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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 00:42

Éditions Gallimard, 1942

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Pilote de Guerre, publié par Saint-Exupéry en 1942, est le récit d’une de ses missions de reconnaissance aérienne au-dessus d’Arras effectuée en 1940. Alors que les panzers allemands envahissent la ville, le capitaine Saint-Exupéry, assisté de son officier observateur et de son mitrailleur, doit survoler la zone pour en rapporter le maximum de clichés. Et cela même si ces trois hommes savent bien que ces photos ont peu de chance d’atterrir dans les mains à l’état-major. Au vu de la débâcle militaire et de l’ampleur de l’exode civil, l’armée française est en effet plus préoccupée par ses manœuvres de replis que par l’utilisation potentiellement offensive de renseignements chèrement acquis sur terrain. Le récit de ce vol de guerre nos prend aux tripes parce qu’avant même de décoller l’équipage sait qu’il n’a, dans le meilleur des cas, qu’une chance sur cinq de rallier vivant sa base. Lorsqu’une escadrille de chasseurs allemands apparaît au loin on croit leur fin proche, un avion de reconnaissance n’ayant aucune chance face à de tels adversaires. Mais l’avion trace sa route et s’échappe, pour enfin arriver en vue de l’objectif. Cueillis à Arras par un concert de missiles antiaériens, il en faut une nouvelle fois de peu pour que nos trois Français restent sur le carreau. Exténués par le vol en altitude – évoluer à 10.000 mètres d’altitude met à rude épreuve les mécaniques mais aussi les organismes –, ils réussiront tout de même à rejoindre les quelques équipages du Groupe aérien 2/33 qui tentent encore de lutter, malgré la quasi destruction de l’armée de l’air française, contre l’inexorable avancée ennemie.

 

Mais Pilote de guerre n’est pas qu’un simple récit de guerre. Saint-Exupéry y décrypte les raisons de la défaite française. Loin de fustiger l’impéritie du haut commandement ou une somme d’erreurs individuelles, il constate tout simplement que le rapport de force était trop déséquilibré pour pouvoir espérer la victoire. La défaite française résulte selon lui d’une défaillance collective qui vient entériner le déclin de notre civilisation. Dès 1942 il est assez lucide pour tirer de son expérience individuelle de pilote de guerre des leçons universelles, dans lesquelles il engage les concepts d’Homme, de Civilisation, d’Esprit, d’Idée, d’Humanisme, de Charité, de Société, de Communauté, et enfin de Dieu. L’auteur se mue alors en quelque sorte en philosophe et nous explique pourquoi les notions d’Homme et de Civilisation portent en elles les germes de la victoire. Renvoyant l’individu au don de soi, elles consacrent la mort comme un sacrifice à la fois signifiant et significatif. Comme le dit lui-même Saint-Exupéry : « Ce n’est pas le risque que j’accepte. Ce n’est pas le combat que j’accepte. C’est la mort. J’ai appris une grande vérité. La guerre, ce n’est pas l’acceptation du risque. Ce n’est pas l’acceptation du combat. C’est, à certaines heures, pour le combattant, l’acceptation pure et simple de la mort. » (p. 143).

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite