Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 décembre 2018 2 25 /12 /décembre /2018 19:37

Les Éditions de Minuit, 1990

 

 

Jean Rouaud ravive avec Les Champs d'honneur l'histoire de sa famille, celle de ses grands-parents, de ses oncles, de sa tante. Il dresse de manière digressive leur portrait, avec une sensibilité et une tendresse qui n'est pas sans rappeler parfois celles qu'on peut retrouver chez Pierre-Louis Basse, Thimotée de Fombelle ou encore Christian Bobin. J'ai beaucoup aimé son style d'écriture, élégant, vif, toujours teinté d'humour. Première pierre posée d'un cycle de chroniques familiales qui se poursuivront ensuite sur plusieurs autres ouvrages, Les Champs d'honneur évoque sur sa fin la Première Guerre mondiale et sa barbarie, à cause desquelles décédèrent ses deux grands-oncles.

 

"Il y avait des mois que les trente étaient des millions, décimés, épuisés, colonie de morts-vivants terrés dans les boues de la Somme et de la Marne, lancés abrutis de sommeil dans des contre-attaques meurtrières pour le gain d'une colline perdue le lendemain et le massacre de divisions entières, pions déplacés  sur les cartes d'état-major par d'insensés Nivelle, plan Schlieffen contre plan XVII, tête-à-tête de cervidés enchevêtrés dans leurs ramures. Les règles de la guerre, si précieuses à Fontenoy aux ordres du dernier des condottières, provoquaient dans cette querelle d'arpenteurs de bilans d'abattoir et une esthétique de bauge." (p. 154)

 

L'auteur est capable de vous décrire pendant dix pages sans vous lasser un crachin de Loire-Inférieure, il sait saisir ses instants précieux révélant la nature profonde des hommes, il nous emporte avec lui aux côtés de ses ascendants qui auraient pu être les nôtres. Ce livre, son premier roman, reçut le Prix Goncourt en 1990. Même les critiques littéraires ne s'y trompèrent pas : Les Champs d'honneur est un récit qui ne peut qu'emporter l'adhésion du lecteur. Pour ma part je ne peux m'empêcher de conclure sur ce petit moment de grâce que Jean Rouaud nous offre dès le deuxième chapitre : "Il pleut avec une vivacité comique, un déluge presque enfantin au son rapide et joyeux. Et pour ce qui paraît un galop d'essai, comme un feu d'artifice lancé en plein jour, la largeur d'une rue suffit : à trois pas de là, le pavé est sec. Vous courrez vous abriter sous un porche ou l'auvent d'une boutique, vous vous serrez à plusieurs dans l'embrasure d'une porte. Et, preuve que nul n'en veut à cette pluie, les cheveux dégoulinants, on se regarde en souriant. Ce n'est pas la pluie, mais une partie de cache-cache, un jeu du chat et de la souris. D'ailleurs, le temps de reprendre son souffle et le ciel a retrouvé son humeur bleutée. Une éclaircie, vous avez déjà pardonné." (p. 25-26)

 

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost0

commentaires

Recherche

Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite