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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 17:16

 

Éditions Privat, 1992

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Le colloque dont sont tirés ces actes a pour thème les visionnaires et prophètes dans l’histoire religieuse du Languedoc, de la fin du XIIIe siècle jusqu’au début du XV esiècle. Cette période recouvre la perception d’un âge sombre et noir marqué par la peste, la famine ou encore les guerres, qui lui vaudront d’ailleurs l’expression de période des « terreurs de l’an Mille ». Les malheurs de ce temps provoquent l’obsession d’une approche de la fin du monde, à savoir : comment se présentera la fin ? Dans ce contexte tragique, certaines personnes affirment délivrer de la part de Dieu des messages que l’on désigne sous les termes de visions eschatologiques, c’est-à-dire un ensemble de doctrine relatives à la destinée humaine et à la fin du monde. L’enjeu est double puisqu’il s’agit également de « ramener les foules à l’écoute de la parole de Dieu » (p. 30), comme le démontre Raoul Manselli dans ses recherches sur l’eschatologie. Ces visions sont donc employées comme un remède aux vices de l’époque.

 

Si les uns furent plutôt des visionnaires (frère Roger, Arnaud de Villeneuve, frère Robert d’Uzès, etc.), d’autres privilégient la prophétie qui se définit comme l’art d’interpréter les textes prophétiques (l’abbé cistercien Joachim de Flore par exemple). La base du système prophétique médiéval est constituée d’oracles : le prophète n’est pas celui qui délivre une parole inspirée mais il est « l’interprète d’une parole antérieure transmise par la tradition » dixit Jean de Roquetaillade. Certains prophètes s’imposent donc comme de véritables « exégètes », c’est-à-dire des spécialistes sur l’interprétation d’un texte.

Peu à peu, la fonction prophétique est employée de diverses manières tantôt à des fins politiques, tantôt à des fins propagandistes. Colette Beaune s’emploie à montrer la manière dont la prophétie est employée de sorte à imprégner l’imaginaire populaire (p. 237).

Avec le Grand schisme d’Occident, au tournant des XIVe et XV e  siècles (1378 - 1417), apparaît un nouvel outil en terme de vision au travers de la pratique astrologique. L’astrologie s'appréhende comme « une science du ciel » (p. 259), en totale rupture avec les littératures prophétiques. Au XIVe siècle, le Pape Clément VI use fréquemment des jugements astrologiques pour prévoir l’avenir lié à la chrétienté face à la menace musulmane. Cette tradition à la coutume astrologique des Papes d’Avignon se perpétue, comme en témoigne le De excellentia spiritualis imperii d’Opicinus.

Les révélations et les prophéties constituent un phénomène massif du XIIIe au XV e  siècle. Les visionnaires et les prophètes font office de témoins des « sensibilités, espoirs et peurs de leur temps » (p. 352). Ils cherchent en quelque sorte à enrayer les catastrophes, en prévoyant l’avenir, en le maîtrisant, et si possible en l’orientant. Avec l’apparition du phénomène astrologique la prophétie est employée au service des causes les plus diverses : dans des affaires politico-religieuses, pour flatter les intérêts d’un prince, en tant que propagande, etc. On s’éloigne alors de la fonction spirituelle des visions eschatologiques et des prophéties qui avaient pour but d’annoncer le retour glorieux du Christ.

 

Les visions et les prophéties sont la traduction d’une angoisse face aux multiples malheurs frappant le Bas Moyen Âge. Toutefois celle-ci rompt avec la notion de temporalité historique, elle entend prévoir et maîtriser l'avenir. Dès lors, l’utilisation des signes devient clairement un outil tant à caractère politique que religieux, dans le but de promettre un monde meilleur.

 

Notons que la liste des sources utilisées par les différents historiens et auteurs de ce colloque s'avère particulièrement exhaustive, au point de ne pouvoir toutes les mentionner et de ne citer que les plus pertinentes.

 

 

Par Pierre Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Histoire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite