Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 15:22

Scutella Editions, 2016

 

 

 

Balestra, esquive, estoc, feinte, fouetté, garde, parade, etc., le glossaire des coups d'escrime est aussi divers que celui des pas de danse. Tout est dans la beauté du geste ! De fait, rien d'étonnant à ce que Dan Christensen ait adopté, pour protagoniste principal, un talentueux escrimeur reconverti dans la mise en scène de combats d'épées pour le cinéma.

 

Intitulé Riposte, le récit, comme son titre l'indique, se déroule en deux temps : une parade suivie d'une offensive. L'homme, traqué par ses souvenirs, va en devenir le chasseur ! Luca Di Serafino est célèbre dans le monde du maniement du fleuret, mais c'est également un personnage antipathique, arrogant et prétentieux, à l'ombrageux passé, sur qui court une obscure rumeur d'assassinat et de duel. Malheureusement, les démons qui nous hantent finissent toujours par refaire surface et Luca Di Serafino ne fait pas exception. À la sortie d'un cocktail au domicile du producteur du film sur lequel il officie, il est agressé par trois individus et échoue à l’hôpital. De retour chez lui, il ne peut que constater que quelqu'un lui en veut. Son appartement a été forcé et fouillé en son absence et un pistolet lui a été subtilisé.

Dès lors, les choses s’enchaînent, alimentées par les suspicions et la soif de vengeance, rythmées par l'honneur, les mensonges et les duels. Les secrets que le maître d'armes tentait de dissimuler se dévoilent au fur et à mesure que l'intrigue évolue. Les flashbacks, ponctuant l’histoire, nous révélent ce qui l'a poussé à quitter Venise, où son grand-père lui apprenait l'art du maniement de la rapière au sein du dojo familial. Une visite impromptue, une proposition de rachat de la salle d’entraînement, un refus catégorique, une promesse de représailles... Voilà les ingrédients d'un thriller atypique et intéressant !

 

Digne des vieux films de capes et d'épées, l'auteur rend ici un bel hommage à l'escrime dans une aventure pleine d'un sombre romantisme ! Côté graphique, son crayon est aussi leste que la lame de son personnage. Le trait sobre, en nuances de gris, et les lignes claires et dynamiques confèrent au dessin une fluidité propre aux gestes des épéistes et un rythme quasiment chorégraphique. Si tu ne viens pas à Scutella, Scutella viendra à toi !

 

Par KanKr

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Fictions
commenter cet article
8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 15:59

Éditions de la Pastèque, 2016

 

 

 

Lorsqu'ils ne restent qu'au fond de la mémoire, les souvenirs sont indéniablement voués à l'oubli et condamnés, un jour, à disparaître. Dans La petite patrie, adaptation du roman autobiographique du même nom de Claude Jasmin, Julie Rocheleau et Normand Grégoire s’intéressent à ce regard éphémère sur un monde qu'on ne maîtrise pas. L'histoire de Claude Jasmin, scénarisée par Normand Grégoire, est celle d'un adulte qui s'efforce d'évoquer son enfance à l'orée des années 40.

Le décor est rapidement planté : Montréal, quartier Rosemont (renommé La Petite-Patrie suite au succès du livre) en 1939. Un groupe d'enfants se tire dessus pour de faux alors qu'au-delà de l'Atlantique débute une autre bataille, une vraie. Si l'empreinte de la guerre, la religion, la mort ou encore l'amour est présente, elle n'a que peu d'impact sur eux. Ils sont aussi prompts à braver les différentes étapes de la vie qu'à les oublier et passer à autre chose. Au milieu de cette espiègle petite troupe, Tit-Claude est le profil type du bambin insouciant et innocent évoluant dans un monde parallèle à celui des grands. Il n'a que huit ans et déjà sa grand-mère le destine à devenir le premier pape canadien-français. Lui est amoureux, ne pense qu'à s'amuser aux dépens des habitants de la ville québécoise, et coule des jours heureux aux côtés de celle pour qui son cœur bat et de ses compagnons de jeu. Autour d'eux, la population change et la cité se transforme pendant qu'ils s'y adaptent inconsciemment !

 

Ces chroniques d’un quartier populaire montréalais, construites d'une succession d'anecdotes qui n'ont pas forcément de lien entre elles, offrent au lecteur une nostalgie de l'enfance à laquelle il peut aisément s'identifier. On a beau essayer de se rappeler de tout, les souvenirs ne reviennent que par bribes et l'emploi d'ellipses narratives appuie cette idée tout au long du récit. C'est une immersion dans l'âge tendre, monde des doux rêves, qui constitue pour l'auteur une ode à cette époque révolue. L'histoire qu'il nous conte est d'une tendresse cruelle par les sujets qu'il évoque, mais surtout parce qu'elle est définitivement passée. À travers son regard d'enfant de huit ans, qui nous touche par son authenticité et sa simplicité, il fait appel à tous les sens du lecteur.

Derrière sa palette, Julie Rocheleau nous propose un dessin magnifique et très expressif, qui nous livre ses couleurs dans une quadrichromie maîtrisée et originale. Elle esquisse ces tranches d'existence et transcende le scénario par le biais de ses personnages arrondis, attachants et pleins de vie. Si le roman originel a connu un vif succès, cette adaptation graphique le mérite tout autant.

 

 

Par KanKr

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Fictions
commenter cet article
10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 15:54

Éditions Viviane Hamy, 2012

 

 

 

 

Voilà un ouvrage inclassable ! Roman historique lorgnant vers le récit d’aventures et la quête initiatique, même si le héros n’est plus de prime jeunesse, Le Prince et le Moine se distingue des productions littéraires habituelles du genre. L’action se situe à la toute fin du Haut Moyen Âge, en l’an 999, une période rarement traitée par les écrivains. À la croisée des chemins entre lointaines réminiscences de l’ancien empire romain, sédentarisation des plus puissants peuples barbares, affirmation du Saint-Empire romain germanique et problématiques de survie de l’empire byzantin, cette « Europe » de l’an mille est secouée par de profondes mutations démographiques et politiques qui ne cessent de boulervser sa géographie.

C’est dans ce contexte instable que Stephanus de Pannonie, moine de l’abbaye de Saint-Gall, se retrouve expédié par son supérieur au fin fond de l’Europe centrale, sur les terres des redoutés Magyars, afin d’assurer une étrange mission diplomatique. Comme vous pouvez vous en douter tout ne se déroulera pas comme prévu, et notre héros va se trouver confronté à une civilisation dont il ignore tout mais qui le renverra en même temps au mystère de ses propres origines. Se pourrait-il qu’il soit le Künde, ce chef spirituel ancestral que certaines tribus et chefs de guerre appellent de leurs vœux ? Mais l’homme est un loup pour l’homme, surtout en ces contrées où les légendes s’imbriquent constamment aux soifs de pouvoir et de conquêtes.

 

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans le récit, l’auteur ayant quelques difficultés à planter ses personnages au cours des trente première pages. Cependant, une fois passé ce départ légèrement poussif, le lecteur est irrémédiablement embarqué vers l’orient aux côtés de Stephanus de Pannonie. Robert Hàsz n’a pas son pareil pour mettre en scène des personnages déroutants, aux multiples facettes, qui semblent la plupart du temps désemparés face à leur destin. À la fois miroir des légendes magyares et chevauchée inexorable vers l’inconnu, Le Prince et le Moine nous transporte dans une ambiance fascinante, nostalgique, où les contes s’enchevêtrent aux ambitions des puissants.

 

 

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Fictions
commenter cet article
9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 14:10

Denoël Graphic, 2015

 

 

 

Quand Rudolf Ditzen, plus connu sous le pseudonyme d'Hans Fallada, se fond dans son homologue de papier Erwin Sommer, cela donne un récit qui ne manque pas d'intérêt. C'est cette rencontre que nous livre Jakob Hinrichs dans Hans Fallada – Vie et mort du buveur. Deux destinées tempétueuses et tourmentées qui se répondent continuellement tout au long de l'ouvrage pour finalement n'en raconter qu'une : celle de Rudolf Ditzen.

Erwin Sommer est le propriétaire d’un commerce prenant la mauvaise courbe économique. Perturbé de cacher ses déboires financiers à sa femme Magda, il commence à s’enivrer quotidiennement. Sa pratique du goulot devient pathologique jusqu'à ce que la bouteille soit son unique compagne et, plus tard, la morphine son amante, au détriment de toute vie sociale et familiale. Ses péripéties éthyliques le mèneront de l'asile à la prison, où il passera une grande partie de ses jours, notamment accusé de tentative de meurtre sur son épouse. Suite à une litanie de cauchemars, produits des crises de manque, il trouvera sa rédemption dans l'écriture. Elle sera une bouée de sauvetage à ses souffrances psychologiques, à défaut de ses addictions dont il restera dépendant jusqu'à sa mort en 1947.

Cette construction originale, alternant des passages de l'existence des deux protagonistes, permet d'accentuer la perte de contrôle de ce qui est réel et de ce qui ne l'est plus. En oscillant entre la vie d'Hans Fallada et celle de son fictif alter ego, le lecteur plonge au cœur de la création d'un déclin social et finit par errer dans les méandres tortueux de l'esprit. Tout tourne au trouble. Des mésaventures vécues par Hans et Erwin à la période dans laquelle ils évoluent, empreinte de la montée du nazisme, jusqu'au dessin et aux tons psychédéliques entraînant dans les digressions hallucinatoires, liées à l’absorption abondante d’alcool et de stupéfiants, des deux personnages. Le trait nébuleux, aux teintes expressionnistes riches en couleurs, vient ajouter une touche particulière à l’ouvrage en le rendant extrêmement immersif. Ce mélange, méticuleusement renseigné aussi bien concernant Rudolf Ditzen que son œuvre ou encore ses déviances, est une réussite incontestable.

Voilà un ovni graphique dont la lecture devient sans doute la plus grande addiction pour celui qui l'a entre les mains. Il y a de la poésie dans cette déchéance !

 

 

 

Par KanKr

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Fictions
commenter cet article
1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 10:26

Le Cercle de Bibliophilie, 1963

 

 

 

 

 

Han d’Islande est une oeuvre importante dans le parcours du jeune Victor Hugo, celui-ci l’ayant publié en 1823 à seulement 21 ans. Rien qu’à la lecture de ce roman d’intrigues et d’aventures, on se rend compte de l’extrême précocité stylistique du futur génie de la littérature. Hugo avait d’ailleurs déjà écrit et publié Bug-Jargal, son tout premier roman, cinq ans auparavant, à 16 ans ! Avec Han d’Islande il nous livre un récit qui emprunte beaucoup au genre théâtral, puisque la narration est basée sur une succession ininterrompue de rebondissements plus ou moins attendus, ainsi que sur un écheveau complexe de relations entre les protagonistes. Hugo était très ambitieux quant à l’écriture de ce livre, songeant au départ à une composition en quatre volumes qui aurait conféré à cette histoire la portée et la densité d’une véritable saga. Bien lui en prit par la suite de ramasser son propos afin de resserrer la narration autour d’un axe principal : un sombre complot visant à abattre définitivement Schumacker, ancien chancelier du Royaume de Norvège emprisonné dans le donjon de Munckholm.

 

L’histoire de Han d’Islande prend place dans la Norvège de la toute fin du XVIIe siècle. Comme nous l’avons déjà dit il y est question de complots politiques, mais aussi de rébellion populaire, de quête aventureuse, de légendes, d’honneur, d’un brigand à l’aura maléfique et surhumaine, de trahison et d’amour. C’est cette thématique amoureuse qui permet à Hugo de nous livrer ses plus beaux moments de prose, lorsque le romantique se mêle à la noblesse d’âme des deux amants, qui ne sont autres qu'Ordener Guldenlew, fils du vice-roi, et Éthel Schumacker, fille du détenu disgracié. Je cite : « Ordener s'inclina devant cet ange. Son âme sentait trop pour que sa bouche pût parler. Ils restèrent quelque temps sur le coeur l'un de l'autre. Au moment de la quitter, peut-être pour jamais, Ordener jouissait, avec un triste ravissement, du bonheur de tenir une fois encore toute son Éthel entre ses bras. Enfin, déposant un chaste et long baiser sur le front décoloré de la douce jeune fille, il s'élança violemment sous la voûte obscure de l'escalier en spirale, qui lui apporta un moment après le mot si lugubre et si doux : Adieu ! »

 

Han d’Islande, malgré quelques procédés scénaristiques trop prévisibles, est un roman historique de très bonne facture. Bien moins connu que d’autres chefs-d’oeuvre tels que Notre-Dame de Paris ou Les Misérables, il mérite néanmoins que le lecteur s’y attarde et parcoure un bout de chemin sur les côtes désolées de Trondheim.

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Fictions
commenter cet article
22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 12:40

Éditions Dargaud, 2013

 

 

 

Marcus le Romain et Arminius le Germain ont tous deux grandi et été formés ensemble. Aujourd’hui, ils sont devenus des officiers supérieurs de l’armée romaine. Mais si Marcus a ses pensées tournées vers l’élue de son cœur, Priscilla, Arminius complote contre Rome et l’armée qui l’accueillit en sein. Il va trahir l’uniforme qu’il porte en cherchant à unir les tribus germaines, son peuple d’origine. Dans ce quatrième tome des Aigles de Rome, Enrico Marini poursuit son récit et nous amène sur les terres hostiles de Germanie, en 9 ap. J.-C. Le lecteur est dès la première page projeté au cœur de la mêlée, lors de laquelle il fait connaissance du cruel commandant romain Lepidus, dont le visage se cache derrière un casque rutilant aux traits marmoréens.

 

Il faut avant tout tirer un coup de chapeau à Enrico Marini, qui est à la fois le scénariste, le dessinateur et le coloriste de cette bande dessinée. Très à l’aise dans la peinture des scènes d’action, il axe ici sa narration sur le basculement d’Arminius dans le camp des ennemis de Rome. On sent chez Marini un constant souci de réalisme historique, en témoignent l’usage régulier de termes latins au cours des dialogues ou bien encore le respect des tactiques de combat adoptées par l’armée romaine, notamment en ce qui concerne l’usage du pilum, ce javelot lourd utilisé par les légionnaires comme arme aussi bien défensive qu’offensive. Lors de l’impact, le pilum restait coincé dans le bouclier ou se brisait, de sorte que l’ennemi ne puisse le renvoyer ; il pouvait traverser un bouclier de trois centimètres ou une plaque métallique. Un glossaire d’une page, en fin d’ouvrage, vient rafraichir la mémoire des non-latinistes méconnaissant le cursus honorum ou le fonctionnement des légions. Graphiquement, le coup de crayon de Marini est alerte, privilégiant les couleurs froides pour les scènes d’extérieur et les couleurs chaudes pour les scènes d’intérieur. Ce quatrième volume des aventures de Marcus et Arminius n’en reste pas moins un tome de transition, et l’on ne peut s’empêcher d’imaginer la rébellion fomentée par Arminius se solder par un affrontement digne de la légendaire bataille de Teutobourg. Faisons confiance à l’auteur pour nous concocter un dénouement des plus passionnants.

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Fictions
commenter cet article
25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 15:33

Éditions ActuSF, 2015

 

 

Voilà un livre qui réjouit de par son audace et sa belle qualité d’écriture. Je dis audace car derrière le postulat scénaristique, qui narre le combat immémorial des Victoires, ces femmes chargées de combattre sans relâche le Mal au fil des siècles, se cache une vraie réflexion sur le rôle de la mémoire collective et des contingences historiques. Comme le dit l’auteur, L’Origine des Victoires est « un roman spéculatif, qui interroge le rôle de la culture historique dans l’Imaginaire collectif ».

Huit chapitres pour présenter huit Victoires, huit portraits de femmes qui tentent chacune à leur époque d’influer sur le cours de l’Histoire. Les six premiers chapitres nous ramènent de manière déchronologique aux temps premiers ; on peut y croiser des figures historiques telles que Gustave Eiffel, Saint Thomas d’Aquin, le futur Octave-Auguste, ou bien encore Marc-Antoine. Et puis brusquement la courbe du temps s’inverse, nous propulsant dans les méandres futurs de la science-fiction si chère à Ugo Bellagamba.

 

Si la lutte du Bien, incarné ici par les Victoires, contre le Mal, nommé ici l’Orvet, est aussi passionnante, c’est que l’auteur allie ses prises de risque narratives à une belle plume, dont la force d’évocation et la capacité à stimuler l’imaginaire du lecteur ne son plus à prouver une fois la dernière page tournée. L’Orvet lui-même nous est dépeint en proie à ses pensées les plus intimes, exposant avec force cynisme la logique réductrice de ses pulsions destructrices. Le moment où l’Orvet découvre les hommes préhistoriques s’avère par exemple des plus saisissants, puisqu’il authentifie le mythe de Caïn à travers les yeux du Mal jouissant de sa force manipulatrice incommensurable.

 

N.B. : les quinze premières pages de ce récit sont disponibles en lecture libre ICI.

 

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Fictions
commenter cet article
3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 10:15

Les Moutons électriques, 2015

 

 

 

Oniromaque est un récit qui, une fois la dernière page tournée, m’a laissé sans voix, scotché à mon siège. Parce que le souffle de sa narration a su m’emporter jusqu’à un dénouement sublime. Parce que sa construction en forme de poupées gigognes ne laisse aucune échappatoire possible, tant au narrateur qu’au lecteur. Une pépite littéraire qui ramène sur le devant de la scène le nom de Jacques Boireau, auteur français décédé en 2011, lauréat du prix Rosny aîné en 1980. Catalogué science-fiction par les éditeurs de littérature générale, jugé trop « grand public » par les professionnels de la SF, il resta injustement méconnu de son vivant. La publication par Les Moutons électriques de son dernier roman, déjà publié par les Éditions Armada trois ans plus tôt, lui rend enfin hommage.

 

Le point de départ du scénario d’Oniromaque respire le danger : la Ligue Hanséatique, qui règne en maître sur l’Europe du Nord, cherche désormais à soumettre les nations plus méridionales. Alors que la junte militaire, soutenue par les zeppelins de la Hanse, se révolte en Grèce contre le gouvernement démocratique en place, des volontaires européens arrivent afin de lutter contre cette offensive liberticide. Pour ce faire, les scientifiques grecs comptent bien employer leur principal atout : l’oniromaque, une machine capable d’altérer la réalité à partir des rêves de ceux qui l’utilisent.

La virtuosité de l’auteur est vite palpable. Jacques Boireau manipule en effet les références historiques au fur et à mesure que les rêves de ses personnages s’emboîtent inéluctablement les uns dans les autres. Même si aucune chronologie ne vient dater l’action, on situe aisément cette Europe en lutte à une époque proche de la Première Guerre mondiale ou de l’entre-deux-guerres. La France porte ici le nom de Francie et l’Espagne celui d’Occitanie. Le combat des brigades internationales, venues défendre la démocratie grecque, rappelle quant à lui la Guerre civile espagnole de 1936-1939. Le voyage à Monemvassia convoque les temps antiques des agoras grecques. Sans compter que l’on retrouve parmi les principaux protagonistes des personnages ayant réellement existé, tels l’écrivain Dino Buzzati, le réalisateur Carlos Saura, l’alpiniste Tita Piaz, le poète Yannis Ritsos, ou bien encore André Malraux. On le voit bien, Jacques Boireau se plaît à mélanger les genres et les références, qu’elles soient historiques ou fictionnelles, ce qui lui permet de rendre cette uchronie surprenante bien plus tangible qu’on ne pourrait le penser de prime abord. Je serais d’ailleurs curieux de savoir dans quelle mesure celui-ci s’est inspiré du film Inception de Christopher Nolan (2010) pour structurer son enchaînement stupéfiant de rêves dans les rêves, qui délite au fur et à mesure du récit l’entendement qu’a le narrateur du monde qui l’entoure. Le rêve se déroulant au fort Bastiani est à ce titre exemplaire, puisqu’il reprend à l’identique le décor du Désert des Tartares de Dino Buzzati, tout en prolongeant le mystère quant à la capacité de l’oniromaque à répondre aux attentes placées en lui.

 

Oniromaque m’a procuré un sentiment assez jouissif de fuite en avant, de voyages partagés et de lâcher-prise vers l’inconnu. Il vaut autant pour l’originalité de son univers que pour le caractère magistral de sa chute, lutte finale entre l’Oubli et l’Amour rendue de manière saisissante et particulièrement émouvante. Voilà un livre dans lequel il faut se plonger de toute urgence !

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Fictions
commenter cet article
5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 16:33

Les Moutons électriques, 2015

 

 

 

À l’instar de Janua Vera, Jean-Philippe Jaworski publie à nouveau un recueil de nouvelles nous plongeant dans l’univers du Vieux Royaume. Intitulé Le sentiment du Fer, celui-ci comporte cinq courts récits narrant les aventures de protagonistes inédits, à travers la République de Ciudalia, le Royaume de Leomance, le royaume de Kahad Burg ou bien encore le Port franc de Llewynedd. Cinq nouvelles, cinq héros aux fortunes diverses.

 

Force est d’avouer qu’en comparaison à son dernier chef-d’oeuvre, Chasse royale, Le sentiment du Fer s’avère quelque peu inégal. Si la première nouvelle éponyme, qui met en scène le maître assassin Cuervo au coeur d’une mission à hauts risques, régale, les histoires suivantes pâtissent toutes de menus défauts, heureusement non rédhibitoires. L’elfe et les égorgeurs, malgré une habile mise en abyme, s’avère plutôt anecdotique. Profanation, au parfum de magie noire, se termine de manière un peu –  trop ? – abrupte. Désolation, captivant hommage au film La Communauté de l’anneau de Peter Jackson, se conclut sur une chute décevante. Quant à La troisième hypostase, sa narration se trouve altérée par un manque de contextualisation des personnages. Cela étant dit, Le sentiment du Fer reste un ouvrage plaisant, qui ne remet aucunement en cause la qualité du style d’écriture toujours impeccable de son auteur et son talent pour surprendre.

 

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Fictions
commenter cet article
22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 09:15

Les moutons électriques, 2015

 

 

Je pèse mes mots : Chasse royale est l’un des meilleurs livres de cette année 2015. Un pur régal littéraire, que j’ai avalé d’une traite et qui ne devrait pas décevoir beaucoup de ses lecteurs. Chasse royale poursuit le récit de la vie de Bellovèse entamé par Jean-Philippe Jaworski dans Même pas mort, en lui conférant cette fois-ci une dimension tragique saisissante. Car Bellovèse, fils de Sacrovèse, n’est pas un homme comme les autres. Guerrier celte affilié à la fois aux Turons et aux Bituriges, il se trouve désormais au service du haut-roi Ambigat, celui-là même qui vainquit son père au combat. Écartelé entre les liens du sang, la crainte des dieux, le code de l’honneur et la fraternité des armes, Bellovèse devient héros, main armée de la vengeance. Car si Jean-Philippe Jaworski déploie sous nos yeux incrédules cette saga celtique puissante et épique, c’est pour mieux nous offrir l’effroyable tragédie des hommes dont se joue le Destin. À l’image des soldures ayant pour obligation de périr au côté de leur roi, le sang requiert le sang, même s’il faut pour cela sacrifier sa propre famille. Grâce à son style d’écriture riche et précis comme le glaive, l’auteur nous transporte dans une folle chevauchée au devant de la mort, toujours plus folle, toujours plus meurtrière. « La guerre, elle est comme le puits de la Déesse, ce conduit obscur par lequel circulent le passé et l’avenir. C’est un abîme au fond duquel miroitent des mystères trompeurs : nous dansons tous sur ses lèvres, nous jouons avec la peur du vide. Et, tôt ou tard, nous y basculons tous. » (p. 113-114) À ce titre, la seconde partie du livre ne laisse pas une seule seconde de respiration au lecteur.

 

Lancez-vous sans la moindre hésitation dans cette saga des Rois du monde ; impossible de rester insensible au souffle épique qui s’en dégage page après page. Le rythme ternaire de la citation liminaire ne s’y trompait pas : « Le sang gicle. Bataille sauvage. L’esprit est troublé. » Ce second tome est un conte magistral, la preuve écrite que la littérature est art.

 

 

Par Matthieu Roger

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Fictions
commenter cet article

Recherche

Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite