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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 12:44

Éditions Place des Victoires, 2011

 

 

 

Voilà un magnifique livre d’art qui pourrait bien constituer le cadeau idéal pour vos fêtes de fin d’année. Son très grand format (42 cm de hauteur sur 34 cm de largeur), rehaussé par une tranche dorée du plus bel effet, est imposant et constitue l’écrin qu’il fallait pour mettre en valeur les superbes photographies haute définition des murs et voûtes de la chapelle Sixtine. Construite à la fin du XVe siècle, peinte et décorée au cours de la première moitié du XVIe siècle, cette dernière fait sans aucune contestation possible partie des joyaux architecturaux de l’humanité. La restauration des fresques de Michel-Ange, entreprise entre 1980 et 1994, permit de révéler au grand jour le savant et explosif mélange des couleurs, dévoilant sous la sombre patine des siècles une des plus étourdissantes compositions visuelles de l’histoire de l’art. Temple du génie italien de la Renaissance – citons, entre autres contributeurs, Le Pérugin, Botticelli, Ghirlandaio, Rosselli et Michel-Ange – la chapelle Sixtine défie l’entendement de par la beauté de ses peintures. Celle du Jugement dernier, sans doute l’une des oeuvres d’art les plus connues au monde, ne doit pas faire oublier que voûtes, médaillons, lunettes et voûtains constituent autant d’enseignements sur les représentations théologiques de l’époque, l’histoire de la papauté et l’enseignement de la Bible.

 

Si vous ne pouvez vous rendre un jour au Vatican, n’hésitez pas à entreprendre ce voyage au fil des pages de La chapelle Sixtine. Ou quand le livre restitue pour notre plus grand plaisir l'ébahissement des sens devant l’inimaginable. Comme le dit assez justement Alexandre Gady dans sa préface, « peut-être, au fond, est-ce avec un tel ouvrage que l’on peut encore regarder vraiment la chapelle Sixtine : dans le calme des pages feuilletées, dans les images somptueuses montrant ce que l’on ne voit pas d’en bas, lorsqu’on est dans la chapelle, la beauté des fresques jaillit dans toute la puissance de leur détail ». Conférant une place mineure aux explications textuelles, ce livre est l’exemple même que, parfois, l’image se suffit à elle-même. Un conseil : laissez-vous tenter.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 10:11

Les Échappés, 2015

 

 

 

Il existe des ouvrages qui pèsent plus que d'autres, et cela indépendamment de leur taille ou du nombre de pages qui les composent. L'ultime opus de Charb, Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes, est de ceux-là. Lourd de souvenirs, lourd de conséquences, lourd de sens surtout, il y effectue une mise au point concernant les attaques constantes qui touchent le journal dans lequel il officie. Un coup de colère venant du cœur, qui a gagné en force avec l'assassinat de son auteur le 7 janvier dernier, deux jours seulement après l'avoir bouclé. Si sa plume s'est tue à tout jamais, il nous laisse une ode à la liberté d'expression, fustigeant l'ignorance et l’imbécillité, intelligemment écrite.

 

En sept lettres il répond à tous ceux qui les accusent, lui et Charlie Hebdo, d'être islamophobes. Dans sa ligne de mire, tour à tour les extrémistes religieux se servant du dogme pour asseoir leur légitimité, les racistes qui détournent l'hebdomadaire pour véhiculer leurs idées, les médias qui agitent des chiffons rouges dans leurs colonnes et les politiques fébriles qui cèdent face à la pression des extrêmes, au point d'aller à l'encontre de la législation française. S'il poursuit ici son combat, c'est sans agression, mais en invoquant les racines des mots dans une leçon de vocabulaire adressée à tous ceux qui en dévoient le sens. Sans cesse pointé du doigt et jugé pour provocation envers les musulmans, il rappelle que les phobies sont des peurs et que, par extension, l'islamophobie est une peur de l'islam. Or, si la peur est regrettable, elle n'est en rien condamnable. En fervent défenseur de l'égalité des droits, il constate que le terme islamophobie a remplacé celui de racisme et dénonce dans ce livre l'instrumentalisation de cette formule pour amalgamer les antiracistes critiquant un culte à ceux qui s'en prennent aux adeptes de l'islam. Critiquer une spiritualité est devenu aussi répréhensible que de discriminer quelqu'un en raison de son appartenance religieuse.

Charb nous laisse son dernier témoignage quant à son inquiétude de voir la lutte antiraciste évincée par une lutte pour la protection et la promotion d'une théologie, mais aussi de voir la libéralisation du racisme ouverte par le débat sur l'identité nationale engagé par Nicolas Sarkozy. Il milite pour son droit à l'humour, son droit au blasphème, considérant qu'il n'y a pas de doctrine au-dessus des autres. La pointe critique est toujours là, le cynisme aussi, mais uniquement pour souligner le ridicule de ces messages mortifères. Ainsi conclut-il cet opuscule posthume en posant la question suivante : et l'athéophobie dans tout ça ?

Si incontestablement Charb était un dessinateur de talent, sa plume n'a rien à envier à son coup de crayon ! Un hymne à l'antiracisme à lire sans modération !

 

 

 

Par KanKr

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 11:35

Éditions Perrin, 2005

 

 

 

Voilà une biographie magistrale, qui pourrait servir de modèle à tous les historiens. S’attaquant ici à la vie et l’oeuvre du dernier Roi de France, Jean-Christian Petitfils nous brosse avec brio la France du XVIIIe siècle, son économie, sa démographie, sa diplomatie, ses évolutions politiques, etc. Ce qui me surprend toujours, chez cet auteur, c’est sa capacité à frôler l’exhaustivité – pourtant utopique en historiographie – tout en alliant la critique des études historiques antérieures à un style d’écriture impeccable. Et ce Louis XVI ne déroge pas à la règle. On y découvre les doutes inlassables d’un souverain malade d’aboulie, dont l’incapacité chronique à diriger était contrebalancée par un souci constant du bien-être de ses sujets. À l’évidence Louis XVI ne fut pas homme capable d’appréhender et traiter avec justesse les dynamiques révolutionnaires à l’oeuvre dans le pays, celles-ci étant portées à des fins différentes par le Parlement, la haute aristocratie et la petite bourgeoisie. Victime d’atermoiements coupables, celui que la Convention enverra à la guillotine en janvier 1793 gâcha un début de règne relativement réussi en subissant de plus en plus l’influence des coteries et des clans à l’oeuvre à la cour de Versailles. Jamais  le « ci-devant Louis Capet » ne fut la main de justice qu’il aurait aimé incarner.

 

 

Par Matthieu Roger

 

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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 10:34

Éditions Mille et Une Nuits, 2007

 

 

 

Dans la bibliographie d'Ernesto Rafael Guevara de la Serna, Voyage à motocyclette est un écrit de référence. Rédigé alors qu'il n'était encore qu'un étudiant en médecine grandissant dans une famille bourgeoise à l'abri de tout besoin, il contient les prémices de réflexions qui l'amèneront à devenir le Che. Pourtant, le 29 décembre 1951, lorsqu'il enfourche Poderosa, la Norton 500 de son ami Alberto Granado avec qui il s’apprête à parcourir l'Amérique latine, il est loin des luttes qui l'ont plus tard rendu célèbre. Ernesto va bientôt avoir vingt-quatre ans et c'est avec des cahiers, des crayons, un sac sur le dos et une bonne dose d'insouciance dans les poches qu'il entame ce voyage qui, au fil des kilomètres, se révélera initiatique. Ce périple, le premier d'envergure du futur guérillero, raconte dans un premier temps leur quotidien. Il évoque leur épopée, la description des paysages qu'ils traversent et leurs déboires (le froid, la chaleur, les moustiques, la fatigue, la faim, les chutes...) rythmés par les crises d'asthme d'Ernesto. Ces quelques notes prises sur des carnets constituent un simple témoignage de deux amis partis assouvir un caprice d'errance et d'aventure vers l'inconnu et remplissent les pages blanches d'inoubliables souvenirs de route.

Au fur et à mesure de leurs pérégrinations à travers l’Amérique latine, le ton change. L'œil de l'auteur fixe moins la nature, attiré progressivement par les sociétés qui l'entourent. Les descriptions de paysages, le romantisme du voyage et les plaisirs de la bonne bouffe et du vin s'effacent derrière les portraits de ceux qui croisent son chemin. C'est une énième panne de Poderosa, la dernière, obligeant les deux amis à continuer ce périple à la seule force du pouce et des jambes, qui va marquer un réel tournant dans le récit. Désormais au contact des populations, Ernesto va progressivement s'immerger dans le quotidien de peuples opprimés, vivant dans la misère et l'insalubrité et ne bénéficiant que de soins précaires. Visitant les mines de sel et les léproseries, il prend conscience des réalités sociales des ouvriers et des malades enclavés dans l'exploitation, l'ostracisme ou encore le mépris.

C'est en désirant découvrir le monde qu'Ernesto croise son destin, se construisant par ses rencontres et ses désillusions sur la civilisation, loin de la sphère politique actuelle qui a perdu contact avec ses administrés. Même s'il ne le sait pas encore, il a déjà rendez-vous avec l'Histoire ! À travers ces péripéties de baroudeur, nous percevons un autre visage (drôle, facétieux, intelligent et débrouillard) de la future figure de la révolution cubaine, orateur hors pair, craint par ses adversaires autant que par ses amis. Le révolutionnaire se construit, mais c'est le cœur qui prend les armes en premier !

 

Ce qui n'était qu'un carnet de voyage de l'Argentine à Miami en passant par le Chili, la Cordillère des Andes, le Venezuela, la forêt équatoriale, la Colombie, etc., destiné à rester dans un fond de tiroir du jeune étudiant en médecine, est devenu un témoignage historique et sincère, car aucunement promis à une quelconque édition. Un ouvrage pertinent, lucide et d'une maturité indéniable malgré l'innocence de l'auteur dont la plume se révèle d'une grande qualité. Un livre qu'il faut incontestablement posséder dans sa bibliothèque !

 

 

Par KanKr

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 10:15

Les Moutons électriques, 2015

 

 

 

Oniromaque est un récit qui, une fois la dernière page tournée, m’a laissé sans voix, scotché à mon siège. Parce que le souffle de sa narration a su m’emporter jusqu’à un dénouement sublime. Parce que sa construction en forme de poupées gigognes ne laisse aucune échappatoire possible, tant au narrateur qu’au lecteur. Une pépite littéraire qui ramène sur le devant de la scène le nom de Jacques Boireau, auteur français décédé en 2011, lauréat du prix Rosny aîné en 1980. Catalogué science-fiction par les éditeurs de littérature générale, jugé trop « grand public » par les professionnels de la SF, il resta injustement méconnu de son vivant. La publication par Les Moutons électriques de son dernier roman, déjà publié par les Éditions Armada trois ans plus tôt, lui rend enfin hommage.

 

Le point de départ du scénario d’Oniromaque respire le danger : la Ligue Hanséatique, qui règne en maître sur l’Europe du Nord, cherche désormais à soumettre les nations plus méridionales. Alors que la junte militaire, soutenue par les zeppelins de la Hanse, se révolte en Grèce contre le gouvernement démocratique en place, des volontaires européens arrivent afin de lutter contre cette offensive liberticide. Pour ce faire, les scientifiques grecs comptent bien employer leur principal atout : l’oniromaque, une machine capable d’altérer la réalité à partir des rêves de ceux qui l’utilisent.

La virtuosité de l’auteur est vite palpable. Jacques Boireau manipule en effet les références historiques au fur et à mesure que les rêves de ses personnages s’emboîtent inéluctablement les uns dans les autres. Même si aucune chronologie ne vient dater l’action, on situe aisément cette Europe en lutte à une époque proche de la Première Guerre mondiale ou de l’entre-deux-guerres. La France porte ici le nom de Francie et l’Espagne celui d’Occitanie. Le combat des brigades internationales, venues défendre la démocratie grecque, rappelle quant à lui la Guerre civile espagnole de 1936-1939. Le voyage à Monemvassia convoque les temps antiques des agoras grecques. Sans compter que l’on retrouve parmi les principaux protagonistes des personnages ayant réellement existé, tels l’écrivain Dino Buzzati, le réalisateur Carlos Saura, l’alpiniste Tita Piaz, le poète Yannis Ritsos, ou bien encore André Malraux. On le voit bien, Jacques Boireau se plaît à mélanger les genres et les références, qu’elles soient historiques ou fictionnelles, ce qui lui permet de rendre cette uchronie surprenante bien plus tangible qu’on ne pourrait le penser de prime abord. Je serais d’ailleurs curieux de savoir dans quelle mesure celui-ci s’est inspiré du film Inception de Christopher Nolan (2010) pour structurer son enchaînement stupéfiant de rêves dans les rêves, qui délite au fur et à mesure du récit l’entendement qu’a le narrateur du monde qui l’entoure. Le rêve se déroulant au fort Bastiani est à ce titre exemplaire, puisqu’il reprend à l’identique le décor du Désert des Tartares de Dino Buzzati, tout en prolongeant le mystère quant à la capacité de l’oniromaque à répondre aux attentes placées en lui.

 

Oniromaque m’a procuré un sentiment assez jouissif de fuite en avant, de voyages partagés et de lâcher-prise vers l’inconnu. Il vaut autant pour l’originalité de son univers que pour le caractère magistral de sa chute, lutte finale entre l’Oubli et l’Amour rendue de manière saisissante et particulièrement émouvante. Voilà un livre dans lequel il faut se plonger de toute urgence !

 

 

Par Matthieu Roger

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 11:57

Le Point Références, hors-série mai-juin 2015

Surfant sur la mode des publications consacrées à l’histoire militaire, Le Point a publié en mai dernier un hors-série intitulé Séduire, manipuler, vaincre. Scindé en deux grandes parties d’une quinzaine d’articles chacun, il porte dans un premier temps sur les techniques de persuasion permettant de « Vaincre en temps de paix ». L’autre moitié de ce hors-série se penche elle sur comment « Vaincre en temps de guerre ». C’est cette seconde partie se focalisant sur les plus grands stratégistes militaires que nous commentons ici.

 

Il est clair que Séduire, manipuler, vaincre a pour objectif de vulgariser les principaux courants de la stratégie militaire. Le format court des articles, à savoir une double page maximum, ne se prête pas aux grandes analyses, ceux-ci se rapprochant plus d’une page Wikipedia que d’une synthèse argumentée. Il n’en reste pas moins que la période couverte est vaste, de Homère jusqu’à David Galula, et met en lumière des noms trop souvent oubliés : Végèce, Yamamoto Tsunetomo, Lafcadio Hearn ou bien encore Roger Trinquier. Des extraits de textes viennent systématiquement illustrer les présentations des théories de ces penseurs. Sauf que la vulgarisation a ses limites, et que la matière textuelle est loin d’être  au niveau d’une véritable démarche de recherches. À ce petit jeu des notices biographiques et livresques, autant  rouvrir tout de suite l’excellent Dictionnaire de stratégie militaire de Gérard Chaliand (2008, Robert Laffont), bien plus exhaustif et complet. Ne joue pas dans la cour des grands qui veut ! L’intention d’introduire et présenter les textes fondamentaux de la stratégie militaire est plus que louable, l’intention étant à l’évidence de toucher le public néophyte. Mais il aurait été préférable de naviguer plus en profondeur dans les méandres des concepts et contextes historiques.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 10:49

La Documentation Française, mai-août 2015

 

 

 

La revue Questions Internationales a publié cet été un très intéressant numéro double consacré au concept de puissance militaire. Divisé en trois grandes parties (« La puissance militaire », « Quelques acteurs militaires », « La puissance militaire dans l’histoire de quelques grands empires »), celui-ci regroupe une vingtaine d’articles s’attachant à décrypter l’évolution du lien entre géostratégie et la multiplicité des facteurs qui fondent ou invalident cette notion de puissance militaire. Malgré des propos aux formulations parfois trop académiques, ce panorama contemporain fournit au lecteur pléthore d’outils pour mieux comprendre les relations internationales ainsi que les rapports de force qui les sous-tendent. Sans pour autant évacuer une mise en perspective historique, puisque la troisième grande partie intitulée « La puissance militaire dans l’histoire de quelques grands empires » revient sur l’usage de la force armée au temps d’Alexandre le Grand, de l’Empire romain, de l’Empire ottoman, de l’Empire germano-prussien, de Napoléon, ou bien encore de la colonisation.

 

Deux articles se distinguent à mon sens par la pertinence et la clairvoyance de leurs analyses. Celui de Michel Goya tout d’abord, qui met en lumière les nouveaux enjeux militaires soulevés par la prédominance actuelle des conflits asymétriques (« L’adaptation des moyens militaires aux conflits asymétriques », p. 54-61). Le second article, que l’on doit à Frédéric Charillon, directeur de l’Institut de Recherches Stratégiques de l’École Militaire, revient quant à lui sur les atouts et faiblesses de la France en tant que potentielle grande puissance mondiale, à l’heure où ses défis internationaux deviennent de plus en plus multiformes et souvent lointains (« Questions sur la puissance militaire française », p. 146-153). Mais le constat le plus important est peut-être celui que dresse Pierre Buhler, cité par Pierre-Olivier Eglemme lorsqu’il évalue la force militaire de l’Europe actuelle : « Peu nombreux sont les États européens qui sont prêts à investir dans l’Europe une volonté de puissance, en particulier dans sa forme militaire. La plupart des nations européennes n’en voient guère la nécessité, associant la puissance au nationalisme et à ses abus, à la Machtpolitik aux funestes conséquences, aux tragédies qui ont affligé leur continent au XXe siècle. Spectre hantant la conscience historique des Européens, traumatisés par les deux conflits mondiaux, la puissance reste frappée d’illégitimité et d’immoralité. » (in La Puissance au XXIe siècle. Les nouvelles définitions du monde, CNRS Éditions, 2011). De là à diagnostiquer un déclin stratégique de l’Europe il n’y a qu’un pas, que l’on franchit aisément. Extrêmement préoccupant.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 14:42

Éditions Points, 2013

 

Rhapsode, chanteur, ou encore anarchiste, Léo Ferré s'est imposé comme un passionné des mots dans la lignée des intemporels Brassens, Gainsbourg, Brel ou Ferrat. À travers sa plume, sa prose demeurera comme une arme de révolte, de provocation, d'insoumission, mais aussi d'amour. Dans Poète... Vos papiers !, unique recueil de poésies qu'il écrivit, il milite une fois encore pour la liberté : la sienne et celle des rhétoriqueurs à déstructurer règles et pieds !

Abhorrant les formalités, l'ordre établi, l'académisme, les instances politiques et religieuses étouffant l'être humain dans un individualisme qui le dépersonnalise pour mieux pouvoir monter les uns contre les autres et s'assurer des positions sociales privilégiées, il conte, le temps de 80 poèmes, ceux que l'on ne voit pas, ceux qui empruntent des chemins parallèles aux grands axes, ceux qui sont au ban de la société, ceux que l'on croise sans jamais les regarder dans les yeux pour oublier que leur situation reflète notre échec, mais surtout l'institution poétique qui dicte les codes, établissant ou défaisant ce qu'est la poésie.

Ses mots, il ne les chuchote pas, il les crache, plein de hargne, hurlant avec violence son indépendance à l'encontre de ceux qu'il considère enlisés dans une condition confortable.

Spontané, plus d'une fois victime de la censure et souvent scandaleux, il se plaisait à clamer que « Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s’ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes : ce sont des dactylographes. » ou encore que « L’alexandrin est un moule à pieds. On n’admet pas qu’il soit mal chaussé, traînant dans la rue les semelles ajourées de musique. ».

C'est donc loin de toute école poétique qu'il a choisi de tracer sa route, semant ses vers jusqu'à l'ivresse à coups d'argot, de lyrisme, de langage vulgarisé mais toujours maîtrisé, vantant sa singularité, le verbe haut et la plume polissonne.

 

S'il est incontestable que l'auteur domine son sujet, pour un inconditionnel du sonnet classique chérissant l'alexandrin et les rimes embrassées plutôt que la versification sans réelle structure, la prose de Léo Ferré est plus attrayante sur le fond que sur la forme. L'absence de rythme lui fait perdre de sa mélodie et rend la lecture quelquefois difficile à ceux qui ont un métronome dans la tête.

Préférant de loin l'écouter déclamer ses vers en musique, je referme bien vite ce livre pour ressortir son 33 tours du même nom, dont une sélection de titres habitent cet ouvrage.

 

 

 

Par KanKr

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 08:53

Éditions Economica, 2015

 

 

 

Après Ishiwara, l’homme qui déclencha la guerre (Éd. Armand Colin, 2012), qui retraçait le parcours emblématique du général japonais ultranationaliste Ishiwara Kenji durant l’entre-deux-guerres, Bruno Birolli s’attaque ici à la bataille la plus célèbre du conflit russo-japonais de 1904-1905. Le siège par l’Armée Impériale de la seconde plus importante base navale russe de la côte orientale, après Vladivostok, constitue le climax de ce conflit meurtrier. Meurtrier car le siège coûta aux Japonais rien moins que 60.000 morts (130.000 morts sur l'ensemble de la guerre) ! Ces pertes énormes malgré la victoire sont à mettre en parallèle du bilan russe, dont la garnison et la flotte de Port-Arthur furent tout simplement rayées de la carte. Bruno Birolli nous narre avec précision et clarté ces mois de siège sanglants (8 février 1904-5 janvier 1905), de manière synthétique mais jamais lacunaire, tout en revenant sur les tenants et aboutissants diplomatiques de cette guerre. Car la victoire japonaise de Port-Arthur est une déflagration internationale retranscrite par tous les grands médias occidentaux de l’époque, qui dilatera pour plusieurs décennies le nationalisme militariste nippon dans des accès de grandiloquence belliqueuse.

 

Le plus intéressant, selon moi, sont les conclusions que l’auteur tire de cette gigantesque bataille. Pour la première fois peut-être de toute l’histoire militaire, c’est l’artillerie qui devient l’acteur majeur des combats. L’infanterie, préfiguration du premier conflit mondial, se trouve désormais désarmée face aux barrages de feu dressés par les obus, shrapnels et mitrailleuses. La topographie elle même devient mouvante, en témoigne ces collines complètement transformées en d’informes et monumentaux monceaux de terre, gravas et cadavres mêlés. L’industrialisation et la mécanisation systématiques de la guerre, entrevues lors de la Guerre de Sécession, sont définitivement en marche. Ainsi l’auteur n’a-t-il pas peur d’affirmer dès la page 8 : « du point de vue de l’histoire militaire, le 20e siècle commence en 1904 devant Port-Arthur ». Seule l’aviation est encore alors absente des équations militaires.

 

Port-Arthur 1904-1905 est un livre dont je vous recommande sans hésiter la lecture.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 12:20

Allary Éditions, 2015

 

 

Cette bande dessinée, ou devrais-je plutôt dire ce roman graphique, est un récit autobiographique narrant la jeunesse de l’auteur. Ce deuxième tome explore les années 1984 et 1985, lorsque le petit Riad Sattouf revient avec ses parents s’installer en Syrie près de Homs, là d’où est originaire son père.

 

Plus qu’un besoin de revenir sur les étapes marquantes de son enfance, ce qu’il fait d’ailleurs avec beaucoup d’humour, L’Arabe du futur 2 permet à Riad Sattouf de peindre avec force détails la société syrienne des années 1980. Ce sont les questions sociétales qui l’intéressent le plus et, à travers ses yeux d’enfant, on découvre peu à peu la place difficile de la femme dans cette Syrie profondément patriarcale, l’endoctrinement mis en place à l’école auprès de la jeunesse en faveur du régime dictatorial de Bachar El-Assad, la concurrence du consumérisme occidental vis-à-vis des modes de vie traditionnels, la place centrale de l’Islam dans les relations sociales, le clientélisme des apparatchiks syriens, etc. Et qui de mieux que Riad Sattouf, né d’une mère française et d’un père syrien, pour nous retranscrire avec l’innocence – toute relative – de l’enfance la complexité de cette société ? Usant d’une gamme chromatique très restreinte, à savoir le rose, le noir, le rouge et le vert, ces trois dernières couleurs rappelant le drapeau syrien, chaque anecdote de vie est pour lui le moyen de confronter les points de vue (celui de son père, de sa mère, de ses cousins, de sa famille, de ses voisins, de ses camarades de classe, etc.) sur l’évolution des moeurs. Souvent avec drôlerie mais sans pour autant évacuer le plus tragique, lorsque par exemple une femme est assassinée par ses deux frères car coupable de relation hors mariage. Bien que dénoncés à la police, les deux meurtriers seront rapidement relâchés et bénéficieront du soutien d’une partie du village, qui rejette l’opprobre sur leur soeur lâchement assassinée.

 

À l’heure où la guerre civile fait rage en Syrie, la lecture de L’Arabe du futur 2 pose quelques jalons bienvenus quant à la compréhension de l’histoire socio-économique de ce pays.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite