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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 00:13

Éditions Perrin, 1998, 1999 et 2005 pour la dernière édition

 

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Voilà un livre de poche bien replet – pas moins de 600 pages – mais qui ne doit cependant pas effrayer notre aimable lecteur. Jean-Christian Petitfils, à qui l’on doit également une biographie de Louis XIV et plusieurs ouvrages sur les droites françaises, nous livre ici un récit magistral de ce que fut la vie de Nicolas Fouquet, surintendant des Finances de Mazarin puis de Louis XIV. La mémoire collective a retenu sa déchéance prononcée par le roi après les célèbres fastes de la réception organisée en son honneur à Vaux-le-Vicomte, symbole de l’absolutisme royal naissant. Mais les multiples facettes du personnage méritent que l’on s’y attarde plus en profondeur, car elles dessinent l’ascension hors-norme d’une ambition démesurée. Jean-Christophe Petitfils nous narre tout à tour le juriste éminent, qui devint procureur général du Parlement, l’habile financier, rompu à toutes les combines budgétaires en cette époque de crise fiduciaire aigüe, le diplomate avisé, l’ami fidèle,  qui sut s’entourer de courtisans, de clients et d’alliés plus ou moins loyaux, sans oublier le grand mécène et bâtisseur, qui réunit par exemple à Vaux-le-Vicomte le fameux trio Le Brun-Le Nôtre-Le Vaux. Profitant de l’épisode de la Fronde pour rentrer dans les bonnes grâces de Mazarin, Fouquet, à force de travail et d’activisme clientéliste, se hissa au faîte de l’État, cumulant charges, honneurs et rétributions des plus lucratives.

 

Mais les jeux secrets de la puissance et de la fortune font tourner les têtes les plus froides. Engageant des dépenses somptuaires pour bâtir son domaine de Vaux-le-Vicomte et entretenir ses réseaux d’obligés, Nicolas Fouquet se créa autant d’inimitiés que d’amis. Le plus farouche de ses ennemis fut sans aucun doute Colbert. C’est ce dernier, avec l’aval du roi, qui fomenta le lit de justice extraordinaire qui condamna Fouquet au bannissement, sentence commuée ensuite en prison à perpétuité. Comparant les deux personnages, l’historien précise : « Autant Colbert était méthodique, précis, assommant de rigueur, autant Nicolas se complaisait dans la négligence brouillonne et le charme des aquarelles aux horizons flous. La confusion s’étendait à tous les niveaux. Il encourageait, par exemple, ses amis à prêter au roi : investir dans les finances de Sa Majesté pouvait rapporter à condition de recevoir de bonnes assignations. Il s’y employait. En remerciement  de leur générosité, il pressait Mazarin de leur donner des gratifications. À leur tour, ces faveurs financières confortaient ces liens de patronage. » (p. 158). Pour le dire de manière quelque peu abrupte, Fouquet était un magouilleur de première, doublé d’un homme cultivé et charmeur, à la fois éloquent et présomptueux. Voulant léguer à la postérité son ascension fulgurante, il se brûla les ailes au feu d’un soleil royal que nul autre ne pouvait et ne devait égaler. Nec pluribus impar.

 

 

Par Matthieu Roger

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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 13:04

Éditions du Cherche-midi, 2000

 

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Moins riche que le Dictionnaire des mots rares et précieux publiés aux Éditions 10/18, ce Petit dictionnaire des mots [rares] n’en offre pas moins un beau voyage le long des méandres de la langue française. Amoureux des mots, Thierry Prellier, de son état directeur maternelle et instituteur, nous propose ses mots choisis, parfois sublimes, cocasses, décoratifs, ou bien futiles, ampoulés, maniérés, mais toujours riches de multiples évocations. Comme il nous le rappelle fort justement, « la collection de mots doit servir et non pas asservir la Compréhension, la Communication, l’Esthétique, la Correspondance, dans le sens baudelairien du terme aussi bien que dans le sens postal. N’usez de termes nouveaux aux autres qu’avec délicatesse, avec respect. Offrez du contexte, donnez une explication éventuellement, non pas doctorale mais limpide, d’un simple coup d’œil de connivence. Offrez les mots de votre collection. Ils ne seront jamais perdus pour vous et prendront, a contrario, encore plus de saveur. » (p. 10)

 

Points forts de ce Petit dictionnaire des mots [rares], sa mise en page aérée, plus qu’appréciable, ainsi que la présence de citations littéraires qui viennent illustrer chaque terme. Une manière intelligente de s’instruire et de voyager avec ces vocables qui nous font rêver : adamantin, caducée, célestiel, effluence, gonfalon, lilial, nadir, parousie, sigisbée, vénusté, et tant d'autres encore…

 

 

Par Matthieu Roger

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 00:00

Bimensuel édité par Mondadori France

 

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Ce nouveau numéro de Guerres & Histoire débute par l’interview choc de Sacha Volkov, ex soldat soviétique capturé par les Allemands lors de la contre-attaque sur le saillant de Koursk en 1943. Un témoignage poignant sur les horreurs de la détention en temps de guerre, le jeune homme finissant par être envoyé au sinistre camp de Buchenwald. C’est plusieurs décennies auparavant que nous ramène le photoreportage consacré à la Guerre des Boers (p. 18 à 26), conflit colonial opposant les colons du Transvaal et de l’Etat libre d’Orange aux troupes britanniques. Un conflit peu évoqué de nos jours, mais qui montre qu’avec un sens affûté de la guérilla et un armement performant de petits effectifs peuvent tenir en respect une armée entière. Le dossier central du magazine est quant à lui consacré à la guerre d’attrition que livrèrent les alliés à la Luftwaffe à partir de 1943, course à la suprématie aérienne tous les instants dont on ne parvient à prendre la mesure que devant les chiffres effarants des pertes subies par les deux camps. Voilà un aspect de la Seconde Guerre mondiale qu’il était important de rappeler, d’autant plus qu’il fut riche en enseignement stratégiques, que ce soit au niveau des tactiques de combat entre avions de chasse, bombardiers et intercepteurs, ou bien à une échelle plus globale sur les objectifs des bombardements (ciblage des lieux de production industriels ou bien de la population civile ennemie). Autre article à mettre en avant, tout aussi intéressant que les précédents, celui qu’Eitan Haddok consacre à la « Guerre du Kipppour, comment Israël s’est laissé surprendre ». Ou l’on apprend que les services secrets israéliens, pourtant fameux, commirent en 1973 des impairs qui faillirent bien redessiner la carte géopolitique du Proche-Orient. Enfin, on retiendra également la double page consacrée au nouvel ouvrage publié par Jean Lopez, Joukov – L’homme qui a vaincu Hitler (Éditions Perrin). Celui-ci, s’il s’avère à la hauteur des louanges formulées par Laurent Henninger dans sa critique, pourrait bel et bien faire référence.

 

 

Par Matthieu ROGER

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 16:43

Éditions Les Escales, 2013


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Ce roman historique est inspiré de la célèbre série de jeux vidéo PC de stratégie « Total War », qui met notamment en scène les guerres romaines. Total War Rome : Détruire Carthage est ainsi, comme son titre l’atteste, un produit dérivé d’une franchise commerciale. Voilà qui laisse songeur et laisse interrogatif quant au contenu littéraire proposé. Le nom de l’auteur rassure néanmoins quelque peu, puisqu’il s’agit du Britannique David Gibbins, qui a déjà publié une demi-douzaine de romans d’aventures historiques. Les développeurs de jeux vidéo The Creative Assembly et SEGA ont donc eu la bonne idée de ne pas miser sur un débutant pour cette nouvelle déclinaison livresque, annoncée comme « le premier tome d’une série de romans épiques ». David Gibbins est en fait un féru d’histoire militaire passionné par les armes et les armures, intérêt qui lui vient de riche passé militaire de sa propre famille et que l’on retrouve dans ses romans précédents, avec par exemple les campagnes romaines vers l’Est (Tigres de guerre, Éditions First, 2009), les guerres victoriennes en Inde et au Soudan (Pharaon, Éditions Les escales, 2013), et la Deuxième Guerre mondiale (Le Masque de Troie, Éditions First, 2011).

 

Total War Rome : Détruire Carthage s’avère captivant, en transportant le lecteur en Macédoine, en Numidie, en Hispanie et dans la Rome du IIe siècle avant J.-C. Un des grands mérites de l’auteur est de ne pas court-circuiter son histoire par des intrigues secondaires superflues, principal défaut des romans historiques publiés aujourd’hui. On suit ici Scipion Émilien, petit-fils du légendaire Scipion l’Africain, et Fabius Petronius Secondus, son ami qui deviendra centurion primipile. Les 450 pages de Total War Rome : Détruire Carthage courent sur plus de vingt années, du champ de bataille de Pydna (168 av. J.-C.) à la troisième guerre punique et au siège de Carthage (146 av. J.-C.). Elles mettent en exergue le destin héroïque de Scipion Émilien, que le poids de ses ascendants condamne à une carrière glorieuse. Avec cette fiction historique David Gibbins entend montrer « comment la crédibilité de n’importe quelle reconstruction (…) repose moins sur la reproduction des "faits" apparents que sur la compréhension des incertitudes de cette information et de la nécessité d’une approche historique pour l’utiliser ». De fait, il s’est notamment appuyé sur les écrits des historiens antiques Plutarque et Appien afin d’étayer sa trame narrative, où l’on retrouve un Polybe à la fois stratège et conseiller de Scipion. Car la route du cursus honorum sera longue pour Scipion avant d’arriver au pied des murailles de Carthage. « Un jour, il reviendrait avec une cuirasse bien à lui, plus magnifique que celle-ci, faite avec l’or et l’argent de ses propres conquêtes, décorée non plus avec les images des guerres passées, mais avec celle de sa plus grande victoire, une citadelle en flammes, avec un général dominant le chef vaincu de la plus grande ennemie de Rome. Il reviendrait pour célébrer le triomphe le plus éclatant que Rome ait jamais connu. Il attendrait d’avoir reçu l’adulation du sénat, puis leur tournerait le dos (…). Il rendrait le sénat impotent, impuissant, car il gagnerait le peuple, les légionnaires et les centurions, et ensemble ils forgeraient l’armée la plus formidable que le monde ait jamais vue, une armée qui briserait les chaînes de Rome et balaierait tout devant elle, menée par un général dont les conquêtes feraient paraître celles d’Alexandre le Grand dérisoires. » (p.155)

 

Bref, Carthago delenda est

 

 

 

Par Matthieu Roger

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 13:57

Éditions Tensing, 2013

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Publiées dans la Collection Théâtre des Éditions Tensing, ces Controverses 1812-1813 abordent la figure emblématique de Napoléon Ier. Sous la forme d’une piécette historique d’une vingtaine de pages, elles reviennent sur deux moments charnière de son règne. La première scène confronte Goethe à Beethoven, au moment où Napoléon s’apprête à envahir la Russie, en juillet 1812. La seconde se déroule fin octobre 1813, alors que les alliés ont chassé les troupes françaises d’Allemagne ; on y retrouve le philosophe allemand conversant avec son fils. Oppositions d’idées entre l’homme de lettre allemand et ses deux vis-à-vis, lesquels critiquent implacablement les ambitions impérialistes de l’Empereur. Mais c’est finalement Goethe, admiratif de la grandeur de l’homme qui bouleversa l’Europe en seulement quinze ans, qui aura le dernier mot. Non seulement son fils, contrairement à ce qu’il affirme, ne s’enrôle pas dans les troupes de la coalition, mais la piécette se termine sur cette citation de Beethoven : « J’ai pensé et dit beaucoup de mal de Napoléon : j’avais tort, c’était un grand homme. »

 

Controverses 1812-1813, de par son format modeste, est tout à fait le genre de piécette théâtrale qui pourrait être adaptée par une classe de collégiens ou de lycéens. Elle montre qu’aujourd’hui des auteurs comme Jean Kemèny restent fascinés par la légende napoléonienne. Arnaud Blin, dans son ouvrage Iéna, 1806 (Perrin, 2003) évoquait lui aussi la portée inégalée de cette légende en marche. Qui ne connait pas cette célèbre exclamation du philosophe Hegel devant le défilé des troupes impériales à Berlin, reprise par Jean Kemèny : « J’ai vu passer l’esprit du monde ! »

 

 

Par Matthieu Roger

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 20:50

Le Monde, hors-série d’octobre 2013

 

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Le Monde nous propose ce mois-ci un très intéressant hors-série consacré à la guerre aux XXe et XXIe siècles. Scindé en quatre grandes parties intitulées « Faire la guerre », « Vivre la guerre », « Raconter la guerre » et « L’art de la guerre », on y retrouve les interventions de certains des meilleurs spécialistes français des conflits armés, tels Gérard Chaliand, Hervé Drévillon, Michel Goya, Pierre Grumberg, Laurent Henninger, ou encore Thierry Widemann. Un gage de qualité appréciable qui vient étoffer la volonté de balayer le plus grand champ possible des problématiques militaires contemporaines : l’art de la contre-insurrection, la prégnance du droit international, les nouvelles technologies, la relation entre une nation et son armée, la cartographie, l’évolution de la pensée stratégique, etc. Le premier article, qui est en fait un entretien avec Gérard Chaliand, pose d’entrée un paradoxe crucial : si les sociétés occidentales ont acquis un avantage technologique certain en termes de capacité technique et mécanique de destruction, celles-ci doivent maintenant faire face à des opinions publiques ne cautionnant plus aucune perte humaine, ainsi qu’à des ennemis non-occidentaux rompus au jeu des conflits asymétriques. C’est là la principale mutation opérée tout au long d’Un siècle de guerres : après l’apogée des affrontements inter-étatiques et leur inclusion des civils dans la guerre (Première Guerre mondiale et Seconde Guerre mondiale), la bataille entendue dans son acception classique a disparu au profit de déflagrations polymorphes mais tout aussi meurtrières (guérillas, raids, conflits urbains, opérations ultra-localisées, interventions dites humanitaires, pollinisations extra-frontalières, etc.). Ce qu’entend montrer ce hors-série, c’est que cet état de fait possède des répercussions sur des champs aussi divers et variés que l’éthique, les relations internationales, les neurosciences, les flux économiques, la chirurgie, les médias, le cinéma… À noter l’excellent article « Cartographier les batailles » (p. 80-83) de Delphine Papin, qui prend exemple sur la guerre actuelle en Syrie pour rendre compte de la complexité des enjeux qui entourent la cartographie des conflits, entre nécessité d’analyse extrêmement précise des données et prévention des manipulations potentielles permise par les représentations géographiques de la guerre.

 

Dans la quatrième et dernier grand chapitre de ce hors-série, Thierry Widemann nous propose des extraits de dix des plus grands textes de stratégie militaire. On y retrouve L’art de la guerre de Sun Tse, De la guerre de Carl von Clausewitz, La Guerre totale d’Erich Ludendorff, Stratégie de Basil H. Liddell Hart, Problèmes stratégiques de la guerre de partisans contre le Japon de Mao Zedong, Paix et guerre entre les nations de Raymond Aron, La notion de politique : théorie du partisan, de Carl Schmitt, De la Grande Guerre au totalitarisme : la brutalisation des sociétés européennes de George L. Mosse, Stratégie théorique III de Lucien Poirier, et Le Modèle occidental de la guerre de Victor Davis Hanson. Le néophyte en stratégie militaire pourra y trouver là, de même qu’en bibliographie finale, quelques premières pistes de lectures incontournables. 

 


Par Matthieu Roger

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 15:34

Éditions Perrin, 2013 (première publication en 1976)

 

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La plupart du temps, l’histoire militaire se préoccupe surtout de tactique, d’art opératique, ou bien de grande stratégie. La bataille est y entendue comme un climax des campagnes, comme un événement charnière analysé à l’aune des plans conçus au préalable par les généraux en chef. Dans Anatomie de la bataille, l’historien John Keegan (1934-2012) resserre sa focale pour appréhender la bataille à l’échelle de l’individu, qu’il s’agisse du simple soldat ou de l’officier. En effet, comment expliquer la bataille sans se pencher sur les pressions coercitives s’exerçant sur ces hommes envoyés au cœur d’un combat mortel ? Comment ces soldats, faits de chair et de sang, aux motivations parfois très diverses, peuvent-ils souffrir, tout en remplissant leur office, l’angoisse, l’excitation et la peur qui étreignent au cœur de la mêlée ? De même, que savons-nous aujourd’hui vraiment réellement de ce que signifie traverser une bataille ? Quels sont ses odeurs, ses sons, ses temporalités, ses contrechamps ? Autant de question auxquelles John Keegan tente de répondre en balayant nos idées préconçues et en replaçant la dimension humaine du combat au cœur de son argumentation. Pour ce faire, il articule son propos autour de trois batailles : Azincourt (1415), Waterloo (1815) et La Somme (1916). Tout en distinguant avec grande justesse les caractéristiques guerrières  propres à chacune des trois époques, il parvient à dégager une constante invariable en ce qui concerne la nature de toute bataille, à savoir que celle-ci est essentiellement un conflit moral. « Ce que toutes ces batailles ont de commun c’est l’humain, c’est le comportement des hommes qui tentent de concilier leur instinct de préservation, leur sens de l’honneur et l’accomplissement d’un but au péril de leur vie. L’étude de la bataille c’est donc toujours l’étude de la peur et généralement de l’obéissance, toujours de la contrainte physique et parfois du refus de l’obéissance, toujours de l’angoisse, parfois de l’enthousiasme ou de la catharsis, toujours de l’incertitude, du doute, des fausses nouvelles et des mauvaises interprétations, généralement de la foi et parfois même de la vision, toujours de l violence et parfois de la cruauté du sens du sacrifice et de la compassion. Surtout, c’est l’étude de la désintégration des liens. Après tout, c’est à la désintégration de l’adversaire que tend toute bataille. » (p. 354-355). Rien que ces quatre phrases nous font comprendre combien la bataille est un événement multiforme, changeant, nœud de forces et de variables génératrices de chaos.

 

Publié pour la première fois en 1976, Anatomie de la bataille est indéniablement un classique. Un classique, certes, mais un classique original qui déplace les points de vue, démontrant que le niveau micro peut s‘avérer tout aussi chargé de sens, si ce n’est plus, que le niveau macro. Pour le dire plus simplement, la vision du soldat de base est tout aussi signifiante que celle du général en chef. On retrouve cette approche individuelle et humaine dans L’art du commandement (Perrin, 2010). En plaçant le lecteur dans la peau d’un archer gallois, d’un fusilier de ligne ou d’un troupier des tranchées, John Keegan réussit à nous faire toucher du doigt l’épreuve psychologique incommensurable que constitue la bataille.

 

 

Par Matthieu Roger

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 16:08

Éditions 10/18, 1999

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La langue de Molière n’en a jamais fini de nous surprendre et de nous étonner. Voilà ce qu’illustre parfaitement ce Dictionnaire des mots rares et précieux, publié en format poche par les Éditions 10/18, sous la direction de Jean-Claude Zylberstein. Il compile plusieurs milliers de termes anciens ou inusités, remettant à l’honneur ces mots qui constituent, quoi qu’on puisse en dire, une part de notre patrimoine culturel national. Aucun champ lexical ne reste inexploré : botanique, marine, mythologie, art militaire, musique, herméneutique, etc. Définition après définition, le lecteur curieux appréhende les évolutions de la langue française, sa richesse, sa diversité affriolante. Si la rareté de certains mots peut parfois sembler anachronique, elle n’empêche nullement, bien au contraire, de témoigner des évolutions du langage et de ses usages, des mentalités et des comportements. Saviez-vous que l’acrostole orne les proues des navires ? Saviez-vous qu’une fleur crispiflore possède des pétales frisés ? Connaissez-vous l’éphialte, ce démon incube ? Et quid de la furie, ancienne étoffe de soie indienne aux motifs fantastiques ? Rien n’est plus agréable que de se perdre dans les méandres de la langue française, dont les mots savoureux sont autant d’invites au voyage et à la quête de sens. Ci-dessous, un trop succinct florilège :

 

- Amarescent (adj.) : dont le goût est légèrement amer.

- Chryséléphantin, ine (adj.) : se dit d’une sculpture dont les matériaux sont en or et ivoire.

- Diffamé (adj.) : en héraldique, se dit d’un lion représenté sans queue.

- Embûcher (v. tr.) : poster en embuscade.

- Flambe (n. f.) : épée à lame ondulée, en usage au Moyen Âge. Les kriss malais sont des flambes.

- Isadelphe (adj.) : se dit des monstres doubles constitués de deux corps également développés.

- Mastaba (n. m.) : partie supérieure et visible d’une tombe égyptienne, constituée par un édifice de maçonnerie à l’intérieur duquel se trouve la chapelle.

- Nitescence (n. f.) : lueur, clarté.

- Prosopopée (n. f.) : figure qui consiste à faire agir ou parler une personne absente ou morte, une chose inanimée, une abstraction.

- Scalde (n. m.) : noms que les anciens Scandinaves donnaient à leurs bardes ou poètes.

- Vagant (n. m.) : pilleur d’épaves.

 

Si vous êtes amoureux du langage et des mots, ce Dictionnaire des mots rares et précieux est indéniablement fait pour vous. Outil de culture générale, ou bien réceptacle à idées pour écrivains et poètes, il élargit le champ de nos possibles, permettant le mot juste, précisant la pensée.


 

Par Matthieu Roger

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 18:11

Les moutons électriques, 2013


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Même pas mort constitue le premier tome du nouveau triptyque littéraire de Jean-Philippe Jaworski, intitulé Rois du monde. Après l’éblouissant Gagner la guerre, que nous vous avons déjà présenté sur ce site, le Français entame ici une ambitieuse saga celtique, sur fond rivalités tribales et d’honneur bafoué. Et c’est avec plaisir que l’on retrouve son style d’écriture singulier, cette fois-ci plus poétique que chatoyant, comparable à celui des antiques sagas islandaises. Toujours à la recherche du mot juste, Jaworski nous conte dans Même pas mort la destinée de Bellovèse, fils de roi exilé possédant la fierté exacerbée de ceux qui vont au-devant de tous les dangers. Il dépeint avec pénétration et brio des scènes dignes du septième art, en témoigne le voyage vers l’île des Vieilles qui ouvre le récit, que l’on croirait tout droit sorti du film Le Guerrier silencieux réalisé par Nicolas Winding Refn. Mention spéciale également au personnage de Suobnos, énigmatique anachorète sylvestre, aux prophéties aussi obscures que la nuit des sous-bois. Mais Même pas mort narre avant tout l’univers viril, belliqueux et extrêmement codifié des guerriers bituriges, où l’honneur ne le cède qu’aux envolées des bardes et au pouvoir des druides. En témoigne cet extrait, particulièrement évocateur : « Celui qui voyage finit toujours pas se battre, et le guerrier, c’est donc celui qui va vers l’avant. Cela t’éclaire sur notre art de la guerre. Nous méprisons les prudents et les tièdes, nous préférons la vitesse, la charge, le choc décisif. Nous n’avons que faire des traînards, des pleutres, des timorés. C’est pourquoi nous éliminons toujours le plus faible dans une troupe, parce qu’il est la pomme pourrie qui pourrait  gâter tout le panier. » (p. 74)

 

Même pas mort n’est qu’une œuvre introductive, un premier jalon vers d’autres aventures chargées du fatum. Lorsque la dernière page du livre se tourne, on sent toutes ses dimensions fantastiques et tragiques prêtent à se déployer. Pour la publication du second tome Chasse royale, il faudra malheureusement patienter jusqu’en 2014 (2015 pour le troisième). À l’évidence, l’attente risque d’être longue…

 

 

 

Par Matthieu Roger

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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 12:04

Bimensuel édité par Mondadori France

 

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Pour ce quatorzième numéro, Guerres & Histoire consacre son dossier central à la Guerre du Péloponnèse, qui opposa Sparte à Athènes de 431 à 404 avant J.-C. Trente longues années de conflits, de destructions et de massacres qui mirent au final à genoux la péninsule grecque. Si Sparte finit par l’emporter, les cites-États grecques, affaiblies, ne seront plus jamais en mesure de constituer une grande puissance militaire. Comme le fait remarquer Yasha MacLasha dans son interview de Victor Davis Hanson (p. 44-45) : « En 479, les cités empêchent 250.000 Perses de s’emparer de la Grèce. En 338, elles sont incapables d’empêcher l’invasion de 40.000 Macédoniens. » La longévité exceptionnelle de la Guerre du Péloponnèse repose sur deux facteurs déterminants. Primo, la prédominance des galères athéniennes sur mers doit faire face à la supériorité des hoplites spartiates sur terre. En clair, il ne pourra y avoir de vainqueur que si l’un des deux camps se risque à porter la guerre sur le terrain de prédilection de son ennemi. Secundo, Athènes et Sparte ne sont pas seules dans cette guerre. Elles entraînent avec elles dans cette guerre une multitude de cités-États prenant partie pour l’une ou l’autre. Les ligues de coalisés évoluent ainsi au gré du jeu des alliances, avec l’effet pervers d’étendre ainsi la zone des combats. Pour en apprendre plus sur ce choc extraordinaire des cultures militaires, je vous conseille l’excellent ouvrage de Victor Davis Hanson, La Guerre du Péloponnèse (Flammarion, 2008), déjà chroniqué sur ce site.

 

À découvrir également dans ce numéro les articles de Nicolas Chevassus-au-Louis et de Jean-Marc Mendel sur deux batailles oubliées. Le premier revient sur la bataille de Talas (p. 59-62), qui mit aux prises en 751 les troupes du califat abbasside et de la dynastie chinoise des Tang, à l’est de la Mer d’Arat. Après cinq jours de combats acharnés ce sont les Arabes qui l’emportent, permettant par la suite à l’islam d’essaimer dans toute l’Asie centrale, et ce jusque dans les provinces occidentales de la Chine. Le second évoque quant à lui la bataille navale de Grand-Port (p. 71-74). En 1810, le long des côtes de l’actuelle Île Maurice, la marine française remporte sur la Navy britannique une victoire de prestige. Notons qu’il s’agit de la seule bataille navale à avoir été gravé dans la pierre de l’Arc de triomphe !

 

 

Par Matthieu ROGER

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite