Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 23:29

Arte Éditions & Futuropolis, 2014

 

Grande-Guerre-couv.jpg

 

 

C’est un défi vraiment pas banal que s’est lancé Joe Sacco : réaliser une fresque dessinée de plusieurs mètres peignant le lancement de la grande offensive britannique de la Somme, le 1er juillet 1916. Futuropolis et Arte Éditions se sont associés pour permettre l’édition de ce projet, avec aujourd’hui la publication de ce livre panorama dont la frise illustrée mesure rien moins que sept mètres de long. Joe Sacco revendique la célèbre tapisserie de Bayeux comme inspiration formelle, d’où une imbrication fondue enchaînée de plans et de perspectives divergentes, réalisée plutôt brillamment. Le coup de crayon, uniquement en noir et blanc, rappelle quant à lui les illustrations réalisée par Jean-Claude Le Guillou pour Versailles – Histoire du château des rois (Éditions Deux Coqs d’or, 1997). Le panorama déplié se veut à la fois descriptif et narratif, puisqu’il relate toutes les séquences de cette journée du 1er juillet 1916 : balade matinale du général en chef Sir Douglas Haig, manœuvres des troupes jusqu’aux tranchées, pilonnages d’artillerie, attaques en lignes vers les positions allemandes, rapatriements des morts et des blessés. On pourra regretter le caractère quelque peu naïf des illustrations de Joe Sacco, qui ne marche à l’évidence pas dans un traitement ultra-réaliste à la Tardi. De même, le choix du noir et blanc peut être lui aussi questionné, une colorisation aurait selon moi donné plus de force à son dessin. Néanmoins l’exercice de reconstitution minutieux auquel se prête l’auteur a le mérite de retracer de manière fidèle le quotidien du troupier de la Première Guerre mondiale. Un livret rédigé par l’historien américain Adam Hochschild vient compléter l’ouvrage, où l’on trouve un texte de présentation éclairant sur les circonstances de ce drame qui vit près de 20.000 hommes fauchés en une seule journée, ainsi qu’une légende des différentes planches de la frise illustrée. Bref, à défaut de constituer un futur incontournable de votre bibliothèque historique, La grande guerre – Le premier jour de la bataille de la Somme s’avère être un objet très original, présenté dans un coffret à la finition soignée.

 

Un aperçu de ce travail de Joe Sacco est visible ICI.

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
commenter cet article
26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 13:51

Éditions Gallimard, 2012

cover-Alesia-copie-1.jpg

 

 

Dans cet ouvrage, Jean-Louis Brunaux, directeur de recherches au CNRS et spécialiste de la Gaule antique, tente de comprendre pourquoi la bataille d’Alésia est devenue l’un des événements les plus emblématiques de notre histoire nationale. Pourquoi cette bataille, qui mit aux prises en -52 av. J.-C. les légions de Jules César à une armée composite, mosaïque des peuples de toute la Celtique, a-t-elle acquis une portée si symbolique dans la mémoire collective ? Au vu de cette problématique, ce n’est donc pas un hasard si les éditions Gallimard ont décidé de publier ce livre au sein de leur collection « Les journées qui ont fait la France ».

 

Afin d’appréhender dans toute sa globalité le climax que constitue Alésia, l’auteur scinde son propos en quatre grands chapitres : « L’événement », « La Gaule indépendante », « La Conquête », « La légende ». En procédant ainsi, il tord le cou à certaines idées reçues. Non, l’armée gauloise assiégée dans l’oppidum d’Alésia ainsi que l’immense armée de renfort envoyée à son secours ne formaient pas une armée nationale. Bien que formées suite aux décisions du « Conseil de toute la Gaule », celles-ci avaient à leur tête plusieurs chefs ; Vercingétorix n’en était que la figure de proue. Non, à l’issue de la victoire romaine, toute la Gaule n’était pas pacifiée. Il faudra encore plusieurs années de guerre à César pour pouvoir revendiquer toute la Gaule, hors provinces Cisalpine et Transalpine, déjà rattachées à Rome, comme province soumise à la pax romana. Il n’en reste pas moins, sur un plan purement militaire, que des dix années de proconsulat de César en Gaule Alésia est le moment où s’exprima le mieux l’art romain de la poliorcétique, en témoignent les vestiges du siège retrouvés à Alise-Sainte-Reine, en pays auxois. Sans oublier l’avantage crucial que conféra à César son réseau extrêmement performant d’espionnage et de renseignement. En effet, « le proconsul connaissait toujours suffisamment à l’avance les projets de son ennemi pour disposer ses légions en conséquence, accumuler assez de munitions, calculer le temps de résistance de ses légionnaires et ne faire intervenir la cavalerie germaine qu’au moment le plus critique, quand les Gaulois, épuisés par des heures de combat, croyant enfin à la victoire, voyaient surgir un nouvel ennemi. » (p. 132)

 

Alésia est un ouvrage captivant, parce qu’au fil des pages Jean-Louis Brunaux redessine pour nous les contours des trois grands enjeux de cette bataille mémorable : celui de la Gaule en tant qu’entité politique indépendante, celui de la conquête romaine soudain remise en question, et celui de pari périlleux de César, qui misait là rien moins que sa carrière politique. Ce dernier n’hésitera d’ailleurs pas à enjoliver les faits à son avantage dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules. Comme le dit si bien l’auteur : « pendant quelques semaines, Alésia fut le centre de la Gaule mais aussi d’un monde romain qui se muait en un empire ».

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
commenter cet article
12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 16:30

Éditions Eyrolles, 2014

 

50-longs-metrages.jpg

 

 

Dans cet ouvrage au format livret, le journaliste ciné Gersende Bollut choisit de nous présenter les cinquante films d’animation méritant selon lui de rester dans la postérité. Un choix pour le moins ardu pour l’auteur, lequel s’est appliqué à présenter une diversité des époques, des genres et des esthétiques, tout en évacuant de fait toute prétention à l’exhaustivité. Pari réussi, puisqu’il réussit tout aussi bien à ramener le lecteur en enfance – qui n’a pas déjà rêvé petit devant les chef-d’œuvres universels de Walt Disney ? – qu’à remettre au goût du jour certains classiques restés à tort plus confidentiels, tels l’Allegro non troppo de Bruno Bozzetto (1976) ou le « dérangeant et envoûtant » Alice de Jan Svankmajer (1988). Sans oublier les meilleures productions contemporaines, des grands succès des Studios Pixar au renouveau français symbolisé par l’émouvant Ernest et Célestine (2012), en passant par les grands animés japonais, avec Mamoru Hosoda et Hayao Miyazaki en chefs de file. Tout juste pourra-t-on regretter l’absence de Renaissance réalisé par Christian Volckman (2006), même pas cité en liste complémentaire, pourtant l’une des plus grosses claques visuelles de ces dix dernières années. Mais Pourquoi est-ce un chef-d’œuvre ? – 50 longs-métrages d’animation expliqués n’en dresse pas moins un très beau et éloquent panorama de l’évolution du dessin animé. Et si certains traitements formels traditionnels arrivent encore à le disputer à l’hégémonie de l’image de synthèse, la multiplicité des thèmes traités par toutes ces « pépites filmiques » prouvent bien que le cinéma d’animation n’a pas à être considéré comme un sous-genre du septième art. Comme l’indique Gersende Bollut dans son introduction, « l’animation souffre en effet d’une trop grande méconnaissance de la part du grand public, souvent prompt à la réserver et à n’y accorder qu’un intérêt poli ». Il est aujourd’hui temps que la tendance s’inverse, et ce livre apporte sans conteste une belle pierre à l’édifice.

 

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Culture(s)
commenter cet article
4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 22:06

Éditions Tallandier, 2014

cover-sous-le-feu.jpg

 

 

Michel Goya, ancien officier d’active de l’armée française, directeur du bureau Recherche au Centre de doctrine d’emploi des forces de l’armée de terre et  collaborateur permanent de la revue Guerres & Histoire, livre avec Sous le feu une analyse extrêmement fine de la place du soldat au milieu des combats. Comme le rappelle l’auteur, « l’étude du comportement au combat est devenue après-guerre un monopole des Anglo-Saxons, depuis les observations réalisées sur les troupes américaines et allemandes durant la Seconde Guerre mondiale par Morris Janowitz et Edward Shils, S.L.A. Marshall et Samuel Stouffer, ou plus tard par des auteurs comme Charles Moskos, Dave Grossman, Richard Holmes ou John Keegan » (p. 19-20). Le sous-titre plus qu’évocateur de l’ouvrage, La mort comme hypothèse de travail, ne laisse aucun doute sur les dangers qui contraignent de manière permanente le militaire à l’échelon tactique. Très documenté, s’appuyant sur de nombreuses enquêtes et études préexistantes, illustrant son propos de nombreux exemples et citations pertinents, Michel Goya resserre sa focale sur la psychologie individuelle du combattant et la complexité du traitement en temps réel de la menace. Il faudra ainsi distinguer l’homme face à la guerre, isolé dans sa compréhension toute personnelle du conflit dans lequel il s’engage, du soldat au sein de son unité, réceptacle des pressions – non violentes ou violentes – de ses frères d’armes. Parcourant un siècle de guerres, du premier embrasement mondial aux interventions en Afghanistan et Irak, il dresse ici un panorama saisissant de la difficulté pour tout combattant à contextualiser sous le feu de l’ennemi ses propres potentialités d’actions. Le champ de bataille permet toujours une alternative, autant faut-il posséder les moyens techniques ou cognitifs pour l’appréhender dans l’immédiat. « Le combattant est un stratège, plus ou moins doué et actif, utilisant toutes ses ressources pour évoluer dans la zone de mort. Dans cet espace-temps particulier, tout est affaire de détails minuscules, qui se mesurent en centimètres ou en fractions de seconde et dont l’accumulation peut faire la différence entre la vie et la mort. » (p. 117) Le soldat opère ainsi constamment des choix, en fonction d’objectifs aussi divers et variés que l’annihilation de l’ennemi, le respect des ordres ou bien tout simplement la survie.

 

Une armée n’est pas qu’une juxtaposition d’hommes en armes, elle constitue en fait l’agrégat de différents groupes dont les capacités de nuisance à l’échelle tactique confèrent à l’ensemble sa puissance de frappe. Sous le feu se démarque selon moi des autres ouvrages de tactique militaire par la clairvoyance de son auteur, capable de convoquer avec lucidité et sans forfanterie son propre vécu du champ de bataille, afin de mettre en relief les facettes à double tranchant du tueur « éduqué » qu’est appelé à devenir tout soldat. Notons en fin d’ouvrage une bibliographie particulièrement fournie et très utile, où l’on retrouve entre autres Batailles d’Hervé Drévillon (Points, 2009), Un balcon dans la forêt de Julien Gracq (José Corti, 1958), Anatomie de la bataille de John Keegan (Tallandier, 2011), ou bien encore Feu et sang et Orages d’acier d’Ernst Jünger, déjà chroniqués sur ce site.

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Stratégie militaire
commenter cet article
6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 00:05

P.O.L éditeur, 2011

cover-limonov.jpg

 

 

Destin hors normes que celui d’Edouard Limonov. Emmanuel Carrère ne s’y est pas trompé, qui restitue ici la vie du baroudeur russe sous forme de roman, après de nombreuses années d’enquête auprès des figures incontournable de son existence. Mais qui est donc Limonov ? La dernière page du livre tournée, difficile encore de se faire une idée précise et arrêtée du personnage. Même Carrère, qui le connut pourtant lorsqu’il était l’écrivain à la mode du Paris des années 1980, conclut sur d’endémiques interrogations. C’est qu’avant de devenir un des opposants politiques emblématiques à Poutine, Limonov fut tour à tour poète raté,  clochard, valet d’un richissime Américain, auteur reconnu, pour finir par aller faire le coup de feu dans les Balkans au côté des ultranationalistes serbes. Ce dont on peut être sûr, au final, c’est que Limonov, « on ne l’achète pas, on ne le domestique pas. Il est un bandit de grand chemin (…). » De manière parfois crue, à l’image de ses frasques sexuelles et des marathons d’ivrognerie appelés zapoï par-delà l’Oural, Emmanuel Carrère peint une vie remplie d’aventures, de folies, de démesure, de passions.

 

Le plus intéressant, c’est qu’en suivant les pérégrinations de notre charismatique protagoniste se dresse un panorama éclectique de l’Europe de la seconde moitié du XXe siècle. Des milieux underground moscovites et ukrainiens jusqu’aux cercles littéraires parisiens, en passant par le cruel ballet des snipers de Sarajevo, surgissent devant les yeux du lecteur les secousses chaotiques du post-communisme. Edouard Limonov avait une revanche à prendre sur la basse condition de ses origines ; frayant tout au long de sa vie avec le pire, il nous offre le portrait d’une de ces têtes brûlées comme on en voit plus aujourd’hui. Né pour s’incarner en tant que leader, celui qui pense que « la guerre est un plaisir, le plus grand des plaisirs, sinon elle s’arrêterait tout de suite » n’a pas fini d’intriguer.

 

Limonov a reçu le Prix Renaudot 2011.

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Fictions
commenter cet article
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 00:13

Éditions Perrin, 1998, 1999 et 2005 pour la dernière édition

 

cover-fouquet-copie-1.jpg

 

 

Voilà un livre de poche bien replet – pas moins de 600 pages – mais qui ne doit cependant pas effrayer notre aimable lecteur. Jean-Christian Petitfils, à qui l’on doit également une biographie de Louis XIV et plusieurs ouvrages sur les droites françaises, nous livre ici un récit magistral de ce que fut la vie de Nicolas Fouquet, surintendant des Finances de Mazarin puis de Louis XIV. La mémoire collective a retenu sa déchéance prononcée par le roi après les célèbres fastes de la réception organisée en son honneur à Vaux-le-Vicomte, symbole de l’absolutisme royal naissant. Mais les multiples facettes du personnage méritent que l’on s’y attarde plus en profondeur, car elles dessinent l’ascension hors-norme d’une ambition démesurée. Jean-Christophe Petitfils nous narre tout à tour le juriste éminent, qui devint procureur général du Parlement, l’habile financier, rompu à toutes les combines budgétaires en cette époque de crise fiduciaire aigüe, le diplomate avisé, l’ami fidèle,  qui sut s’entourer de courtisans, de clients et d’alliés plus ou moins loyaux, sans oublier le grand mécène et bâtisseur, qui réunit par exemple à Vaux-le-Vicomte le fameux trio Le Brun-Le Nôtre-Le Vaux. Profitant de l’épisode de la Fronde pour rentrer dans les bonnes grâces de Mazarin, Fouquet, à force de travail et d’activisme clientéliste, se hissa au faîte de l’État, cumulant charges, honneurs et rétributions des plus lucratives.

 

Mais les jeux secrets de la puissance et de la fortune font tourner les têtes les plus froides. Engageant des dépenses somptuaires pour bâtir son domaine de Vaux-le-Vicomte et entretenir ses réseaux d’obligés, Nicolas Fouquet se créa autant d’inimitiés que d’amis. Le plus farouche de ses ennemis fut sans aucun doute Colbert. C’est ce dernier, avec l’aval du roi, qui fomenta le lit de justice extraordinaire qui condamna Fouquet au bannissement, sentence commuée ensuite en prison à perpétuité. Comparant les deux personnages, l’historien précise : « Autant Colbert était méthodique, précis, assommant de rigueur, autant Nicolas se complaisait dans la négligence brouillonne et le charme des aquarelles aux horizons flous. La confusion s’étendait à tous les niveaux. Il encourageait, par exemple, ses amis à prêter au roi : investir dans les finances de Sa Majesté pouvait rapporter à condition de recevoir de bonnes assignations. Il s’y employait. En remerciement  de leur générosité, il pressait Mazarin de leur donner des gratifications. À leur tour, ces faveurs financières confortaient ces liens de patronage. » (p. 158). Pour le dire de manière quelque peu abrupte, Fouquet était un magouilleur de première, doublé d’un homme cultivé et charmeur, à la fois éloquent et présomptueux. Voulant léguer à la postérité son ascension fulgurante, il se brûla les ailes au feu d’un soleil royal que nul autre ne pouvait et ne devait égaler. Nec pluribus impar.

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire
commenter cet article
23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 13:04

Éditions du Cherche-midi, 2000

 

cover-petit-dictionnaire.jpg

 

 

Moins riche que le Dictionnaire des mots rares et précieux publiés aux Éditions 10/18, ce Petit dictionnaire des mots [rares] n’en offre pas moins un beau voyage le long des méandres de la langue française. Amoureux des mots, Thierry Prellier, de son état directeur maternelle et instituteur, nous propose ses mots choisis, parfois sublimes, cocasses, décoratifs, ou bien futiles, ampoulés, maniérés, mais toujours riches de multiples évocations. Comme il nous le rappelle fort justement, « la collection de mots doit servir et non pas asservir la Compréhension, la Communication, l’Esthétique, la Correspondance, dans le sens baudelairien du terme aussi bien que dans le sens postal. N’usez de termes nouveaux aux autres qu’avec délicatesse, avec respect. Offrez du contexte, donnez une explication éventuellement, non pas doctorale mais limpide, d’un simple coup d’œil de connivence. Offrez les mots de votre collection. Ils ne seront jamais perdus pour vous et prendront, a contrario, encore plus de saveur. » (p. 10)

 

Points forts de ce Petit dictionnaire des mots [rares], sa mise en page aérée, plus qu’appréciable, ainsi que la présence de citations littéraires qui viennent illustrer chaque terme. Une manière intelligente de s’instruire et de voyager avec ces vocables qui nous font rêver : adamantin, caducée, célestiel, effluence, gonfalon, lilial, nadir, parousie, sigisbée, vénusté, et tant d'autres encore…

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Culture(s)
commenter cet article
22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 00:00

Bimensuel édité par Mondadori France

 

cover-G-H-15.jpg

 

 

Ce nouveau numéro de Guerres & Histoire débute par l’interview choc de Sacha Volkov, ex soldat soviétique capturé par les Allemands lors de la contre-attaque sur le saillant de Koursk en 1943. Un témoignage poignant sur les horreurs de la détention en temps de guerre, le jeune homme finissant par être envoyé au sinistre camp de Buchenwald. C’est plusieurs décennies auparavant que nous ramène le photoreportage consacré à la Guerre des Boers (p. 18 à 26), conflit colonial opposant les colons du Transvaal et de l’Etat libre d’Orange aux troupes britanniques. Un conflit peu évoqué de nos jours, mais qui montre qu’avec un sens affûté de la guérilla et un armement performant de petits effectifs peuvent tenir en respect une armée entière. Le dossier central du magazine est quant à lui consacré à la guerre d’attrition que livrèrent les alliés à la Luftwaffe à partir de 1943, course à la suprématie aérienne tous les instants dont on ne parvient à prendre la mesure que devant les chiffres effarants des pertes subies par les deux camps. Voilà un aspect de la Seconde Guerre mondiale qu’il était important de rappeler, d’autant plus qu’il fut riche en enseignement stratégiques, que ce soit au niveau des tactiques de combat entre avions de chasse, bombardiers et intercepteurs, ou bien à une échelle plus globale sur les objectifs des bombardements (ciblage des lieux de production industriels ou bien de la population civile ennemie). Autre article à mettre en avant, tout aussi intéressant que les précédents, celui qu’Eitan Haddok consacre à la « Guerre du Kipppour, comment Israël s’est laissé surprendre ». Ou l’on apprend que les services secrets israéliens, pourtant fameux, commirent en 1973 des impairs qui faillirent bien redessiner la carte géopolitique du Proche-Orient. Enfin, on retiendra également la double page consacrée au nouvel ouvrage publié par Jean Lopez, Joukov – L’homme qui a vaincu Hitler (Éditions Perrin). Celui-ci, s’il s’avère à la hauteur des louanges formulées par Laurent Henninger dans sa critique, pourrait bel et bien faire référence.

 

 

Par Matthieu ROGER

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
commenter cet article
11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 16:43

Éditions Les Escales, 2013


cover-detruire-carthage.jpg

 

 

Ce roman historique est inspiré de la célèbre série de jeux vidéo PC de stratégie « Total War », qui met notamment en scène les guerres romaines. Total War Rome : Détruire Carthage est ainsi, comme son titre l’atteste, un produit dérivé d’une franchise commerciale. Voilà qui laisse songeur et laisse interrogatif quant au contenu littéraire proposé. Le nom de l’auteur rassure néanmoins quelque peu, puisqu’il s’agit du Britannique David Gibbins, qui a déjà publié une demi-douzaine de romans d’aventures historiques. Les développeurs de jeux vidéo The Creative Assembly et SEGA ont donc eu la bonne idée de ne pas miser sur un débutant pour cette nouvelle déclinaison livresque, annoncée comme « le premier tome d’une série de romans épiques ». David Gibbins est en fait un féru d’histoire militaire passionné par les armes et les armures, intérêt qui lui vient de riche passé militaire de sa propre famille et que l’on retrouve dans ses romans précédents, avec par exemple les campagnes romaines vers l’Est (Tigres de guerre, Éditions First, 2009), les guerres victoriennes en Inde et au Soudan (Pharaon, Éditions Les escales, 2013), et la Deuxième Guerre mondiale (Le Masque de Troie, Éditions First, 2011).

 

Total War Rome : Détruire Carthage s’avère captivant, en transportant le lecteur en Macédoine, en Numidie, en Hispanie et dans la Rome du IIe siècle avant J.-C. Un des grands mérites de l’auteur est de ne pas court-circuiter son histoire par des intrigues secondaires superflues, principal défaut des romans historiques publiés aujourd’hui. On suit ici Scipion Émilien, petit-fils du légendaire Scipion l’Africain, et Fabius Petronius Secondus, son ami qui deviendra centurion primipile. Les 450 pages de Total War Rome : Détruire Carthage courent sur plus de vingt années, du champ de bataille de Pydna (168 av. J.-C.) à la troisième guerre punique et au siège de Carthage (146 av. J.-C.). Elles mettent en exergue le destin héroïque de Scipion Émilien, que le poids de ses ascendants condamne à une carrière glorieuse. Avec cette fiction historique David Gibbins entend montrer « comment la crédibilité de n’importe quelle reconstruction (…) repose moins sur la reproduction des "faits" apparents que sur la compréhension des incertitudes de cette information et de la nécessité d’une approche historique pour l’utiliser ». De fait, il s’est notamment appuyé sur les écrits des historiens antiques Plutarque et Appien afin d’étayer sa trame narrative, où l’on retrouve un Polybe à la fois stratège et conseiller de Scipion. Car la route du cursus honorum sera longue pour Scipion avant d’arriver au pied des murailles de Carthage. « Un jour, il reviendrait avec une cuirasse bien à lui, plus magnifique que celle-ci, faite avec l’or et l’argent de ses propres conquêtes, décorée non plus avec les images des guerres passées, mais avec celle de sa plus grande victoire, une citadelle en flammes, avec un général dominant le chef vaincu de la plus grande ennemie de Rome. Il reviendrait pour célébrer le triomphe le plus éclatant que Rome ait jamais connu. Il attendrait d’avoir reçu l’adulation du sénat, puis leur tournerait le dos (…). Il rendrait le sénat impotent, impuissant, car il gagnerait le peuple, les légionnaires et les centurions, et ensemble ils forgeraient l’armée la plus formidable que le monde ait jamais vue, une armée qui briserait les chaînes de Rome et balaierait tout devant elle, menée par un général dont les conquêtes feraient paraître celles d’Alexandre le Grand dérisoires. » (p.155)

 

Bref, Carthago delenda est

 

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Fictions
commenter cet article
2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 13:57

Éditions Tensing, 2013

cover-controverses.jpg

 

 

Publiées dans la Collection Théâtre des Éditions Tensing, ces Controverses 1812-1813 abordent la figure emblématique de Napoléon Ier. Sous la forme d’une piécette historique d’une vingtaine de pages, elles reviennent sur deux moments charnière de son règne. La première scène confronte Goethe à Beethoven, au moment où Napoléon s’apprête à envahir la Russie, en juillet 1812. La seconde se déroule fin octobre 1813, alors que les alliés ont chassé les troupes françaises d’Allemagne ; on y retrouve le philosophe allemand conversant avec son fils. Oppositions d’idées entre l’homme de lettre allemand et ses deux vis-à-vis, lesquels critiquent implacablement les ambitions impérialistes de l’Empereur. Mais c’est finalement Goethe, admiratif de la grandeur de l’homme qui bouleversa l’Europe en seulement quinze ans, qui aura le dernier mot. Non seulement son fils, contrairement à ce qu’il affirme, ne s’enrôle pas dans les troupes de la coalition, mais la piécette se termine sur cette citation de Beethoven : « J’ai pensé et dit beaucoup de mal de Napoléon : j’avais tort, c’était un grand homme. »

 

Controverses 1812-1813, de par son format modeste, est tout à fait le genre de piécette théâtrale qui pourrait être adaptée par une classe de collégiens ou de lycéens. Elle montre qu’aujourd’hui des auteurs comme Jean Kemèny restent fascinés par la légende napoléonienne. Arnaud Blin, dans son ouvrage Iéna, 1806 (Perrin, 2003) évoquait lui aussi la portée inégalée de cette légende en marche. Qui ne connait pas cette célèbre exclamation du philosophe Hegel devant le défilé des troupes impériales à Berlin, reprise par Jean Kemèny : « J’ai vu passer l’esprit du monde ! »

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Arts et histoire
commenter cet article

Recherche

Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite