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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 14:00

La Pastèque, 2013

 

 

 

 

Si le concept de rêve américain perdure encore dans la mémoire collective, il a aujourd’hui perdu de sa superbe. Longtemps, l'idée de prospérité et d'enrichissement pour tout un chacun a attiré ceux qui voulaient faire fortune. Seulement, bien souvent, l'espoir va de pair avec le désenchantement... Ce thème, Franz Kafka l'abordait déjà dès 1911, au sein de son premier ouvrage, inachevé, L'Amérique ou le disparu. Dans son œuvre du même nom, Réal Godbout a pris le parti d'adapter ce roman de l’écrivain pragois en bande dessinée. Il lui aura fallu sept années de travail afin de rester au plus proche du récit originel.

 

Alors qu'il ne connaît rien d'autre que sa Tchécoslovaquie, Karl Rossmann, 17 ans, est banni par ses parents suite à une sombre aventure intime avec une domestique qui se terminera par une grossesse. La situation, déshonorante pour une famille à la position bien établie, l'amène à quitter Prague. Après un long voyage sur la mer qui sépare les deux pays, il pose le pied à New York où la richesse, la réussite et la liberté l'attendent. Mais la vie a un sens de l'humour plutôt déroutant et l’entraîne sur des chemins de traverse qui ne font jamais la une. Bien qu'il ne manque ni d'entrain ni de courage, les événements vont s'acharner contre lui : malentendus, mauvaises rencontres, choix peu judicieux. Naïf et trop gentil, au fur et à mesure que l’histoire avance, Karl se révèle surtout simple témoin de sa propre destinée, sujet de toutes les injustices, subissant les aléas, incapable de se défendre ou de dire non. Un innocent dépassé, voué à errer de désillusion en désillusion.

 

L'auteur québécois nous propose une belle adaptation graphique, à la fois drôle, absurde et critique. Il nous livre un portrait à charge du rêve américain, explorant l'envers d'un décor à la vitrine idyllique : l'hébergement précaire, le chômage, l'exploitation. Tout au long de ce roman d'apprentissage inversé, menant au déclin plutôt qu'à l'accomplissement, Réal Godbout met en lumière l'écrasement permanent de l'individu par l'ensemble d'un système, sans sombrer pour autant dans le tragique. Le héros lui-même semble peu ébranlé par l'acharnement perpétuel du sort sur sa personne. Il ne s'instruit pas de ses erreurs et enchaîne les épisodes de son périple américain sans se révolter, abandonnant constamment face à l'adversité.

Pour l'illustration, l'auteur a croisé un dessin noir et blanc au trait rigoureux, offrant plus de véracité à son propos, avec un travail de recherche minutieux dans le but de contextualiser l'époque : cadre, personnages, vêtements, ambiances, etc. Il n'oublie cependant jamais de l'assaisonner d'une pointe d'humour et de satire, à l'image de la première case où il représente la statue de la Liberté brandissant une épée à la place de sa torche et arborant un regard austère et méfiant. Signe annonciateur que le séjour du jeune homme ne sera pas une panacée et premier pied de nez à tous les fantasmes véhiculés par l'Oncle Sam !

 

 

Par KanKr

 

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Published by Matthieu Roger - dans Fictions
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite