le condottiere italien Coléoni. C’est un homme dur, brutal, d’une virilité exceptionnelle. Il porte le nom d’une très vieille famille écossaise, les Hepburn, mais on croirait plutôt que le sang des Vikings coule dans ses veines. Malgré sa culture (il parle admirablement le français et aime les livres qu’il collectionne), il a gardé l’humeur d’un rebelle-né à l’ordre bourgeois, l’amour effréné de l’aventure de ces « hors-la-loi », de ces corsaires romantiques célébrés par Byron. Grand, large d’épaules, d’une force herculéenne – il manie le lourd glaive à deux tranchants avec la même facilité qu’une épée et dirige seul un navire à travers la tempête – il tire de son courage physique une audace morale, ou plutôt immorale, incroyable. » (Marie Stuart, p. 840)

 

« Jamais la géographie, la cosmographie n’ont connu, jamais elles ne connaîtront plus un progrès aussi accéléré, aussi enivrant, aussi triomphal que pendant cette période de cinquante années au cours de laquelle ont été déterminées la forme et la configuration définitives de la terre, où l’humanité découvre la planète sur laquelle elle s’agite depuis des temps incalculables. Cette tâche formidable est l’œuvre d’une seule génération ; ses marins ont surmonté tous les dangers pour frayer la route à leurs successeurs ; ses conquistadores ont conquis des continents et des mers, ses héros ont résolu tous les problèmes ou presque. Un seul exploit reste encore à réaliser, le dernier, le plus beau, le plus difficile : faire sur un seul et même navire le tour du globe, prouver envers et contre tous les cosmographes et les théologiens du passé la sphéricité de la terre. Accomplir cette mission sera le but et la destinée de Fernão de Magelhães. » (Magellan, p. 1072)

 

 

Par Matthieu Roger

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 21:46

Éditions Verdier,  2012

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J’avais repéré Camille de Toledo suite à sa récente publication d’un article dans Le Monde où il décochait un manifeste pour une nouvelle Europe poétique. Souhait pour le moins inhabituel – et salutaire – à l’heure où l’on débat sans cesse des modalités de sauvegarde d’une Europe économique tout en évacuant l’impératif d’une Europe politique et d’une Europe culturelle refondées, ou devrais-je plutôt dire à fonder. Dans L’inquiétude d’être au monde, Camille de Toledo se penche sur l’état philosophique politique de l’Europe, qu’il juge très réactionnaire. Il en veut pour preuve la récente tuerie perpétré par le Norvégien Anders Bhering Breivik sur l’île d’Utoya le 22 juillet 2011 (soixante-neuf campeurs chassés et tués de sang-froid), drame que l’on retrouve en filigrane tout au long de la soixantaine de pages de ce livre. En réponse à cet état philosophique européen très dégradé, l’auteur milite pour une meilleure compréhension de l’entre-deux, c’est-à-dire des interstices culturels qui se nichent entre les langues, entre les peuples. L’inquiétude d’être au monde se lit alors comme un chant lyrique en faveur d’une nouvelle poésie politique, en faveur d’une nouvelle « poéthique » pour reprendre un de ses néologismes introduisant la notion d’éthique. En fait, c’est surtout la réalité du carrefour atteint aujourd’hui par la jeunesse européenne qui l’intéresse. Un carrefour souvent synonyme de croisements et d’exils. En réponse à la langue politique des consolations hypocrites et des fausses promesses, l’auteur entend poser par écrit une vision pessimiste mais non désenchantée de notre Europe.

 

J’aime beaucoup le style d’écriture de Camille de Toledo, rempli à la fois d’assurance et de sensibilité. Si on peut parfois regretter son trop grand pessimisme, qui entremêle la complainte au chant poétique, sa recherche d’un nouveau dialogue européen, sa tentative de déconstruction des paradigmes actuels ne manquent pas d’audace. Dommage que cela le conduise quelquefois à lancer certaines énormités ou raccourcis réducteurs, comme lorsqu’il proclame : « Que ceux qui voulaient inscrire la chrétienté dans sa Constitution se dénoncent, car ils sont, eux aussi, les assassins des gamins d’Utoya. » (p. 49)

 

 

Par Matthieu Roger

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 18:55

Éditions Flammarion,  1991

cover war game

 

       

Le chercheur français Dominique Wolton s’est affirmé depuis plusieurs décennies comme l’un des meilleurs spécialistes des sciences de la communication et des médias. Aujourd’hui directeur de la revue internationale Hermès, il a publié tout au long de sa carrière plus d’une vingtaine d’ouvrages interrogeant, entres autres, l’espace public et la communication politique, l’information et le journalisme, la diversité culturelle et la mondialisation. Avec War Game, publié en 1991, il revient sur le cas de la seconde deuxième guerre du Golfe pour en tirer les enseignements quant à l’apparition d’un nouveau mode d’information initié par la chaîne américaine CNN : la médiatisation en continue grâce au direct. Rappelons que ce conflit débuta par l’invasion du Koweï par l'Irak en 1990, invasion à laquelle les Etats-Unis et leurs alliés internationaux répliquèrent en lançant les opérations « Bouclier du désert » (protection de l'Arabie Saoudite) et « Tempête du désert » (libération du Koweït en 1991 grâce à une offensive aéroterrestre). Dominique Wolton ne se trompe pas lorsqu’il déclare que cette guerre a marqué l’histoire guerrière de l’humanité. « D’abord, elle est la rencontre, pour la première fois dans l’Histoire, d’une capacité d’information par l’image 24 heures sur 24 avec une guerre largement annoncée. Ensuite, cette guerre s’est faite sur fond de contentieux lourd, et parfois implicite, entre les journalistes, les hommes politiques et les militaires, et dont la cause directe est le Viêt-nam. Enfin, il s’agit d’une guerre faite au nom du droit, par une coalition de vingt-neuf nations agissant sur mandat de l’ONU, l’omniprésence des médias symbolisant en quelque sorte cette dimension démocratique. » (p. 17)

 

Sous-titré L’information et la guerre, War Game décrypte avec minutie le jeu de la diffusion internationale des informations en temps de guerre. Tributaires de la censure, des rumeurs et de la désinformation qui influent alors sur les flux communicationnels irriguant la planète, les journalistes tentèrent pour la première fois d’offrir à leurs lecteurs / auditeurs / spectateurs la fascinante vision d’un flux ininterrompu d’informations. Cette hypermédiatisation de l’événement s’avère plutôt ambivalente, dans la mesure où elle n’a pas permis à l’époque une meilleure connaissance des enjeux historiques, culturels, politiques et religieux des pays concernés. D’où ce constat émis par l’auteur : « c’est la logique de l’événement qui l’emporte sur la logique de la connaissance, la logique de l’information sur la logique de la communication » (p. 77). Tout en établissant la distinction entre les notions d’information et de communication, Dominique Wolton dénie aux médias le statut de véritable « quatrième pouvoir ». Pour ce faire, il s’appuie cinq constats :


-  la guerre du Golfe a moins consacré la victoire de l'information que celle de l'impérialisme de l'instant


 -  la presse n’a ni la légitimité ni le pouvoir de s’affirmer en tant que quatrième pouvoir


-  les médias ne sont malheureusement jamais prompts à accepter les critiques


-  les médias sont volatiles


- le public est plus averti et critique envers les médias qu’on ne pourrait le penser de prime abord.

 

War Game est un livre où l’auteur réussit à empiler les concepts et notions des sciences communicationnelles sans pour autant rendre son propos inintelligible. Son analyse des circuits internationaux de l’information en temps de guerre dénote une profonde acuité des paradoxes qui peuplent nos démocraties occidentales. Au vu de l’avènement d’Internet et de la multiplication des supports de communication actuels, les thèses de Dominique Wolton conservent aujourd'hui plus que jamais toute leur pertinence.

 

 

Par Matthieu Roger

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 17:27

Bimensuel édité par Mondadori France

 

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Pour son sixième numéro, le magazine Guerres & Histoire nous propose un dossier extrêmement complet sur l’histoire, le fonctionnement et le commandement de la légion romaine. Cet outil militaire formidable permit en effet aux troupes de la République puis de l’Empire d’étendre leur hégémonie durant plusieurs siècles autour du monde méditerranéen. Ce dossier permet d’appréhender l’atout tactique inestimable que constituèrent les légions face à leurs ennemis antiques. Même si certaines de leurs défaites sont passées à la postérité, telles Cannes (216 av. J.-C.), Carrhes (53 av. J-C.) ou encore Teutobourg (9 ap. J.-C.), la longévité de leur emploi détonne dans l’histoire militaire. La force des légions romaines  vient de leur extrême discipline, inédite à l’époque. Organisées en centuries (100 hommes), manipules (200 hommes) et cohortes (600 hommes), les légions, théoriquement fortes de 6000 soldats (légionnaires, auxiliaires et cavaliers) se distinguent également par leur capacités manœuvrières sur le champ de bataille. L’enquête de Guerres & Histoire s’emploie avec succès à démêler le vrai du faux au sujet de cette formation militaire révolutionnaire qui mit fin au règne de la phalange.

 

Je conseille également la lecture de l’article Les canons du sultan sonnent le glas de Constantinople, qui narre le siège de la capitale de l’empire byzantin par les troupes sultan Mehmet II. Cet épisode constitue en fait un épisode charnière de l’histoire militaire, puisqu’il scella en 1453 la supériorité de l’artillerie sur les fortifications. Mehmet II bénéficia pour ce siège de l’aide d’un ingénieur hongrois quoi inventa des canons dont la portée et le diamètre n’avaient aucune commune mesure avec ceux des bombardes jusqu’alors utilisées. À souligner également l’article d’Antoine Reverchon intitulé Guerre de 70 : la France n’était pas battue d’avance, qui montre qu’en 1870 les troupes françaises, avec un haut commandement à la hauteur, auraient pu fournir une opposition de toute envergure aux Prussiens.

 


 

 

Par Matthieu ROGER

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 18:27

Éditions Perrin, 2010

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Thierry Sarmant est issu de l’École nationale des chartes où il a obtenu le diplôme d'archiviste paléographe en 1993. Docteur en histoire et conservateur au Musée Carnavalet, il s’est notamment penché sur la figure de Louvois, auquel il a consacré plusieurs études. Mathieu Stoll est également un ancien élève de l'École nationale des chartes. Il est docteur en histoire et conservateur à la bibliothèque de la Sorbonne.

 

Régner et gouverner – Louis XIV et ses ministres étudie les relations entre Louis XIV et ses ministres. On y apprend comment s'effectue l'exercice du pouvoir dans ce gouvernement, au travers de Conseils et de leur organisation. Les Conseils désignent un ensemble d'organes collégiaux, institutionnalisés et permanents, chargés de préparer les décisions du roi et de guider son avis. Le Conseil se spécialise en formations différentes selon la nature des affaires à traiter. Les Conseils de gouvernement (Conseil d’en-Haut, Conseil royal des finances et Conseil des dépêches, qui se tiennent au Cabinet du roi) diffèrent des Conseils de justice ou d’administration (qui sont chargés des affaires contentieuses et présidés par le chancelier de France). Le roi ne se rendait jamais à ces derniers, mais tous les arrêts qui en émanaient étaient réputés provenir de sa personne. On disait d'ailleurs du chancelier qu'il était « la bouche du roi ». Les auteurs montrent bien dans quelle mesure les Conseils de gouvernement sont le lieu secret de la circulation de l’information, des nominations, des délibérations. Le rythme hebdomadaire de ces Conseils cadence le travail des ministres et des secrétariats. De fait, le travail du roi est multiple, puisqu’il comprend de larges consultations, la réunion des conseils, des entretiens en tête-à-tête, des séances de travail sur dossiers. Après 1691 le Conseil du roi conserve une place centrale, mais le secrétaire d’État de la guerre n’y siégeant plus, le roi prend des décisions militaires en dehors du Conseil, dans le cadre informel de discussions en tête-à-tête ou via correspondances avec ses généraux. Il devient alors pleinement le chef de ses armées. En revanche, les Affaires étrangères comme les Finances restent débattues en Conseil.

 

Cet ouvrage permet de mieux connaître l'importance que revêtirent les Conseils dans le cadre des relations entre Louis XIV et ses ministres, puisque le roi tient chaque jour conseil. Y sont exposés l'agencement de la structure politique sous Louis XIV, de même que les composition et fonctionnements spécifiques des différents Conseils.  Même si Louis XIV ne gouverne pas seul, il reste in fine l’arbitre de toute décision. Il est alors son propre premier ministre pris dans la gestion quotidienne d’une multitude d’affaires.

 

 


Par Pierre Roger

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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 16:35

Éditions Akileos, 2012

cover Ritter Germania

 


 

Après Block 109, Étoile Rouge, Opération Soleil de Plomb et New York 1947, le duo formé par Ronan Toulhoat (dessin) et Vincent Brugeas (scénario) fait une nouvelle fois mouche. Et de la plus belle des manières puisque ce nouvel album nous offre selon moi leur dessin le plus abouti. Sans oublier le choix de la palette des coloris, tout à fait appropriée à ce récit policier nous plongeant en pleine Allemagne nazie. Le récit est alerte, prenant, et se voit dynamisé par un montage visuel qui n’hésite pas à morceler et juxtaposer les cases, rendant certains plans-séquences digne des meilleures scènes d’action cinématographiques.

 

La recette uchronique est toujours la même. On retrouve dans Ritter Germania les personnages de Goebbels et Heydrich confrontés à la sédition de Ritter Germania, ancien soldat d’élite reconverti comme acteur pour les besoins de la propagande. Cette chasse à l’homme dans Berlin se double d’une intrigue politique des plus fourbes entre les différents hommes fort du régime fasciste. Sans dévoiler aucunement la chute finale, sachez juste qu’aucun protagoniste n’est à l’abri d’un coup bas politique. De quoi alimenter la réflexion sur cette métaphore d’un régime pris dans l’engrenage de la suspicion, de la vengeance et des compromissions en tous genres, mise en abyme par l’imagerie propagandiste. Un seul regret : cet album, à l’instar de ses prédécesseurs, se lit beaucoup trop vite. J’en viendrai presque à espérer la sortie d’un nouvel opus plus conséquent en termes de pagination, où le talent de Ronan Toulhoat pourrait s’exprimer sur de magnifiques pleines ou doubles pages. Il est parfois bon de rêver…

 

 


Par Matthieu Roger

 


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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 12:27

Mensuel édité par la SA Le Monde Diplomatique

 

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Une nouvelle fois Le Monde Diplomatique fait mouche, à l’heure où tout et son contraire sont entendus dans les médias dans le cadre de l’élection présidentielle. Dans L’audace ou l’enlisement, Serge Halimi revient sur les enjeux économiques de l’élection française. Comme il le dit avec justesse, « la subordination des cercles dirigeants français à une droite allemande de plus en plus arrogante, attachée à son credo d’une « démocratie conforme au marché », érode la souveraineté populaire. La levée de cette hypothèque est au cœur du scrutin en cours. » Annoncée par François Hollande, la renégociation des traités cadres européens apparaît dès lors comme une condition sine qua non. Sauf que la plupart des gouvernements européens ne l’entendront pas de cette oreille. La gauche saura-t-elle alors aller au combat ? La question est posée. Revenant également sur les élections présidentielles françaises, Éric Dupin pointe du doigt les Acrobaties doctrinales au Front national. N’hésitant pas à instrumentaliser dans son discours des auteurs peu à même de cautionner l’extrême-droite, Marine Le Pen a fait de la critique du libre-échange économique et de l’immigration ses deux chevaux de bataille. Ce qui ne l’empêche pas de viser toujours et encore de nouveaux électorats, à l’image des enseignants. Au-delà de du score élevé recueillie par la figure de proue frontiste ce 22 avril 2012, n’oublions pas que ses positionnements racoleurs signifient purement et simplement « aucun partage des richesses ». Hautement amoral et idéologiquement dangereux.

 

On trouve nombre d’autres articles tout aussi intéressants dans ce numéro d’avril. En ce qui concerne le volet géopolitique, Alain Gresh revient sur l’Onde de choc syrienne. Dans la lignée – directe ou indirecte – des printemps arabes, les troubles qui agitent actuellement la Jordanie, Le Bahreïn et de manière bien plus dramatique la Syrie sont symptomatiques d’un affaiblissement des États, phénomène à mettre en parallèle du rôle croissant des milices au sein des joutes nationales (Irak, Kurdistan, Afghanistan, Liban, Palestine). Quoi qu’il en soit, nul ne connaît pour l’instant de quelle manière se soldera la lutte engagée par le peuple syrien pour une vie plus libre et démocratique. Si une nouvelle intervention étrangère reste pour l’instant hautement improbable, car susceptible d’attiser les tensions régionales, se profilent alors les hypothèses  inquiétantes d’affrontements interconfessionnels généralisés ou d’un écrasement encore plus sanglant des mouvements revendicatifs par l’armée. Une recrudescence de violence qui en  ce moment touche également le Sahel, conséquence de la guerre en Lybie et de la guerre civile à l’œuvre au Mali. Un état de fait clairement exposé dans l’excellent article de Philipe Leymarie Comment le Sahel est devenue une poudrière. Bonne lecture diplomatique à tous.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 09:26

Éditions J’ai Lu, 2005

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Ce deuxième tome des Annales de la Compagnie noire nous emmène à Génépi, cité située aux confins nord de l’empire de La Dame. On y retrouve le médecin militaire Toubib, le narrateur, ainsi que les différents mercenaires qui composent la Compagnie noire. Cette fois-ci les intérêts de la Compagnie noire paraissent difficiles à préserver, tant l’affrontement mortel qui se tisse entre La Dame, ses Asservis et le Dominateur génère d’incertitudes. Le pire, pour les hommes de la Compagnie, c’est qu’en bons fantassins ils n’entendent rien à la magie noire des nécromanciens. De quoi pimenter encore un peu plus leur nouvelle mission suicide.

 

J’ai trouvé Le château noir encore plus passionnant que le premier opus, La Compagnie noire, tant le rythme narratif est élevé et truffé de rebondissements, tous plus bien amenés les uns que les autres. Le style de Glen Cook est vraiment singulier, car le récit correspond en fait strictement aux retranscriptions des événements effectuées par l’annaliste Toubib. Le style est donc militaire, sec, assez peu descriptif, des moins châtiés et souvent cru, ce qui pourra rebuter certains lecteurs. La vie de la Compagnie ne comporte qu’embuscades, rapines et mêlées meurtrières, et l’on apprend vite que les états d’âme sont à proscrire dans ce monde ravagé par la magie noire et des guerres endémiques. Ainsi parle Toubib : « Je ne crois pas au mal absolu. Je me suis déjà expliqué à ce sujet dans certains passages des annales, et d’une façon générale cette opinion transpire dans ma façon de rapporter toutes mes observations depuis que je suis le rédacteur en titre de ces chroniques. Je nous trouve comparable à l’ennemi, et je crois que les notions de bien et de mal sont déterminés par après les événements par ceux qui survivent. Il est bien rare de trouver parmi les hommes une incarnation de la bonté ou du mal. Lors de notre guerre contre les rebelles, il y a huit ou neuf ans,  nous avons lutté dans le camp réputé mauvais. (…) Au moins, les salauds dans cette affaire étaient francs du collier. » (p. 260-261). Le décor est planté. L’auteur offre ainsi au lecteur l’exploration d’un univers de « dark fantasy » des plus saisissants, qui m’a fait penser à une version noire du Wastburg de Cédric Ferrand. On observe le cours des évènements uniquement à travers les yeux de Toubib (narration à la première personne) ou de Shed l’aubergiste (narration à la troisième personne), en un va-et-vient équilibré qui dynamise incontestablement le récit.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 09:22

Éditions de la Gouttière, 2010


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Vingt-deux scénaristes et dessinateurs de bande-dessinée se sont réunis autour de cet ouvrage pour proposer quinze très courts récits évoquant la Première Guerre mondiale. L’exercice est ardu, car il n’est pas facile, en seulement cinq ou six pages, d’offrir au lecteur un propos pertinent. Globalement le pari est réussi, à l’exception de Collatéral, Les Moustaches et Le Quart, trois propositions qui ne font pas mouche. En ce qui concerne la douzaine d’autres récits, ils se distinguent par un à-propos de bon aloi. Certains se démarquent par une identité graphique à la fois talentueuse et puissante, à l’image de Rouge festin, dessiné par Norédine Allam, Fragments, par Jean-François Bruckner, ou encore Les assis, par Damien Cuvillier. Ces trois dessinateurs ont saisi au bout leur crayon la tragédie de la mort à grande échelle, tout en mêlant symbolisme et réalisme. D’autres histoires sortent du lot grâce à leur scénario ou leur chute. C’est notamment le cas de L’exemple, écrit par Régis Hautière, au final en forme de coup de poing, et  des Croix de bois de Dorgelès, par Greg Blondin, dont la simplicité évocatrice confine à la poésie. Chaque récit est introduit par une photo d’archive et une citation, reliant ainsi les dessins aux traces historiques. J’aimerais citer Sofia, qui en ouverture de son Innocence déclare fort justement : « Pour le stratège militaire, le soldat est une arme que l’on utilise sans état d’âme. Dans l’esprit du combattant, l’ennemi n’est que le représentant d’un groupe qu’il faut soumettre ou supprimer. Convaincre un peuple qu’un autre représente le mal absolu n’est possible que si chacun d’entre nous oublie que l’autre c’est aussi soi, unique et précieux. Si pour certains, dévastés par la vengeance et la colère, la guerre reste l’unique réponse possible, nous devons parier sur l’avenir et croire que nos enfants réussiront là où nous avons failli. » (p. 22)

 

Cicatrices de guerre(s) est un beau petit album, qui nous offre des regards vraiment originaux sur le conflit de 1914-1918. Qu’ils soient muets ou dialogués, ses récits sont autant de chemins de traverses menant à la boue et à la mémoire des champs de bataille.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 19:24

Éditions Pygmalion, 2012

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Six mois après la tant attendue parution de A Dance with Dragons, voilà que la traduction française débarque avec Patrick Marcel à la baguette, en remplacement de l’excellent Jean Sola. Enfin, je devrais plutôt parler du tiers de la version française, puisque les éditions Pygmalion poursuivent et signent dans leur fâcheuse habitude de morceler chaque tome original en trois tomes français. L’occasion  d’alléger un peu plus les portefeuilles des lecteurs de la sage du Trône de fer, avant même la publication des formats poches par J’ai Lu. Un véritable scandale éditorial, c’est le moins qu’on puisse dire !

 

Patrick Marcel s’en sort plutôt bien pour son premier gallop d’essai à la traduction, et c’est avec un plaisir immense que l’on retrouve certains protagonistes de la lutte pour le Trône de Fer, dont Tyrion Lannister, Danenerys Targaryen, Bran Stark, Jon Snow et Davos Mervault. Le Bûcher d’un roi ne sonne pas encore l’heure des combats, puisque l’on se retrouve ici en plein cœur des complots politiques et des intrigues diplomatiques qui fourmillent des deux côtés du détroit. En ce qui me concerne, Jon Snow et Davos sont les personnages que j’ai le plus de plaisir à côtoyer. Peut-être parce qu’ils sont quasiment les seuls à incarner l’honneur et la loyauté dans un paysage fantastico-médiéval ravagé par la violence, les haines ancestrales et les cabales en tous genres. G. R. R. Martin peint en outre avec son habituel talent les différentes contrées que traversent nos protagonistes. Les frimas qui désolent les marches du nord du royaume de Westeros nous ramènent auprès de la Garde de Nuit et des rares frères noirs restants pour garder le Mur. Les dilemmes auxquels se voit confronté Jon Snow, le nouveau Lord Commandant, laissent présager les jours les plus noirs et les plus sanglants.

 

Cinq ans après Un festin pour les corbeaux, G. R. R. Martin signe un retour fracassant qui le place définitivement parmi les plus grands maîtres scénaristes de la fantasy, à l’instar de J. R. R Tolkien ou Robin Hobb. La saga du Trône de Fer transporte ses lecteurs dans un univers complexe et extrêmement immersif ; à lire et relire, sans aucune modération.

 

 


Par Matthieu Roger

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Recherche

Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite