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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 23:06

Éditions Les Belles Lettres, 2011


cover-Carrhes.jpg

 

 

En 53 avant J.-C., deux importantes armées s’affrontent sur les plaines de Mésopotamie. À Carrhes, les forces parthes menées par le général Surena sont venues faire barrage aux ambitions impérialistes du consul Marcus Licinius Crassus et de ses légions. Cette bataille, qui ne fait étrangement pas partie des événements les plus connus de l’histoire romaine antique, marque pourtant un revers à la hauteur du futur désastre du Teutobourg (9 après J.-C.). Le bilan de l’affrontement se solde en effet par un désastre côté romain : « sur les quarante mille légionnaires attestés par Plutarque, vingt mille tombèrent sur le champ de bataille et seuls dix mille survécurent, organisés en deux légions » (p. 94). Infamie suprême et rarissime, les aigles des légions romaines sont capturées par les Parthes, en sus de nombreux prisonniers. Sur le plan tactique, Carrhes oppose l’infanterie légionnaire romaine à la cavalerie parthe, le glaive à l’arc composite, la discipline à la mobilité. Et Giusto Traina de citer Gastone Breccia, mettant en perspective cette supériorité tactique pour le moins surprenante – aux yeux des militaires romains – de l’archer monté sur l’homme de troupe : « Provoquer, frapper à distance, éluder le choc frontal, provoquer de nouveau, attirer l’ennemi loin de ses bases, dans une vaste étendue, hostile, impropre à la concentration de l’effort, à ce paroxysme de violence décisive qu’est le combat en ordre serré : tels sont les principes auxquels doivent obéir la stratégie et la tactique de l’archer ; bien appliqués, ils sont potentiellement fatals aux armes lourdes, typiques de l’Occident, comme en témoignent à travers les siècles une série de désastres, de Carrhes au Viêt Nam. » (p. 77). La défaite de Carrhes infirme donc le mythe d’une supériorité incontestable de l’art de la guerre « occidental » sur le modèle « oriental » de la guerre.

 

Loin d’analyser cette bataille uniquement d’après la dualité infanterie / cavalerie, Giusto Traina la replace dans son contexte historique, politique et diplomatique. De fait, le récit de la bataille proprement dit n’occupe qu’une quinzaine de pages de ce livre. L’auteur montre que la méconnaissance de l’ennemi fut une cause essentielle de la défaite romaine. Entrant en contradiction avec la vulgate historique qui voudrait que Marcus Licinius Crassus soit tenu pour le seul responsable de la défaite romaine, il explique en quoi la tactique des Parthes, à Carrhes, s’avéra en tous points exemplaire, et invite le lecteur à reconsidérer les tenants et aboutissants de cette bataille à l’aune des sources historiographiques des deux camps. Carrhes constitue une défaite cinglante dont les répercussions se firent longtemps ressentir à Rome. Tout l’intérêt de Carrhes, 9 juin 53 avant J.-C. – Anatomie d’une défaite est de replacer ce combat dans un conflit de bien plus grande envergure, qui opposa pendant plusieurs siècles entre l’empire romain et l’empire iranien.

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
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commentaires

Semper Victor 23/11/2011 09:57


Bonjour,


J'ai également adoré le livre (voir ma recension dans le VaeVictis n°101 et sur mon site).


Je reviens juste sur le point que vous soulevez : "
La défaite de Carrhes infirme donc le mythe d’une supériorité incontestable de l’art de la
guerre

« occidental » sur le modèle « oriental » de la guerre".


Je n'ai pas l'impression que ce mythe ait une quelconque réalité à l'époque romaine. Les Romains eux-mêmes ne l'ont jamais "construit", en agissant justement avec pragmatisme tout au long de leur
histoire pour intégrer dans leur armée des auxiliaires de type "orientaux" dont ils reconnaissaient l'efficacité. Victor Davis Hanson, dans ses ouvrages parle bien d'un "modèle occidental de la
guerre", mais n'affirme jamais sa supériorité absolu sur d'autres modèle. Il met en exergue sa différence et insiste sur le "militarisme civique", pointant d'ailleurs que la Rome "post Marius"
l'a en partie abandonné. Dans le cas de Carrhes, Traina montre bien qu'il y a surtout eu défaut de "renseignement" et sosu estimation de l'ennemi, points qui mènent à la catastrophe dans tous les
cas et quelque soit la culture militaire.


Ce mythe de "supériorité occidentale" s'est surtout construit au moment de l'expansion coloniale du XIXe siècle et me semble hors de propos pour la période antique ou le Moyen Âge par exemple.

Matthieu Roger 23/11/2011 14:21



Votre remarque me semble tout à fait juste. Cordialement.



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Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

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