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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 15:33

Éditions ActuSF, 2015

 

 

Voilà un livre qui réjouit de par son audace et sa belle qualité d’écriture. Je dis audace car derrière le postulat scénaristique, qui narre le combat immémorial des Victoires, ces femmes chargées de combattre sans relâche le Mal au fil des siècles, se cache une vraie réflexion sur le rôle de la mémoire collective et des contingences historiques. Comme le dit l’auteur, L’Origine des Victoires est « un roman spéculatif, qui interroge le rôle de la culture historique dans l’Imaginaire collectif ».

Huit chapitres pour présenter huit Victoires, huit portraits de femmes qui tentent chacune à leur époque d’influer sur le cours de l’Histoire. Les six premiers chapitres nous ramènent de manière déchronologique aux temps premiers ; on peut y croiser des figures historiques telles que Gustave Eiffel, Saint Thomas d’Aquin, le futur Octave-Auguste, ou bien encore Marc-Antoine. Et puis brusquement la courbe du temps s’inverse, nous propulsant dans les méandres futurs de la science-fiction si chère à Ugo Bellagamba.

 

Si la lutte du Bien, incarné ici par les Victoires, contre le Mal, nommé ici l’Orvet, est aussi passionnante, c’est que l’auteur allie ses prises de risque narratives à une belle plume, dont la force d’évocation et la capacité à stimuler l’imaginaire du lecteur ne son plus à prouver une fois la dernière page tournée. L’Orvet lui-même nous est dépeint en proie à ses pensées les plus intimes, exposant avec force cynisme la logique réductrice de ses pulsions destructrices. Le moment où l’Orvet découvre les hommes préhistoriques s’avère par exemple des plus saisissants, puisqu’il authentifie le mythe de Caïn à travers les yeux du Mal jouissant de sa force manipulatrice incommensurable.

 

N.B. : les quinze premières pages de ce récit sont disponibles en lecture libre ICI.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 10:15

Les Moutons électriques, 2015

 

 

 

Oniromaque est un récit qui, une fois la dernière page tournée, m’a laissé sans voix, scotché à mon siège. Parce que le souffle de sa narration a su m’emporter jusqu’à un dénouement sublime. Parce que sa construction en forme de poupées gigognes ne laisse aucune échappatoire possible, tant au narrateur qu’au lecteur. Une pépite littéraire qui ramène sur le devant de la scène le nom de Jacques Boireau, auteur français décédé en 2011, lauréat du prix Rosny aîné en 1980. Catalogué science-fiction par les éditeurs de littérature générale, jugé trop « grand public » par les professionnels de la SF, il resta injustement méconnu de son vivant. La publication par Les Moutons électriques de son dernier roman, déjà publié par les Éditions Armada trois ans plus tôt, lui rend enfin hommage.

 

Le point de départ du scénario d’Oniromaque respire le danger : la Ligue Hanséatique, qui règne en maître sur l’Europe du Nord, cherche désormais à soumettre les nations plus méridionales. Alors que la junte militaire, soutenue par les zeppelins de la Hanse, se révolte en Grèce contre le gouvernement démocratique en place, des volontaires européens arrivent afin de lutter contre cette offensive liberticide. Pour ce faire, les scientifiques grecs comptent bien employer leur principal atout : l’oniromaque, une machine capable d’altérer la réalité à partir des rêves de ceux qui l’utilisent.

La virtuosité de l’auteur est vite palpable. Jacques Boireau manipule en effet les références historiques au fur et à mesure que les rêves de ses personnages s’emboîtent inéluctablement les uns dans les autres. Même si aucune chronologie ne vient dater l’action, on situe aisément cette Europe en lutte à une époque proche de la Première Guerre mondiale ou de l’entre-deux-guerres. La France porte ici le nom de Francie et l’Espagne celui d’Occitanie. Le combat des brigades internationales, venues défendre la démocratie grecque, rappelle quant à lui la Guerre civile espagnole de 1936-1939. Le voyage à Monemvassia convoque les temps antiques des agoras grecques. Sans compter que l’on retrouve parmi les principaux protagonistes des personnages ayant réellement existé, tels l’écrivain Dino Buzzati, le réalisateur Carlos Saura, l’alpiniste Tita Piaz, le poète Yannis Ritsos, ou bien encore André Malraux. On le voit bien, Jacques Boireau se plaît à mélanger les genres et les références, qu’elles soient historiques ou fictionnelles, ce qui lui permet de rendre cette uchronie surprenante bien plus tangible qu’on ne pourrait le penser de prime abord. Je serais d’ailleurs curieux de savoir dans quelle mesure celui-ci s’est inspiré du film Inception de Christopher Nolan (2010) pour structurer son enchaînement stupéfiant de rêves dans les rêves, qui délite au fur et à mesure du récit l’entendement qu’a le narrateur du monde qui l’entoure. Le rêve se déroulant au fort Bastiani est à ce titre exemplaire, puisqu’il reprend à l’identique le décor du Désert des Tartares de Dino Buzzati, tout en prolongeant le mystère quant à la capacité de l’oniromaque à répondre aux attentes placées en lui.

 

Oniromaque m’a procuré un sentiment assez jouissif de fuite en avant, de voyages partagés et de lâcher-prise vers l’inconnu. Il vaut autant pour l’originalité de son univers que pour le caractère magistral de sa chute, lutte finale entre l’Oubli et l’Amour rendue de manière saisissante et particulièrement émouvante. Voilà un livre dans lequel il faut se plonger de toute urgence !

 

 

Par Matthieu Roger

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 16:33

Les Moutons électriques, 2015

 

 

 

À l’instar de Janua Vera, Jean-Philippe Jaworski publie à nouveau un recueil de nouvelles nous plongeant dans l’univers du Vieux Royaume. Intitulé Le sentiment du Fer, celui-ci comporte cinq courts récits narrant les aventures de protagonistes inédits, à travers la République de Ciudalia, le Royaume de Leomance, le royaume de Kahad Burg ou bien encore le Port franc de Llewynedd. Cinq nouvelles, cinq héros aux fortunes diverses.

 

Force est d’avouer qu’en comparaison à son dernier chef-d’oeuvre, Chasse royale, Le sentiment du Fer s’avère quelque peu inégal. Si la première nouvelle éponyme, qui met en scène le maître assassin Cuervo au coeur d’une mission à hauts risques, régale, les histoires suivantes pâtissent toutes de menus défauts, heureusement non rédhibitoires. L’elfe et les égorgeurs, malgré une habile mise en abyme, s’avère plutôt anecdotique. Profanation, au parfum de magie noire, se termine de manière un peu –  trop ? – abrupte. Désolation, captivant hommage au film La Communauté de l’anneau de Peter Jackson, se conclut sur une chute décevante. Quant à La troisième hypostase, sa narration se trouve altérée par un manque de contextualisation des personnages. Cela étant dit, Le sentiment du Fer reste un ouvrage plaisant, qui ne remet aucunement en cause la qualité du style d’écriture toujours impeccable de son auteur et son talent pour surprendre.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 09:15

Les moutons électriques, 2015

 

 

Je pèse mes mots : Chasse royale est l’un des meilleurs livres de cette année 2015. Un pur régal littéraire, que j’ai avalé d’une traite et qui ne devrait pas décevoir beaucoup de ses lecteurs. Chasse royale poursuit le récit de la vie de Bellovèse entamé par Jean-Philippe Jaworski dans Même pas mort, en lui conférant cette fois-ci une dimension tragique saisissante. Car Bellovèse, fils de Sacrovèse, n’est pas un homme comme les autres. Guerrier celte affilié à la fois aux Turons et aux Bituriges, il se trouve désormais au service du haut-roi Ambigat, celui-là même qui vainquit son père au combat. Écartelé entre les liens du sang, la crainte des dieux, le code de l’honneur et la fraternité des armes, Bellovèse devient héros, main armée de la vengeance. Car si Jean-Philippe Jaworski déploie sous nos yeux incrédules cette saga celtique puissante et épique, c’est pour mieux nous offrir l’effroyable tragédie des hommes dont se joue le Destin. À l’image des soldures ayant pour obligation de périr au côté de leur roi, le sang requiert le sang, même s’il faut pour cela sacrifier sa propre famille. Grâce à son style d’écriture riche et précis comme le glaive, l’auteur nous transporte dans une folle chevauchée au devant de la mort, toujours plus folle, toujours plus meurtrière. « La guerre, elle est comme le puits de la Déesse, ce conduit obscur par lequel circulent le passé et l’avenir. C’est un abîme au fond duquel miroitent des mystères trompeurs : nous dansons tous sur ses lèvres, nous jouons avec la peur du vide. Et, tôt ou tard, nous y basculons tous. » (p. 113-114) À ce titre, la seconde partie du livre ne laisse pas une seule seconde de respiration au lecteur.

 

Lancez-vous sans la moindre hésitation dans cette saga des Rois du monde ; impossible de rester insensible au souffle épique qui s’en dégage page après page. Le rythme ternaire de la citation liminaire ne s’y trompait pas : « Le sang gicle. Bataille sauvage. L’esprit est troublé. » Ce second tome est un conte magistral, la preuve écrite que la littérature est art.

 

 

Par Matthieu Roger

 

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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 11:06

Les Éditions Mnémos, 2014

 

 

On pourrait presque parler d’un coup de maître pour ce premier roman. Fabien Cerutti nous livre là, même s’il s’était déjà frotté à l’écriture d’univers de jeux de rôles, un récit dense et haut en couleurs qui mérite indéniablement le détour. Ce professeur agrégé d’histoire livre avec Le Bâtard de Kosigan une réadaptation réjouissante du Moyen Âge du XIVe siècle, sur fond de Guerre de Cent ans mâtinée de fantasy. L’histoire s’articule autour de la figure de Pierre Cordwain de Kosigan, chevalier mercenaire et assassin, qui n’est pas sans rappeler le Benvenuto de Gagner la Guerre. Ce personnage nous est rendu tout de suite attachant, car son humour caustique n’a d’égal que sa vaillance au combat. Chef d’un troupe de mercenaires d’élite, il ne va pas hésiter à s’immiscer au coeur d’une intrigue politique mettant aux prises les maisons royales de France, d’Angleterre, le duché de Bourgogne et le comté de Champagne. Guidé par ses seuls intérêts, celui que l’on surnomme le Bâtard de Kosigan devra défier ses ennemis dans les lices de Troyes ; malheur au vaincu ! Ces joutes sur fond de rivalités politiques m’ont rappelé les tournois incroyables contés par Pierre Naudin dans son Cycle d’Ogier d’Argouges, dont je vous recommande impérativement la lecture.

 

La première originalité de ce livre est d’introduire elfes, orcs, Changesangs, Humals léonins et autres créatures imaginaires au milieu d’une ambiance médiévale dépeinte avec grand réalisme. Cet alliage de la fantasy et du roman historique fonctionne à merveille, sans aucune faute de goût. L’autre singularité de l’auteur est d’alterner l’histoire du Bâtard avec celle de son descendant, Kergaël de Kosigan, qui cinq siècles et demi plus tard voit le passé de son illustre ancêtre refaire surface en même temps qu’un étrange coffre aux matériaux inconnus. Cette alternance des chapitres entre 1339 et 1899 entretient un suspens efficace, mais confère parfois malencontreusement un rythme décousu à la narration.

 

Le Bâtard de Kosigan vient de recevoir le Prix Imaginales des Lycéens. Amplement mérité.

 

 

Par Matthieu Roger

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 11:00

Le Livre de Poche, 2014

 

 

 

Parler de philosophie et d'histoire dans un même roman : un défi ? Un exercice de style ? Une idée prétentieuse ?  Rien de tout cela pour Irvin Yalom, qui réussit magistralement l'exercice. Il nous transporte au XVIIe siècle dans la vie du célèbre philosophe Spinoza, et dans le même temps nous entraîne des siècles plus tard, à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, en plein cœur de Munich, où se déroule la montée du nazisme. On observe cette montée d'une manière surprenante, unique et peut-être la plus réussie de toutes, la plus explicite, loin des cours sur le contexte socio-éco-historique de l'époque qui expliquerait pourquoi l'Allemagne a accouché d'un monstre. Le récit nous amène ici à disséquer la naissance du nazisme en psychanalysant l'esprit d’Alfred Rosenberg, l'un des idéologues du NSDAP, le parti national-socialiste des travailleurs allemands. Une trame narrative de génie que tient là l'écrivain juif. Je m'étais toujours demandée comment l'idée de se débarrasser de tout un peuple avait pu germer. Une réponse est ici donnée. Ce n'est sans doute pas LA réponse, mais c'est une intéressante façon d'analyser et de raconter cette page sombre de l'Histoire. 

 

Alors quel rapport entre le philosophe juif excommunié et le penseur nazi boudé ? Un rapport fictif mais tout à fait plausible et pris dans la trame des faits historiques. C'est avec délice qu'on se plonge dans cette lecture des rouages de la pensée antisémite, comment une personne se retrouve fascinée pendant ses études par un écrivain au point de trouver dans l'antisémitisme une mécanique de pensée qui le rassure et l'habite tout entier. Alfred Rosenberg n’est autre qu’un criminel nazi jugé et pendu à Nuremberg pour avoir « préparé », convaincu Hitler et le peuple allemand qu'il fallait éliminer les juifs.  Tout en se plongeant, en parallèle, dans la quête d'un philosophe en avance sur son temps qui, bien avant Nietzsche, voulait se débarrasser de l'idée d'un Dieu régissant notre vie. Un philosophe du bonheur, exclu des siens pour chercher toute sa vie comment atteindre « l'ataraxie », cette « tranquillité de l'âme » qu'il admirait chez Épicure.

 

Nul besoin d'être calé en philosophie ou en histoire pour apprécier ce livre, c'est ce qui en fait toute sa valeur. Irvin Yalom a réussi à devenir l’intime de Spinoza, l’intime d’Alfred Rosenberg. Irvin Yalom nous raconte leur vie comme s’il nous racontait celles de personnages tout droit sortis de son imagination. Une prouesse à mes yeux : avec ce livre on se détend autant qu'on apprend, lorsque je tourne la dernière page l'antisémitisme et Spinoza ne m'ont jamais autant passionnée. Pas étonnant que Le Problème Spinoza ait obtenu le Prix des lecteurs du Livre de Poche. 

 

 

Par Charlotte Bonnet

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 14:01

Éditions Plon, 1993

 

 

Mika Waltari n’a jamais mis les pieds en Égypte, et pourtant son récit est un grand voyage érudit qui amène le lecteur sur les rives du Nil.

Sinouhé est un enfant sauvé des eaux. Adopté par des parents déjà âgés, il sera choyé et gâté. Doué pour la lecture, l’enfant qui aime jouer dans les rues de la majestueuse Thèbes est appelé à devenir médecin et prêtre d’Amon. Dans un monde où les dieux et leurs temples jouent le rôle de pôle économique, culturel et spirituel, Sinouhé est voué à un grand avenir tout tracé et sans remous. Brillant élève et fierté de sa famille, Sinouhé va cependant trahir les siens pour l’amour d’une courtisane qui lui volera tout, jusqu’à sa dignité. C’est depuis la maison des morts que Sinouhé retournera à la vie. Il finira par sortir de là où l’on ne s’échappe pas pour rendre ses défunts parents à la terre, au-delà du grand fleuve, sur les rives interdites de la cité des morts.

D’un récit qui débute de façon presque minimaliste, à l’ombre des sycomores, dans une rue pauvre ou se mélangent odeurs de poisson et de cuisine à la graisse d’oie, le lecteur est doucement pris dans le tourbillon d’une aventure immense où l’antiquité prend vie sous la plume d’un Finlandais né en 1908.

Au gré de ses voyages, Sinouhé, suivi par son fidèle et roublard esclave, va se retrouver au cœur des grands conflits de son temps. Il va découvrir les terribles Hittites, rencontrer les rois assyriens, traverser la sublime Babylone ou encore se perdre dans la douceur de la Crête paradisiaque aux vices multiples. Il sera le témoin de la chute d’Amon et de l’ascension d’Aton, Dieu unique et solaire porté par le Pharaon Akhenaton, époux de la sublime Néfertiti. Médecin errant et homme de l’ombre, il prendra part à des batailles épiques au côté d’Horemheb, Général au Faucon, et à des complots politiques ourdis dans le secret mortel des royales alcôves. Embaumeur, trépanateur, conseiller politique, entre fortune et pauvreté, Sinouhé vivra cent vies en une.

 

Mika Waltari nous offre une grande et sublime aventure, l’épopée d’un homme simple fait d’autant de faiblesses que de talents, qui va traverser non sans peines les épreuves de son temps. En guise de comparaison, on retrouve ce souffle avec Jean-Christophe Rufin, qui cinquante ans après Waltari nous contera dans L’Abyssin et Sauver Ispahan les aventures délicieuses d’un médecin talentueux parcourant l’Orient au temps du Roi Soleil.

Avec Sinouhé l’Égyptien le lecteur vit un grand voyage où le détail du quotidien confère sa couleur aux grands mouvements historiques animant cette époque charnière. L’ouvrage renseigne le lecteur sur la dynamique entre pouvoir et religion dans le paysage socio-économique égyptien, et donne à comprendre le fonctionnement complexe de cette société déjà millénaire au moment où Akhenaton reçoit la double couronne. C’est ainsi avec une grande clarté que Mika Waltari met en relief les enjeux stratégiques de la région et la richesse des civilisations qui la peuplent.

 S’il s’avère que certains pans du travail historique de Mika Waltari ont été réfutés par les académiques, notamment en ce qui concerne le rôle des esclaves dans la société, tous s’accordent à féliciter le travail du Finlandais qui restitue à merveille ces temps troubles au pays des pyramides.  

D’abord sceptique à l’idée d’aborder cet ouvrage paru pour la première fois dans les années 1950, il ne m’a fallu que quelques paragraphes pour tomber sous le charme de son écriture et pour sentir le vent chaud du voyage souffler à chaque page qui se tourne. Rempli de surprises et de personnages complexes, Sinouhé l’Égyptien, grand classique de la littérature finlandaise, mérite d’être connu au-delà de ses frontières. Ce fut en effet pour moi une excellente introduction à l’histoire de l’Égypte antique, ainsi que l’occasion de fixer un premier point de compréhension dans la chronologie de cette civilisation millénaire.

 

 

Je profite de cette tribune qui m’est donnée à l’occasion de la 200e chronique des Lectures d’Arès pour féliciter Matthieu Roger pour son grand travail et pour tout ce que sa curiosité nous apprend. Matthieu est un homme de conviction et d’engagement, un ami fidèle et plein de talents. Puisse son érudition rayonnante vous éclairer ; fouillez, découvrez les merveilles recelées par Les lectures d’Arès.

 

 

 

Par Nicolas Saint Bris

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 11:00

Éditions Denoël, 2009

 

 

 

J’ai lu Il est difficile d’être un dieu d’un seul trait, sans pouvoir un instant me détacher du récit. Enfin presque. La quinzaine de pages pour le moins abscondes du prologue faillit me dissuader de poursuivre plus en avant. À croire que la traduction française de Bernadette du Crest s’annonçait bancale voire, encore plus inquiétant, carrément défaillante. Mais un chapitre plus loin, j’ai su que cette première impression était fausse. Au côté de Roumata, le héros de ce livre, le lecteur se retrouve soudain transporté à la lisière d’une forêt obscure de la planète Arkanar, pour un rendez-vous nocturne indéterminé. Ce que l’on comprend au fur et à mesure, c’est que Roumata, sous ses airs de Cid ferrailleur et de Don Juan, est en fait un historien envoyé depuis la Terre pour étudier l’évolution de la civilisation semi-féodale sur Arkanar. Car Arkanar n’a rien d’une planète extraterrestre aux technologies les plus avancées. Bien au contraire, ses royaumes sont en train de plonger dans une période de guerres civiles et d’obscurantisme rappelant l’Âge Sombre du proto-Moyen Âge. Il est difficile d’être un dieu mêle ainsi dystopie et anticipation historique, grâce à un scénario diabolique où l’atmosphère délétère d’apocalypse politique, perceptible très rapidement, laisse la part belle aux intrigues politiques de bas étages.

 

Le génie des deux auteurs, les frères Strougatski, est de nous offrir un roman complètement baroque, où les références historiques s’amoncellent pour peindre peu à peu le tableau anxiogène d’un Âge noir inéluctable. La société d’Arkanar, au faîte de laquelle le dangereux don Reba manipule un roi podagre et bouffon, se mue en effet sous nos yeux effarés en un royaume tenant à la fois de l’Allemagne nazie, de la Russie stalinienne, de l’Espagne de l’Inquisition, de la Terreur révolutionnaire et du 1984  de George Orwell. Roumata se débat comme un beau diable au milieu des luttes politiques intestines et de leurs dérives fascistes, contemplant avec impuissance le spectacle d’un monde où l’homme devient plus que jamais un loup pour l’homme. Sorte de cocktail explosif où La Raison dans l’Histoire de Hegel vient percuter de plein fouet une science-fiction à la fois chatoyante et pessimiste, ce roman constitue une expérience littéraire inédite quant à l’universalisme de son propos fictionnel. Il est difficile d’être un dieu, ou quand le baroque convoque de manière brillante et échevelée les fragments épars de notre Histoire la plus sombre.

 

 

Par Matthieu Roger

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 13:26

Éditions Akileos, 2015

 

Après leur série uchronique Block 109 et leur voyage dans l’anticipation avec Chaos Team, j’attendais avec grande impatience la nouvelle œuvre de Vincent Brugeas et Vincent Toulhoat. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai point été déçu ! Le Roy des Ribauds est une bande-dessinée dont le récit se déroule dans le Paris de la toute fin du XIIe siècle, sous le règne de Philippe Auguste. Le personnage principal est Tristan, ou autrement dénommé Roy des Ribauds, dont on comprend vite qu’il œuvre en sous-main pour le Roi de France en dirigeant une grande partie des coupe-jarrets, coupe-bourses et autres guildes malfamées de la capitale. Un chef de la Cour des miracles au service du pouvoir officiel, en quelque sorte. Pour ce personnage haut en couleurs, Vincent Brugeas s’est inspiré d’une fonction ayant véritablement existée, celle du Rex Ribaldorum, qui était le chef d’un corps spécial de sergents, les Ribaldi regis, fondé sous Philippe Auguste afin de protéger la personne royale. Vous l’aurez sans doute deviné, la vie de Tristan n’est guère monotone, loin s’en faut, et celui-ci va se retrouver plongé, au côté de ses plus fidèles affidés, au cœur d’une affaire criminelle aux ramifications les plus tortueuses.

 

Dans ce premier livre on retrouve, outre Philippe Auguste, des personnages historiques tels qu’Aliénor d’Aquitaine ou Richard Cœur de Lion. Vincent Brugeas, au scénario, et Ronan Toulhoat, au dessin, prouvent une nouvelle fois leur talent pour mêler matière historique et fiction. Le panache du coup de crayon y joue pour beaucoup, avec ici le parti pris assumé et fort réussi de travailler sur deux gammes chromatiques : une allant du noir au bleu-gris, l’autre tirant du jaune pâle jusqu’au orange. Bien que le trait et la manière de détourer les personnages et éléments du décor se démarquent de ses ouvrages précédents, Ronan Toulhoat nous régale toujours grâce à ses cadrages improbables et sa capacité à fixer les visages pour dépeindre l’action. Un véritable régal visuel ! Une fois plongé au cœur des sombres méandres des ruelles du Paris moyenâgeux, difficile pour le lecteur de s’en détacher ne serait-ce que quelques instants. Ce premier opus du Roy des Ribauds n’est rien moins qu’une des meilleures B.D. de ce début d’année 2015. Incontournable. Et si vous avez, comme moi, la chance de parcourir la magnifique édition luxe, tirée pour l’occasion à seulement quatre-vingt-dix exemplaires, agrémentée de sa couverture cuir ainsi que de deux superbes ex-libris, le plaisir de la lecture n’en sera que plus rehaussé !

 

 

Par Matthieu Roger

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 10:13

Le Livre de Poche, 2007

 

Merlin est le deuxième tome du Cycle de Pendragon, saga écrite par l’Américain Stephen Lawhead, qui revisite la légende arthurienne. Aujourd’hui traduite en vingt-et-une langues, elle comprend au total cinq volumes : dans l’ordre chronologique Taliesin, Merlin, Arthur, Pendragon, Le Graal. Une des particularités de Stephen Lawhead est de proposer pour chaque ouvrage un narrateur différent, à l’image du procédé utilisé par Glen Cook tout au long des Annales de la Compagnie Noire.

 

Merlin dénote fortement par rapport au premier tome Taliesin, qui se contentait au final d’exposer les personnages fondateurs, même si l’apport du mythe de l’Atlantide ajoutait une touche d’exotisme légendaire bien exploitée. Ici le rythme est beaucoup plus enlevé, les complots s’ourdissent derrière les murs de sombres forteresses, les batailles sont épiques, la légende se nourrit de hauts faits. Le narrateur de cette enivrante épopée n’est autre que Merlin (narration à la première personne), appelé par les uns Emrys, par les autres Myrddin, Merlinus, ou bien encore L’Enchanteur. Élevé enfant par le Petit Peuple des Collines, il devient à la fois barde, druide, guerrier, roi, prophète et serviteur du Vrai Dieu. On ne s’étonnera donc pas que l’auteur divise ce livre en trois grandes parties, qui proclament le « Roi », le « Seigneur de la forêt » puis le « Prophète ». Le lecteur suit le parcours de Merlin au service de l’unité et de la paix en Île des Forts, notre actuelle Grande-Bretagne. Une destinée passionnante, sorte de version contemporaine de Chrétien de Troyes où le romanesque prend le pas sur les mythes poétique annoncés dans Taliesin. Avec en toile de fond la présence noire et sournoise de Morgian, autrement dit la fée Morgane, sorcière aux effrayants desseins, désormais ennemie jurée de notre héros. Voilà qui n’est pas sans rappeler, l’excellence du style en moins, l’univers celtique impitoyable et fabuleux des Rois du Monde de Jean-Philippe Jaworski.

 

"Vous, rois endormis dans vos caves à hydromel, réveillez-vous ! Rassemblez vos armées, équipez vos guerriers, munissez leurs mains d'acier tranchant !

Vous, guerriers écroulés sur vos coupes à la table de vos seigneurs, levez-vous ! Polissez vos armes, aiguisez vos lames, nettoyez vos casques et peignez vos boucliers de couleurs vives !

Toi, peuple de l'Île des Forts, debout ! Cesse de trembler ; reprends courage et apprête les festins de bienvenue. Car l'âme de la Bretagne frémit de nouveau. Merlin est de retour."

(p. 332)

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite