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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 13:41

Éditions Akileos, 2014

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Après un premier tome détonnant et un second volet qui m’avait laissé sur ma faim d’un point de vue strictement scénaristique, voilà que Chaos Team 2.1 débarque dans les bacs de toutes les bonnes librairies de France et de Navarre. Et ce pour mon plus grand plaisir, puisque Chaos Team 2.1 s’avère être l’épisode le plus passionnant des aventures des anciens mercenaires de Blackfire, désormais passés au service des forces du Renouveau. Vincent Brugeas, le scénariste de la série, peut en effet se consacrer pleinement au déploiement narratif de l’intrigue, les deux premier opus ayant déjà suffisamment introduit et présenté les différents personnages. D’où un rythme plus nerveux fort appréciable, qui sied parfaitement à l’état d’urgence d’une mission de secours pour le moins précipitée, direction Mourmansk. Là-bas, un ancien général russe se faisant appeler le Tsar déploie sa toile et va donner du fil à retordre à nos héros… Bref, Chaos Team 2.1 est tellement riche qu’il me serait malaisé d’en dire plus sans dévoiler un pan de l’histoire. Signalons tout de même des références uchroniques toujours bienvenues, qui convoquent la grande Histoire. La reddition  du Commandeur des forces catholiques devant Agathe, sur laquelle s’ouvre le récit, est évidemment un clin d’œil à Vercingétorix jetant ses armes au pied de César. Le Tsar, figure dont on devrait en apprendre plus dans le quatrième tome, est une incarnation des réminiscences nationales-soviétiques. Quant à Omar, l’évocation de son passé lors d’un flash-back de trois pages, n’est pas sans rappeler le conflit qui a repris au Darfour depuis 2003.

 

Enfin il m’est impossible de terminer cette chronique sans tirer une nouvelle fois un grand coup de chapeau au dessinateur Ronan Toulhoat, qui fait ici des merveilles. Il est sans aucun doute, avec Éric Bourgier dont j’admire également le coup de crayon, l’illustrateur français le plus doué de cette décennie.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 00:05

P.O.L éditeur, 2011

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Destin hors normes que celui d’Edouard Limonov. Emmanuel Carrère ne s’y est pas trompé, qui restitue ici la vie du baroudeur russe sous forme de roman, après de nombreuses années d’enquête auprès des figures incontournable de son existence. Mais qui est donc Limonov ? La dernière page du livre tournée, difficile encore de se faire une idée précise et arrêtée du personnage. Même Carrère, qui le connut pourtant lorsqu’il était l’écrivain à la mode du Paris des années 1980, conclut sur d’endémiques interrogations. C’est qu’avant de devenir un des opposants politiques emblématiques à Poutine, Limonov fut tour à tour poète raté,  clochard, valet d’un richissime Américain, auteur reconnu, pour finir par aller faire le coup de feu dans les Balkans au côté des ultranationalistes serbes. Ce dont on peut être sûr, au final, c’est que Limonov, « on ne l’achète pas, on ne le domestique pas. Il est un bandit de grand chemin (…). » De manière parfois crue, à l’image de ses frasques sexuelles et des marathons d’ivrognerie appelés zapoï par-delà l’Oural, Emmanuel Carrère peint une vie remplie d’aventures, de folies, de démesure, de passions.

 

Le plus intéressant, c’est qu’en suivant les pérégrinations de notre charismatique protagoniste se dresse un panorama éclectique de l’Europe de la seconde moitié du XXe siècle. Des milieux underground moscovites et ukrainiens jusqu’aux cercles littéraires parisiens, en passant par le cruel ballet des snipers de Sarajevo, surgissent devant les yeux du lecteur les secousses chaotiques du post-communisme. Edouard Limonov avait une revanche à prendre sur la basse condition de ses origines ; frayant tout au long de sa vie avec le pire, il nous offre le portrait d’une de ces têtes brûlées comme on en voit plus aujourd’hui. Né pour s’incarner en tant que leader, celui qui pense que « la guerre est un plaisir, le plus grand des plaisirs, sinon elle s’arrêterait tout de suite » n’a pas fini d’intriguer.

 

Limonov a reçu le Prix Renaudot 2011.

 

 

Par Matthieu Roger

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 16:43

Éditions Les Escales, 2013


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Ce roman historique est inspiré de la célèbre série de jeux vidéo PC de stratégie « Total War », qui met notamment en scène les guerres romaines. Total War Rome : Détruire Carthage est ainsi, comme son titre l’atteste, un produit dérivé d’une franchise commerciale. Voilà qui laisse songeur et laisse interrogatif quant au contenu littéraire proposé. Le nom de l’auteur rassure néanmoins quelque peu, puisqu’il s’agit du Britannique David Gibbins, qui a déjà publié une demi-douzaine de romans d’aventures historiques. Les développeurs de jeux vidéo The Creative Assembly et SEGA ont donc eu la bonne idée de ne pas miser sur un débutant pour cette nouvelle déclinaison livresque, annoncée comme « le premier tome d’une série de romans épiques ». David Gibbins est en fait un féru d’histoire militaire passionné par les armes et les armures, intérêt qui lui vient de riche passé militaire de sa propre famille et que l’on retrouve dans ses romans précédents, avec par exemple les campagnes romaines vers l’Est (Tigres de guerre, Éditions First, 2009), les guerres victoriennes en Inde et au Soudan (Pharaon, Éditions Les escales, 2013), et la Deuxième Guerre mondiale (Le Masque de Troie, Éditions First, 2011).

 

Total War Rome : Détruire Carthage s’avère captivant, en transportant le lecteur en Macédoine, en Numidie, en Hispanie et dans la Rome du IIe siècle avant J.-C. Un des grands mérites de l’auteur est de ne pas court-circuiter son histoire par des intrigues secondaires superflues, principal défaut des romans historiques publiés aujourd’hui. On suit ici Scipion Émilien, petit-fils du légendaire Scipion l’Africain, et Fabius Petronius Secondus, son ami qui deviendra centurion primipile. Les 450 pages de Total War Rome : Détruire Carthage courent sur plus de vingt années, du champ de bataille de Pydna (168 av. J.-C.) à la troisième guerre punique et au siège de Carthage (146 av. J.-C.). Elles mettent en exergue le destin héroïque de Scipion Émilien, que le poids de ses ascendants condamne à une carrière glorieuse. Avec cette fiction historique David Gibbins entend montrer « comment la crédibilité de n’importe quelle reconstruction (…) repose moins sur la reproduction des "faits" apparents que sur la compréhension des incertitudes de cette information et de la nécessité d’une approche historique pour l’utiliser ». De fait, il s’est notamment appuyé sur les écrits des historiens antiques Plutarque et Appien afin d’étayer sa trame narrative, où l’on retrouve un Polybe à la fois stratège et conseiller de Scipion. Car la route du cursus honorum sera longue pour Scipion avant d’arriver au pied des murailles de Carthage. « Un jour, il reviendrait avec une cuirasse bien à lui, plus magnifique que celle-ci, faite avec l’or et l’argent de ses propres conquêtes, décorée non plus avec les images des guerres passées, mais avec celle de sa plus grande victoire, une citadelle en flammes, avec un général dominant le chef vaincu de la plus grande ennemie de Rome. Il reviendrait pour célébrer le triomphe le plus éclatant que Rome ait jamais connu. Il attendrait d’avoir reçu l’adulation du sénat, puis leur tournerait le dos (…). Il rendrait le sénat impotent, impuissant, car il gagnerait le peuple, les légionnaires et les centurions, et ensemble ils forgeraient l’armée la plus formidable que le monde ait jamais vue, une armée qui briserait les chaînes de Rome et balaierait tout devant elle, menée par un général dont les conquêtes feraient paraître celles d’Alexandre le Grand dérisoires. » (p.155)

 

Bref, Carthago delenda est

 

 

 

Par Matthieu Roger

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 18:11

Les moutons électriques, 2013


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Même pas mort constitue le premier tome du nouveau triptyque littéraire de Jean-Philippe Jaworski, intitulé Rois du monde. Après l’éblouissant Gagner la guerre, que nous vous avons déjà présenté sur ce site, le Français entame ici une ambitieuse saga celtique, sur fond rivalités tribales et d’honneur bafoué. Et c’est avec plaisir que l’on retrouve son style d’écriture singulier, cette fois-ci plus poétique que chatoyant, comparable à celui des antiques sagas islandaises. Toujours à la recherche du mot juste, Jaworski nous conte dans Même pas mort la destinée de Bellovèse, fils de roi exilé possédant la fierté exacerbée de ceux qui vont au-devant de tous les dangers. Il dépeint avec pénétration et brio des scènes dignes du septième art, en témoigne le voyage vers l’île des Vieilles qui ouvre le récit, que l’on croirait tout droit sorti du film Le Guerrier silencieux réalisé par Nicolas Winding Refn. Mention spéciale également au personnage de Suobnos, énigmatique anachorète sylvestre, aux prophéties aussi obscures que la nuit des sous-bois. Mais Même pas mort narre avant tout l’univers viril, belliqueux et extrêmement codifié des guerriers bituriges, où l’honneur ne le cède qu’aux envolées des bardes et au pouvoir des druides. En témoigne cet extrait, particulièrement évocateur : « Celui qui voyage finit toujours pas se battre, et le guerrier, c’est donc celui qui va vers l’avant. Cela t’éclaire sur notre art de la guerre. Nous méprisons les prudents et les tièdes, nous préférons la vitesse, la charge, le choc décisif. Nous n’avons que faire des traînards, des pleutres, des timorés. C’est pourquoi nous éliminons toujours le plus faible dans une troupe, parce qu’il est la pomme pourrie qui pourrait  gâter tout le panier. » (p. 74)

 

Même pas mort n’est qu’une œuvre introductive, un premier jalon vers d’autres aventures chargées du fatum. Lorsque la dernière page du livre se tourne, on sent toutes ses dimensions fantastiques et tragiques prêtent à se déployer. Pour la publication du second tome Chasse royale, il faudra malheureusement patienter jusqu’en 2014 (2015 pour le troisième). À l’évidence, l’attente risque d’être longue…

 

 

 

Par Matthieu Roger

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 14:57

VLB Éditeur, 2011

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Culloden s’ouvre sur la bataille éponyme qui mit aux prises, le 16 avril 1746, l’armée anglaise aux troupes jacobites, partisanes du retour des Stuart sur le trône d’Écosse et d’Angleterre. En face des 8500 Hanovriens du duc de Cumberland se tiennent environ 5000 Highlanders, qui seront lourdement défaits ce jour-là malgré des succès initiaux à Prestonpans (septembre 1745) et Falkirk (janvier 1746). Mais le contexte historique de l’après bataille n’est en fait qu’un prétexte utilisé par Valérie Langlois pur déployer une histoire d’amour aussi classique que naïve entre la jeune Aimili et Lachlan MacGregor, valeureux rescapé de l’affrontement. Ce roman historique, si l’on peut le qualifier de tel, ne se résume qu’à une interminable trame amoureuse, entrecoupée de péripéties plus ou moins attendues. Il ne suffit malheureusement pas de quelques émois amoureux narrés à la truelle pour emporter l’adhésion du lecteur. Le style de l’auteure ne fait jamais mouche et ne réussit pas à retranscrire le tragique chant des signes de cette « fin des clans » écossais annoncée en sous-titre. Les sentiments des deux héros sont dépeints avec une naïveté désarmante, et les descriptions des différentes personnages sont parfois tellement gauches qu’on en devine à l’avance quel rôle chacun tiendra tout au long du récit. Bref, le récit de Valérie Langlois souffre d’un cruel manque de souffle épique ou de lyrisme, alors que l’époque traitée s’y prêtait pourtant à merveille. N’est pas Walter Scott qui veut…

 

Culloden fait partie de ces livres que l’on oublie instantanément une fois la dernière page tournée. Laissons tout de même à l’auteure, dont il s’agit ici du premier ouvrage publié, le bénéfice de la seconde chance. 

 

 

Par Matthieu Roger

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 14:31

Panini Books, 2013

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Zone de guerre est un roman de science-fiction militaire intelligent. Intelligent car il ne se contente pas, loin de là, de juxtaposer des scènes d’action dopées à l’adrénaline. Grâce au personnage de Lex Falk, correspondant de guerre blanchi sous le harnais et quelque peu blasé, Dan Abnett scrute le traitement de l’information en temps de guerre. À l’instar de Dominique Wolton dans son War Game, il questionne les modes de désinformation et la légitimité de la rétention d’information par les autorités politiques et militaires. Sauf que Zone de guerre nous projette dans un futur où les hommes ont colonisé l’espace. Plus d’une centaine de systèmes planétaires sont désormais sous le contrôle de l’humanité, partagée en deux camps hégémoniques : l’Unité de Statut (US) et le Bloc. Ces appellations ne sont pas innocentes, renvoyant respectivement aux anciens États-Unis et Bloc soviétique. La guerre froide s’est donc prolongée et a pris la forme d’une guerre économique pour le contrôle et l’exploitation des différentes ressources stratégiques, concurrence qui se double d’une course à la colonisation des lunes et des planètes. Accrédité par le Bureau d’Implantation (BI) pour réaliser un reportage sur la planète Quatre-vingt-six, Lex Falk va vite sentir qu’il y a anguille sous roche. Tout simplement parce qu’on ne la fait pas à l’envers à un vieux de la vieille comme Lex Falk. Contrairement à ce que laissent entendre les canaux d’information officiels, serait-on proche d’un embrasement de la situation sur Quatre-ving-six ? Voire même du déclenchement d’une guerre ouverte ? Pour trouver réponses à ses questions, notre protagoniste va bénéficier d’une nouvelle technologie révolutionnaire mis à disposition par l’énorme conglomérat entrepreneurial GEO (Géoplanetia Établissement d’Opérations), lui permettant d’être directement connecté au cerveau d’un soldat envoyé au combat. Mais la quête du scoop pourrait bien s’avérer autrement plus dangereuse que prévue…

 

L’auteur britannique est réellement doué pour décrire l’intensité des combats, la cavale d’une unité pourchassée en territoire hostile, la proximité de la mort. Mais la peinture haute en couleurs de ce niveau tactique, dans lequel se trouve subitement plongé le narrateur, n’a de sens que replacée dans son contexte stratégique. Ce qui intéresse en effet le plus Dan Abnett, c’est reconstituer ici, par doses savamment distillées, les motifs inavoués qui, au plus haut sommet de la chaîne de commandement, expédient les trouffions sur la ligne de front. Obéir, mais pourquoi ? Et surtout, pour quoi ?

 

 

Par Matthieu Roger

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 01:05

Bibliothèque de La Pléiade, Éditions Gallimard, 1962

 

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Si Les Trois Mousquetaires et Le Vicomte de Bragelonne sont deux romans qui ont littéralement bercé mon enfance, je gardais de Vingt ans après un souvenir mi-figue mi-raisin. Seules me restaient les images d’un illustre prisonnier au château de Vincennes et des tumultes de la Fronde. Qu’à cela ne tienne, il faut parfois savoir donner une seconde chance à certains ouvrages. Et bien m’en prit, puisqu’à la deuxième lecture Vingt ans après m’a véritablement emballé. On y retrouve la verve propre à Dumas, ainsi que son art feuilletoniste du rebondissement. Deux ingrédients qui confèrent à ce roman historique un rythme endiablé, voire même un peu trop lorsque les péripéties finales sont expédiées à la va-vite. Mais difficile de bouder notre plaisir de retrouver les quatre héros des Trois Mousquetaires. À l’heure où le Parlement et les grands du royaume entrent en rébellion ouverte contre le cardinal Mazarin, voilà d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis mêlés aux intrigues de cette Fronde. Et pour la première fois leur amitié est mise à l’épreuve de la politique : d’Artagnan et Porthos se mettent au service de Mazarin, alors qu’Aramis et Athos embrassent le parti des princes. Mais les barricades parisiennes ne sont pas un terrain de jeu assez vaste pour le conteur d’exception qu’est Dumas. Nos quatre amis passeront donc la Manche pour se retrouver en Angleterre et partir à la rescousse du roi Charles Ier, acculé par les troupes de Cromwell à une ultime bataille qui semble perdue d’avance. S’ensuivent moult aventures qu’il ne serait pas honnête de dévoiler ici…

 

Fresque historique passionnante évoquant à la fois la Fronde et la chute de la monarchie anglaise, Vingt ans après se démarque avant tout par la qualité de ses dialogues et la manière savoureuse dont sont rendus les caractères des différents personnages, des valets des quatre protagonistes jusqu’aux plus hauts agents de l’État. Les joutes oratoires et les traits d’esprits qui ne cessent d’émailler le récit rappellent que l’auteur écrivit également pour le théâtre, et que l’humour, la cape et l’épée peuvent à l’évidence faire bon ménage. Bref, Dumas nous prend encore une fois au piège de l’histoire en nous offrant une énième chevauchée trépidante vers le passé.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 23:33

Éditions J’ai Lu, 2011

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Original et mystérieux : voici les deux premiers qualificatifs qui me viennent à l’esprit pour évoquer Chien du heaume de Justine Niogret. Original de par son style d’écriture, un style cru, précis, à la puissance évocatrice certaine, assurément plus à l’aise dans la description que dans la peinture des scènes d’action. Pour son premier ouvrage Justine Niogret s’affirme d’ores et déjà comme une auteure extrêmement talentueuse, tant par sa capacité à planter des décors qui frappent l’esprit que par son aisance à manier le verbe moyenâgeux. L’intérêt de Chien du heaume réside ainsi bien plus dans l’ambiance dans laquelle il transporte le lecteur que par son scénario, somme toute assez linéaire. C’est cette ambiance d’âge sombre et de bas moyen-âge qui induit le mystérieux. Se plaçant à l’orée de la fantasy et du fantastique, sans jamais en emprunter réellement les codes, l’histoire de Chien, femme mercenaire à la hache acérée, ne fait que ressasser légendes, souvenirs et réminiscences des temps passés. Conte sauvage, Chien du heaume couvre ses personnages de multiples zones d’ombre, dont la plupart ne seront pas levées par le narrateur. La mort plane constamment sur ces protagonistes que l’ont croirait tout droit issus de runes vikings, à l’image de l’effroyable Salamandre, guerrier de l’apocalypse paré des plus sombres ténèbres. Voici un livre rempli de violences et nimbé de tristesse, où les hommes s’écharpent comme des animaux mais où les vieilles pierres chantent encore. Ce n’est pas un hasard si l’héroïne du récit se prénomme Chien et si elle finit par se mettre au service du chevalier que l’on surnomme le Sanglier. L’animalité sourde au fin fond de chaque personnage et s’exprime par le fer des mercenaires et par le feu de la forge de Regehir, autre compagnon de route de Chien. Alors que cette dernière se lance dans la quête de son véritable nom et de l’identité de son père, gageons qu’il lui faudra plus d’une fois cracher le sang et Mordre le bouclier avant de trouver réponse à toutes ses questions.

 

Chien du heaume a reçu le Grand prix de l’Imaginaire 2010 et le Prix des Imaginales 2010.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 12:24

Éditions Akileos, 2013


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Après avoir exploré au cours de nombreux albums le monde uchronique ouvert par Block 109, Ronan Toulhoat et Vincent Brugeas lancent avec Chaos Team 1.1 une nouvelle série BD gonflée à l’adrénaline ! Ce premier tome d’anticipation futuriste nous présente une planète terre ravagée par une attaque extraterrestre, dont les divers continents sont en proie à la lutte sanglante entre les seigneurs de la guerre survivants. L’Europe est ainsi le théâtre de l’affrontement entre une armée catholique fondamentaliste et des troupes islamistes djihadistes, alors que l’Amérique du Sud est tombée sous le joug des plus grands cartels de la drogue. C’est dans ce climat post-apocalyptique qu’opère Blackfire, condominium privé louant ses mercenaires au plus offrant. Chaos Team 1.1 nous entraîne aux côtés des membres d’une de ses escouades d’élite, où caractères bien trempés et gâchettes virtuoses forment un cocktail des plus détonnants. Ces anti-héros évoluent au sein d’une humanité réduite à l’état de vermine par les raids extraterrestres qui viennent à intervalles réguliers lui contester toute forme d’espoir. C’est comme si, sous les yeux du lecteur abasourdi, le récit scénarisé par Vincent Brugeas unissait par le sceau du feu et du sang La compagnie noire de Glen Cook et Le choc des civilisations de Samuel P. Huntington. Explosif !

 

D’un point de vue graphique, Chaos Team 1.1 est sans aucun doute l’œuvre la plus aboutie des deux auteurs. Le coup de crayon de Ronan Toulhoat fait une nouvelle fois merveille, avec le talent qu’on lui connaissait déjà pour retranscrire de manière étonnante les jeux de lumière. Mention spéciale également au cadrage des vignettes, qui dynamisent la narration, et surtout au coloriage du dessin, d’une justesse chromatique ahurissante. À noter que l’album est séquencé façon comics, en cinq parties distinctes bénéficiant chacune d’une illustration de couverture. Le tome 2 est d’ores et déjà prévu pour septembre 2013 ; mon Dieu, que l’attente va être longue !

 

 

 

Par Matthieu Roger

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 20:20

Bibliothèque de La Pléiade, éditions Gallimard, 1951

 

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Beaucoup d’encre a été déjà versée au sujet des Misérables de Victor Hugo. Œuvre intemporelle appartenant au patrimoine littéraire mondial, ce récit n’a pas fini de marquer les générations de lecteurs qui se succèdent à son chevet. Il se distingue d’emblée par son envergure imposante : mille cinq cents pages  aussi denses que passionnantes, qui nous projettent au cœur de la destinée tragique du forçat Jean Valjean. Mais Les Misérables n’est pas  qu’un simple roman, aussi captivant soit-il, car il constitue un réquisitoire politique implacable contre le paupérisme et l’injustice sociale. Victor Hugo ne s’en cache pas, à travers les trajectoires individuelles des protagonistes qu’il met en scène, il entend clamer à la face du monde le scandale de la misère et du déterminisme social. La thèse soutenue par Hugo est la suivante : la violence exercée par le corps social sur l’homme est telle qu’elle le prive à la fois d’espoir et de justice, à quelques rares exceptions près. Constat pessimiste mais non nihiliste, puisqu’il n’exclue nullement le réformisme politique et la rédemption des âmes, but poursuivis respectivement par l’auteur et son héros Jean Valjean.

 

Au-delà de l’histoire de ces misérables, c’est l’Histoire avec un grand H qui nous intéresse ici. L’auteur nous livre en effet ses meilleures pages lorsqu’il narre la bataille de Waterloo, le régime louis-philippien ou encore l’insurrection parisienne de juin 1832. Consacrant plusieurs chapitres à la dernière bataille livrée par Napoléon Ier, Hugo nous offre plusieurs moments épiques saisissants, tels la célèbre charge des cuirassiers sur les carrés anglais, la dernière charge de la Garde ou encore l’anéantissement du dernier carré français. Partons sans attendre avec lui au cœur des combats :

 

« Ney tira son épée et prit la tête. Les escadrons énormes s’ébranlèrent.

Alors on vit un spectacle formidable.

Toute cette cavalerie, sabres levés, étendards et trompettes au vent, formée en colonnes par division, descendit, d’un même mouvement et comme un seul homme, avec la précision d’un bélier de bronze qui s’ouvre une brèche, la colline de la Balle-alliance, s’enfonça dans le fond redoutable où tant d’hommes étaient déjà tombés, y disparut dans la fumée, puis, sortant de cette ombre, reparut de l’autre côté du vallon, toujours compacte et serrée, montant au grand trot, à travers un nuage de mitraille crevant sur elle, l’épouvantable pente de boue de Mont-Saint-Jean. Ils montaient, graves, menaçants, imperturbables (…). On croyait voir de loin s’allonger vers la crête du plateau deux immenses couleuvres d’acier ; cela traversa la bataille comme un prodige.

Rien de semblable ne s’était vu depuis la prise de la grande redoute de la Moskova  par la grosse cavalerie ; Murat y manquait, mais Ney s’y retrouvait. Il semblait que cette masse était devenue monstre et n’eût qu’une âme. Chaque escadron ondulait et se gonflait comme un vaste anneau du polype. On les apercevait à travers une fumée déchirée çà et là ; pêle-mêle de casques, de cris, de sabres, bondissements orageux de croupes des chevaux dans le canon et la fanfare, tumulte discipliné et terrible ; là-dessus les cuirasses, comme des écailles sur l’hydre. » (p. 341-342)

 

Tout simplement grandiose ! Le combat final de la barricade de la rue de la Chanvrerie, où l’on retrouve Jean Valjean, Enjolras, Marius, Gavroche et Javert s’avère tout aussi épique, dramatique illustration des tactiques de contre-insurrection urbaine employées à cette époque.

 

Et quelle meilleure manière de savourer ce monument de la littérature française que la magnifique édition proposée depuis plus de soixante ans par La Bibliothèque de La Pléiade ? On n’a, à ce jour, pas encore trouvé mieux.

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite