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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 13:33

Coédition Arte Éditions & Armand Colin, 2012

 

 ishiwara.jpg

 

 

Dans ce livre, Bruno Birolli, grand reporter et correspondant en Asie au Nouvel Observateur, dresse une biographie édifiante du général Ishiwara, figure japonaise incontournable de l’entre-deux guerres. Il réussit à restituer de manière claire la complexité de ce « personnage de roman », dont l’idéologie confuse convoquait à la fois un ultra-nationalisme impérialiste, un militarisme fervent, une réelle sympathie pour le national-socialisme, un nichirénisme prosélyte et une prégnance du kukotai, sorte de code de l’honneur mystico-nationaliste dont il se prévalut tout sa vie. Un cocktail intellectuel détonnant, qui le conduisit notamment à organiser le 18 septembre 1931 l’attentat de Moukden évoqué par Hergé dans Tintin et le lotus bleu. Cet attentat, mené par un cercle restreint de jeunes officiers  bellicistes, mit le feu à la Mandchourie et eut pour conséquence immédiate l’internationalisation du conflit sino-japonais, via l’intervention de la Société Des Nations. On peut même y voir, à l’instar de l’auteur, un des prémices de la Seconde Guerre mondiale.

 

De fait, Ishiwara, l’homme qui déclencha la guerre n’est pas une simple relation de la vie mouvementée de Kanji Ishiwara. Bruno Birolli n’a en effet de cesse d’analyser les actes d’Ishiwara à l’aune du contexte politique japonais. En parallèle au melting-pot doctrinal de notre protagoniste, on découvre un archipel nippon déchiré par les luttes entre les multiples castes politiques au pouvoir : clans militaires à l’influence grandissante, derniers tenants de la démocratie, cabinet privé de l’Empereur Hirohito, utopistes ultra-nationalistes tel qu’Ishiwara. Avec en toile de fond le débat sur la profondeur stratégique que pourrait offrir au pays le contrôle de la Mandchourie. Lorsque le Japon envahit cette région et constitue l’état fantoche du Mandchoukouo, l’obsession première d’Ishiwara reste de préparer la guerre contre les États-Unis, qu’il appelle depuis toujours de tous ses vœux. Pour ce faire, il prône un programme d’actions passant par l’établissement d’un état de défense nationale (en transférant la partie essentielle de la préparation de la guerre en Mandchourie et en augmentant de manière conséquente les forces de l’armée de l’air nipponne), l’élimination au sein de la formation des soldats de toute tendance libérale, et l’organisation du Mandchoukouo comme première ligne de défense militaire (p. 197-198). Mais Ishiwara n’est pas le seul à égrener des utopies fascistes et impérialistes. C’est justement cette course effrénée à la guerre qui perdra le Japon, son haut commandement militaire s’égarant entre l’antagonisme avec la Chine et ses velléités d’expansion en Asie du sud-est, deux conflits armés qui étaient de toute façon perdus d’avance.

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite