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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 10:28

Le Lombard, 2016

 

 

Entre 1995 et 2011, Euskadi Ta Askatasuna, plus connu sous l’acronyme ETA, ayant perdu beaucoup de son aura depuis sa création en 1959, a recentré ses opérations sur des personnalités basques. Durant cette période, l’État engage des miliciens sans formation pour escorter ceux que les actions de l’organisation ciblent encore. C'est pendant ces événements que Mark Bellido et Judith Vanistendael ont décidé d'ancrer leur récit dans Salto – L'histoire du marchand de bonbons qui disparut sous la pluie.

Miquel, livreur de bonbons insouciant qui n'a d'attention que pour sa famille, achemine ses marchandises de sucreries aux clients de l'entreprise qui l'emploie. Mais il manque d’entrain et de motivation, notamment pour réclamer les règlements. Rêveur et idéaliste, il se destine à l'écriture. Une de ses nouvelles, publiée dans un magazine, lui donne l'espoir d'en faire son métier à plein temps. Malheureusement, il peine à s'y mettre, préférant s’occuper du bonheur de ses enfants à qui il promet des vacances à la mer. Mais, de laxisme en mauvais choix, il finit par se retrouver sans travail, sans voiture et sans argent pour y remédier. Pour subvenir aux besoins de son foyer, il décide de postuler à une annonce de l’État qui recrute des privés pour la sécurité de certaines personnes menacées par l'ETA. Suivi par sa famille, il part habiter à Pampelune où il devient un « txakurra » (chien en basque), qualificatif méprisant dont sont affublés ces gardes du corps, sans entraînement, au service complet d'hommes politiques ou d'intellectuels. Pour l'occasion, il prend le nom de Mikel afin de garder ses proches à l'abri de ses activités. Accompagné de Rose, sa collègue, d'une arme et de vingt-cinq cartouches, il sera chargé de la protection de Tango55, cible de l'ETA, maire retraité d'un petit village à proximité de Pampelune et qui a un certain penchant pour la bouteille. Assimilant jour après jour le métier, Miquel va petit à petit perdre son humour et sa désinvolture au rythme où son ménage se désagrège. C'est l'histoire d'un enfant qui apprend à être adulte !

 

Mark Bellido nous propose une fiction autobiographique, intense et dense, sur fond d'attentats à la bombe, à cette époque sombre où le Pays basque était en quête de sa liberté. Cette chronique sociopolitique, au constat teinté d'amertume, conserve pourtant un ton léger et humoristique. Elle ne s’intéresse pas aux ramifications politiques de l'indépendantisme basque, préférant dresser le quotidien d'un homme embarqué dans une existence réglée qui prend le dessus sur ses illusions : dormir avec une arme à portée de main, se lever aux aurores, vérifier sa voiture avant de la démarrer, méfiance constante...

Derrière ses crayons, Judith Vanistendael construit, de son côté, un univers graphique original et complexe. De ses traits simples et colorés, elle retranscrit avec minutie le contexte de l'intrigue, des personnages aux visages expressifs et leurs interactions. Dans certaines de ses planches, elle reste volontairement plus évasive, soulignant la perte de contrôle du protagoniste principal. Incontestablement, il y a une touche de poésie dans son dessin !

Plus cérébrale que haletante, cette œuvre à l'atmosphère particulière est un voyage passionnant et captivant à travers une page qui a marqué les souvenirs par sa violence.

 

 

 

Par KanKr

 

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 16:44

Éditions Casterman, 2016

 

 

 

 

L'Amérique, ses grandes plaines verdoyantes et ses Indiens ont fait rêver toute une génération d'explorateurs en mal de voyages et de découvertes. Alexis de Tocqueville, célèbre notamment pour ses réflexions philosophiques et politiques, est de ceux-là. Dans Quinze jours dans le désert, il a conté son périple au tréfonds de la région des Grands Lacs, en direction de contrées que la civilisation occidentale n'avait toujours pas foulées, histoire que Kévin Bazot a décidé d'adapter en bande dessinée avec Tocqueville : Vers un nouveau monde.

 

Sous forme de récit initiatique, cette excursion graphique raconte l'errance, en 1831, du jeune aristocrate, futur intellectuel que nous connaissons aujourd'hui, à travers les États-Unis d'Amérique. Accompagné de son ami Gustave de Beaumont, empli d'illusions et de naïveté, il part en quête des Amérindiens qu'il imagine sauvages et réfractaires à la modernisation de l'Occident, plus axés sur la synergie avec la nature que sur le développement industriel. Le candide idéaliste va vite déchanter. Confronté à la réalité, il doit se rendre à l'évidence : ceux qu'il cherche sont en voie d'extinction, acculés par l'expansionnisme des colons. L'urbanisation dévore les forêts ! Contrairement à ce qu'il pensait, les Indiens, devenant les victimes de l'essor des grandes villes, se sont soumis à la culture de ceux qui ont investi leurs terrains. Partout les deux compagnons ne croisent que des Amérindiens miséreux, ivrognes, bagarreurs et voleurs n'ayant plus une once de révolte en eux. Alexis de Tocqueville et Gustave de Beaumont sont les témoins de la construction de l'Amérique contemporaine ! Persévérants, s'enfonçant de plus en plus au cœur du Nouveau Monde, ils finiront par trouver ceux qu'ils étaient venus rencontrer. Mais, déjà, la civilisation est à deux pas de ces derniers espaces vierges…

 

L'auteur nous livre, ici, un triste portrait de l'Amérique des pionniers dans un ouvrage graphique inspiré, documenté, précis et détaillé, pour rester au plus proche du texte originel. Il en a conservé l'aspect critique, notamment l'imposition culturelle et religieuse des colons sur les Indiens en anesthésiant toutes volontés et toutes velléités par l'alcool.

Grâce à une ligne claire et un dessin diapré, Kévin Bazot illustre parfaitement son propos, immergeant le lecteur dans cette époque révolue où les vastes forêts dominaient encore le territoire.

Si le scénario n'est jamais palpitant, a contrario des grands westerns sur la conquête de l'Ouest, il n'en demeure pas moins passionnant du début à la fin !

Une adaptation réussie, respectueuse de l’œuvre d'Alexis de Tocqueville, superposant des images sur ses mots.

 

 

Par KanKr

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 16:24

Éditions Akileos, 2016

 

 

 

 

Après un premier opus magistral, ce Livre II du Roy des Ribauds est sans doute la bande dessinée que j’attendais avec le plus d’impatience en ce premier semestre 2016. Toute petite déception car ce deuxième tome est à l’évidence un livre de transition, annonciateur du grand affrontement à venir. « Qu’ils viennent… Tous… » lance ainsi avec défi Tristan, dit le Roy des Ribauds, en dernière page.

 

Si l’arc narratif prend ici son temps au gré des alliances et complots qui sourdent en coulisses, il n’en reste pas moins que Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat nous assènent une nouvelle fois une démonstration graphique et rythmique de premier plan. Les scènes de combat sont tout aussi magnifiques que les scènes d’intérieur, rehaussées avec justesse par la gamme chromatique originale choisie par Toulhoat, oscillant entre le sépia, l’orange, le mauve et le bleu nuit. La galerie de personnages proposée est en outre travaillée avec soin, certains pans de leur passé respectif étant savamment distillés au cours du récit. Qu’il s’agisse du Roy des Ribauds, de sa fille Sybille, du Grand Coësre, du Roi Philippe Auguste, du Comte de Boulogne, de Saïf, de Barthélémy, du Hibou, du fieffé Ascelin ou bien encore de l’inquiétant Rouennais, on sent que l’heure de vérité va bientôt sonner ; chacun fourbit ses armes, rend coup pour coup et se méfie de son voisin. Rendez-vous au Livre III !

 

 

Par Matthieu Roger

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 16:02

Éditions Actes Sud, 2016

 

 

Albert Sánchez Piñol est incontestablement l’un des auteurs de fiction les plus talentueux de ce début de XXIe siècle. La Peau froide et Pandore au Congo, respectivement publiés en 2004 et 2007, m’avaient déjà enchanté par leur style d’écriture et la qualité des univers dépeints, oscillant entre fantastique, mystérieux, aventures et burlesque. C’est donc rempli d’attentes que je me suis lancé dans le récit de la vie mouvementée de Marti Zuvirìa, dit Zuvi, jeune Espagnol débarquant en France en 1705. Et j’ai été loin d’être déçu.

 

L’histoire débute au moment où, par un concours de circonstances plutôt heureux, Zuvi se fait recruter par le célèbre ingénieur militaire Vauban, dans l’ombre duquel il apprend les bases de la fortification militaire et de l’art du siège. Étrange pari que celui de l’auteur d’articuler son long roman – plus de 700 pages – autour de la poliorcétique, d’autant plus que cette thématique est loin de servir uniquement à caractériser la personnalité de notre héros. Victus déploie en effet sa narration tout au long de la Guerre de succession d’Espagne (1701-1714), une chronologie du conflit étant même disponible en annexe. Et Zuvi, emporté par le flot d’événements plus improbables les unes que les autres, de voguer de sièges en combats, de combats en sièges, pour finalement atterrir en 1713 dans sa Barcelone natale, assiégée par les troupes françaises et castillanes. Ce siège mettra Zuvi face à ses propres contradictions. Sans compter qu’il durera plus d’un an, mais pour quelle issue ?

 

Sous-titrée Barcelone 1714, cette fiction historique se démarque de la production littéraire ambiante par les envolées désopilantes et parfois salaces de son ton. Empreint d’un profond humanisme, le récit met en perspective les trajectoires d’individus brisés et balayés par les affres de la guerre. Le paradoxe est d’observer Zuvi, aux forts penchants antimilitaristes, de débattre face à l’héritage que lui a légué Vauban et la mystique poliorcétique qui l’anime désormais envers et contre tous. Car dans Victus les ingénieurs militaires ne sont pas de simples soldats, ils sont les Ponctués, membres d’une caste d’élus condamnée à ériger pour détruire…

 

 

 

Par Matthieu Roger

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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 14:00

La Pastèque, 2013

 

 

 

 

Si le concept de rêve américain perdure encore dans la mémoire collective, il a aujourd’hui perdu de sa superbe. Longtemps, l'idée de prospérité et d'enrichissement pour tout un chacun a attiré ceux qui voulaient faire fortune. Seulement, bien souvent, l'espoir va de pair avec le désenchantement... Ce thème, Franz Kafka l'abordait déjà dès 1911, au sein de son premier ouvrage, inachevé, L'Amérique ou le disparu. Dans son œuvre du même nom, Réal Godbout a pris le parti d'adapter ce roman de l’écrivain pragois en bande dessinée. Il lui aura fallu sept années de travail afin de rester au plus proche du récit originel.

 

Alors qu'il ne connaît rien d'autre que sa Tchécoslovaquie, Karl Rossmann, 17 ans, est banni par ses parents suite à une sombre aventure intime avec une domestique qui se terminera par une grossesse. La situation, déshonorante pour une famille à la position bien établie, l'amène à quitter Prague. Après un long voyage sur la mer qui sépare les deux pays, il pose le pied à New York où la richesse, la réussite et la liberté l'attendent. Mais la vie a un sens de l'humour plutôt déroutant et l’entraîne sur des chemins de traverse qui ne font jamais la une. Bien qu'il ne manque ni d'entrain ni de courage, les événements vont s'acharner contre lui : malentendus, mauvaises rencontres, choix peu judicieux. Naïf et trop gentil, au fur et à mesure que l’histoire avance, Karl se révèle surtout simple témoin de sa propre destinée, sujet de toutes les injustices, subissant les aléas, incapable de se défendre ou de dire non. Un innocent dépassé, voué à errer de désillusion en désillusion.

 

L'auteur québécois nous propose une belle adaptation graphique, à la fois drôle, absurde et critique. Il nous livre un portrait à charge du rêve américain, explorant l'envers d'un décor à la vitrine idyllique : l'hébergement précaire, le chômage, l'exploitation. Tout au long de ce roman d'apprentissage inversé, menant au déclin plutôt qu'à l'accomplissement, Réal Godbout met en lumière l'écrasement permanent de l'individu par l'ensemble d'un système, sans sombrer pour autant dans le tragique. Le héros lui-même semble peu ébranlé par l'acharnement perpétuel du sort sur sa personne. Il ne s'instruit pas de ses erreurs et enchaîne les épisodes de son périple américain sans se révolter, abandonnant constamment face à l'adversité.

Pour l'illustration, l'auteur a croisé un dessin noir et blanc au trait rigoureux, offrant plus de véracité à son propos, avec un travail de recherche minutieux dans le but de contextualiser l'époque : cadre, personnages, vêtements, ambiances, etc. Il n'oublie cependant jamais de l'assaisonner d'une pointe d'humour et de satire, à l'image de la première case où il représente la statue de la Liberté brandissant une épée à la place de sa torche et arborant un regard austère et méfiant. Signe annonciateur que le séjour du jeune homme ne sera pas une panacée et premier pied de nez à tous les fantasmes véhiculés par l'Oncle Sam !

 

 

Par KanKr

 

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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 19:40

Éditions des Équateurs, 2016

 

 

 

En 2007 Jean-Paul Kauffmann se rend avec sa famille dans l’enclave russe de Kaliningrad, pour y assister aux commémorations du deux-centième anniversaire de la terrible bataille d’Eylau. Comptant 950.000 habitants et parfois appelée « petite Russie », Kaliningrad est aujourd’hui la terre russe la plus occidentale, séparée de la Russie par la Lituanie. Cette situation géographique particulière, couplée à ses origines prussiennes historiques, toujours prégnantes, et à la mémoire réactivée d’Eylau, en font cette « outre-terre » qui marqua irrémédiablement l’auteur.

 

Outre-Terre alterne les chapitres où Kauffmann décrit son périple à Kaliningrad, entre anecdotes familiales et rencontres avec d’autres férus de l’Empire, et ceux où il narre l’évolution de cette bataille qui, deux-cents ans auparavant, mit aux prises l’armée française conduite par Napoléon avec les troupes russes et prussiennes commandées par Bennigsen. Longtemps indécis, à tel point que certains historiens russes contestent encore la victoire à la Pyrrhus des Français, Eylau fut un des plus grands charniers de l’histoire militaire impériale. La gigantesque charge de cavalerie emmenée par Murat, regroupant plusieurs milliers de cavaliers, est notamment restée dans les annales. Cependant Outre-Terre n’est pas du tout le récit d’un voyage qui se voudrait hagiographique ou au service de la légende napoléonienne. L’auteur, à travers les recherches qu’il mène inlassablement sur l’ex-champ de bataille, entame en quelque sorte un voyage initiatique confrontant les traces du passé (le clocher d’une église, une plaine inchangée, une carte ancienne, etc.) au récit généré par la mémoire collective. « Pour quelles raisons un combat livré il y a deux cents ans, primitif par son choc, frontal, archaïque même, a-t-il retentit chez moi aussi profondément ? Une bataille en plus, genre stigmatisé entre tous ! La communauté nationale a cessé de vibrer à de tels souvenirs. L’événement n’a pas besoin d’être revisité ou réactualisé par l’historiographie. Pour une bonne raison : il est devenu insignifiant. N’y a-t-il pas des faits contemporains autrement plus tragiques et parlants qui mériteraient de résonner davantage chez un homme comme moi né au mitan du XXe siècle ? » (p. 153-154) Hanté par des bataillons de figures oubliées, ce n’est donc pas pour rien que cet ouvrage se trouve empli de références au Colonel Chabert de Balzac ainsi qu’au film éponyme réalisé en 1994 par Yves Angelo. « En fait on est venus ici pour Chabert. Ton histoire… C’est cela que tu cherches. » assène en guise de diagnostic son fils aîné à Kauffmann.

 

 

Par Matthieu Roger

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 17:15

Éditions Steinkis, 2015

 

 

 

 

 

Sous les lignes noires et brutes se dessine le destin de deux enfants, Maryam et Vartan. Le récit débute en mai 1915, au moment où débute le génocide des Arméniens. La promesse d'un jeune Turc à son père mourant va le conduire à escorter deux jeunes Arméniens chez leur oncle afin de les mettre à l'abri. Engagement d'un vieil homme né dans un Empire Ottoman aux multiples cultures, difficile à accepter pour son jeune fils qui grandit, lui, en même temps que le mouvement Jeunes Turcs.

Mais apparaît également le problème de la mémoire, de l'appartenance à une communauté dont un Arménien ne peut se réclamer encore aujourd'hui en Turquie, et du silence pesant de ceux qui osèrent en sauver quelques-uns. L'assimilation forcée se trouve tue, cherchant à faire disparaître toute trace de culture arménienne en Turquie. Voilà qui rend encore plus difficile cette quête d'identité apparaissant comme une problématique de plus en plus importante et actuelle pour les jeunes Arméno-Turcs.

 

 

Par Thomas Roger

 

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 15:22

Scutella Editions, 2016

 

 

 

Balestra, esquive, estoc, feinte, fouetté, garde, parade, etc., le glossaire des coups d'escrime est aussi divers que celui des pas de danse. Tout est dans la beauté du geste ! De fait, rien d'étonnant à ce que Dan Christensen ait adopté, pour protagoniste principal, un talentueux escrimeur reconverti dans la mise en scène de combats d'épées pour le cinéma.

 

Intitulé Riposte, le récit, comme son titre l'indique, se déroule en deux temps : une parade suivie d'une offensive. L'homme, traqué par ses souvenirs, va en devenir le chasseur ! Luca Di Serafino est célèbre dans le monde du maniement du fleuret, mais c'est également un personnage antipathique, arrogant et prétentieux, à l'ombrageux passé, sur qui court une obscure rumeur d'assassinat et de duel. Malheureusement, les démons qui nous hantent finissent toujours par refaire surface et Luca Di Serafino ne fait pas exception. À la sortie d'un cocktail au domicile du producteur du film sur lequel il officie, il est agressé par trois individus et échoue à l’hôpital. De retour chez lui, il ne peut que constater que quelqu'un lui en veut. Son appartement a été forcé et fouillé en son absence et un pistolet lui a été subtilisé.

Dès lors, les choses s’enchaînent, alimentées par les suspicions et la soif de vengeance, rythmées par l'honneur, les mensonges et les duels. Les secrets que le maître d'armes tentait de dissimuler se dévoilent au fur et à mesure que l'intrigue évolue. Les flashbacks, ponctuant l’histoire, nous révélent ce qui l'a poussé à quitter Venise, où son grand-père lui apprenait l'art du maniement de la rapière au sein du dojo familial. Une visite impromptue, une proposition de rachat de la salle d’entraînement, un refus catégorique, une promesse de représailles... Voilà les ingrédients d'un thriller atypique et intéressant !

 

Digne des vieux films de capes et d'épées, l'auteur rend ici un bel hommage à l'escrime dans une aventure pleine d'un sombre romantisme ! Côté graphique, son crayon est aussi leste que la lame de son personnage. Le trait sobre, en nuances de gris, et les lignes claires et dynamiques confèrent au dessin une fluidité propre aux gestes des épéistes et un rythme quasiment chorégraphique. Si tu ne viens pas à Scutella, Scutella viendra à toi !

 

Par KanKr

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 15:59

Éditions de la Pastèque, 2016

 

 

 

Lorsqu'ils ne restent qu'au fond de la mémoire, les souvenirs sont indéniablement voués à l'oubli et condamnés, un jour, à disparaître. Dans La petite patrie, adaptation du roman autobiographique du même nom de Claude Jasmin, Julie Rocheleau et Normand Grégoire s’intéressent à ce regard éphémère sur un monde qu'on ne maîtrise pas. L'histoire de Claude Jasmin, scénarisée par Normand Grégoire, est celle d'un adulte qui s'efforce d'évoquer son enfance à l'orée des années 40.

Le décor est rapidement planté : Montréal, quartier Rosemont (renommé La Petite-Patrie suite au succès du livre) en 1939. Un groupe d'enfants se tire dessus pour de faux alors qu'au-delà de l'Atlantique débute une autre bataille, une vraie. Si l'empreinte de la guerre, la religion, la mort ou encore l'amour est présente, elle n'a que peu d'impact sur eux. Ils sont aussi prompts à braver les différentes étapes de la vie qu'à les oublier et passer à autre chose. Au milieu de cette espiègle petite troupe, Tit-Claude est le profil type du bambin insouciant et innocent évoluant dans un monde parallèle à celui des grands. Il n'a que huit ans et déjà sa grand-mère le destine à devenir le premier pape canadien-français. Lui est amoureux, ne pense qu'à s'amuser aux dépens des habitants de la ville québécoise, et coule des jours heureux aux côtés de celle pour qui son cœur bat et de ses compagnons de jeu. Autour d'eux, la population change et la cité se transforme pendant qu'ils s'y adaptent inconsciemment !

 

Ces chroniques d’un quartier populaire montréalais, construites d'une succession d'anecdotes qui n'ont pas forcément de lien entre elles, offrent au lecteur une nostalgie de l'enfance à laquelle il peut aisément s'identifier. On a beau essayer de se rappeler de tout, les souvenirs ne reviennent que par bribes et l'emploi d'ellipses narratives appuie cette idée tout au long du récit. C'est une immersion dans l'âge tendre, monde des doux rêves, qui constitue pour l'auteur une ode à cette époque révolue. L'histoire qu'il nous conte est d'une tendresse cruelle par les sujets qu'il évoque, mais surtout parce qu'elle est définitivement passée. À travers son regard d'enfant de huit ans, qui nous touche par son authenticité et sa simplicité, il fait appel à tous les sens du lecteur.

Derrière sa palette, Julie Rocheleau nous propose un dessin magnifique et très expressif, qui nous livre ses couleurs dans une quadrichromie maîtrisée et originale. Elle esquisse ces tranches d'existence et transcende le scénario par le biais de ses personnages arrondis, attachants et pleins de vie. Si le roman originel a connu un vif succès, cette adaptation graphique le mérite tout autant.

 

 

Par KanKr

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 15:54

Éditions Viviane Hamy, 2012

 

 

 

 

Voilà un ouvrage inclassable ! Roman historique lorgnant vers le récit d’aventures et la quête initiatique, même si le héros n’est plus de prime jeunesse, Le Prince et le Moine se distingue des productions littéraires habituelles du genre. L’action se situe à la toute fin du Haut Moyen Âge, en l’an 999, une période rarement traitée par les écrivains. À la croisée des chemins entre lointaines réminiscences de l’ancien empire romain, sédentarisation des plus puissants peuples barbares, affirmation du Saint-Empire romain germanique et problématiques de survie de l’empire byzantin, cette « Europe » de l’an mille est secouée par de profondes mutations démographiques et politiques qui ne cessent de boulervser sa géographie.

C’est dans ce contexte instable que Stephanus de Pannonie, moine de l’abbaye de Saint-Gall, se retrouve expédié par son supérieur au fin fond de l’Europe centrale, sur les terres des redoutés Magyars, afin d’assurer une étrange mission diplomatique. Comme vous pouvez vous en douter tout ne se déroulera pas comme prévu, et notre héros va se trouver confronté à une civilisation dont il ignore tout mais qui le renverra en même temps au mystère de ses propres origines. Se pourrait-il qu’il soit le Künde, ce chef spirituel ancestral que certaines tribus et chefs de guerre appellent de leurs vœux ? Mais l’homme est un loup pour l’homme, surtout en ces contrées où les légendes s’imbriquent constamment aux soifs de pouvoir et de conquêtes.

 

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans le récit, l’auteur ayant quelques difficultés à planter ses personnages au cours des trente première pages. Cependant, une fois passé ce départ légèrement poussif, le lecteur est irrémédiablement embarqué vers l’orient aux côtés de Stephanus de Pannonie. Robert Hàsz n’a pas son pareil pour mettre en scène des personnages déroutants, aux multiples facettes, qui semblent la plupart du temps désemparés face à leur destin. À la fois miroir des légendes magyares et chevauchée inexorable vers l’inconnu, Le Prince et le Moine nous transporte dans une ambiance fascinante, nostalgique, où les contes s’enchevêtrent aux ambitions des puissants.

 

 

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite