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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 17:27

Bimensuel édité par Mondadori France

 

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Pour son sixième numéro, le magazine Guerres & Histoire nous propose un dossier extrêmement complet sur l’histoire, le fonctionnement et le commandement de la légion romaine. Cet outil militaire formidable permit en effet aux troupes de la République puis de l’Empire d’étendre leur hégémonie durant plusieurs siècles autour du monde méditerranéen. Ce dossier permet d’appréhender l’atout tactique inestimable que constituèrent les légions face à leurs ennemis antiques. Même si certaines de leurs défaites sont passées à la postérité, telles Cannes (216 av. J.-C.), Carrhes (53 av. J-C.) ou encore Teutobourg (9 ap. J.-C.), la longévité de leur emploi détonne dans l’histoire militaire. La force des légions romaines  vient de leur extrême discipline, inédite à l’époque. Organisées en centuries (100 hommes), manipules (200 hommes) et cohortes (600 hommes), les légions, théoriquement fortes de 6000 soldats (légionnaires, auxiliaires et cavaliers) se distinguent également par leur capacités manœuvrières sur le champ de bataille. L’enquête de Guerres & Histoire s’emploie avec succès à démêler le vrai du faux au sujet de cette formation militaire révolutionnaire qui mit fin au règne de la phalange.

 

Je conseille également la lecture de l’article Les canons du sultan sonnent le glas de Constantinople, qui narre le siège de la capitale de l’empire byzantin par les troupes sultan Mehmet II. Cet épisode constitue en fait un épisode charnière de l’histoire militaire, puisqu’il scella en 1453 la supériorité de l’artillerie sur les fortifications. Mehmet II bénéficia pour ce siège de l’aide d’un ingénieur hongrois quoi inventa des canons dont la portée et le diamètre n’avaient aucune commune mesure avec ceux des bombardes jusqu’alors utilisées. À souligner également l’article d’Antoine Reverchon intitulé Guerre de 70 : la France n’était pas battue d’avance, qui montre qu’en 1870 les troupes françaises, avec un haut commandement à la hauteur, auraient pu fournir une opposition de toute envergure aux Prussiens.

 


 

 

Par Matthieu ROGER

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 18:27

Éditions Perrin, 2010

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Thierry Sarmant est issu de l’École nationale des chartes où il a obtenu le diplôme d'archiviste paléographe en 1993. Docteur en histoire et conservateur au Musée Carnavalet, il s’est notamment penché sur la figure de Louvois, auquel il a consacré plusieurs études. Mathieu Stoll est également un ancien élève de l'École nationale des chartes. Il est docteur en histoire et conservateur à la bibliothèque de la Sorbonne.

 

Régner et gouverner – Louis XIV et ses ministres étudie les relations entre Louis XIV et ses ministres. On y apprend comment s'effectue l'exercice du pouvoir dans ce gouvernement, au travers de Conseils et de leur organisation. Les Conseils désignent un ensemble d'organes collégiaux, institutionnalisés et permanents, chargés de préparer les décisions du roi et de guider son avis. Le Conseil se spécialise en formations différentes selon la nature des affaires à traiter. Les Conseils de gouvernement (Conseil d’en-Haut, Conseil royal des finances et Conseil des dépêches, qui se tiennent au Cabinet du roi) diffèrent des Conseils de justice ou d’administration (qui sont chargés des affaires contentieuses et présidés par le chancelier de France). Le roi ne se rendait jamais à ces derniers, mais tous les arrêts qui en émanaient étaient réputés provenir de sa personne. On disait d'ailleurs du chancelier qu'il était « la bouche du roi ». Les auteurs montrent bien dans quelle mesure les Conseils de gouvernement sont le lieu secret de la circulation de l’information, des nominations, des délibérations. Le rythme hebdomadaire de ces Conseils cadence le travail des ministres et des secrétariats. De fait, le travail du roi est multiple, puisqu’il comprend de larges consultations, la réunion des conseils, des entretiens en tête-à-tête, des séances de travail sur dossiers. Après 1691 le Conseil du roi conserve une place centrale, mais le secrétaire d’État de la guerre n’y siégeant plus, le roi prend des décisions militaires en dehors du Conseil, dans le cadre informel de discussions en tête-à-tête ou via correspondances avec ses généraux. Il devient alors pleinement le chef de ses armées. En revanche, les Affaires étrangères comme les Finances restent débattues en Conseil.

 

Cet ouvrage permet de mieux connaître l'importance que revêtirent les Conseils dans le cadre des relations entre Louis XIV et ses ministres, puisque le roi tient chaque jour conseil. Y sont exposés l'agencement de la structure politique sous Louis XIV, de même que les composition et fonctionnements spécifiques des différents Conseils.  Même si Louis XIV ne gouverne pas seul, il reste in fine l’arbitre de toute décision. Il est alors son propre premier ministre pris dans la gestion quotidienne d’une multitude d’affaires.

 

 


Par Pierre Roger

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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 16:35

Éditions Akileos, 2012

cover Ritter Germania

 


 

Après Block 109, Étoile Rouge, Opération Soleil de Plomb et New York 1947, le duo formé par Ronan Toulhoat (dessin) et Vincent Brugeas (scénario) fait une nouvelle fois mouche. Et de la plus belle des manières puisque ce nouvel album nous offre selon moi leur dessin le plus abouti. Sans oublier le choix de la palette des coloris, tout à fait appropriée à ce récit policier nous plongeant en pleine Allemagne nazie. Le récit est alerte, prenant, et se voit dynamisé par un montage visuel qui n’hésite pas à morceler et juxtaposer les cases, rendant certains plans-séquences digne des meilleures scènes d’action cinématographiques.

 

La recette uchronique est toujours la même. On retrouve dans Ritter Germania les personnages de Goebbels et Heydrich confrontés à la sédition de Ritter Germania, ancien soldat d’élite reconverti comme acteur pour les besoins de la propagande. Cette chasse à l’homme dans Berlin se double d’une intrigue politique des plus fourbes entre les différents hommes fort du régime fasciste. Sans dévoiler aucunement la chute finale, sachez juste qu’aucun protagoniste n’est à l’abri d’un coup bas politique. De quoi alimenter la réflexion sur cette métaphore d’un régime pris dans l’engrenage de la suspicion, de la vengeance et des compromissions en tous genres, mise en abyme par l’imagerie propagandiste. Un seul regret : cet album, à l’instar de ses prédécesseurs, se lit beaucoup trop vite. J’en viendrai presque à espérer la sortie d’un nouvel opus plus conséquent en termes de pagination, où le talent de Ronan Toulhoat pourrait s’exprimer sur de magnifiques pleines ou doubles pages. Il est parfois bon de rêver…

 

 


Par Matthieu Roger

 


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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 12:27

Mensuel édité par la SA Le Monde Diplomatique

 

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Une nouvelle fois Le Monde Diplomatique fait mouche, à l’heure où tout et son contraire sont entendus dans les médias dans le cadre de l’élection présidentielle. Dans L’audace ou l’enlisement, Serge Halimi revient sur les enjeux économiques de l’élection française. Comme il le dit avec justesse, « la subordination des cercles dirigeants français à une droite allemande de plus en plus arrogante, attachée à son credo d’une « démocratie conforme au marché », érode la souveraineté populaire. La levée de cette hypothèque est au cœur du scrutin en cours. » Annoncée par François Hollande, la renégociation des traités cadres européens apparaît dès lors comme une condition sine qua non. Sauf que la plupart des gouvernements européens ne l’entendront pas de cette oreille. La gauche saura-t-elle alors aller au combat ? La question est posée. Revenant également sur les élections présidentielles françaises, Éric Dupin pointe du doigt les Acrobaties doctrinales au Front national. N’hésitant pas à instrumentaliser dans son discours des auteurs peu à même de cautionner l’extrême-droite, Marine Le Pen a fait de la critique du libre-échange économique et de l’immigration ses deux chevaux de bataille. Ce qui ne l’empêche pas de viser toujours et encore de nouveaux électorats, à l’image des enseignants. Au-delà de du score élevé recueillie par la figure de proue frontiste ce 22 avril 2012, n’oublions pas que ses positionnements racoleurs signifient purement et simplement « aucun partage des richesses ». Hautement amoral et idéologiquement dangereux.

 

On trouve nombre d’autres articles tout aussi intéressants dans ce numéro d’avril. En ce qui concerne le volet géopolitique, Alain Gresh revient sur l’Onde de choc syrienne. Dans la lignée – directe ou indirecte – des printemps arabes, les troubles qui agitent actuellement la Jordanie, Le Bahreïn et de manière bien plus dramatique la Syrie sont symptomatiques d’un affaiblissement des États, phénomène à mettre en parallèle du rôle croissant des milices au sein des joutes nationales (Irak, Kurdistan, Afghanistan, Liban, Palestine). Quoi qu’il en soit, nul ne connaît pour l’instant de quelle manière se soldera la lutte engagée par le peuple syrien pour une vie plus libre et démocratique. Si une nouvelle intervention étrangère reste pour l’instant hautement improbable, car susceptible d’attiser les tensions régionales, se profilent alors les hypothèses  inquiétantes d’affrontements interconfessionnels généralisés ou d’un écrasement encore plus sanglant des mouvements revendicatifs par l’armée. Une recrudescence de violence qui en  ce moment touche également le Sahel, conséquence de la guerre en Lybie et de la guerre civile à l’œuvre au Mali. Un état de fait clairement exposé dans l’excellent article de Philipe Leymarie Comment le Sahel est devenue une poudrière. Bonne lecture diplomatique à tous.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 09:26

Éditions J’ai Lu, 2005

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Ce deuxième tome des Annales de la Compagnie noire nous emmène à Génépi, cité située aux confins nord de l’empire de La Dame. On y retrouve le médecin militaire Toubib, le narrateur, ainsi que les différents mercenaires qui composent la Compagnie noire. Cette fois-ci les intérêts de la Compagnie noire paraissent difficiles à préserver, tant l’affrontement mortel qui se tisse entre La Dame, ses Asservis et le Dominateur génère d’incertitudes. Le pire, pour les hommes de la Compagnie, c’est qu’en bons fantassins ils n’entendent rien à la magie noire des nécromanciens. De quoi pimenter encore un peu plus leur nouvelle mission suicide.

 

J’ai trouvé Le château noir encore plus passionnant que le premier opus, La Compagnie noire, tant le rythme narratif est élevé et truffé de rebondissements, tous plus bien amenés les uns que les autres. Le style de Glen Cook est vraiment singulier, car le récit correspond en fait strictement aux retranscriptions des événements effectuées par l’annaliste Toubib. Le style est donc militaire, sec, assez peu descriptif, des moins châtiés et souvent cru, ce qui pourra rebuter certains lecteurs. La vie de la Compagnie ne comporte qu’embuscades, rapines et mêlées meurtrières, et l’on apprend vite que les états d’âme sont à proscrire dans ce monde ravagé par la magie noire et des guerres endémiques. Ainsi parle Toubib : « Je ne crois pas au mal absolu. Je me suis déjà expliqué à ce sujet dans certains passages des annales, et d’une façon générale cette opinion transpire dans ma façon de rapporter toutes mes observations depuis que je suis le rédacteur en titre de ces chroniques. Je nous trouve comparable à l’ennemi, et je crois que les notions de bien et de mal sont déterminés par après les événements par ceux qui survivent. Il est bien rare de trouver parmi les hommes une incarnation de la bonté ou du mal. Lors de notre guerre contre les rebelles, il y a huit ou neuf ans,  nous avons lutté dans le camp réputé mauvais. (…) Au moins, les salauds dans cette affaire étaient francs du collier. » (p. 260-261). Le décor est planté. L’auteur offre ainsi au lecteur l’exploration d’un univers de « dark fantasy » des plus saisissants, qui m’a fait penser à une version noire du Wastburg de Cédric Ferrand. On observe le cours des évènements uniquement à travers les yeux de Toubib (narration à la première personne) ou de Shed l’aubergiste (narration à la troisième personne), en un va-et-vient équilibré qui dynamise incontestablement le récit.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 09:22

Éditions de la Gouttière, 2010


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Vingt-deux scénaristes et dessinateurs de bande-dessinée se sont réunis autour de cet ouvrage pour proposer quinze très courts récits évoquant la Première Guerre mondiale. L’exercice est ardu, car il n’est pas facile, en seulement cinq ou six pages, d’offrir au lecteur un propos pertinent. Globalement le pari est réussi, à l’exception de Collatéral, Les Moustaches et Le Quart, trois propositions qui ne font pas mouche. En ce qui concerne la douzaine d’autres récits, ils se distinguent par un à-propos de bon aloi. Certains se démarquent par une identité graphique à la fois talentueuse et puissante, à l’image de Rouge festin, dessiné par Norédine Allam, Fragments, par Jean-François Bruckner, ou encore Les assis, par Damien Cuvillier. Ces trois dessinateurs ont saisi au bout leur crayon la tragédie de la mort à grande échelle, tout en mêlant symbolisme et réalisme. D’autres histoires sortent du lot grâce à leur scénario ou leur chute. C’est notamment le cas de L’exemple, écrit par Régis Hautière, au final en forme de coup de poing, et  des Croix de bois de Dorgelès, par Greg Blondin, dont la simplicité évocatrice confine à la poésie. Chaque récit est introduit par une photo d’archive et une citation, reliant ainsi les dessins aux traces historiques. J’aimerais citer Sofia, qui en ouverture de son Innocence déclare fort justement : « Pour le stratège militaire, le soldat est une arme que l’on utilise sans état d’âme. Dans l’esprit du combattant, l’ennemi n’est que le représentant d’un groupe qu’il faut soumettre ou supprimer. Convaincre un peuple qu’un autre représente le mal absolu n’est possible que si chacun d’entre nous oublie que l’autre c’est aussi soi, unique et précieux. Si pour certains, dévastés par la vengeance et la colère, la guerre reste l’unique réponse possible, nous devons parier sur l’avenir et croire que nos enfants réussiront là où nous avons failli. » (p. 22)

 

Cicatrices de guerre(s) est un beau petit album, qui nous offre des regards vraiment originaux sur le conflit de 1914-1918. Qu’ils soient muets ou dialogués, ses récits sont autant de chemins de traverses menant à la boue et à la mémoire des champs de bataille.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 19:24

Éditions Pygmalion, 2012

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Six mois après la tant attendue parution de A Dance with Dragons, voilà que la traduction française débarque avec Patrick Marcel à la baguette, en remplacement de l’excellent Jean Sola. Enfin, je devrais plutôt parler du tiers de la version française, puisque les éditions Pygmalion poursuivent et signent dans leur fâcheuse habitude de morceler chaque tome original en trois tomes français. L’occasion  d’alléger un peu plus les portefeuilles des lecteurs de la sage du Trône de fer, avant même la publication des formats poches par J’ai Lu. Un véritable scandale éditorial, c’est le moins qu’on puisse dire !

 

Patrick Marcel s’en sort plutôt bien pour son premier gallop d’essai à la traduction, et c’est avec un plaisir immense que l’on retrouve certains protagonistes de la lutte pour le Trône de Fer, dont Tyrion Lannister, Danenerys Targaryen, Bran Stark, Jon Snow et Davos Mervault. Le Bûcher d’un roi ne sonne pas encore l’heure des combats, puisque l’on se retrouve ici en plein cœur des complots politiques et des intrigues diplomatiques qui fourmillent des deux côtés du détroit. En ce qui me concerne, Jon Snow et Davos sont les personnages que j’ai le plus de plaisir à côtoyer. Peut-être parce qu’ils sont quasiment les seuls à incarner l’honneur et la loyauté dans un paysage fantastico-médiéval ravagé par la violence, les haines ancestrales et les cabales en tous genres. G. R. R. Martin peint en outre avec son habituel talent les différentes contrées que traversent nos protagonistes. Les frimas qui désolent les marches du nord du royaume de Westeros nous ramènent auprès de la Garde de Nuit et des rares frères noirs restants pour garder le Mur. Les dilemmes auxquels se voit confronté Jon Snow, le nouveau Lord Commandant, laissent présager les jours les plus noirs et les plus sanglants.

 

Cinq ans après Un festin pour les corbeaux, G. R. R. Martin signe un retour fracassant qui le place définitivement parmi les plus grands maîtres scénaristes de la fantasy, à l’instar de J. R. R Tolkien ou Robin Hobb. La saga du Trône de Fer transporte ses lecteurs dans un univers complexe et extrêmement immersif ; à lire et relire, sans aucune modération.

 

 


Par Matthieu Roger

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 08:59

Hors-série réédité par Science & Vie et Guerres & Histoire

 

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À l’occasion du cinquantième anniversaire des accords d’Évian, les magazines Science & Vie et Guerres & Histoire se sont associés pour rééditer ce numéro hors-série déjà paru en 2004. Comme l’énonce avec justesse Jean Lopez dans son avant-propos, le « présent des relations entre la France et l’Algérie est impossible à comprendre sans connaître l’histoire de ces années 1954-1962 ». D’où l’importance d’un éclairage à la fois synthétique et objectif sur cette tragique période, remplie de troubles et de passions. Pour ce faire, ce hors-série présente six grandes parties thématiques, dont les articles sont autant de focus analytiques :


- les « 2800 jours de guerres » proprement dits, avec un portfolio étonnant et une chronologie assez complète

- « la révolte vient de loin », qui revient sur les différences entre population musulmane et population pied-noir

- « les opérations militaires » et leurs dimensions tactiques et opérationnelles

- la « double guerre civile », qui plaça la population au cœur des violentes exactions du FLN (Front de Libération Nationale) et de l’OAS (Organisation Armée Secrète)

- le rôle stratégique du Sahara, ce « far-west français » aux multiples intérêts économiques

- la dimension mémorielle du conflit, que ce soit envers les harkis, les pieds-noirs ou encore les victimes des tortures perpétrées par les deux camps.

 

De par la diversité des sujets abordés, Algérie 1954-62 : la dernière guerre des Français constitue une très bonne introduction pour qui voudrait aborder la guerre franco-algérienne. Elle met en effet en parallèle la défaite politique de la France, qui ne comprit pas assez vite la nature inaliénable des revendications nationalistes algériennes, avec sa victoire militaire sur le terrain – en 1962 les troupes du FLN étaient soit vaincues soit retranchées derrières les frontières marocaine et tunisienne. Une victoire militaire longue à se dessiner, et pour l’obtention de laquelle tous les coups furent permis. L’article du journaliste Stéphane Lutz-Sorg « Coups tordus à la française » nous le rappelle, qui montre bien que la manipulation, l’infiltration, l’intox et l’assassinat furent le pain quotidien des unités de contre-insurrection dépêchées dans ce qui constituait encore à l’époque un département de la république française.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 00:53

Coédition (mouvement)SKITe – sens&tonka, 2004


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Les Visibles manifestes constituent le second opus de la collection d’essais documentaires Culture Publique. Après un premier volume consacré à L’Imagination au pouvoir, ces nouveaux morceaux choisis invitent le lecteur à retraverser la mémoire encore agissante de la politique culturelle contemporaine. Ils reviennent notamment sur la politique des grands travaux architecturaux qui émailla la période mitterrandienne (Grand Louvre, Bibliothèque Nationale de France, Opéra Bastille, etc.). Au-delà de ces érections monumentales, l’encouragement durant les années 1980 des œuvres d’art publiques pose la question d’un vitalisme culturel retrouvé. Entre rupture et perpétuation d’un « État-spectacle », autour des figures tutélaires de François Mitterrand et Jack Lang, les diverses contributions recueillies dans cet ouvrage interrogent la part visible du volontarisme politique. Telles les parties immergées des coulisses élyséennes, les lettres échangées entre le ministre de la culture et son président montrent la nécessité de l’arbitraire lorsque les enjeux culturels sont d’envergure nationale. Les Visibles manifestes permettent alors de mieux comprendre les tenants et aboutissants des choix effectués  à l’heure du 1 % culturel.

 

Au milieu d’une trentaine d’analyses dont celles Jean-Marc Adolphe, Patrick Bouchain ou encore Dominique Perrault, la perspective que nous livre le sociologue Jean Viard sur l’état de la culture en France s’avère selon moi des plus pertinentes. Je cite : « La culture a historiquement accompagné l’idée de conquête, s’associant aux découvertes, mais aussi à la domination, à l’aliénation, le tout sous l’égide de figures emblématiques. (…) Comment passe-t-on d’un monde de la conquête à un monde de l’habité ? Comment sait-on le rendre désirable ? Actuellement, on en a plutôt peur. Certes, depuis trente ans, nous nous sommes énormément ouvertes à la circulation des biens matériels. (…) Mais la France est un pays qui n’a connu que très tardivement une curiosité à l’égard de la culture des autres, car elle a toujours eu une vision missionnaire de son rôle. Nous sommes donc dans une période où nous nous rendons compte que les autres font œuvre, ce qui n’est déjà pas si mal. Mais qu’avons-nous à dire de ce monde qui naît ? » Encore faudrait-il que « le faire œuvre » dont parle Jean Viard fasse sens. Un défi auquel se doit de se confronter toute politique culturelle digne de ce nom.

 

 


Par Matthieu Roger

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 00:28

Éditions Larousse, 2011

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Je ne sais pas si, à, l’instar de ce qu’annonce le titre, Les Thermopyles peuvent être considérés comme la plus célèbre bataille de l’antiquité. Mais ce dont on peut être sûr, c’est que rarement dans une bataille la gloire des vaincus n’aura autant éclipsé celle des vainqueurs. Face aux armées gigantesques de l’empereur perse Xerxès venues mettre au pas la Grèce, fortes d’environ 300.000 hommes, 7.000 Grecs, dont les 300 soldats d’élites du roi spartiate Léonidas, vont tenir durant trois jours l’étroit défilé des Thermopyles (-480 av. J.-C.). Cet affrontement des plus sanglants et des plus inégaux, porté à l’écran de manière spectaculaire par Zack Snyder en 2006 dans son film 300, était en fait une mission suicide qui permit de retarder l’invasion de l’Attique et eut lieu au même moment que la bataille navale de l’Artémision (défaite perse).

 

Les Thermopyles – La plus célèbre bataillede l’Antiquité se lit comme un roman. S’appuyant essentiellement sur les travaux de Peter Green (Les guerres médiques, 2008) et de Michell Humphrey (Sparte, 2009), l’historien Luc Mary emploie un style très narratif qui fait mouche. La bataille des Thermopyles en elle-même ne représente que trois des onze chapitres de ce livre. Car loin de rester circonscrit au récit du brillant exploit tactique des Péloponnésiens, l’ouvrage narre l’ensemble des deux guerres médiques ainsi que la guerre du Péloponnèse. C’est donc une véritable synthèse des guerres du Ve siècle avant notre ère que nous propose ici l’auteur. Ce dernier, afin d’affiner son analyse de l’art de la guerre de Sparte, consacre toute sa première partie au mode de fonctionnement militaro-culturel de la capitale lacédémonienne. Appréhender Sparte en tant que « cité de la guerre » s’avère en effet être la seule manière valable pour comprendre à quel point la couardise au combat était chez le guerrier spartiate plus redouté que la mort elle-même. Se montrait-il peu courageux au combat qu’un Spartiate pouvait être déchu de sa citoyenneté, rejeté de la communauté et frappé par l’atimia, un décret spécial de disgrâce. Littéralement conditionnés à l’exercice de la guerre, réputés invincibles, les soldats à la cape rouge de Sparte, secondés avec bravoure par les Thespiens et les Thébains, montrèrent aux Thermopyles la quintessence de la discipline militaire. Un haut fait d’armes que Luc Méry replace de manière passionnante au cœur du jeu diplomatique des guerres hellènes.

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite