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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 10:13

Le Livre de Poche, 2007

 

Merlin est le deuxième tome du Cycle de Pendragon, saga écrite par l’Américain Stephen Lawhead, qui revisite la légende arthurienne. Aujourd’hui traduite en vingt-et-une langues, elle comprend au total cinq volumes : dans l’ordre chronologique Taliesin, Merlin, Arthur, Pendragon, Le Graal. Une des particularités de Stephen Lawhead est de proposer pour chaque ouvrage un narrateur différent, à l’image du procédé utilisé par Glen Cook tout au long des Annales de la Compagnie Noire.

 

Merlin dénote fortement par rapport au premier tome Taliesin, qui se contentait au final d’exposer les personnages fondateurs, même si l’apport du mythe de l’Atlantide ajoutait une touche d’exotisme légendaire bien exploitée. Ici le rythme est beaucoup plus enlevé, les complots s’ourdissent derrière les murs de sombres forteresses, les batailles sont épiques, la légende se nourrit de hauts faits. Le narrateur de cette enivrante épopée n’est autre que Merlin (narration à la première personne), appelé par les uns Emrys, par les autres Myrddin, Merlinus, ou bien encore L’Enchanteur. Élevé enfant par le Petit Peuple des Collines, il devient à la fois barde, druide, guerrier, roi, prophète et serviteur du Vrai Dieu. On ne s’étonnera donc pas que l’auteur divise ce livre en trois grandes parties, qui proclament le « Roi », le « Seigneur de la forêt » puis le « Prophète ». Le lecteur suit le parcours de Merlin au service de l’unité et de la paix en Île des Forts, notre actuelle Grande-Bretagne. Une destinée passionnante, sorte de version contemporaine de Chrétien de Troyes où le romanesque prend le pas sur les mythes poétique annoncés dans Taliesin. Avec en toile de fond la présence noire et sournoise de Morgian, autrement dit la fée Morgane, sorcière aux effrayants desseins, désormais ennemie jurée de notre héros. Voilà qui n’est pas sans rappeler, l’excellence du style en moins, l’univers celtique impitoyable et fabuleux des Rois du Monde de Jean-Philippe Jaworski.

 

"Vous, rois endormis dans vos caves à hydromel, réveillez-vous ! Rassemblez vos armées, équipez vos guerriers, munissez leurs mains d'acier tranchant !

Vous, guerriers écroulés sur vos coupes à la table de vos seigneurs, levez-vous ! Polissez vos armes, aiguisez vos lames, nettoyez vos casques et peignez vos boucliers de couleurs vives !

Toi, peuple de l'Île des Forts, debout ! Cesse de trembler ; reprends courage et apprête les festins de bienvenue. Car l'âme de la Bretagne frémit de nouveau. Merlin est de retour."

(p. 332)

 

 

Par Matthieu Roger

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 23:24

Éditions Gallimard, 2012

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Lorsqu’on lit Jean-Christophe Rufin, on se dit que la littérature française a encore de beaux jours devant elle. Son style d’écriture romanesque et vivant dépeint ici la vie aventureuse de Jacques Cœur avec un allant des plus communicatifs. Le grand Cœur est bien plus qu’une simple biographie romancée du Grand Argentier de Charles VII, il s’agit d’une plongée dans une époque charnière de l’histoire de France, entre Moyen Âge et Renaissance, entre pouvoir féodal déclinant et renforcement lent mais inexorable de l’influence économique et politique de la bourgeoisie industrieuse. Homme ayant  côtoyé les personnages les plus puissants de son temps, le Jacques Cœur que nous conte ici Jean-Christophe Rufin s’avère attachant, continuellement tiraillé entre ses aspirations profondément humanistes et ses ambitions réticulaires. Fils de petit bourgeois devenu un des personnages les plus influents d’Europe, son activité incessante le place à la croisée des chemins de plusieurs civilisations désormais connectées. Un grand basculement s’opère en effet parallèlement à la vie du Berruyer : « cent ans de guerre avec l’Angleterre prennent fin ; la papauté se réunifie ; la longue survie de l’Empire romain s’achève avec la chute de Byzance ; l’islam s’installe comme le vis-à-vis de la chrétienté » (p. 497). Et désormais le négoce, ainsi que le pouvoir de l’argent qu’il véhicule, supplante peu à peu la prééminence d’une chevalerie décimée aux croisades. L’auteur s’attarde avec talent à peindre la psychologie de son protagoniste, à nous faire partager ses moindres doutes ou espoirs. Avec en toile de fond la loyauté indéfectible mais lucide de celui-ci envers les deux personnes qui marquèrent le plus sa destinée : son roi, Charles VII, et Agnès Sorel, la femme qu’il aima par-dessus toutes. La fiction dépasse alors l’histoire ; ce duo amoureux, imaginé par l’auteur, révèle une soif de liberté que les hautes sphères du pouvoir contraignent à jamais.

 

Rédigée à la première personne, la narration enlevée de Jean-Christophe Rufin fait mouche à chacune des cinq-cents pages de ce livre. Au même titre que Rouge Brésil, primé en 2001, Le grand Cœur aurait bien pu une nouvelle fois valoir à l’Académicien le fameux prix Goncourt. Car ce très beau roman se déguste sans retenue. Ne reste plus qu’à vous rendre rapidement chez votre libraire, pour vous embarquer sur les galées de Méditerranée aux côtés de Jacques Cœur.

 


 

Par Matthieu Roger

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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 15:51

Éditions Pygmalion, 2014

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Aujourd’hui les livres de G.R.R. Martin se vendent comme des petits pains. Surfant sur le succès de la série télévisée Game Of Thrones, le grand public dévore les tomes successifs du Trône de Fer, découvrant ainsi l’une des sagas de fantasy les plus ambitieuses de tous les temps. L’œuf de dragon nous ramène quatre-vingt-dix ans avant l’époque du Trône de Fer, alors qu’Aerys Ier Targaryen règne sur le royaume des Sept Couronnes. À première vue, on serait tenté de se demander si la publication de ce « préquelle » n’est pas un coup marketing des éditeurs, histoire de profiter du succès toujours croissant des productions de G.R.R. Martin.

 

Cependant il serait malhonnête de critiquer L’œuf de dragon à l’aune d’un tel soupçon, tant le récit qu’il propose se suffit à lui-même. Aux côtés de Ser Duncan le Grand et de son écuyer surnommé L’Œuf, qui sous son pseudonyme et son crâne rasé s’avère n’être autre que le neveu du roi, le lecteur se retrouve propulsé en pleine lice du tournoi organisé à l’occasion des noces du seigneur de Beurpuits. Sauf que nos deux héros vont se retrouver au cœur d’intrigues et de complots qui ont plus à voir avec l’avenir même du royaume qu’avec la célébration du mariage de leur hôte. Alors que les tournoyeurs, nobles à la renommé établie ou bien chevaliers errants en quête de rançons, se présentent tour à tour au héraut du tournoi, bien malin qui pourrait derrière les écus armoriés déceler les intentions des uns et des autres…

 

L’œuf de dragon est un livre qui se lit très facilement, et que l’on pourrait presque recommander, si l’on fait fi des généalogies compliquées des différentes maisons nobles, à de jeunes lecteurs. Le récit est enlevé, extrêmement narratif, et captive du début à la fin.

 

 

Par Matthieu Roger

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 16:13

Panini Books, 2014 (première publication en 1970)

 

cover-aigle-de-rome.jpg

 

 

Quarante-quatre ans après sa première publication, les éditions Panini Books ont aujourd’hui la bonne idée de rééditer en français L’Aigle de Rome, roman historique que l’on doit à la plume de Wallace Breem. Ce dernier, ancien militaire britannique, nous raconte ici l’extraordinaire destin du général Maximus et de son commandant de cavalerie Quintus à l’orée du Ve siècle après J.-C., alors que la puissance romaine n’est plus que pâle reflet des lustres d’antan. Ce récit m'a fait penser au Loup des frontières de Rosemary Sutcliff, et dans une moindre mesure au Désert des Tartares de Dino Buzzati, puisque l’action se déroule exclusivement aux frontières de l’empire romain. D’abord en Bretagne, dans les régions inhospitalières gardées par le Mur d’Hadrien, puis principalement sur les limes de Germanie, là où le courant impétueux du Rhin s’interpose entre le monde civilisé et les sombres forêts peuplées de barbares. C’est ce livre qui inspira Ridley Scott comme base de départ pour son chef-d’œuvre cinématographique Gladiator, dont la scène d’ouverture grandiose n’est autre qu’une bataille entre les légions de Marc-Aurèle et de sauvages Germains.

 

En fait L’Aigle de Rome vaut surtout pour ses cent trente dernières pages, d’un épisme à couper le souffle. Jusque-là l’auteur conduit son roman de manière plutôt efficace mais sans lyrisme, sacrifiant sans manque d’appétence pour les descriptions à la narration rapide – parfois trop rapide – des péripéties jalonnant le parcours de Maximus. Mais lorsque qu’il ne s’agit plus que de vie ou de mort, lorsque c’est la survie même de l’empire qui se joue, Wallace Breem emporte le lecteur au cœur d’une odyssée militaire hors du commun. Xavier Grall avait titré l’un de ses livres L’inconnu me dévore ; tel devait être le sentiment des soldats de la XXe Légion guettant la rive opposée du Rhin, attendant le signal d’une attaque ennemie que tous savent inéluctable. « Arrive alors la phase la plus difficile, quand vous voyez les flèches et les javelots filer vers vous, et qu’hommes et chevaux s’écroulent autour de vous. C’est alors que vous avez envie de vous précipiter sur l’ennemi. Vous devez résister à la tentation. Restez groupés et attendez patiemment la dernière sonnerie. » (p. 252)

 

 

 Par Matthieu Roger

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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 21:37

Panini Books, 2014

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Pour son premier roman, on ne peut pas dire que Brian McClellan ait fait les choses à moitié. La Promesse du Sang est non seulement un excellent roman d’aventures et d’intrigues politiques, doublé d’une enquête policière captivante, mais il réussit surtout à insuffler un vent de nouveauté bienvenu sur la fantasy. Grâce à quelques idées innovantes, comme par exemple la puissante magie des poudremages, chargée de poudre à canon, McClellan plante un univers original, que l’on croirait tout droit sorti du Paris révolutionnaire de 1789. Pas étonnant pour un sou, puisque l’auteur avoue dans sa préface – calibrée à dessein pour le lectorat français ? – son amour pour grands classiques d’Alexandre Dumas et Victor Hugo, tels Le Comte de Monte-Cristo, Les Trois Mousquetaires, Le Vicomte de Bragelonne ou Les Misérables. Écoutons-le : « Maintenant que j’y réfléchis, il me semble donc naturel que j’écrive un roman de fantasy qui s’inspire directement de la Révolution française, puisque mes œuvres favorites sont également liées à ce moment clé de l’histoire. Adolescent, j’étais déjà fasciné par des hommes comme Napoléon, dont les histoires extraordinaires ont été de véritables sources d’inspirations. Au fil des années, des auteurs comme Hugo et Dumas ont été de vrais modèles pour moi. Et bien que je ne puisse jamais prétendre atteindre une telle profondeur et un tel talent littéraire, je tente de créer des aventures que tout le monde pourra apprécier, en leur donnant cette saveur révolutionnaire. » (p. 8-9).

 

Le début du récit nous propulse en plein coup-d’état, alors que le souverain d’Adro se voit renversé par le grisonnant Maréchal Tamas, qui entend bien mettre à bas les privilèges des nobles et établir une véritable république populaire. Sauf que ce bouleversement de l’échiquier politique va instantanément réveiller les ambitions belliqueuses du royaume voisin de Kez, dont les troupes manœuvrent aux frontières, sans oublier les ennemis de l’intérieur qui s’agitent en coulisses à Adopest. Tamas devra s’appuyer ses dévoués poudremages et sur Adamat, ex-policier à la retraite, afin de déjouer les complots qui risquent d’étouffer dans l’œuf ses ambitions politiques. C’était sans compter sur la résurgence d’une ancienne prophétie religieuse, annonçant rien moins que le retour du dieu Kresimir parmi les hommes !

Magie, cabales, effluves de poudre et retournements de situation bien amenés constituent les ingrédients savoureux de La Promesse du Sang. J’attends avec impatience la publication en juillet prochain du second tome, qui s’intitulera La Campagne Écarlate. Si ce dernier est à la hauteur du premier opus, Brian McClellan sera définitivement un écrivain à surveiller de près.

 

 

Par Matthieu Roger

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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 13:41

Éditions Akileos, 2014

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Après un premier tome détonnant et un second volet qui m’avait laissé sur ma faim d’un point de vue strictement scénaristique, voilà que Chaos Team 2.1 débarque dans les bacs de toutes les bonnes librairies de France et de Navarre. Et ce pour mon plus grand plaisir, puisque Chaos Team 2.1 s’avère être l’épisode le plus passionnant des aventures des anciens mercenaires de Blackfire, désormais passés au service des forces du Renouveau. Vincent Brugeas, le scénariste de la série, peut en effet se consacrer pleinement au déploiement narratif de l’intrigue, les deux premier opus ayant déjà suffisamment introduit et présenté les différents personnages. D’où un rythme plus nerveux fort appréciable, qui sied parfaitement à l’état d’urgence d’une mission de secours pour le moins précipitée, direction Mourmansk. Là-bas, un ancien général russe se faisant appeler le Tsar déploie sa toile et va donner du fil à retordre à nos héros… Bref, Chaos Team 2.1 est tellement riche qu’il me serait malaisé d’en dire plus sans dévoiler un pan de l’histoire. Signalons tout de même des références uchroniques toujours bienvenues, qui convoquent la grande Histoire. La reddition  du Commandeur des forces catholiques devant Agathe, sur laquelle s’ouvre le récit, est évidemment un clin d’œil à Vercingétorix jetant ses armes au pied de César. Le Tsar, figure dont on devrait en apprendre plus dans le quatrième tome, est une incarnation des réminiscences nationales-soviétiques. Quant à Omar, l’évocation de son passé lors d’un flash-back de trois pages, n’est pas sans rappeler le conflit qui a repris au Darfour depuis 2003.

 

Enfin il m’est impossible de terminer cette chronique sans tirer une nouvelle fois un grand coup de chapeau au dessinateur Ronan Toulhoat, qui fait ici des merveilles. Il est sans aucun doute, avec Éric Bourgier dont j’admire également le coup de crayon, l’illustrateur français le plus doué de cette décennie.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 00:05

P.O.L éditeur, 2011

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Destin hors normes que celui d’Edouard Limonov. Emmanuel Carrère ne s’y est pas trompé, qui restitue ici la vie du baroudeur russe sous forme de roman, après de nombreuses années d’enquête auprès des figures incontournable de son existence. Mais qui est donc Limonov ? La dernière page du livre tournée, difficile encore de se faire une idée précise et arrêtée du personnage. Même Carrère, qui le connut pourtant lorsqu’il était l’écrivain à la mode du Paris des années 1980, conclut sur d’endémiques interrogations. C’est qu’avant de devenir un des opposants politiques emblématiques à Poutine, Limonov fut tour à tour poète raté,  clochard, valet d’un richissime Américain, auteur reconnu, pour finir par aller faire le coup de feu dans les Balkans au côté des ultranationalistes serbes. Ce dont on peut être sûr, au final, c’est que Limonov, « on ne l’achète pas, on ne le domestique pas. Il est un bandit de grand chemin (…). » De manière parfois crue, à l’image de ses frasques sexuelles et des marathons d’ivrognerie appelés zapoï par-delà l’Oural, Emmanuel Carrère peint une vie remplie d’aventures, de folies, de démesure, de passions.

 

Le plus intéressant, c’est qu’en suivant les pérégrinations de notre charismatique protagoniste se dresse un panorama éclectique de l’Europe de la seconde moitié du XXe siècle. Des milieux underground moscovites et ukrainiens jusqu’aux cercles littéraires parisiens, en passant par le cruel ballet des snipers de Sarajevo, surgissent devant les yeux du lecteur les secousses chaotiques du post-communisme. Edouard Limonov avait une revanche à prendre sur la basse condition de ses origines ; frayant tout au long de sa vie avec le pire, il nous offre le portrait d’une de ces têtes brûlées comme on en voit plus aujourd’hui. Né pour s’incarner en tant que leader, celui qui pense que « la guerre est un plaisir, le plus grand des plaisirs, sinon elle s’arrêterait tout de suite » n’a pas fini d’intriguer.

 

Limonov a reçu le Prix Renaudot 2011.

 

 

Par Matthieu Roger

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 16:43

Éditions Les Escales, 2013


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Ce roman historique est inspiré de la célèbre série de jeux vidéo PC de stratégie « Total War », qui met notamment en scène les guerres romaines. Total War Rome : Détruire Carthage est ainsi, comme son titre l’atteste, un produit dérivé d’une franchise commerciale. Voilà qui laisse songeur et laisse interrogatif quant au contenu littéraire proposé. Le nom de l’auteur rassure néanmoins quelque peu, puisqu’il s’agit du Britannique David Gibbins, qui a déjà publié une demi-douzaine de romans d’aventures historiques. Les développeurs de jeux vidéo The Creative Assembly et SEGA ont donc eu la bonne idée de ne pas miser sur un débutant pour cette nouvelle déclinaison livresque, annoncée comme « le premier tome d’une série de romans épiques ». David Gibbins est en fait un féru d’histoire militaire passionné par les armes et les armures, intérêt qui lui vient de riche passé militaire de sa propre famille et que l’on retrouve dans ses romans précédents, avec par exemple les campagnes romaines vers l’Est (Tigres de guerre, Éditions First, 2009), les guerres victoriennes en Inde et au Soudan (Pharaon, Éditions Les escales, 2013), et la Deuxième Guerre mondiale (Le Masque de Troie, Éditions First, 2011).

 

Total War Rome : Détruire Carthage s’avère captivant, en transportant le lecteur en Macédoine, en Numidie, en Hispanie et dans la Rome du IIe siècle avant J.-C. Un des grands mérites de l’auteur est de ne pas court-circuiter son histoire par des intrigues secondaires superflues, principal défaut des romans historiques publiés aujourd’hui. On suit ici Scipion Émilien, petit-fils du légendaire Scipion l’Africain, et Fabius Petronius Secondus, son ami qui deviendra centurion primipile. Les 450 pages de Total War Rome : Détruire Carthage courent sur plus de vingt années, du champ de bataille de Pydna (168 av. J.-C.) à la troisième guerre punique et au siège de Carthage (146 av. J.-C.). Elles mettent en exergue le destin héroïque de Scipion Émilien, que le poids de ses ascendants condamne à une carrière glorieuse. Avec cette fiction historique David Gibbins entend montrer « comment la crédibilité de n’importe quelle reconstruction (…) repose moins sur la reproduction des "faits" apparents que sur la compréhension des incertitudes de cette information et de la nécessité d’une approche historique pour l’utiliser ». De fait, il s’est notamment appuyé sur les écrits des historiens antiques Plutarque et Appien afin d’étayer sa trame narrative, où l’on retrouve un Polybe à la fois stratège et conseiller de Scipion. Car la route du cursus honorum sera longue pour Scipion avant d’arriver au pied des murailles de Carthage. « Un jour, il reviendrait avec une cuirasse bien à lui, plus magnifique que celle-ci, faite avec l’or et l’argent de ses propres conquêtes, décorée non plus avec les images des guerres passées, mais avec celle de sa plus grande victoire, une citadelle en flammes, avec un général dominant le chef vaincu de la plus grande ennemie de Rome. Il reviendrait pour célébrer le triomphe le plus éclatant que Rome ait jamais connu. Il attendrait d’avoir reçu l’adulation du sénat, puis leur tournerait le dos (…). Il rendrait le sénat impotent, impuissant, car il gagnerait le peuple, les légionnaires et les centurions, et ensemble ils forgeraient l’armée la plus formidable que le monde ait jamais vue, une armée qui briserait les chaînes de Rome et balaierait tout devant elle, menée par un général dont les conquêtes feraient paraître celles d’Alexandre le Grand dérisoires. » (p.155)

 

Bref, Carthago delenda est

 

 

 

Par Matthieu Roger

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 18:11

Les moutons électriques, 2013


cover-Meme-pas-mort.jpg

 

 

Même pas mort constitue le premier tome du nouveau triptyque littéraire de Jean-Philippe Jaworski, intitulé Rois du monde. Après l’éblouissant Gagner la guerre, que nous vous avons déjà présenté sur ce site, le Français entame ici une ambitieuse saga celtique, sur fond rivalités tribales et d’honneur bafoué. Et c’est avec plaisir que l’on retrouve son style d’écriture singulier, cette fois-ci plus poétique que chatoyant, comparable à celui des antiques sagas islandaises. Toujours à la recherche du mot juste, Jaworski nous conte dans Même pas mort la destinée de Bellovèse, fils de roi exilé possédant la fierté exacerbée de ceux qui vont au-devant de tous les dangers. Il dépeint avec pénétration et brio des scènes dignes du septième art, en témoigne le voyage vers l’île des Vieilles qui ouvre le récit, que l’on croirait tout droit sorti du film Le Guerrier silencieux réalisé par Nicolas Winding Refn. Mention spéciale également au personnage de Suobnos, énigmatique anachorète sylvestre, aux prophéties aussi obscures que la nuit des sous-bois. Mais Même pas mort narre avant tout l’univers viril, belliqueux et extrêmement codifié des guerriers bituriges, où l’honneur ne le cède qu’aux envolées des bardes et au pouvoir des druides. En témoigne cet extrait, particulièrement évocateur : « Celui qui voyage finit toujours pas se battre, et le guerrier, c’est donc celui qui va vers l’avant. Cela t’éclaire sur notre art de la guerre. Nous méprisons les prudents et les tièdes, nous préférons la vitesse, la charge, le choc décisif. Nous n’avons que faire des traînards, des pleutres, des timorés. C’est pourquoi nous éliminons toujours le plus faible dans une troupe, parce qu’il est la pomme pourrie qui pourrait  gâter tout le panier. » (p. 74)

 

Même pas mort n’est qu’une œuvre introductive, un premier jalon vers d’autres aventures chargées du fatum. Lorsque la dernière page du livre se tourne, on sent toutes ses dimensions fantastiques et tragiques prêtent à se déployer. Pour la publication du second tome Chasse royale, il faudra malheureusement patienter jusqu’en 2014 (2015 pour le troisième). À l’évidence, l’attente risque d’être longue…

 

 

 

Par Matthieu Roger

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 14:57

VLB Éditeur, 2011

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Culloden s’ouvre sur la bataille éponyme qui mit aux prises, le 16 avril 1746, l’armée anglaise aux troupes jacobites, partisanes du retour des Stuart sur le trône d’Écosse et d’Angleterre. En face des 8500 Hanovriens du duc de Cumberland se tiennent environ 5000 Highlanders, qui seront lourdement défaits ce jour-là malgré des succès initiaux à Prestonpans (septembre 1745) et Falkirk (janvier 1746). Mais le contexte historique de l’après bataille n’est en fait qu’un prétexte utilisé par Valérie Langlois pur déployer une histoire d’amour aussi classique que naïve entre la jeune Aimili et Lachlan MacGregor, valeureux rescapé de l’affrontement. Ce roman historique, si l’on peut le qualifier de tel, ne se résume qu’à une interminable trame amoureuse, entrecoupée de péripéties plus ou moins attendues. Il ne suffit malheureusement pas de quelques émois amoureux narrés à la truelle pour emporter l’adhésion du lecteur. Le style de l’auteure ne fait jamais mouche et ne réussit pas à retranscrire le tragique chant des signes de cette « fin des clans » écossais annoncée en sous-titre. Les sentiments des deux héros sont dépeints avec une naïveté désarmante, et les descriptions des différentes personnages sont parfois tellement gauches qu’on en devine à l’avance quel rôle chacun tiendra tout au long du récit. Bref, le récit de Valérie Langlois souffre d’un cruel manque de souffle épique ou de lyrisme, alors que l’époque traitée s’y prêtait pourtant à merveille. N’est pas Walter Scott qui veut…

 

Culloden fait partie de ces livres que l’on oublie instantanément une fois la dernière page tournée. Laissons tout de même à l’auteure, dont il s’agit ici du premier ouvrage publié, le bénéfice de la seconde chance. 

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite