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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 11:00

Le Livre de Poche, 2014

 

 

 

Parler de philosophie et d'histoire dans un même roman : un défi ? Un exercice de style ? Une idée prétentieuse ?  Rien de tout cela pour Irvin Yalom, qui réussit magistralement l'exercice. Il nous transporte au XVIIe siècle dans la vie du célèbre philosophe Spinoza, et dans le même temps nous entraîne des siècles plus tard, à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, en plein cœur de Munich, où se déroule la montée du nazisme. On observe cette montée d'une manière surprenante, unique et peut-être la plus réussie de toutes, la plus explicite, loin des cours sur le contexte socio-éco-historique de l'époque qui expliquerait pourquoi l'Allemagne a accouché d'un monstre. Le récit nous amène ici à disséquer la naissance du nazisme en psychanalysant l'esprit d’Alfred Rosenberg, l'un des idéologues du NSDAP, le parti national-socialiste des travailleurs allemands. Une trame narrative de génie que tient là l'écrivain juif. Je m'étais toujours demandée comment l'idée de se débarrasser de tout un peuple avait pu germer. Une réponse est ici donnée. Ce n'est sans doute pas LA réponse, mais c'est une intéressante façon d'analyser et de raconter cette page sombre de l'Histoire. 

 

Alors quel rapport entre le philosophe juif excommunié et le penseur nazi boudé ? Un rapport fictif mais tout à fait plausible et pris dans la trame des faits historiques. C'est avec délice qu'on se plonge dans cette lecture des rouages de la pensée antisémite, comment une personne se retrouve fascinée pendant ses études par un écrivain au point de trouver dans l'antisémitisme une mécanique de pensée qui le rassure et l'habite tout entier. Alfred Rosenberg n’est autre qu’un criminel nazi jugé et pendu à Nuremberg pour avoir « préparé », convaincu Hitler et le peuple allemand qu'il fallait éliminer les juifs.  Tout en se plongeant, en parallèle, dans la quête d'un philosophe en avance sur son temps qui, bien avant Nietzsche, voulait se débarrasser de l'idée d'un Dieu régissant notre vie. Un philosophe du bonheur, exclu des siens pour chercher toute sa vie comment atteindre « l'ataraxie », cette « tranquillité de l'âme » qu'il admirait chez Épicure.

 

Nul besoin d'être calé en philosophie ou en histoire pour apprécier ce livre, c'est ce qui en fait toute sa valeur. Irvin Yalom a réussi à devenir l’intime de Spinoza, l’intime d’Alfred Rosenberg. Irvin Yalom nous raconte leur vie comme s’il nous racontait celles de personnages tout droit sortis de son imagination. Une prouesse à mes yeux : avec ce livre on se détend autant qu'on apprend, lorsque je tourne la dernière page l'antisémitisme et Spinoza ne m'ont jamais autant passionnée. Pas étonnant que Le Problème Spinoza ait obtenu le Prix des lecteurs du Livre de Poche. 

 

 

Par Charlotte Bonnet

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 14:01

Éditions Plon, 1993

 

 

Mika Waltari n’a jamais mis les pieds en Égypte, et pourtant son récit est un grand voyage érudit qui amène le lecteur sur les rives du Nil.

Sinouhé est un enfant sauvé des eaux. Adopté par des parents déjà âgés, il sera choyé et gâté. Doué pour la lecture, l’enfant qui aime jouer dans les rues de la majestueuse Thèbes est appelé à devenir médecin et prêtre d’Amon. Dans un monde où les dieux et leurs temples jouent le rôle de pôle économique, culturel et spirituel, Sinouhé est voué à un grand avenir tout tracé et sans remous. Brillant élève et fierté de sa famille, Sinouhé va cependant trahir les siens pour l’amour d’une courtisane qui lui volera tout, jusqu’à sa dignité. C’est depuis la maison des morts que Sinouhé retournera à la vie. Il finira par sortir de là où l’on ne s’échappe pas pour rendre ses défunts parents à la terre, au-delà du grand fleuve, sur les rives interdites de la cité des morts.

D’un récit qui débute de façon presque minimaliste, à l’ombre des sycomores, dans une rue pauvre ou se mélangent odeurs de poisson et de cuisine à la graisse d’oie, le lecteur est doucement pris dans le tourbillon d’une aventure immense où l’antiquité prend vie sous la plume d’un Finlandais né en 1908.

Au gré de ses voyages, Sinouhé, suivi par son fidèle et roublard esclave, va se retrouver au cœur des grands conflits de son temps. Il va découvrir les terribles Hittites, rencontrer les rois assyriens, traverser la sublime Babylone ou encore se perdre dans la douceur de la Crête paradisiaque aux vices multiples. Il sera le témoin de la chute d’Amon et de l’ascension d’Aton, Dieu unique et solaire porté par le Pharaon Akhenaton, époux de la sublime Néfertiti. Médecin errant et homme de l’ombre, il prendra part à des batailles épiques au côté d’Horemheb, Général au Faucon, et à des complots politiques ourdis dans le secret mortel des royales alcôves. Embaumeur, trépanateur, conseiller politique, entre fortune et pauvreté, Sinouhé vivra cent vies en une.

 

Mika Waltari nous offre une grande et sublime aventure, l’épopée d’un homme simple fait d’autant de faiblesses que de talents, qui va traverser non sans peines les épreuves de son temps. En guise de comparaison, on retrouve ce souffle avec Jean-Christophe Rufin, qui cinquante ans après Waltari nous contera dans L’Abyssin et Sauver Ispahan les aventures délicieuses d’un médecin talentueux parcourant l’Orient au temps du Roi Soleil.

Avec Sinouhé l’Égyptien le lecteur vit un grand voyage où le détail du quotidien confère sa couleur aux grands mouvements historiques animant cette époque charnière. L’ouvrage renseigne le lecteur sur la dynamique entre pouvoir et religion dans le paysage socio-économique égyptien, et donne à comprendre le fonctionnement complexe de cette société déjà millénaire au moment où Akhenaton reçoit la double couronne. C’est ainsi avec une grande clarté que Mika Waltari met en relief les enjeux stratégiques de la région et la richesse des civilisations qui la peuplent.

 S’il s’avère que certains pans du travail historique de Mika Waltari ont été réfutés par les académiques, notamment en ce qui concerne le rôle des esclaves dans la société, tous s’accordent à féliciter le travail du Finlandais qui restitue à merveille ces temps troubles au pays des pyramides.  

D’abord sceptique à l’idée d’aborder cet ouvrage paru pour la première fois dans les années 1950, il ne m’a fallu que quelques paragraphes pour tomber sous le charme de son écriture et pour sentir le vent chaud du voyage souffler à chaque page qui se tourne. Rempli de surprises et de personnages complexes, Sinouhé l’Égyptien, grand classique de la littérature finlandaise, mérite d’être connu au-delà de ses frontières. Ce fut en effet pour moi une excellente introduction à l’histoire de l’Égypte antique, ainsi que l’occasion de fixer un premier point de compréhension dans la chronologie de cette civilisation millénaire.

 

 

Je profite de cette tribune qui m’est donnée à l’occasion de la 200e chronique des Lectures d’Arès pour féliciter Matthieu Roger pour son grand travail et pour tout ce que sa curiosité nous apprend. Matthieu est un homme de conviction et d’engagement, un ami fidèle et plein de talents. Puisse son érudition rayonnante vous éclairer ; fouillez, découvrez les merveilles recelées par Les lectures d’Arès.

 

 

 

Par Nicolas Saint Bris

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 11:00

Éditions Denoël, 2009

 

 

 

J’ai lu Il est difficile d’être un dieu d’un seul trait, sans pouvoir un instant me détacher du récit. Enfin presque. La quinzaine de pages pour le moins abscondes du prologue faillit me dissuader de poursuivre plus en avant. À croire que la traduction française de Bernadette du Crest s’annonçait bancale voire, encore plus inquiétant, carrément défaillante. Mais un chapitre plus loin, j’ai su que cette première impression était fausse. Au côté de Roumata, le héros de ce livre, le lecteur se retrouve soudain transporté à la lisière d’une forêt obscure de la planète Arkanar, pour un rendez-vous nocturne indéterminé. Ce que l’on comprend au fur et à mesure, c’est que Roumata, sous ses airs de Cid ferrailleur et de Don Juan, est en fait un historien envoyé depuis la Terre pour étudier l’évolution de la civilisation semi-féodale sur Arkanar. Car Arkanar n’a rien d’une planète extraterrestre aux technologies les plus avancées. Bien au contraire, ses royaumes sont en train de plonger dans une période de guerres civiles et d’obscurantisme rappelant l’Âge Sombre du proto-Moyen Âge. Il est difficile d’être un dieu mêle ainsi dystopie et anticipation historique, grâce à un scénario diabolique où l’atmosphère délétère d’apocalypse politique, perceptible très rapidement, laisse la part belle aux intrigues politiques de bas étages.

 

Le génie des deux auteurs, les frères Strougatski, est de nous offrir un roman complètement baroque, où les références historiques s’amoncellent pour peindre peu à peu le tableau anxiogène d’un Âge noir inéluctable. La société d’Arkanar, au faîte de laquelle le dangereux don Reba manipule un roi podagre et bouffon, se mue en effet sous nos yeux effarés en un royaume tenant à la fois de l’Allemagne nazie, de la Russie stalinienne, de l’Espagne de l’Inquisition, de la Terreur révolutionnaire et du 1984  de George Orwell. Roumata se débat comme un beau diable au milieu des luttes politiques intestines et de leurs dérives fascistes, contemplant avec impuissance le spectacle d’un monde où l’homme devient plus que jamais un loup pour l’homme. Sorte de cocktail explosif où La Raison dans l’Histoire de Hegel vient percuter de plein fouet une science-fiction à la fois chatoyante et pessimiste, ce roman constitue une expérience littéraire inédite quant à l’universalisme de son propos fictionnel. Il est difficile d’être un dieu, ou quand le baroque convoque de manière brillante et échevelée les fragments épars de notre Histoire la plus sombre.

 

 

Par Matthieu Roger

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 13:26

Éditions Akileos, 2015

 

Après leur série uchronique Block 109 et leur voyage dans l’anticipation avec Chaos Team, j’attendais avec grande impatience la nouvelle œuvre de Vincent Brugeas et Vincent Toulhoat. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai point été déçu ! Le Roy des Ribauds est une bande-dessinée dont le récit se déroule dans le Paris de la toute fin du XIIe siècle, sous le règne de Philippe Auguste. Le personnage principal est Tristan, ou autrement dénommé Roy des Ribauds, dont on comprend vite qu’il œuvre en sous-main pour le Roi de France en dirigeant une grande partie des coupe-jarrets, coupe-bourses et autres guildes malfamées de la capitale. Un chef de la Cour des miracles au service du pouvoir officiel, en quelque sorte. Pour ce personnage haut en couleurs, Vincent Brugeas s’est inspiré d’une fonction ayant véritablement existée, celle du Rex Ribaldorum, qui était le chef d’un corps spécial de sergents, les Ribaldi regis, fondé sous Philippe Auguste afin de protéger la personne royale. Vous l’aurez sans doute deviné, la vie de Tristan n’est guère monotone, loin s’en faut, et celui-ci va se retrouver plongé, au côté de ses plus fidèles affidés, au cœur d’une affaire criminelle aux ramifications les plus tortueuses.

 

Dans ce premier livre on retrouve, outre Philippe Auguste, des personnages historiques tels qu’Aliénor d’Aquitaine ou Richard Cœur de Lion. Vincent Brugeas, au scénario, et Ronan Toulhoat, au dessin, prouvent une nouvelle fois leur talent pour mêler matière historique et fiction. Le panache du coup de crayon y joue pour beaucoup, avec ici le parti pris assumé et fort réussi de travailler sur deux gammes chromatiques : une allant du noir au bleu-gris, l’autre tirant du jaune pâle jusqu’au orange. Bien que le trait et la manière de détourer les personnages et éléments du décor se démarquent de ses ouvrages précédents, Ronan Toulhoat nous régale toujours grâce à ses cadrages improbables et sa capacité à fixer les visages pour dépeindre l’action. Un véritable régal visuel ! Une fois plongé au cœur des sombres méandres des ruelles du Paris moyenâgeux, difficile pour le lecteur de s’en détacher ne serait-ce que quelques instants. Ce premier opus du Roy des Ribauds n’est rien moins qu’une des meilleures B.D. de ce début d’année 2015. Incontournable. Et si vous avez, comme moi, la chance de parcourir la magnifique édition luxe, tirée pour l’occasion à seulement quatre-vingt-dix exemplaires, agrémentée de sa couverture cuir ainsi que de deux superbes ex-libris, le plaisir de la lecture n’en sera que plus rehaussé !

 

 

Par Matthieu Roger

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 10:13

Le Livre de Poche, 2007

 

Merlin est le deuxième tome du Cycle de Pendragon, saga écrite par l’Américain Stephen Lawhead, qui revisite la légende arthurienne. Aujourd’hui traduite en vingt-et-une langues, elle comprend au total cinq volumes : dans l’ordre chronologique Taliesin, Merlin, Arthur, Pendragon, Le Graal. Une des particularités de Stephen Lawhead est de proposer pour chaque ouvrage un narrateur différent, à l’image du procédé utilisé par Glen Cook tout au long des Annales de la Compagnie Noire.

 

Merlin dénote fortement par rapport au premier tome Taliesin, qui se contentait au final d’exposer les personnages fondateurs, même si l’apport du mythe de l’Atlantide ajoutait une touche d’exotisme légendaire bien exploitée. Ici le rythme est beaucoup plus enlevé, les complots s’ourdissent derrière les murs de sombres forteresses, les batailles sont épiques, la légende se nourrit de hauts faits. Le narrateur de cette enivrante épopée n’est autre que Merlin (narration à la première personne), appelé par les uns Emrys, par les autres Myrddin, Merlinus, ou bien encore L’Enchanteur. Élevé enfant par le Petit Peuple des Collines, il devient à la fois barde, druide, guerrier, roi, prophète et serviteur du Vrai Dieu. On ne s’étonnera donc pas que l’auteur divise ce livre en trois grandes parties, qui proclament le « Roi », le « Seigneur de la forêt » puis le « Prophète ». Le lecteur suit le parcours de Merlin au service de l’unité et de la paix en Île des Forts, notre actuelle Grande-Bretagne. Une destinée passionnante, sorte de version contemporaine de Chrétien de Troyes où le romanesque prend le pas sur les mythes poétique annoncés dans Taliesin. Avec en toile de fond la présence noire et sournoise de Morgian, autrement dit la fée Morgane, sorcière aux effrayants desseins, désormais ennemie jurée de notre héros. Voilà qui n’est pas sans rappeler, l’excellence du style en moins, l’univers celtique impitoyable et fabuleux des Rois du Monde de Jean-Philippe Jaworski.

 

"Vous, rois endormis dans vos caves à hydromel, réveillez-vous ! Rassemblez vos armées, équipez vos guerriers, munissez leurs mains d'acier tranchant !

Vous, guerriers écroulés sur vos coupes à la table de vos seigneurs, levez-vous ! Polissez vos armes, aiguisez vos lames, nettoyez vos casques et peignez vos boucliers de couleurs vives !

Toi, peuple de l'Île des Forts, debout ! Cesse de trembler ; reprends courage et apprête les festins de bienvenue. Car l'âme de la Bretagne frémit de nouveau. Merlin est de retour."

(p. 332)

 

 

Par Matthieu Roger

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 23:24

Éditions Gallimard, 2012

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Lorsqu’on lit Jean-Christophe Rufin, on se dit que la littérature française a encore de beaux jours devant elle. Son style d’écriture romanesque et vivant dépeint ici la vie aventureuse de Jacques Cœur avec un allant des plus communicatifs. Le grand Cœur est bien plus qu’une simple biographie romancée du Grand Argentier de Charles VII, il s’agit d’une plongée dans une époque charnière de l’histoire de France, entre Moyen Âge et Renaissance, entre pouvoir féodal déclinant et renforcement lent mais inexorable de l’influence économique et politique de la bourgeoisie industrieuse. Homme ayant  côtoyé les personnages les plus puissants de son temps, le Jacques Cœur que nous conte ici Jean-Christophe Rufin s’avère attachant, continuellement tiraillé entre ses aspirations profondément humanistes et ses ambitions réticulaires. Fils de petit bourgeois devenu un des personnages les plus influents d’Europe, son activité incessante le place à la croisée des chemins de plusieurs civilisations désormais connectées. Un grand basculement s’opère en effet parallèlement à la vie du Berruyer : « cent ans de guerre avec l’Angleterre prennent fin ; la papauté se réunifie ; la longue survie de l’Empire romain s’achève avec la chute de Byzance ; l’islam s’installe comme le vis-à-vis de la chrétienté » (p. 497). Et désormais le négoce, ainsi que le pouvoir de l’argent qu’il véhicule, supplante peu à peu la prééminence d’une chevalerie décimée aux croisades. L’auteur s’attarde avec talent à peindre la psychologie de son protagoniste, à nous faire partager ses moindres doutes ou espoirs. Avec en toile de fond la loyauté indéfectible mais lucide de celui-ci envers les deux personnes qui marquèrent le plus sa destinée : son roi, Charles VII, et Agnès Sorel, la femme qu’il aima par-dessus toutes. La fiction dépasse alors l’histoire ; ce duo amoureux, imaginé par l’auteur, révèle une soif de liberté que les hautes sphères du pouvoir contraignent à jamais.

 

Rédigée à la première personne, la narration enlevée de Jean-Christophe Rufin fait mouche à chacune des cinq-cents pages de ce livre. Au même titre que Rouge Brésil, primé en 2001, Le grand Cœur aurait bien pu une nouvelle fois valoir à l’Académicien le fameux prix Goncourt. Car ce très beau roman se déguste sans retenue. Ne reste plus qu’à vous rendre rapidement chez votre libraire, pour vous embarquer sur les galées de Méditerranée aux côtés de Jacques Cœur.

 


 

Par Matthieu Roger

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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 15:51

Éditions Pygmalion, 2014

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Aujourd’hui les livres de G.R.R. Martin se vendent comme des petits pains. Surfant sur le succès de la série télévisée Game Of Thrones, le grand public dévore les tomes successifs du Trône de Fer, découvrant ainsi l’une des sagas de fantasy les plus ambitieuses de tous les temps. L’œuf de dragon nous ramène quatre-vingt-dix ans avant l’époque du Trône de Fer, alors qu’Aerys Ier Targaryen règne sur le royaume des Sept Couronnes. À première vue, on serait tenté de se demander si la publication de ce « préquelle » n’est pas un coup marketing des éditeurs, histoire de profiter du succès toujours croissant des productions de G.R.R. Martin.

 

Cependant il serait malhonnête de critiquer L’œuf de dragon à l’aune d’un tel soupçon, tant le récit qu’il propose se suffit à lui-même. Aux côtés de Ser Duncan le Grand et de son écuyer surnommé L’Œuf, qui sous son pseudonyme et son crâne rasé s’avère n’être autre que le neveu du roi, le lecteur se retrouve propulsé en pleine lice du tournoi organisé à l’occasion des noces du seigneur de Beurpuits. Sauf que nos deux héros vont se retrouver au cœur d’intrigues et de complots qui ont plus à voir avec l’avenir même du royaume qu’avec la célébration du mariage de leur hôte. Alors que les tournoyeurs, nobles à la renommé établie ou bien chevaliers errants en quête de rançons, se présentent tour à tour au héraut du tournoi, bien malin qui pourrait derrière les écus armoriés déceler les intentions des uns et des autres…

 

L’œuf de dragon est un livre qui se lit très facilement, et que l’on pourrait presque recommander, si l’on fait fi des généalogies compliquées des différentes maisons nobles, à de jeunes lecteurs. Le récit est enlevé, extrêmement narratif, et captive du début à la fin.

 

 

Par Matthieu Roger

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 16:13

Panini Books, 2014 (première publication en 1970)

 

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Quarante-quatre ans après sa première publication, les éditions Panini Books ont aujourd’hui la bonne idée de rééditer en français L’Aigle de Rome, roman historique que l’on doit à la plume de Wallace Breem. Ce dernier, ancien militaire britannique, nous raconte ici l’extraordinaire destin du général Maximus et de son commandant de cavalerie Quintus à l’orée du Ve siècle après J.-C., alors que la puissance romaine n’est plus que pâle reflet des lustres d’antan. Ce récit m'a fait penser au Loup des frontières de Rosemary Sutcliff, et dans une moindre mesure au Désert des Tartares de Dino Buzzati, puisque l’action se déroule exclusivement aux frontières de l’empire romain. D’abord en Bretagne, dans les régions inhospitalières gardées par le Mur d’Hadrien, puis principalement sur les limes de Germanie, là où le courant impétueux du Rhin s’interpose entre le monde civilisé et les sombres forêts peuplées de barbares. C’est ce livre qui inspira Ridley Scott comme base de départ pour son chef-d’œuvre cinématographique Gladiator, dont la scène d’ouverture grandiose n’est autre qu’une bataille entre les légions de Marc-Aurèle et de sauvages Germains.

 

En fait L’Aigle de Rome vaut surtout pour ses cent trente dernières pages, d’un épisme à couper le souffle. Jusque-là l’auteur conduit son roman de manière plutôt efficace mais sans lyrisme, sacrifiant sans manque d’appétence pour les descriptions à la narration rapide – parfois trop rapide – des péripéties jalonnant le parcours de Maximus. Mais lorsque qu’il ne s’agit plus que de vie ou de mort, lorsque c’est la survie même de l’empire qui se joue, Wallace Breem emporte le lecteur au cœur d’une odyssée militaire hors du commun. Xavier Grall avait titré l’un de ses livres L’inconnu me dévore ; tel devait être le sentiment des soldats de la XXe Légion guettant la rive opposée du Rhin, attendant le signal d’une attaque ennemie que tous savent inéluctable. « Arrive alors la phase la plus difficile, quand vous voyez les flèches et les javelots filer vers vous, et qu’hommes et chevaux s’écroulent autour de vous. C’est alors que vous avez envie de vous précipiter sur l’ennemi. Vous devez résister à la tentation. Restez groupés et attendez patiemment la dernière sonnerie. » (p. 252)

 

 

 Par Matthieu Roger

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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 21:37

Panini Books, 2014

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Pour son premier roman, on ne peut pas dire que Brian McClellan ait fait les choses à moitié. La Promesse du Sang est non seulement un excellent roman d’aventures et d’intrigues politiques, doublé d’une enquête policière captivante, mais il réussit surtout à insuffler un vent de nouveauté bienvenu sur la fantasy. Grâce à quelques idées innovantes, comme par exemple la puissante magie des poudremages, chargée de poudre à canon, McClellan plante un univers original, que l’on croirait tout droit sorti du Paris révolutionnaire de 1789. Pas étonnant pour un sou, puisque l’auteur avoue dans sa préface – calibrée à dessein pour le lectorat français ? – son amour pour grands classiques d’Alexandre Dumas et Victor Hugo, tels Le Comte de Monte-Cristo, Les Trois Mousquetaires, Le Vicomte de Bragelonne ou Les Misérables. Écoutons-le : « Maintenant que j’y réfléchis, il me semble donc naturel que j’écrive un roman de fantasy qui s’inspire directement de la Révolution française, puisque mes œuvres favorites sont également liées à ce moment clé de l’histoire. Adolescent, j’étais déjà fasciné par des hommes comme Napoléon, dont les histoires extraordinaires ont été de véritables sources d’inspirations. Au fil des années, des auteurs comme Hugo et Dumas ont été de vrais modèles pour moi. Et bien que je ne puisse jamais prétendre atteindre une telle profondeur et un tel talent littéraire, je tente de créer des aventures que tout le monde pourra apprécier, en leur donnant cette saveur révolutionnaire. » (p. 8-9).

 

Le début du récit nous propulse en plein coup-d’état, alors que le souverain d’Adro se voit renversé par le grisonnant Maréchal Tamas, qui entend bien mettre à bas les privilèges des nobles et établir une véritable république populaire. Sauf que ce bouleversement de l’échiquier politique va instantanément réveiller les ambitions belliqueuses du royaume voisin de Kez, dont les troupes manœuvrent aux frontières, sans oublier les ennemis de l’intérieur qui s’agitent en coulisses à Adopest. Tamas devra s’appuyer ses dévoués poudremages et sur Adamat, ex-policier à la retraite, afin de déjouer les complots qui risquent d’étouffer dans l’œuf ses ambitions politiques. C’était sans compter sur la résurgence d’une ancienne prophétie religieuse, annonçant rien moins que le retour du dieu Kresimir parmi les hommes !

Magie, cabales, effluves de poudre et retournements de situation bien amenés constituent les ingrédients savoureux de La Promesse du Sang. J’attends avec impatience la publication en juillet prochain du second tome, qui s’intitulera La Campagne Écarlate. Si ce dernier est à la hauteur du premier opus, Brian McClellan sera définitivement un écrivain à surveiller de près.

 

 

Par Matthieu Roger

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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 13:41

Éditions Akileos, 2014

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Après un premier tome détonnant et un second volet qui m’avait laissé sur ma faim d’un point de vue strictement scénaristique, voilà que Chaos Team 2.1 débarque dans les bacs de toutes les bonnes librairies de France et de Navarre. Et ce pour mon plus grand plaisir, puisque Chaos Team 2.1 s’avère être l’épisode le plus passionnant des aventures des anciens mercenaires de Blackfire, désormais passés au service des forces du Renouveau. Vincent Brugeas, le scénariste de la série, peut en effet se consacrer pleinement au déploiement narratif de l’intrigue, les deux premier opus ayant déjà suffisamment introduit et présenté les différents personnages. D’où un rythme plus nerveux fort appréciable, qui sied parfaitement à l’état d’urgence d’une mission de secours pour le moins précipitée, direction Mourmansk. Là-bas, un ancien général russe se faisant appeler le Tsar déploie sa toile et va donner du fil à retordre à nos héros… Bref, Chaos Team 2.1 est tellement riche qu’il me serait malaisé d’en dire plus sans dévoiler un pan de l’histoire. Signalons tout de même des références uchroniques toujours bienvenues, qui convoquent la grande Histoire. La reddition  du Commandeur des forces catholiques devant Agathe, sur laquelle s’ouvre le récit, est évidemment un clin d’œil à Vercingétorix jetant ses armes au pied de César. Le Tsar, figure dont on devrait en apprendre plus dans le quatrième tome, est une incarnation des réminiscences nationales-soviétiques. Quant à Omar, l’évocation de son passé lors d’un flash-back de trois pages, n’est pas sans rappeler le conflit qui a repris au Darfour depuis 2003.

 

Enfin il m’est impossible de terminer cette chronique sans tirer une nouvelle fois un grand coup de chapeau au dessinateur Ronan Toulhoat, qui fait ici des merveilles. Il est sans aucun doute, avec Éric Bourgier dont j’admire également le coup de crayon, l’illustrateur français le plus doué de cette décennie.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite