Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 19:30

Presses universitaires de France, 2011

cover-Ou-va-l-Amerique-d--Obama.jpg

 

 

Où va l’Amérique d’Obama ? D’entrée la question est posée, même si la figure du président américain n’apparaît que très rarement au fil des pages. Dans son introduction, le parfois contestable Alexandre Adler convoque les leçons de l’histoire et tente d’en tirer les scénarios les plus plausibles. Ce panorama géostratégique global, appréhendant concrètement les défis auxquels sont aujourd’hui confrontés les États-Unis, part du postulat que la poursuite du leadership américain doit partir de l’intérieur, via une nouvelle refonte de l’économie nationale – ceci est également la thèse d’Hervé de Carmoy. Non que le combat contre l’islamisme international ou la compétition envers les puissances émergentes soient quantités négligeables, mais seules une nouvelle « flexibilité tactique » et une nouvelle « vision globale du monde » permettront d’articuler efficacement l’économie américaine à une diplomatie moins agressive, peut-être plus pragmatique.

  

Afin de sonder les diverses pistes de développement possibles, Hervé de Carmoy interroge tour à tour, dans ce qui constitue le cœur de ce livre, les mutations démographiques, l’état du secteur financier, le potentiel d’innovation, la politique étrangère, et la force militaire des États-Unis. Cinq champs d’étude qui font apparaître la véritable problématique à laquelle s’attaque l’auteur, celle de la capacité des Américains à maintenir leur suprématie internationale. Hervé de Carmoy, qui fut en poste dans certaines des plus grandes banques mondiales, accorde donc logiquement beaucoup d’importance à la question économique. Il en dégage l’impératif d’un nouveau partenariat entre secteur public et secteur privé, ce qui n’est pas sans aller à l’encontre du sacro-saint ultralibéralisme républicain. Mais ce sont les deux derniers chapitres d’Où va l’Amérique d’Obama ? qui m’ont le plus intéressé. Ceux-ci montrent une espèce de continuité évidente entre les années Roosevelt et l’époque actuelle, laquelle, comme je l’ai déjà évoqué, passe par la fondation d’un nouveau pacte économique national. C’est à ce prix que les États-Unis seront en mesure de maintenir leur primat technologique et d’intégrer une nouvelle approche « logicielle » de leur supériorité. Car aujourd’hui plus que jamais, il leur faut « détecter, comprendre, réagir plus vite que tout adversaire, et ce de manière si démonstrative  qu’il devienne décourageant pour quelque adversaire que ce soit de s’y frotter » (p. 165). Hervé de Carmoy précise ainsi les quatre axes qui forment le socle de la nouvelle politique étrangère américaine : le réalisme, l’impératif de sécurité, la puissance économique, et ce qu’il appelle « l’option de la paix ». Et que ce soit face à l’ennemi ou à n’importe quel concurrent économique, l’Amérique ne suivra à coup  sûr qu’une seule voie : celle, supposée, de ses propres intérêts.

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Relations internationales
commenter cet article
24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 17:16

 

Éditions Privat, 1992

cover-fin-du-monde.jpg

 

 

 

Le colloque dont sont tirés ces actes a pour thème les visionnaires et prophètes dans l’histoire religieuse du Languedoc, de la fin du XIIIe siècle jusqu’au début du XV esiècle. Cette période recouvre la perception d’un âge sombre et noir marqué par la peste, la famine ou encore les guerres, qui lui vaudront d’ailleurs l’expression de période des « terreurs de l’an Mille ». Les malheurs de ce temps provoquent l’obsession d’une approche de la fin du monde, à savoir : comment se présentera la fin ? Dans ce contexte tragique, certaines personnes affirment délivrer de la part de Dieu des messages que l’on désigne sous les termes de visions eschatologiques, c’est-à-dire un ensemble de doctrine relatives à la destinée humaine et à la fin du monde. L’enjeu est double puisqu’il s’agit également de « ramener les foules à l’écoute de la parole de Dieu » (p. 30), comme le démontre Raoul Manselli dans ses recherches sur l’eschatologie. Ces visions sont donc employées comme un remède aux vices de l’époque.

 

Si les uns furent plutôt des visionnaires (frère Roger, Arnaud de Villeneuve, frère Robert d’Uzès, etc.), d’autres privilégient la prophétie qui se définit comme l’art d’interpréter les textes prophétiques (l’abbé cistercien Joachim de Flore par exemple). La base du système prophétique médiéval est constituée d’oracles : le prophète n’est pas celui qui délivre une parole inspirée mais il est « l’interprète d’une parole antérieure transmise par la tradition » dixit Jean de Roquetaillade. Certains prophètes s’imposent donc comme de véritables « exégètes », c’est-à-dire des spécialistes sur l’interprétation d’un texte.

Peu à peu, la fonction prophétique est employée de diverses manières tantôt à des fins politiques, tantôt à des fins propagandistes. Colette Beaune s’emploie à montrer la manière dont la prophétie est employée de sorte à imprégner l’imaginaire populaire (p. 237).

Avec le Grand schisme d’Occident, au tournant des XIVe et XV e  siècles (1378 - 1417), apparaît un nouvel outil en terme de vision au travers de la pratique astrologique. L’astrologie s'appréhende comme « une science du ciel » (p. 259), en totale rupture avec les littératures prophétiques. Au XIVe siècle, le Pape Clément VI use fréquemment des jugements astrologiques pour prévoir l’avenir lié à la chrétienté face à la menace musulmane. Cette tradition à la coutume astrologique des Papes d’Avignon se perpétue, comme en témoigne le De excellentia spiritualis imperii d’Opicinus.

Les révélations et les prophéties constituent un phénomène massif du XIIIe au XV e  siècle. Les visionnaires et les prophètes font office de témoins des « sensibilités, espoirs et peurs de leur temps » (p. 352). Ils cherchent en quelque sorte à enrayer les catastrophes, en prévoyant l’avenir, en le maîtrisant, et si possible en l’orientant. Avec l’apparition du phénomène astrologique la prophétie est employée au service des causes les plus diverses : dans des affaires politico-religieuses, pour flatter les intérêts d’un prince, en tant que propagande, etc. On s’éloigne alors de la fonction spirituelle des visions eschatologiques et des prophéties qui avaient pour but d’annoncer le retour glorieux du Christ.

 

Les visions et les prophéties sont la traduction d’une angoisse face aux multiples malheurs frappant le Bas Moyen Âge. Toutefois celle-ci rompt avec la notion de temporalité historique, elle entend prévoir et maîtriser l'avenir. Dès lors, l’utilisation des signes devient clairement un outil tant à caractère politique que religieux, dans le but de promettre un monde meilleur.

 

Notons que la liste des sources utilisées par les différents historiens et auteurs de ce colloque s'avère particulièrement exhaustive, au point de ne pouvoir toutes les mentionner et de ne citer que les plus pertinentes.

 

 

Par Pierre Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire
commenter cet article
17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 21:34

Mensuel édité par la SA Le Monde diplomatique


le-monde-diplo.jpg

 

Autant le déclarer d’entrée : Le Monde diplo’ est mon journal favori. Espèce d’OVNI au sein du paysage journalistique français, il est l’un des derniers gages d’une presse indépendante de qualité. Dans L’emprise du journalisme, Bourdieu soulignait déjà le fait qu’en France, seuls Le Monde diplomatique et Le Canard enchainé pouvaient se prévaloir d’une complète indépendance envers la publicité. Une politique éditoriale qui a son prix, comme le rappelle le directeur de la publication Serge Halimi dans son édito (p. 2). De tendance altermondialiste, mais jamais partisan dans son approche des faits, Le Monde diplomatique offre depuis plusieurs décennies des articles analytiques développés, d’une ou deux pages, qui font sens dans un monde aux constantes mutations. Grâce aux bibliographies indicatives situées en fin d’articles, le lecteur peut, s’il le désire, approfondir les pistes de réflexion lancées par les journalistes. À l’instar des Lectures d’Arès, Le Monde diplomatique propose également des chroniques littéraires, mais uniquement sur les ouvrages récemment publiés. D’une manière générale, l’approche socio-économique dont se réclame ce journal permet des mises en perspectives à la fois singulières et pertinentes. Chaque début de mois est ainsi l’occasion de revenir sur les grands enjeux internationaux qui définissent notre tumultueuse et inégalitaire contemporanéité. Et pour un prix-numéro à seulement 4,90 euros, on peut dire que le jeu en vaut la chandelle.

 

Dans ce numéro d’octobre, trois articles ont particulièrement retenu mon attention. Le premier d’entre eux traite des opérations militaires que le gouvernement indien entreprend contre la guérilla naxalite au Jharkhand et dans le Chhattisgarh (p. 4-5). L’occasion de revenir sur ce qui relie l’intelligentsia intellectuelle indienne à la pensée révolutionnaire maoïste. Le second article, intitulé « Demain l’État palestinien, toujours demain » (p. 6-7), écrit par Alain Gresh, offre une synthèse passionnante de la question étatique palestinienne. Alain Gresh y explique pourquoi le changement de stratégie des leaders palestiniens en faveur de la voie diplomatique n’a toujours pas porté ses fruits. Enfin, Jean-Marie Harribey interroge dans « Sortir la crise, par où commencer ? » (p. 18-19) le concept de démondialisation à l’aune des principes de souveraineté et de coopération. Il montre l’intérêt d’une troisième voie altermondialiste, seule capable selon lui « de désigner les véritables cibles à atteindre, d’esquisser une bifurcation socio-écologique, des sociétés et de construire pas à pas une véritable coopération internationale ». Mais ce focus personnel est bien évidemment lacunaire, puisque ce numéro n° 691 se penche aussi sur Twitter, la nouvelle Tunisie, le nucléaire français, la politique d’Obama, l’industrie militaire russe, la Grèce face aux dette, etc., et offre un supplément très intéressant de quatre pages sur la démocratie participative,

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Relations internationales
commenter cet article
4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 08:26

Éditions Phébus, 2008

cover-l-inde.jpg

 

 

Pendant toute sa vie (1850-1923), le capitaine de navire Pierre Loti, de son vrai nom Julien Viaud, a sillonné les mers et terres lointaines, en Inde, à Tahiti, en Turquie, au Sénégal... Une passion du voyage qui n’aura d’égale que sa soif d’écrire et de retranscrire, lui permettant d’être élu à l’Académie française en 1891. L’Inde (sans les Anglais) relate son voyage entrepris de décembre 1899 à mars 1900 à travers toute la péninsule indienne. À cheval sur deux siècles, il nous offre ainsi un regard inédit sur l’Inde brahmanique d’autrefois.

 

Pierre Loti possède un style d’écriture chatoyant, et offre ici un très beau récit de voyages, rempli de lyrisme et de couleurs. J’en veux pour preuve cette peinture toute en nuances d’un crépuscule maritime : « L’horizon, rouge à la base, puis violet, puis vert, puis couleur d’acier, couleur de paon, est nuancé par bandes comme un arc-en-ciel. Les étoiles brillent tellement qu’on les dirait ce soir rapprochées de la terre et, du point où s’est couché le soleil, partent encore de grandes gerbes de rayons, très nets, très accusés, qui traversent toute la voûte immense, comme des zodiaques roses tracés dans une sphère bleu sombre. » (p.26). Mahé des Indes et L’Inde (sans les Anglais) fourmillent de panoramas spectaculaires, de recoins inexplorés et de rencontres surprenantes. Lecteurs allergiques aux longues et riches descriptions s’abstenir… Cet ouvrage nous transporte dans une atmosphère des plus dépaysantes, au cœur d’une Inde aux contrastes extraordinairement prononcés. Les miséreux et les indigents y côtoient les palais les plus luxueux, la luxuriance des forêts vierges tranche sur le rouge sang des tapis poussiéreux des régions désertiques. Pierre Loti remémore le charme suranné des anciennes colonies françaises. Il découvre d’antiques cités en ruines et visite à la lueur des bougies des temples sombres et insoupçonnés, creusés il y a de cela des siècles au cœur de roches ancestrales. Il s’enfonce peu à peu au sein d’une contrée régie par une religiosité omniprésente. L’Inde de 1900 ressemble de fait à une juxtaposition d’étranges cartes postales : cortèges de noce, brasiers funéraires, fakirs, temples interdits, kiosques chamarrés, femmes aux voiles arcs-en-ciel, marchands affairés, horreurs cadavériques, animaux sacrés et essences tropicales se bousculent et forment un tout indicible. Arrivé sur l’île de Ceylan en quête d’une nouvelle spiritualité, l’auteur clôt quatre mois de voyages initiatiques avec regrets, mais sans nouvelle certitude.

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Géographie
commenter cet article
28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 19:03

Trimestriel édité par Mondadori France


COVER-guerre-et-histoire-3.jpg

 

 

Guerres & Histoire fait une nouvelle fois dans l’éclectisme, quasiment toutes les périodes de l’histoire étant abordées dans ce nouveau numéro. C’est avec un profond intérêt que l’on se replonge dans le déroulement de l’antique bataille de Zama, dans les guerres du Japon féodal, sur les pontons de la Bérézina ou au cœur des opérations aéroportées de la Seconde Guerre mondiale. Dans ce trimestriel de septembre, trois articles ont tout particulièrement retenu mon attention. Le premier est un photo-reportage sur la bataille de Falloujah, qui donne un autre regard sur la guerre en milieu urbain. Les quelques photos publiées ont été prises en novembre 2004 par les photographes Jérôme Sessini et Franco Pagetti, lorsqu’ils suivirent une unité de marines chargée de nettoyer la ville irakienne. La tension des soldats américains paraît palpable sur ces clichés : le danger peut venir de n’importe quel toit ou fenêtre, les trois mille combattants sunnites ayant transformé la ville en un véritable coupe-gorge. J’ai également beaucoup apprécié l’article revenant sur la prise du port de Rio par le corsaire français Duguay-Trouin (septembre 1711), qui a le mérite de revenir sur un fait méconnu de l’histoire militaire maritime française. Pourtant le coup de main ne manque pas d’audace, lui qui permet à l’escadre royale de repartir deux mois plus tard avec un beau pactole : 360 prisonniers français libérés, 1350 kilos d’or, 1,6 million de livres de marchandises, deux vaisseaux de guerres portugais, et soixante navires marchands capturés. Enfin, l’interview d’Hervé Drévillon au sujet Vauban permet de saisir le rôle éminent que joua ce théoricien et homme de terrain au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle. Non seulement Vauban révolutionna l’art de la fortification, mais il fut l’un des premiers à penser la guerre comme un phénomène global ne se limitant pas à l’action militaire. D’où ses nombreuses études sur la démographie, la fiscalité – il proposa même l’instauration d’un impôt unique sur le revenu, « le dixième » –, l’économie politique et sociale, etc.

 

Je regrette néanmoins une nouvelle fois la mise en page surchargée de ce magazine. Guerres & Histoire aurait selon moi beaucoup à gagner en évacuant tous les encadrés, définitions et petites infographies qui alourdissent la pagination. Revenons aux fondamentaux : des photos et du texte. Le photo-reportage sur Falloujha et les chroniques de Dominique Merchet, Laurent Henninger ou Charles Turquin en sont les meilleurs exemples.

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
commenter cet article
23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 13:22

Éditions Slatkine, 1981 (réimpression de l’édition de Paris de 1928)

 

cover-Poemes-barbares.JPG

 

 

Charles-Marie Leconte de Lisle (1818-1894) est considéré comme le chef de file du Parnasse, ce mouvement qui s’érigea en réaction au romantisme, en proposant une grammaire poétique alliant la rigueur de la forme à la majesté des thèmes traités. Pour reprendre l’expression de la quatrième de couverture, Leconte de Lisle nous offre avec ses Poèmes barbares une « poésie taillée dans le marbre », retrouvant la geste et le souffle des épopées antiques. Son style d’écriture convoque par certains aspects d’autres poètes de son temps On retrouve par exemple dans Les paraboles de dom Guy la verve de La légende des siècles de Victor Hugo :

 

« Or, voici que j’ai vu le monde, comme un pré

Immense, qui grouillait sous ce soleil pourpré,

Plein d’hommes portant heaume et cotte d’acier, lance,

Masse d’armes et glaive, engins de violence

Avec loques d’orgueil, bannières et pennons

Où le Diable inscrivait leur lignée et leurs noms. » (p. 338).

 

De même, les descriptions militaires sont frappées du même rythme que chez Heredia :

 

« Victorieux, vaincus, fantassins, cavaliers,

Les voici maintenant, blêmes, muets, farouches,

Les poings fermés, serrant les dents, et les yeux louches,

Dans la mort furieuse étendus par milliers.

 

(…)

 

Tous les cris se sont tus, les râles sont poussés.

Sur le sol bossué de tant de chair humaine,

Aux dernières lueurs du jour on voit à peine

Se tordre vaguement des corps entrelacés ;

 

Et là-bas, du milieu de ce massacre immense,

Dressant son cou roidi, percé de coups de feu,

Un cheval jette au vent un rauque et triste adieu

Que la nuit fait courir à travers le silence. » (Le Soir d’une Bataille, p. 230)

 

Et la sensualité des ambiances orientales n’est pas sans rappeler la prose de Charles Baudelaire :

 

« Dans le verger royal où rougissent les mûres,

Sous le ciel clair qui brûle et n’a plus de couleur,

Leïlah, languissante et rose de chaleur,

Clôt ses yeux aux longs cils à l’ombre des ramures.

 

Son front ceint de rubis presse son bras charmant ;

L’ambre de son pied nu colore doucement

Le treillis emperlé de l’étroite babouche.

 

Elle rit et sommeille et songe au bien-aimé,

Telle qu’un fruit de pourpre, ardent et parfumé,

Qui rafraîchit le cœur en altérant la bouche » (Le sommeil de Leïlah, p. 161).

 

Bref, ces Poèmes barbares ont le caractère enivrant des légendes archaïques. Ne serait-ce que par leur scansion envoûtante, ils offrent au lecteur un imaginaire rempli de violence, de dieux, de nature farouche et d’hommes déchirés. Tel l’aède d’antan ressuscité par Leconte de Lisle je me tais désormais, le temps d’un dernier extrait illustrant mon propos :

 

« Et le Barde se tut. Et, sur la hauteur noire,

L’Esprit du vent poussa comme un cri de victoire ;

Et la foule agitant les haches, les penn-baz

Et les glaives, ainsi qu’à l’heure des combats,

Ivre du souvenir et toute hérissée,

Salua les splendeurs de sa gloire passée.

Et les Dieux se levaient, tordant du fond des cieux

Leurs bras géants, avec des flammes dans les yeux,

De leurs cheveux épars balayant les nuages. » (Le Massacre de Mona, p. 124).

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Poésie
commenter cet article
20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 14:38

Éditions Akileos, 2011

Couverture_new-york-1947.jpg

 

 

Ronan Toulhoat (au dessin) et Vincent Brugeas (au scénario) continuent de faire vivre la série Block 109 avec la sortie ce mois-ci d’un nouvel album : New York 1947. La cadre narratif est toujours le même, à savoir explorer l’uchronie d’une Seconde guerre mondiale dont les Nazis seraient sortis comme les vainqueurs incontestés. Les premières planches de New York 1947 nous apprennent qu’après l’assassinat d’Hitler, Himmler a ordonné en 1945 un bombardement nucléaire massif de la côte est américaine. C’est l’opération Nuit Noire. Deux ans plus tard, les Allemands larguent sur l’île de Manhattan un virus bactériologique expérimental. Durant l’hiver 1947, un commando de six hommes est envoyé sur place, afin de vérifier l’efficacité du virus. Le petit groupe, en fait chargé d’une seconde mission tout aussi secrète, se compose d’un officier, d’un sniper, d’un tirailleur, d’un médecin, d’un as de la cambriole et d’un journaliste. Immergés dans le décor apocalyptique des ruines new-yorkaises, ils auront à affronter le pire…

 

Le background militaro-historique est bien moins présent dans New York 1947 que dans par exemple Étoile Rouge ou Opération Soleil de Plomb. Il s’agit ici d’action pure, d’un survival aux multiples rebondissements. Le coup de crayon de Ronan Toulhoat fait une nouvelle fois des merveilles, enchaînant le regard du lecteur ses jeux de lumière et à ses teintes rouges et grises ; l’ambiance qui s’en dégage s’avère pour le moins captivante. Certaines planches sont superbes, rehaussées par une impression papier qui révèlent au toucher le relief des dessins, telles des gravures en taille douce. Un album très réussi donc, susceptible de nous faire patienter avant la sortie, au printemps 2012, d’un nouvel opus intitulé Ritter Germania, annoncé comme « un polar noir dans les coulisses du cinéma de propagande nazie ».

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Fictions
commenter cet article
8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 22:15

Éditions Points, 2010

cover-la-paix-a-ses-chances.jpg

 

 

Les Éditions Points ont récemment lancé une nouvelle collection intitulée « Les grands discours ». Celle-ci regroupe, au sein de petits opuscules d’une quarantaine de pages, les discours les plus marquants prononcés par certains hommes célèbres, tels Martin Luther King, Barack Obama, de Gaulle, Winston Churchill, Barrès, Trotsky, Mandela, Malraux, etc. Dans l’ouvrage qui nous intéresse ici, on retrouve le dernier discours d’Itzhak Rabin quelques minutes avant son assassinat, en 1995, suivi du texte de la proclamation d’indépendance d’Israël prononcée par David Ben Gourion en 1948, ainsi que la déclaration d’indépendance de l’État palestinien lue par Yasser Arafat en 1988. Trois discours qui nous rappellent le rôle fondamental du discours sur la scène diplomatique internationale. Non seulement le chef d’état s’adresse à son peuple, mais sa parole sert à affirmer un positionnement envers ses opposants et ses interlocuteurs étrangers. Dans le cas du Proche-Orient, véritable poudrière depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le discours est devenue une arme que les uns et les autres manient pour menacer l’ennemi, le condamner, le prendre à parti, interpeller l’opinion publique ou bien réaffirmer une politique donnée. En 2011 le conflit israélo-palestinien n’est toujours pas réglé, puisque le maintien des colonies juives se heurte à la soif farouche d’autonomie des territoires palestiniens. Nul ne sait ce qu’il serait advenu du processus de paix si Itzhak Rabin n’avais pas été assassiné en 1995 par un ultra-orthodoxe extrémiste juif. À l’époque, son message était en effet porteur de tous les espoirs : « La voie de la paix reste encore préférable à celle de la guerre. Je l’affirme en tant que militaire et ministre de la Défense, qui assiste trop souvent à la douleur des familles des soldats de Tsahal. Pour eux, pour nos enfants, et, dans mon cas, pour nos petits enfants, je veux que ce gouvernement déploie toute son énergie et ses facultés en vue de promouvoir et établir une paix globale. » (p. 15). De nos jours, la haine religieuse est toujours entretenue par une minorité au sein de chaque camp. Lorsque je parle de haine religieuse, je l’entends dans son acception culturelle, et non cultuelle ou dogmatique. Ce n’est pas pour rien que David Ben Gourion appelait en 1948 à « la rédemption d’Israël ». Ce n’est pas pour rien que Yasser Arafat disait s’incliner devant les martyrs de la nation arabe ravivant « la flamme de l’Intifada ». Quand la sacralisation de sa propre cause s’énonce au détriment de l’autre, il y a malheureusement peu de place pour une main tendue.

 


Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Relations internationales
commenter cet article
5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 20:59

Éditions Grasset, 2007

cover-mon-traitre.jpg

 

 

Avec Mon traître Sorj Chalandon nous offre un très beau récit sur l’Irlande, la guerre et l’amitié. Un récit autobiographique puisque le narrateur, Antoine, raconte en fait une partie de la vie de l’auteur. Antoine est un jeune luthier français qui, au cœur des années 1970 tombe amoureux de l’Irlande, de son histoire et de ses habitants. Il noue des liens privilégiés avec Jim et Cathy, qui deviennent sa famille d’accueil sur Belfast, et surtout Tyrone Meehan, un activiste de l’Irish Republican Army. Pour Antoine ce dernier est l’ami, le frère, l’incarnation de la bravoure du nationalisme irlandais. Chalandon dépeint cette amitié avec émotion et pudeur : « Nous étions comme ça, à deux, face au lac, et milieu de son Irlande et de son ciel. Il m’a pris par l’épaule. Il n’a rien dit, d’abord. Il a laissé le vent, la lumière effleurer les collines, les murets de pierres plates. Sa main, lourde sur mon épaule, ses yeux clos. Je l’ai regardé. J’étais fier. De sa confiance surtout. » (p. 119). Mais le combat qu’ils mènent, celui pour la libération de l’Irlande du Nord, n’est pas de ceux qui épargnent les cœurs vaillants. Car comme l’indique le titre du livre, Tyrone Meehan trahira.

 

Tyrone Meehan n’est autre que Denis Donaldson, qui fut retourné par le MI5 britannique contre son propre camp. L’annonce officielle de sa trahison, en 2005, fut pour l’auteur un véritable choc. Comment son ami avait-il pu lui mentir pendant si longtemps ? D’autant plus que son implication pour l’IRA (transits d’argent et accueil d’activistes dans son appartement parisien) l’avait engagé au-delà des simples actes. « Je trouvais étrange que la guerre déborde ainsi de ses frontières. Je savais que l’IRA ne frapperait jamais les intérêts britanniques sur le sol français. La France n’était qu’une base arrière. Un lieu de passage, de repli ou de repos. Mais l’IRA opérait en Allemagne, aux Pays-Bas, ailleurs que sur sa terre. Et qu’il aidait à tuer. Et qu’il tuerait. Et que ces hommes qui dormaient  dans ma chambre tueraient aussi peut-être. Mais voilà. C’était comme ça. J’étais entré dans la beauté terrible et c’était sans retour. » (p. 84).

 

Mon traître m’a ému. L’auteur manie la plume avec talent, enchaînant les phrases brèves et incisives sur un rythme où l’anaphore est reine. À la suite du narrateur on entre dans les coulisses d’une lutte armée qui marqua la seconde moitié du XXe siècle. Certaines scènes sont bouleversantes, comme l’annonce publique de la mort de Bobby Sands ou le face-à-face final entre Antoine et Tyrone. Aujourd’hui Sorj Chalandon publie Retour à Killybegs, où est exposé le pourquoi de la trahison de Tyrone. Si ce nouveau livre est du même acabit que Mon traître, nulle raison de douter que le succès soit au rendez-vous.

 

A ceux qui souhaiteraient appronfondir la question irlandaise, je recommande la lecture de l'ouvrage d'Agnès Maillot IRA - Les républicains irlandais (Editions PU de Caen, 2001).

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Fictions
commenter cet article
1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 14:47

Éditions Harper Voyager, 2011


cover-dance-with-dragons.jpg

 

 

Ce monument de la fantasy nous projette au cœur des complots et intrigues politiques qui décideront de l’avenir du Royaume de Westeros. À l’est, au-delà des mers, Daenerys, dernier rejeton de la lignée des Targaryens, règne sur la cité de Meereen, assiégée par une coalition des états esclavagistes. Nombreux sont ceux qui cherchent à la rejoindre, qui pour prétendre à sa main, qui pour s’en faire une alliée de prestige. Parmi eux figure le nain Tyrion Lannister, qui, sa tête ayant été mise à prix, s’est échappé de la capitale Port-Réal. Il est désormais condamné à mort pour l’assassinat de son neveu, le Roi Joffrey. Même si Tyrion n’a pas commis ce régicide, il n’en a pas moins profité pour envoyer ad patres son propre père, Lord Tywin. Un Lannister paye toujours ses dettes…

Au nord des Sept Royaumes se dresse l’immense Mur de glace, sur lequel veillent les frères noirs de la Garde de Nuit. Leur commandant en chef, Jon Snow, bâtard de la famille des Starks, n’a pas la tâche facile. Il doit affronter des ennemis tant au sein de sa confrérie qu’au-delà du Mur, où les armées sauvages se massent pour un assaut décisif.

De tous côtés on assiste aux soubresauts des complots ourdis par les prêtres, les capitaines, les nobles, les esclaves et les êtres monstrueux qui œuvrent pour les différents prétendants au Trône de fer. Il est l’heure pour chacun d’affronter son destin.

 

Six ans que les fidèles lecteurs de George R.R. Martin attendaient ce livre ! C’est dire l’attente qui précédait la publication internationale de ce cinquième opus de la saga A Song of Ice and Fire (titre français : Le Trône de Fer), débutée en 1996. Selon un système bien rôdé de chapitres alternés, chacun d’entre eux correspondant au point de vue d’un seul protagoniste, G.R.R. Martin orchestre avec minutie et talent sa grande fresque épique. La force du Trône de fer est d’offrir au lecteur un univers riche et cohérent, aux multiples rebondissements, où la psychologie fouillée des personnages s’apprécie à l’aune des enjeux stratégiques de la lutte pour le pouvoir. A noter : le fil narratif de A Dance With Dragons se dévide en parallèle au précédent opus de la saga, A Feast for Crows. Si quelques chapitres peuvent décevoir, il n’en conserve pas moins une envergure pour l’instant inégalée dans la fantasy contemporaine.

 

Un épais pavé à savourer en anglais, en attendant une première traduction française début 2012.

 

 

Par Matthieu Roger

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Fictions
commenter cet article

Recherche

Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite