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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 14:01

Éditions Plon, 1993

 

 

Mika Waltari n’a jamais mis les pieds en Égypte, et pourtant son récit est un grand voyage érudit qui amène le lecteur sur les rives du Nil.

Sinouhé est un enfant sauvé des eaux. Adopté par des parents déjà âgés, il sera choyé et gâté. Doué pour la lecture, l’enfant qui aime jouer dans les rues de la majestueuse Thèbes est appelé à devenir médecin et prêtre d’Amon. Dans un monde où les dieux et leurs temples jouent le rôle de pôle économique, culturel et spirituel, Sinouhé est voué à un grand avenir tout tracé et sans remous. Brillant élève et fierté de sa famille, Sinouhé va cependant trahir les siens pour l’amour d’une courtisane qui lui volera tout, jusqu’à sa dignité. C’est depuis la maison des morts que Sinouhé retournera à la vie. Il finira par sortir de là où l’on ne s’échappe pas pour rendre ses défunts parents à la terre, au-delà du grand fleuve, sur les rives interdites de la cité des morts.

D’un récit qui débute de façon presque minimaliste, à l’ombre des sycomores, dans une rue pauvre ou se mélangent odeurs de poisson et de cuisine à la graisse d’oie, le lecteur est doucement pris dans le tourbillon d’une aventure immense où l’antiquité prend vie sous la plume d’un Finlandais né en 1908.

Au gré de ses voyages, Sinouhé, suivi par son fidèle et roublard esclave, va se retrouver au cœur des grands conflits de son temps. Il va découvrir les terribles Hittites, rencontrer les rois assyriens, traverser la sublime Babylone ou encore se perdre dans la douceur de la Crête paradisiaque aux vices multiples. Il sera le témoin de la chute d’Amon et de l’ascension d’Aton, Dieu unique et solaire porté par le Pharaon Akhenaton, époux de la sublime Néfertiti. Médecin errant et homme de l’ombre, il prendra part à des batailles épiques au côté d’Horemheb, Général au Faucon, et à des complots politiques ourdis dans le secret mortel des royales alcôves. Embaumeur, trépanateur, conseiller politique, entre fortune et pauvreté, Sinouhé vivra cent vies en une.

 

Mika Waltari nous offre une grande et sublime aventure, l’épopée d’un homme simple fait d’autant de faiblesses que de talents, qui va traverser non sans peines les épreuves de son temps. En guise de comparaison, on retrouve ce souffle avec Jean-Christophe Rufin, qui cinquante ans après Waltari nous contera dans L’Abyssin et Sauver Ispahan les aventures délicieuses d’un médecin talentueux parcourant l’Orient au temps du Roi Soleil.

Avec Sinouhé l’Égyptien le lecteur vit un grand voyage où le détail du quotidien confère sa couleur aux grands mouvements historiques animant cette époque charnière. L’ouvrage renseigne le lecteur sur la dynamique entre pouvoir et religion dans le paysage socio-économique égyptien, et donne à comprendre le fonctionnement complexe de cette société déjà millénaire au moment où Akhenaton reçoit la double couronne. C’est ainsi avec une grande clarté que Mika Waltari met en relief les enjeux stratégiques de la région et la richesse des civilisations qui la peuplent.

 S’il s’avère que certains pans du travail historique de Mika Waltari ont été réfutés par les académiques, notamment en ce qui concerne le rôle des esclaves dans la société, tous s’accordent à féliciter le travail du Finlandais qui restitue à merveille ces temps troubles au pays des pyramides.  

D’abord sceptique à l’idée d’aborder cet ouvrage paru pour la première fois dans les années 1950, il ne m’a fallu que quelques paragraphes pour tomber sous le charme de son écriture et pour sentir le vent chaud du voyage souffler à chaque page qui se tourne. Rempli de surprises et de personnages complexes, Sinouhé l’Égyptien, grand classique de la littérature finlandaise, mérite d’être connu au-delà de ses frontières. Ce fut en effet pour moi une excellente introduction à l’histoire de l’Égypte antique, ainsi que l’occasion de fixer un premier point de compréhension dans la chronologie de cette civilisation millénaire.

 

 

Je profite de cette tribune qui m’est donnée à l’occasion de la 200e chronique des Lectures d’Arès pour féliciter Matthieu Roger pour son grand travail et pour tout ce que sa curiosité nous apprend. Matthieu est un homme de conviction et d’engagement, un ami fidèle et plein de talents. Puisse son érudition rayonnante vous éclairer ; fouillez, découvrez les merveilles recelées par Les lectures d’Arès.

 

 

 

Par Nicolas Saint Bris

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Published by Matthieu Roger - dans Fictions
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commentaires

Bruno Birolli 26/05/2015 09:19

Excellent livre!

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite