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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 14:31

Panini Books, 2013

cover zone-de-guerre

 

 

Zone de guerre est un roman de science-fiction militaire intelligent. Intelligent car il ne se contente pas, loin de là, de juxtaposer des scènes d’action dopées à l’adrénaline. Grâce au personnage de Lex Falk, correspondant de guerre blanchi sous le harnais et quelque peu blasé, Dan Abnett scrute le traitement de l’information en temps de guerre. À l’instar de Dominique Wolton dans son War Game, il questionne les modes de désinformation et la légitimité de la rétention d’information par les autorités politiques et militaires. Sauf que Zone de guerre nous projette dans un futur où les hommes ont colonisé l’espace. Plus d’une centaine de systèmes planétaires sont désormais sous le contrôle de l’humanité, partagée en deux camps hégémoniques : l’Unité de Statut (US) et le Bloc. Ces appellations ne sont pas innocentes, renvoyant respectivement aux anciens États-Unis et Bloc soviétique. La guerre froide s’est donc prolongée et a pris la forme d’une guerre économique pour le contrôle et l’exploitation des différentes ressources stratégiques, concurrence qui se double d’une course à la colonisation des lunes et des planètes. Accrédité par le Bureau d’Implantation (BI) pour réaliser un reportage sur la planète Quatre-vingt-six, Lex Falk va vite sentir qu’il y a anguille sous roche. Tout simplement parce qu’on ne la fait pas à l’envers à un vieux de la vieille comme Lex Falk. Contrairement à ce que laissent entendre les canaux d’information officiels, serait-on proche d’un embrasement de la situation sur Quatre-ving-six ? Voire même du déclenchement d’une guerre ouverte ? Pour trouver réponses à ses questions, notre protagoniste va bénéficier d’une nouvelle technologie révolutionnaire mis à disposition par l’énorme conglomérat entrepreneurial GEO (Géoplanetia Établissement d’Opérations), lui permettant d’être directement connecté au cerveau d’un soldat envoyé au combat. Mais la quête du scoop pourrait bien s’avérer autrement plus dangereuse que prévue…

 

L’auteur britannique est réellement doué pour décrire l’intensité des combats, la cavale d’une unité pourchassée en territoire hostile, la proximité de la mort. Mais la peinture haute en couleurs de ce niveau tactique, dans lequel se trouve subitement plongé le narrateur, n’a de sens que replacée dans son contexte stratégique. Ce qui intéresse en effet le plus Dan Abnett, c’est reconstituer ici, par doses savamment distillées, les motifs inavoués qui, au plus haut sommet de la chaîne de commandement, expédient les trouffions sur la ligne de front. Obéir, mais pourquoi ? Et surtout, pour quoi ?

 

 

Par Matthieu Roger

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 01:05

Bibliothèque de La Pléiade, Éditions Gallimard, 1962

 

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Si Les Trois Mousquetaires et Le Vicomte de Bragelonne sont deux romans qui ont littéralement bercé mon enfance, je gardais de Vingt ans après un souvenir mi-figue mi-raisin. Seules me restaient les images d’un illustre prisonnier au château de Vincennes et des tumultes de la Fronde. Qu’à cela ne tienne, il faut parfois savoir donner une seconde chance à certains ouvrages. Et bien m’en prit, puisqu’à la deuxième lecture Vingt ans après m’a véritablement emballé. On y retrouve la verve propre à Dumas, ainsi que son art feuilletoniste du rebondissement. Deux ingrédients qui confèrent à ce roman historique un rythme endiablé, voire même un peu trop lorsque les péripéties finales sont expédiées à la va-vite. Mais difficile de bouder notre plaisir de retrouver les quatre héros des Trois Mousquetaires. À l’heure où le Parlement et les grands du royaume entrent en rébellion ouverte contre le cardinal Mazarin, voilà d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis mêlés aux intrigues de cette Fronde. Et pour la première fois leur amitié est mise à l’épreuve de la politique : d’Artagnan et Porthos se mettent au service de Mazarin, alors qu’Aramis et Athos embrassent le parti des princes. Mais les barricades parisiennes ne sont pas un terrain de jeu assez vaste pour le conteur d’exception qu’est Dumas. Nos quatre amis passeront donc la Manche pour se retrouver en Angleterre et partir à la rescousse du roi Charles Ier, acculé par les troupes de Cromwell à une ultime bataille qui semble perdue d’avance. S’ensuivent moult aventures qu’il ne serait pas honnête de dévoiler ici…

 

Fresque historique passionnante évoquant à la fois la Fronde et la chute de la monarchie anglaise, Vingt ans après se démarque avant tout par la qualité de ses dialogues et la manière savoureuse dont sont rendus les caractères des différents personnages, des valets des quatre protagonistes jusqu’aux plus hauts agents de l’État. Les joutes oratoires et les traits d’esprits qui ne cessent d’émailler le récit rappellent que l’auteur écrivit également pour le théâtre, et que l’humour, la cape et l’épée peuvent à l’évidence faire bon ménage. Bref, Dumas nous prend encore une fois au piège de l’histoire en nous offrant une énième chevauchée trépidante vers le passé.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 23:33

Éditions J’ai Lu, 2011

cover-Chien-du-Heaume.jpg

 

 

 

Original et mystérieux : voici les deux premiers qualificatifs qui me viennent à l’esprit pour évoquer Chien du heaume de Justine Niogret. Original de par son style d’écriture, un style cru, précis, à la puissance évocatrice certaine, assurément plus à l’aise dans la description que dans la peinture des scènes d’action. Pour son premier ouvrage Justine Niogret s’affirme d’ores et déjà comme une auteure extrêmement talentueuse, tant par sa capacité à planter des décors qui frappent l’esprit que par son aisance à manier le verbe moyenâgeux. L’intérêt de Chien du heaume réside ainsi bien plus dans l’ambiance dans laquelle il transporte le lecteur que par son scénario, somme toute assez linéaire. C’est cette ambiance d’âge sombre et de bas moyen-âge qui induit le mystérieux. Se plaçant à l’orée de la fantasy et du fantastique, sans jamais en emprunter réellement les codes, l’histoire de Chien, femme mercenaire à la hache acérée, ne fait que ressasser légendes, souvenirs et réminiscences des temps passés. Conte sauvage, Chien du heaume couvre ses personnages de multiples zones d’ombre, dont la plupart ne seront pas levées par le narrateur. La mort plane constamment sur ces protagonistes que l’ont croirait tout droit issus de runes vikings, à l’image de l’effroyable Salamandre, guerrier de l’apocalypse paré des plus sombres ténèbres. Voici un livre rempli de violences et nimbé de tristesse, où les hommes s’écharpent comme des animaux mais où les vieilles pierres chantent encore. Ce n’est pas un hasard si l’héroïne du récit se prénomme Chien et si elle finit par se mettre au service du chevalier que l’on surnomme le Sanglier. L’animalité sourde au fin fond de chaque personnage et s’exprime par le fer des mercenaires et par le feu de la forge de Regehir, autre compagnon de route de Chien. Alors que cette dernière se lance dans la quête de son véritable nom et de l’identité de son père, gageons qu’il lui faudra plus d’une fois cracher le sang et Mordre le bouclier avant de trouver réponse à toutes ses questions.

 

Chien du heaume a reçu le Grand prix de l’Imaginaire 2010 et le Prix des Imaginales 2010.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 12:24

Éditions Akileos, 2013


cover-chaos-team-tome-1.jpg

 

 

Après avoir exploré au cours de nombreux albums le monde uchronique ouvert par Block 109, Ronan Toulhoat et Vincent Brugeas lancent avec Chaos Team 1.1 une nouvelle série BD gonflée à l’adrénaline ! Ce premier tome d’anticipation futuriste nous présente une planète terre ravagée par une attaque extraterrestre, dont les divers continents sont en proie à la lutte sanglante entre les seigneurs de la guerre survivants. L’Europe est ainsi le théâtre de l’affrontement entre une armée catholique fondamentaliste et des troupes islamistes djihadistes, alors que l’Amérique du Sud est tombée sous le joug des plus grands cartels de la drogue. C’est dans ce climat post-apocalyptique qu’opère Blackfire, condominium privé louant ses mercenaires au plus offrant. Chaos Team 1.1 nous entraîne aux côtés des membres d’une de ses escouades d’élite, où caractères bien trempés et gâchettes virtuoses forment un cocktail des plus détonnants. Ces anti-héros évoluent au sein d’une humanité réduite à l’état de vermine par les raids extraterrestres qui viennent à intervalles réguliers lui contester toute forme d’espoir. C’est comme si, sous les yeux du lecteur abasourdi, le récit scénarisé par Vincent Brugeas unissait par le sceau du feu et du sang La compagnie noire de Glen Cook et Le choc des civilisations de Samuel P. Huntington. Explosif !

 

D’un point de vue graphique, Chaos Team 1.1 est sans aucun doute l’œuvre la plus aboutie des deux auteurs. Le coup de crayon de Ronan Toulhoat fait une nouvelle fois merveille, avec le talent qu’on lui connaissait déjà pour retranscrire de manière étonnante les jeux de lumière. Mention spéciale également au cadrage des vignettes, qui dynamisent la narration, et surtout au coloriage du dessin, d’une justesse chromatique ahurissante. À noter que l’album est séquencé façon comics, en cinq parties distinctes bénéficiant chacune d’une illustration de couverture. Le tome 2 est d’ores et déjà prévu pour septembre 2013 ; mon Dieu, que l’attente va être longue !

 

 

 

Par Matthieu Roger

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 20:20

Bibliothèque de La Pléiade, éditions Gallimard, 1951

 

cover-les-miserables.jpg

 

 

Beaucoup d’encre a été déjà versée au sujet des Misérables de Victor Hugo. Œuvre intemporelle appartenant au patrimoine littéraire mondial, ce récit n’a pas fini de marquer les générations de lecteurs qui se succèdent à son chevet. Il se distingue d’emblée par son envergure imposante : mille cinq cents pages  aussi denses que passionnantes, qui nous projettent au cœur de la destinée tragique du forçat Jean Valjean. Mais Les Misérables n’est pas  qu’un simple roman, aussi captivant soit-il, car il constitue un réquisitoire politique implacable contre le paupérisme et l’injustice sociale. Victor Hugo ne s’en cache pas, à travers les trajectoires individuelles des protagonistes qu’il met en scène, il entend clamer à la face du monde le scandale de la misère et du déterminisme social. La thèse soutenue par Hugo est la suivante : la violence exercée par le corps social sur l’homme est telle qu’elle le prive à la fois d’espoir et de justice, à quelques rares exceptions près. Constat pessimiste mais non nihiliste, puisqu’il n’exclue nullement le réformisme politique et la rédemption des âmes, but poursuivis respectivement par l’auteur et son héros Jean Valjean.

 

Au-delà de l’histoire de ces misérables, c’est l’Histoire avec un grand H qui nous intéresse ici. L’auteur nous livre en effet ses meilleures pages lorsqu’il narre la bataille de Waterloo, le régime louis-philippien ou encore l’insurrection parisienne de juin 1832. Consacrant plusieurs chapitres à la dernière bataille livrée par Napoléon Ier, Hugo nous offre plusieurs moments épiques saisissants, tels la célèbre charge des cuirassiers sur les carrés anglais, la dernière charge de la Garde ou encore l’anéantissement du dernier carré français. Partons sans attendre avec lui au cœur des combats :

 

« Ney tira son épée et prit la tête. Les escadrons énormes s’ébranlèrent.

Alors on vit un spectacle formidable.

Toute cette cavalerie, sabres levés, étendards et trompettes au vent, formée en colonnes par division, descendit, d’un même mouvement et comme un seul homme, avec la précision d’un bélier de bronze qui s’ouvre une brèche, la colline de la Balle-alliance, s’enfonça dans le fond redoutable où tant d’hommes étaient déjà tombés, y disparut dans la fumée, puis, sortant de cette ombre, reparut de l’autre côté du vallon, toujours compacte et serrée, montant au grand trot, à travers un nuage de mitraille crevant sur elle, l’épouvantable pente de boue de Mont-Saint-Jean. Ils montaient, graves, menaçants, imperturbables (…). On croyait voir de loin s’allonger vers la crête du plateau deux immenses couleuvres d’acier ; cela traversa la bataille comme un prodige.

Rien de semblable ne s’était vu depuis la prise de la grande redoute de la Moskova  par la grosse cavalerie ; Murat y manquait, mais Ney s’y retrouvait. Il semblait que cette masse était devenue monstre et n’eût qu’une âme. Chaque escadron ondulait et se gonflait comme un vaste anneau du polype. On les apercevait à travers une fumée déchirée çà et là ; pêle-mêle de casques, de cris, de sabres, bondissements orageux de croupes des chevaux dans le canon et la fanfare, tumulte discipliné et terrible ; là-dessus les cuirasses, comme des écailles sur l’hydre. » (p. 341-342)

 

Tout simplement grandiose ! Le combat final de la barricade de la rue de la Chanvrerie, où l’on retrouve Jean Valjean, Enjolras, Marius, Gavroche et Javert s’avère tout aussi épique, dramatique illustration des tactiques de contre-insurrection urbaine employées à cette époque.

 

Et quelle meilleure manière de savourer ce monument de la littérature française que la magnifique édition proposée depuis plus de soixante ans par La Bibliothèque de La Pléiade ? On n’a, à ce jour, pas encore trouvé mieux.

 

 

Par Matthieu Roger

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 14:13

Éditions L’Atalante, 2012


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Suite au succès international de ses deux romans Metro 2033 et Metro 2034, Dmitri Glukhvsky a lancé un projet littéraire intitulé « L’univers de Metro 2033 », qui permet à d’autres auteurs de poursuivre l’écriture de son univers post-apocalyptique, voire de publier pour les meilleurs d’entre eux l’histoire de leurs propres héros. Ce récit d’Andreï Dyakov, son premier roman,  a été sélectionné sur Internet par les lecteurs, première pierre d’une longue collection d’add-ons littéraires.

 

Fort logiquement, le contexte spatio-temporel de Vers la lumière est exactement le même que chez Dmitri Glukhovsky. Après la grande Catastrophe, conflit nucléaire mondial, les hommes survivants se sont terrés sous terre, dans les rames du métro, tel le sombre patchwork d’une humanité désormais désœuvrée. Mais si Metro 2034 prolongeait la dangereuse visite du métro moscovite, cet ouvrage nous propulse au cœur du métro de Saint-Pétersbourg, où l’Alliance décide de lancer à la surface un corps expéditionnaire d’une dizaine de combattants chevronnés, les stalkers. L’objectif : retrouver les émetteurs d’une mystérieuse lumière aperçue sur les rives de Kronstadt. Gleb, un jeune garçon, se trouve par la force des choses incorporé à cette escouade d’élite, et verra son destin inextricablement lié à celui de Taran, leader naturel de l’équipée. La trame du récit s’avère alors simple mais riche en rebondissement, s’apparentant à un « survival » épique en territoire hostile. Ce n’est rien dévoiler que de dire que certains n’en réchapperont pas, tant les dangers sont nombreux une fois sortis du métro : atmosphère radioactive, mutants, prédateurs en tous genres, sans compter le plus dangereux d’entre tous, l’homme. Homo homini lupus

 

Le défi relevé par Andreï Dyakov de succéder à Dmitri Glukhovsky tenait de la plus haute gageure mais se voit au final couronné de succès. Grâce à une narration enlevée riche en rebondissements, dont un double switch final extrêmement audacieux, le jeune auteur s’affirme dès son première œuvre comme une plume de talent. J’ai même trouvé Vers la lumière supérieur à Metro 2034 dans sa capacité à tenir le lecteur en haleine. Ne reste plus qu’à espérer que la Toile accouche d’autres extensions littéraires de ce calibre.

 

 

Par Matthieu Roger

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 14:58

Éditions du Masque, 2012

cover-rubans-noirs.jpg

 

 

 

L’homme aux rubans noirs. Tel est le titre énigmatique de ce recueil de cinq nouvelles historico-policières publié par Jean d’Aillon, ancien universitaire en histoire économique et ancien membre de l’administration des Finances, qui depuis 2007 se consacre exclusivement à l’écriture. « L’homme aux rubans noirs » évoqué en titre n’est autre que Louis de Fronsac, fils de notaire, anobli pour services rendus du titre de marquis de Vivonne par le cardinal Mazarin. Car Louis de Fronsac est en fait un enquêteur hors pair, réputé pour démêler les affaires les plus inextricables. Le lecteur va pouvoir le suivre au cours de cinq enquêtes mystérieuses se prenant place entre 1644 et 1647, sous la Régence d’Anne d’Autriche. Le marquis doit ainsi s’attaquer à des énigmes ardues : vol inexpliqué d’un pli recelant un secret d’État, trafic de faux monnayage, disparition inexpliqué d’un nourrisson de la haute noblesse, complots d’une obscure société secrète... Il lui faudra employer tout à tour intuition, audace et surtout diplomatie pour découvrir le fin mot de chaque affaire. L’occasion pour notre protagoniste de croiser des personnages célèbres, tels Mazarin, Gondi, Le Tellier, Molière ou encore Cyrano de Bergerac. Le décor de ses pérégrinations policières est le Paris du XVIIe siècle, ses lieux emblématiques (Le Châtelet, le Pont-Neuf, la Monnaie, la Cour des miracles etc.) et sa population extrêmement hétéroclite, où coexistent coupe-bourses, malandrins, laquais, artisans, prêtres, bourgeois, hommes d’État et membres de la petite et haute noblesse.

 

L’homme aux rubans noirs vaut plus pour sa description de la société française du milieu du XVIIe siècle que pour son suspense policier, assez bien mené mais somme toute plutôt linéaire. On sent que Jean d’Aillon prend plaisir à peindre le fonctionnement des hiérarchies sociales et des nombreuses charges de l’administration royale. Les trajectoires personnelles de Louis de Fronsac et de son ami Gaston de Tilly, commissaire au Châtelet, permettent de découvrir comment l’extension des prérogatives régaliennes transforma, il y a quatre siècles, le quotidien des Parisiens.

 

 


Par Matthieu Roger

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 15:45

In Mérimée – Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, Bibliothèque de La Pléiade, Éditions Gallimard, 1978

 

cover-merimee.jpg

 

 

Écrit en 1828, 1572, Chronique du règne de Charles IX est publié à l’âge d’or du roman historique. Mettant en scène les deux frères de Mergy, Bernard étant protestant et George ayant rejoint la religion catholique, le récit s’inscrit dans le contexte des guerres et de religions et se veut une photographie des mœurs de la noblesse à cette époque. Il y a un peu de d’Artagnan dans le personnage de Bernard de Mergy, jeune cadet de province monté à Paris pour y rencontrer l’amiral Coligny, le chef du camp protestant. Mais c’est George qui constitue sans aucun doute la figure la plus marquante du récit, incarnant à la fois l’amour fraternel et la tentation de l’athéisme. Comme l’indique avec justesse la notice du roman, les huit premiers chapitres permettent de se familiariser aussi bien avec les mœurs de l’époque, les villes et les villages livrés au pillage, le Paris de Charles IX, la cour et les courtisans, qu’avec les règles qui régissent le duel ou bien encore les débats religieux qui agitent alors le royaume de France. Ensuite l’intrigue s’accélère, entremêlant l’habituelle trame amoureuse à l’explosion paroxysmique de la Saint-Barthélemy. Au sujet de cette nuit tragique de l’histoire de France, qui vit des milliers de huguenots massacrés par les catholiques, Prosper Mérimée indique dans sa préface qu’il n’adhère pas à la version d’une conjuration du roi contre une partie de son peuple. Selon lui, le massacre de la Saint-Barthélémy était plutôt « l’effet d’une insurrection populaire qui ne pouvait être prévue, et qui fut improvisée ». Un avis qui tranche étrangement avec l’impression laissée par cette Chronique du règne de Charles IX, où sourde la menace permanente de la haine fanatique et du complot catholique. Offrant au lecteur une chute des plus ouvertes, l’auteur termine son récit au cœur du siège de La Rochelle, affrontement emblématique de la séparation de la nation en deux camps ennemis.


Ce roman historique propose au final un canevas narratif classique mais efficace, surtout en ce qui concerne la mise en lumière originale des grands acteurs de cette année 1572, à savoir Charles IX, Coligny et La Noue.

 

 


Par Matthieu Roger


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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 16:35

Éditions Akileos, 2012

cover Ritter Germania

 


 

Après Block 109, Étoile Rouge, Opération Soleil de Plomb et New York 1947, le duo formé par Ronan Toulhoat (dessin) et Vincent Brugeas (scénario) fait une nouvelle fois mouche. Et de la plus belle des manières puisque ce nouvel album nous offre selon moi leur dessin le plus abouti. Sans oublier le choix de la palette des coloris, tout à fait appropriée à ce récit policier nous plongeant en pleine Allemagne nazie. Le récit est alerte, prenant, et se voit dynamisé par un montage visuel qui n’hésite pas à morceler et juxtaposer les cases, rendant certains plans-séquences digne des meilleures scènes d’action cinématographiques.

 

La recette uchronique est toujours la même. On retrouve dans Ritter Germania les personnages de Goebbels et Heydrich confrontés à la sédition de Ritter Germania, ancien soldat d’élite reconverti comme acteur pour les besoins de la propagande. Cette chasse à l’homme dans Berlin se double d’une intrigue politique des plus fourbes entre les différents hommes fort du régime fasciste. Sans dévoiler aucunement la chute finale, sachez juste qu’aucun protagoniste n’est à l’abri d’un coup bas politique. De quoi alimenter la réflexion sur cette métaphore d’un régime pris dans l’engrenage de la suspicion, de la vengeance et des compromissions en tous genres, mise en abyme par l’imagerie propagandiste. Un seul regret : cet album, à l’instar de ses prédécesseurs, se lit beaucoup trop vite. J’en viendrai presque à espérer la sortie d’un nouvel opus plus conséquent en termes de pagination, où le talent de Ronan Toulhoat pourrait s’exprimer sur de magnifiques pleines ou doubles pages. Il est parfois bon de rêver…

 

 


Par Matthieu Roger

 


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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 09:26

Éditions J’ai Lu, 2005

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Ce deuxième tome des Annales de la Compagnie noire nous emmène à Génépi, cité située aux confins nord de l’empire de La Dame. On y retrouve le médecin militaire Toubib, le narrateur, ainsi que les différents mercenaires qui composent la Compagnie noire. Cette fois-ci les intérêts de la Compagnie noire paraissent difficiles à préserver, tant l’affrontement mortel qui se tisse entre La Dame, ses Asservis et le Dominateur génère d’incertitudes. Le pire, pour les hommes de la Compagnie, c’est qu’en bons fantassins ils n’entendent rien à la magie noire des nécromanciens. De quoi pimenter encore un peu plus leur nouvelle mission suicide.

 

J’ai trouvé Le château noir encore plus passionnant que le premier opus, La Compagnie noire, tant le rythme narratif est élevé et truffé de rebondissements, tous plus bien amenés les uns que les autres. Le style de Glen Cook est vraiment singulier, car le récit correspond en fait strictement aux retranscriptions des événements effectuées par l’annaliste Toubib. Le style est donc militaire, sec, assez peu descriptif, des moins châtiés et souvent cru, ce qui pourra rebuter certains lecteurs. La vie de la Compagnie ne comporte qu’embuscades, rapines et mêlées meurtrières, et l’on apprend vite que les états d’âme sont à proscrire dans ce monde ravagé par la magie noire et des guerres endémiques. Ainsi parle Toubib : « Je ne crois pas au mal absolu. Je me suis déjà expliqué à ce sujet dans certains passages des annales, et d’une façon générale cette opinion transpire dans ma façon de rapporter toutes mes observations depuis que je suis le rédacteur en titre de ces chroniques. Je nous trouve comparable à l’ennemi, et je crois que les notions de bien et de mal sont déterminés par après les événements par ceux qui survivent. Il est bien rare de trouver parmi les hommes une incarnation de la bonté ou du mal. Lors de notre guerre contre les rebelles, il y a huit ou neuf ans,  nous avons lutté dans le camp réputé mauvais. (…) Au moins, les salauds dans cette affaire étaient francs du collier. » (p. 260-261). Le décor est planté. L’auteur offre ainsi au lecteur l’exploration d’un univers de « dark fantasy » des plus saisissants, qui m’a fait penser à une version noire du Wastburg de Cédric Ferrand. On observe le cours des évènements uniquement à travers les yeux de Toubib (narration à la première personne) ou de Shed l’aubergiste (narration à la troisième personne), en un va-et-vient équilibré qui dynamise incontestablement le récit.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite