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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 13:32

La Boîte à Bulles, 2016

 

 

 

User ses pompes sur le pavé, augmenter ses pulsations cardiaques, transpirer de tous ses pores, cracher ses poumons... tout un programme loin d'être une sinécure ! C'est pourtant celui que nous propose Sébastien Samson dans son ouvrage Le Marathon de New York à la petite semelle.

Rien ne prédestinait Sébastien, professeur de dessin à l'existence rangée, à quitter le confort de ses chaussons pour une paire de chaussures de sport ! C'était sans prendre compte les aléas du quotidien tels qu'un dîner entre amis... Mis de côté par sa femme et ses convives passionnés de course à pied, l'enseignant, afin de prendre part aux discussions, décide sans trop réfléchir de les suivre dans leur dernière lubie : participer au célèbre Marathon de New York. Est-ce dans le but de se prouver qu'il en est capable ou simplement de répondre aux railleries concernant son laisser-aller et ses quelques kilos en trop ? Lui-même n'en est pas vraiment sûr, mais ce sera une bonne occasion de visiter « La Grosse Pomme » et il ne peut désormais plus reculer s'il ne veut pas être la risée de son entourage... Fini l'alcool, le tabac et les matières grasses ! À partir de maintenant, commence un entraînement solitaire et laborieux le long de la côte normande où il peine à boucler ses dix minutes de footing. Peu habitué à cette débauche d’énergie, son organisme grippé doit apprendre à s'adapter aux changements de rythme et à l'effort physique. Afin de se transcender durant l'exercice, il digresse, dialoguant avec lui-même et s'imaginant un monde l'aidant à repousser ses limites : celui d'une colonie de travailleurs à l’intérieur de son corps qui s'active au fonctionnement de la mécanique. Lorsque le grand jour arrive, Sébastien n'est pas certain d'être prêt... Néanmoins, avec sa femme et leur couple d'amis, les voilà sur le point de s’élancer sur les quarante-deux kilomètres de parcours. Les jambes suivent la foulée dans la douleur et les yeux découvrent la ville avec ravissement : le Bronx, le Queens, Brooklyn, Chinatown, l'Hudson River, l'imposante statue de la Liberté, les buildings majestueux, le bruit, la foule...

En 192 pages, l'auteur, à la fois protagoniste principal, scénariste et dessinateur, nous propose un récit atypique abordant la persévérance, la force mentale et le dépassement de soi qu'il lui a fallu pour progresser pas après pas. Il nous décrit, avec humour, cette aventure humaine en nous immergeant dans l'intimité de ceux qui courent jusqu'à la rupture. À chaque case, le lecteur cavale à ses côtés, partageant ses émotions, ses succès, ses échecs et ses réactions physiologiques face à l'effort.

À travers un dessin épuré, spontané et expressif, en noir et blanc, Sébastien Samson, en évoquant ce passage de sa vie, nous offre une visite détaillée de la plus grande ville des États-Unis. Il appuie son propos avec un trait rapide, proche de la caricature, pour ses personnages et un graphisme plus minutieux concernant les décors dans lesquels ils évoluent.

Cette histoire, touchante par sa sincérité et ses anecdotes cocasses, saura ravir les aficionados de la course à pied aussi bien que les athlètes de canapé !

 

 

 

Par KanKr

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 14:34

Les Editions de la Cerise, 2016

 

 

Le monde de la piraterie, des chasses au trésor et des batailles navales a peuplé nos imaginaires de bambins, puis nous avons grandi et oublié nos rêves... Jeremy A. Bastian, lui, est resté un enfant. Ce deuxième tome de La fille du capitaine pirate témoigne de son enracinement à l'âge de l'innocence et des chimères.

Depuis qu'elle a quitté Port Elisabeth, en Jamaïque, à la recherche de son père, la fille maudite du capitaine pirate a écumé les mers d'Omerta. L’intrépide insouciante les a parcourues aussi bien par-dessus que par-dessous, croisant des forbans, d’improbables monstres marins et autres créatures fantastiques dont certaines deviendront ses compagnons de route. Elle poursuit sans relâche sa quête homérique pour retrouver celui dont elle ne connaît ni le nom ni le visage : un obscur paternel que ses rencontres lui apprendront être l'un des plus redoutés corsaires des océans.

 

Jeremy A. Bastian explore le monde des songes, errant dans l'extravagance d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll tout en succombant à l'appel du large, à l'image de L’île au trésor de Robert Louis Stevenson. Il fait fi des conventions, écrivant au gré de ses fantasmes, contant ce que son esprit lui dicte lorsqu'il digresse dans l'imaginaire. Univers unique, ambiance poétique, langage truculent, protagonistes loufoques... sa plume a décidément l'inspiration débordante !

D'un point de vue graphique, l'ouvrage est tout aussi atypique que le scénario. L'auteur se joue des normes habituellement utilisées dans la bande dessinée : agencement des cases, jeu continuel avec le décor et l'histoire, sens de lecture, textes serpentant autour des dessins... Les cases n'ont presque aucune légitimité ici tant elles semblent contraignantes... les mots et les images s'évadent à chaque page ! Jeremy A. Bastian a opté pour une illustration proche de la gravure, un lettrage original et un noir et blanc sobre, mais fourmillant d'éléments afin de nourrir son propos. Un régal pour les yeux !

Ne vous attendez cependant pas à une lecture rapide... Il faut revenir sur l’œuvre et les détails pour en apprécier toute la profondeur !

Voilà une suite confirmant tout le talent de Jeremy A. Bastian ! Cette fable irrationnelle, riche et addictive, sentant le fer, la poudre et l'eau salée, est un bijou qui vient trouver une place de choix dans la collection de la petite maison d'édition de la Cerise. Vivement l'épilogue de cette aventure dans le troisième et dernier volet !

 

 

Par KanKr

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 17:14

Rue de Sèvres, 2016

 

 

 

Les aiguilles tournant, laissant leurs stigmates sur les visages et altérant le moral, voici le sujet développé par Juan Díaz Canales dans Au fil de l'eau. Une fois n'est pas coutume, le scénariste de Blacksad et du dernier Corto Maltese s'installe derrière les crayons, sans pour autant délaisser sa plume. En tant qu'auteur complet, il nous propose un récit original, de la forme au fond !

Dans les années 2000, alors que la crise économique fait des ravages en Europe dans les rangs des plus démunis, Madrid n'échappe pas à la règle. Au milieu de cette ambiance morose, une bande d'octogénaires, partagée entre ennui du quotidien et convoitise de revenus supplémentaires, se découvre une passion pour le trafic d'objets volés. De petits profits qui ne leur servent pourtant pas à améliorer l’ordinaire, mais à miser sur leurs parties de cartes. On se demande néanmoins si cette activité illicite n'est pas un simple jeu de provocation envers l'ordre établi de la part de ces seniors, compagnons de lutte, qui ont défendu la liberté dans les années trente. Cependant, malgré leur sérénité de surface, ils portent un lourd secret qui pourrait expliquer la disparition des membres du groupe les uns après les autres, assassinés dans d'obscures circonstances…

 

L'auteur nous dépeint un portrait amer de l'Espagne contemporaine traînant les fantômes de son passé comme un fardeau : le franquisme, le militantisme anarchiste, la pauvreté ou encore la mise à l'écart des anciens. Il aborde avec finesse, tendresse et une sombre poésie, la place du troisième âge dans notre société, l'emprise de l'horloge qui défile, les conflits de générations, l'esprit de contradiction et la fracture sociale. Des problématiques aussi universelles qu'intimes ! Comme le sous-entend le titre de l'ouvrage : l'eau suit toujours le sens du courant, tout comme l'homme suit celui du temps. On ne retourne jamais en arrière...

Si le scénario se révèle incontestablement subtil et profondément humaniste, le dessin n'en est pas moins d'une exquise efficacité ! Le choix du noir et blanc s'avère judicieux dès les premières cases, renforçant l'aspect austère du propos. Son trait, quant à lui maîtrisé, léger et très expressif, nous offre une galerie de personnages aux visages burinés par l'existence auxquels le lecteur s'identifie rapidement.

 

Indéniablement, à travers ce polar atypique et grinçant, Juan Díaz Canales affirme ses talents de conteur et instaure ceux de dessinateur ! Il nous enseigne une leçon de vie tout simplement belle et émouvante.

À lire et savourer !

 

 

Par KanKr

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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 08:18

La boîte à bulles, 2016

 

 

 

De l'Inde, chacun a déjà entendu parler du Gange, du Taj Mahal, de Bollywood ou de Gandhi, fleurons du pays le faisant rayonner dans le monde. Moins nombreux sont ceux qui connaissent les Adivasis, peuple indigène pacifique. Et pour cause ! Comme partout, derrière la vitrine se cache toujours ce qui n'est pas présentable...

À travers Adivasis meurtris – L'agonie d'un peuple autochtone en Inde, Eddy Simon et Matthieu Berthod ont choisi d'évoquer l'une de ces faces sombres de l'Inde.

Sujets de cet ouvrage, les Adivasis sont des aborigènes de l'Inde habitant quasiment en autarcie, à l'écart de la civilisation, dans les régions reculées du territoire. Si leur nombre est estimé à cent millions, ils constituent une minorité de la population. Au sein d'un système social organisé en castes, ils se retrouvent souvent recensés avec les intouchables, l’échelon le plus bas de la hiérarchie. Considérés par la société comme des primitifs, ils sont méprisés et exploités par les classes supérieures. Avec l'avènement du XXIe siècle, leur situation empire. D'une part, le gouvernement, via ses milices, s'approprie leurs terres, pille les richesses qui s'y trouvent et permet à l'industrie de s'y implanter sans vergogne. D'autre part, les rebelles maoïstes (les naxalites), sous couvert de les défendre, s'opposent à l'État avec violence. Au milieu d'une guerre pour laquelle ils n'ont pris aucun parti, les Adivasis vont devenir le dommage collatéral d'une lutte sans concessions se déroulant dans l'ignorance générale.

Pour illustrer leur propos, les auteurs ont opté pour un séquençage de cases en noir et blanc ayant rarement de liens entre elles. Ils utilisent l'image pour mettre en avant les situations développées tout au long du récit, laissant primer le scénario sur le dessin. Plus qu'une bande dessinée, Eddy Simon et Matthieu Berthod nous offrent ici un documentaire graphique instructif qui s’intéresse à un thème très peu exploré.

Voici une œuvre, soutenue par Amnesty International, qui ne doit pas sombrer dans l'oubli !

 

 

Par KanKr

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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 17:41

Éditions Mnémos, 2016

 

 

 

Le Royaume Rêvé a tout pour plaire. Une plume alerte, celle d’Adrien Tomas, un univers riche et fouillé, celui d’un vaste continent insulaire, des personnages attachants, que l’on suit pas à pas tout au long du récit, éléments qui viennent structurer une fantasy à mille lieues des clichés du genre. À l’instar de G.R.R. Martin dans Le Trône de Fer, Adrien Tomas alterne les chapitres dont chacun se concentre sur un protagoniste différent. Même si Vermine, la sauvageonne aux pouvoirs si obscurs, paraît constituer l’héroïne principale de l’histoire, c’est toute une galerie de héros qui vient composer ici la geste des royaumes des Marches du Gel. Développant un système politique original, où les héritiers des principautés nordiques sont à la fois otages et atouts du pouvoir pour l’instant centralisé à Sveld, l’auteur n’en égrène pas moins savamment quelques bribes d’informations capitales sur les autres puissances continentales. Si, en ce qui concerne Le Royaume Rêvé, le danger vient bel et bien de l’intérieur, la chute finale laisse présager une suite outrepassant les frontières géographiques de ce premier opus.

Si je vous conseille la lecture de ce livre, agréable compagnon de vacances, c’est qu’il mélange avec un brio certain intrigues politiques, stratégie, destins individuels, magie, mandragores inquiétantes et fantasy, sans oublier une légère pointe d’humour jamais superflue. Combats et rebondissements narratifs sont également au programme concocté par Adrien Tomas, lequel fait désormais partie, comme Jean-Philippe Jaworski ou Fabien Cerruti, de ces écrivains de fiction français les plus talentueux que nous ne manquerons pas de suivre de très près.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 10:28

Le Lombard, 2016

 

 

Entre 1995 et 2011, Euskadi Ta Askatasuna, plus connu sous l’acronyme ETA, ayant perdu beaucoup de son aura depuis sa création en 1959, a recentré ses opérations sur des personnalités basques. Durant cette période, l’État engage des miliciens sans formation pour escorter ceux que les actions de l’organisation ciblent encore. C'est pendant ces événements que Mark Bellido et Judith Vanistendael ont décidé d'ancrer leur récit dans Salto – L'histoire du marchand de bonbons qui disparut sous la pluie.

Miquel, livreur de bonbons insouciant qui n'a d'attention que pour sa famille, achemine ses marchandises de sucreries aux clients de l'entreprise qui l'emploie. Mais il manque d’entrain et de motivation, notamment pour réclamer les règlements. Rêveur et idéaliste, il se destine à l'écriture. Une de ses nouvelles, publiée dans un magazine, lui donne l'espoir d'en faire son métier à plein temps. Malheureusement, il peine à s'y mettre, préférant s’occuper du bonheur de ses enfants à qui il promet des vacances à la mer. Mais, de laxisme en mauvais choix, il finit par se retrouver sans travail, sans voiture et sans argent pour y remédier. Pour subvenir aux besoins de son foyer, il décide de postuler à une annonce de l’État qui recrute des privés pour la sécurité de certaines personnes menacées par l'ETA. Suivi par sa famille, il part habiter à Pampelune où il devient un « txakurra » (chien en basque), qualificatif méprisant dont sont affublés ces gardes du corps, sans entraînement, au service complet d'hommes politiques ou d'intellectuels. Pour l'occasion, il prend le nom de Mikel afin de garder ses proches à l'abri de ses activités. Accompagné de Rose, sa collègue, d'une arme et de vingt-cinq cartouches, il sera chargé de la protection de Tango55, cible de l'ETA, maire retraité d'un petit village à proximité de Pampelune et qui a un certain penchant pour la bouteille. Assimilant jour après jour le métier, Miquel va petit à petit perdre son humour et sa désinvolture au rythme où son ménage se désagrège. C'est l'histoire d'un enfant qui apprend à être adulte !

 

Mark Bellido nous propose une fiction autobiographique, intense et dense, sur fond d'attentats à la bombe, à cette époque sombre où le Pays basque était en quête de sa liberté. Cette chronique sociopolitique, au constat teinté d'amertume, conserve pourtant un ton léger et humoristique. Elle ne s’intéresse pas aux ramifications politiques de l'indépendantisme basque, préférant dresser le quotidien d'un homme embarqué dans une existence réglée qui prend le dessus sur ses illusions : dormir avec une arme à portée de main, se lever aux aurores, vérifier sa voiture avant de la démarrer, méfiance constante...

Derrière ses crayons, Judith Vanistendael construit, de son côté, un univers graphique original et complexe. De ses traits simples et colorés, elle retranscrit avec minutie le contexte de l'intrigue, des personnages aux visages expressifs et leurs interactions. Dans certaines de ses planches, elle reste volontairement plus évasive, soulignant la perte de contrôle du protagoniste principal. Incontestablement, il y a une touche de poésie dans son dessin !

Plus cérébrale que haletante, cette œuvre à l'atmosphère particulière est un voyage passionnant et captivant à travers une page qui a marqué les souvenirs par sa violence.

 

 

 

Par KanKr

 

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 16:24

Éditions Akileos, 2016

 

 

 

 

Après un premier opus magistral, ce Livre II du Roy des Ribauds est sans doute la bande dessinée que j’attendais avec le plus d’impatience en ce premier semestre 2016. Toute petite déception car ce deuxième tome est à l’évidence un livre de transition, annonciateur du grand affrontement à venir. « Qu’ils viennent… Tous… » lance ainsi avec défi Tristan, dit le Roy des Ribauds, en dernière page.

 

Si l’arc narratif prend ici son temps au gré des alliances et complots qui sourdent en coulisses, il n’en reste pas moins que Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat nous assènent une nouvelle fois une démonstration graphique et rythmique de premier plan. Les scènes de combat sont tout aussi magnifiques que les scènes d’intérieur, rehaussées avec justesse par la gamme chromatique originale choisie par Toulhoat, oscillant entre le sépia, l’orange, le mauve et le bleu nuit. La galerie de personnages proposée est en outre travaillée avec soin, certains pans de leur passé respectif étant savamment distillés au cours du récit. Qu’il s’agisse du Roy des Ribauds, de sa fille Sybille, du Grand Coësre, du Roi Philippe Auguste, du Comte de Boulogne, de Saïf, de Barthélémy, du Hibou, du fieffé Ascelin ou bien encore de l’inquiétant Rouennais, on sent que l’heure de vérité va bientôt sonner ; chacun fourbit ses armes, rend coup pour coup et se méfie de son voisin. Rendez-vous au Livre III !

 

 

Par Matthieu Roger

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 16:02

Éditions Actes Sud, 2016

 

 

Albert Sánchez Piñol est incontestablement l’un des auteurs de fiction les plus talentueux de ce début de XXIe siècle. La Peau froide et Pandore au Congo, respectivement publiés en 2004 et 2007, m’avaient déjà enchanté par leur style d’écriture et la qualité des univers dépeints, oscillant entre fantastique, mystérieux, aventures et burlesque. C’est donc rempli d’attentes que je me suis lancé dans le récit de la vie mouvementée de Marti Zuvirìa, dit Zuvi, jeune Espagnol débarquant en France en 1705. Et j’ai été loin d’être déçu.

 

L’histoire débute au moment où, par un concours de circonstances plutôt heureux, Zuvi se fait recruter par le célèbre ingénieur militaire Vauban, dans l’ombre duquel il apprend les bases de la fortification militaire et de l’art du siège. Étrange pari que celui de l’auteur d’articuler son long roman – plus de 700 pages – autour de la poliorcétique, d’autant plus que cette thématique est loin de servir uniquement à caractériser la personnalité de notre héros. Victus déploie en effet sa narration tout au long de la Guerre de succession d’Espagne (1701-1714), une chronologie du conflit étant même disponible en annexe. Et Zuvi, emporté par le flot d’événements plus improbables les unes que les autres, de voguer de sièges en combats, de combats en sièges, pour finalement atterrir en 1713 dans sa Barcelone natale, assiégée par les troupes françaises et castillanes. Ce siège mettra Zuvi face à ses propres contradictions. Sans compter qu’il durera plus d’un an, mais pour quelle issue ?

 

Sous-titrée Barcelone 1714, cette fiction historique se démarque de la production littéraire ambiante par les envolées désopilantes et parfois salaces de son ton. Empreint d’un profond humanisme, le récit met en perspective les trajectoires d’individus brisés et balayés par les affres de la guerre. Le paradoxe est d’observer Zuvi, aux forts penchants antimilitaristes, de débattre face à l’héritage que lui a légué Vauban et la mystique poliorcétique qui l’anime désormais envers et contre tous. Car dans Victus les ingénieurs militaires ne sont pas de simples soldats, ils sont les Ponctués, membres d’une caste d’élus condamnée à ériger pour détruire…

 

 

 

Par Matthieu Roger

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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 14:00

La Pastèque, 2013

 

 

 

 

Si le concept de rêve américain perdure encore dans la mémoire collective, il a aujourd’hui perdu de sa superbe. Longtemps, l'idée de prospérité et d'enrichissement pour tout un chacun a attiré ceux qui voulaient faire fortune. Seulement, bien souvent, l'espoir va de pair avec le désenchantement... Ce thème, Franz Kafka l'abordait déjà dès 1911, au sein de son premier ouvrage, inachevé, L'Amérique ou le disparu. Dans son œuvre du même nom, Réal Godbout a pris le parti d'adapter ce roman de l’écrivain pragois en bande dessinée. Il lui aura fallu sept années de travail afin de rester au plus proche du récit originel.

 

Alors qu'il ne connaît rien d'autre que sa Tchécoslovaquie, Karl Rossmann, 17 ans, est banni par ses parents suite à une sombre aventure intime avec une domestique qui se terminera par une grossesse. La situation, déshonorante pour une famille à la position bien établie, l'amène à quitter Prague. Après un long voyage sur la mer qui sépare les deux pays, il pose le pied à New York où la richesse, la réussite et la liberté l'attendent. Mais la vie a un sens de l'humour plutôt déroutant et l’entraîne sur des chemins de traverse qui ne font jamais la une. Bien qu'il ne manque ni d'entrain ni de courage, les événements vont s'acharner contre lui : malentendus, mauvaises rencontres, choix peu judicieux. Naïf et trop gentil, au fur et à mesure que l’histoire avance, Karl se révèle surtout simple témoin de sa propre destinée, sujet de toutes les injustices, subissant les aléas, incapable de se défendre ou de dire non. Un innocent dépassé, voué à errer de désillusion en désillusion.

 

L'auteur québécois nous propose une belle adaptation graphique, à la fois drôle, absurde et critique. Il nous livre un portrait à charge du rêve américain, explorant l'envers d'un décor à la vitrine idyllique : l'hébergement précaire, le chômage, l'exploitation. Tout au long de ce roman d'apprentissage inversé, menant au déclin plutôt qu'à l'accomplissement, Réal Godbout met en lumière l'écrasement permanent de l'individu par l'ensemble d'un système, sans sombrer pour autant dans le tragique. Le héros lui-même semble peu ébranlé par l'acharnement perpétuel du sort sur sa personne. Il ne s'instruit pas de ses erreurs et enchaîne les épisodes de son périple américain sans se révolter, abandonnant constamment face à l'adversité.

Pour l'illustration, l'auteur a croisé un dessin noir et blanc au trait rigoureux, offrant plus de véracité à son propos, avec un travail de recherche minutieux dans le but de contextualiser l'époque : cadre, personnages, vêtements, ambiances, etc. Il n'oublie cependant jamais de l'assaisonner d'une pointe d'humour et de satire, à l'image de la première case où il représente la statue de la Liberté brandissant une épée à la place de sa torche et arborant un regard austère et méfiant. Signe annonciateur que le séjour du jeune homme ne sera pas une panacée et premier pied de nez à tous les fantasmes véhiculés par l'Oncle Sam !

 

 

Par KanKr

 

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 15:22

Scutella Editions, 2016

 

 

 

Balestra, esquive, estoc, feinte, fouetté, garde, parade, etc., le glossaire des coups d'escrime est aussi divers que celui des pas de danse. Tout est dans la beauté du geste ! De fait, rien d'étonnant à ce que Dan Christensen ait adopté, pour protagoniste principal, un talentueux escrimeur reconverti dans la mise en scène de combats d'épées pour le cinéma.

 

Intitulé Riposte, le récit, comme son titre l'indique, se déroule en deux temps : une parade suivie d'une offensive. L'homme, traqué par ses souvenirs, va en devenir le chasseur ! Luca Di Serafino est célèbre dans le monde du maniement du fleuret, mais c'est également un personnage antipathique, arrogant et prétentieux, à l'ombrageux passé, sur qui court une obscure rumeur d'assassinat et de duel. Malheureusement, les démons qui nous hantent finissent toujours par refaire surface et Luca Di Serafino ne fait pas exception. À la sortie d'un cocktail au domicile du producteur du film sur lequel il officie, il est agressé par trois individus et échoue à l’hôpital. De retour chez lui, il ne peut que constater que quelqu'un lui en veut. Son appartement a été forcé et fouillé en son absence et un pistolet lui a été subtilisé.

Dès lors, les choses s’enchaînent, alimentées par les suspicions et la soif de vengeance, rythmées par l'honneur, les mensonges et les duels. Les secrets que le maître d'armes tentait de dissimuler se dévoilent au fur et à mesure que l'intrigue évolue. Les flashbacks, ponctuant l’histoire, nous révélent ce qui l'a poussé à quitter Venise, où son grand-père lui apprenait l'art du maniement de la rapière au sein du dojo familial. Une visite impromptue, une proposition de rachat de la salle d’entraînement, un refus catégorique, une promesse de représailles... Voilà les ingrédients d'un thriller atypique et intéressant !

 

Digne des vieux films de capes et d'épées, l'auteur rend ici un bel hommage à l'escrime dans une aventure pleine d'un sombre romantisme ! Côté graphique, son crayon est aussi leste que la lame de son personnage. Le trait sobre, en nuances de gris, et les lignes claires et dynamiques confèrent au dessin une fluidité propre aux gestes des épéistes et un rythme quasiment chorégraphique. Si tu ne viens pas à Scutella, Scutella viendra à toi !

 

Par KanKr

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite