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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 13:22

Éditions Slatkine, 1981 (réimpression de l’édition de Paris de 1928)

 

cover-Poemes-barbares.JPG

 

 

Charles-Marie Leconte de Lisle (1818-1894) est considéré comme le chef de file du Parnasse, ce mouvement qui s’érigea en réaction au romantisme, en proposant une grammaire poétique alliant la rigueur de la forme à la majesté des thèmes traités. Pour reprendre l’expression de la quatrième de couverture, Leconte de Lisle nous offre avec ses Poèmes barbares une « poésie taillée dans le marbre », retrouvant la geste et le souffle des épopées antiques. Son style d’écriture convoque par certains aspects d’autres poètes de son temps On retrouve par exemple dans Les paraboles de dom Guy la verve de La légende des siècles de Victor Hugo :

 

« Or, voici que j’ai vu le monde, comme un pré

Immense, qui grouillait sous ce soleil pourpré,

Plein d’hommes portant heaume et cotte d’acier, lance,

Masse d’armes et glaive, engins de violence

Avec loques d’orgueil, bannières et pennons

Où le Diable inscrivait leur lignée et leurs noms. » (p. 338).

 

De même, les descriptions militaires sont frappées du même rythme que chez Heredia :

 

« Victorieux, vaincus, fantassins, cavaliers,

Les voici maintenant, blêmes, muets, farouches,

Les poings fermés, serrant les dents, et les yeux louches,

Dans la mort furieuse étendus par milliers.

 

(…)

 

Tous les cris se sont tus, les râles sont poussés.

Sur le sol bossué de tant de chair humaine,

Aux dernières lueurs du jour on voit à peine

Se tordre vaguement des corps entrelacés ;

 

Et là-bas, du milieu de ce massacre immense,

Dressant son cou roidi, percé de coups de feu,

Un cheval jette au vent un rauque et triste adieu

Que la nuit fait courir à travers le silence. » (Le Soir d’une Bataille, p. 230)

 

Et la sensualité des ambiances orientales n’est pas sans rappeler la prose de Charles Baudelaire :

 

« Dans le verger royal où rougissent les mûres,

Sous le ciel clair qui brûle et n’a plus de couleur,

Leïlah, languissante et rose de chaleur,

Clôt ses yeux aux longs cils à l’ombre des ramures.

 

Son front ceint de rubis presse son bras charmant ;

L’ambre de son pied nu colore doucement

Le treillis emperlé de l’étroite babouche.

 

Elle rit et sommeille et songe au bien-aimé,

Telle qu’un fruit de pourpre, ardent et parfumé,

Qui rafraîchit le cœur en altérant la bouche » (Le sommeil de Leïlah, p. 161).

 

Bref, ces Poèmes barbares ont le caractère enivrant des légendes archaïques. Ne serait-ce que par leur scansion envoûtante, ils offrent au lecteur un imaginaire rempli de violence, de dieux, de nature farouche et d’hommes déchirés. Tel l’aède d’antan ressuscité par Leconte de Lisle je me tais désormais, le temps d’un dernier extrait illustrant mon propos :

 

« Et le Barde se tut. Et, sur la hauteur noire,

L’Esprit du vent poussa comme un cri de victoire ;

Et la foule agitant les haches, les penn-baz

Et les glaives, ainsi qu’à l’heure des combats,

Ivre du souvenir et toute hérissée,

Salua les splendeurs de sa gloire passée.

Et les Dieux se levaient, tordant du fond des cieux

Leurs bras géants, avec des flammes dans les yeux,

De leurs cheveux épars balayant les nuages. » (Le Massacre de Mona, p. 124).

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Poésie
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite