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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 14:13

Éditions L’Atalante, 2012


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Suite au succès international de ses deux romans Metro 2033 et Metro 2034, Dmitri Glukhvsky a lancé un projet littéraire intitulé « L’univers de Metro 2033 », qui permet à d’autres auteurs de poursuivre l’écriture de son univers post-apocalyptique, voire de publier pour les meilleurs d’entre eux l’histoire de leurs propres héros. Ce récit d’Andreï Dyakov, son premier roman,  a été sélectionné sur Internet par les lecteurs, première pierre d’une longue collection d’add-ons littéraires.

 

Fort logiquement, le contexte spatio-temporel de Vers la lumière est exactement le même que chez Dmitri Glukhovsky. Après la grande Catastrophe, conflit nucléaire mondial, les hommes survivants se sont terrés sous terre, dans les rames du métro, tel le sombre patchwork d’une humanité désormais désœuvrée. Mais si Metro 2034 prolongeait la dangereuse visite du métro moscovite, cet ouvrage nous propulse au cœur du métro de Saint-Pétersbourg, où l’Alliance décide de lancer à la surface un corps expéditionnaire d’une dizaine de combattants chevronnés, les stalkers. L’objectif : retrouver les émetteurs d’une mystérieuse lumière aperçue sur les rives de Kronstadt. Gleb, un jeune garçon, se trouve par la force des choses incorporé à cette escouade d’élite, et verra son destin inextricablement lié à celui de Taran, leader naturel de l’équipée. La trame du récit s’avère alors simple mais riche en rebondissement, s’apparentant à un « survival » épique en territoire hostile. Ce n’est rien dévoiler que de dire que certains n’en réchapperont pas, tant les dangers sont nombreux une fois sortis du métro : atmosphère radioactive, mutants, prédateurs en tous genres, sans compter le plus dangereux d’entre tous, l’homme. Homo homini lupus

 

Le défi relevé par Andreï Dyakov de succéder à Dmitri Glukhovsky tenait de la plus haute gageure mais se voit au final couronné de succès. Grâce à une narration enlevée riche en rebondissements, dont un double switch final extrêmement audacieux, le jeune auteur s’affirme dès son première œuvre comme une plume de talent. J’ai même trouvé Vers la lumière supérieur à Metro 2034 dans sa capacité à tenir le lecteur en haleine. Ne reste plus qu’à espérer que la Toile accouche d’autres extensions littéraires de ce calibre.

 

 

Par Matthieu Roger

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 14:58

Éditions du Masque, 2012

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L’homme aux rubans noirs. Tel est le titre énigmatique de ce recueil de cinq nouvelles historico-policières publié par Jean d’Aillon, ancien universitaire en histoire économique et ancien membre de l’administration des Finances, qui depuis 2007 se consacre exclusivement à l’écriture. « L’homme aux rubans noirs » évoqué en titre n’est autre que Louis de Fronsac, fils de notaire, anobli pour services rendus du titre de marquis de Vivonne par le cardinal Mazarin. Car Louis de Fronsac est en fait un enquêteur hors pair, réputé pour démêler les affaires les plus inextricables. Le lecteur va pouvoir le suivre au cours de cinq enquêtes mystérieuses se prenant place entre 1644 et 1647, sous la Régence d’Anne d’Autriche. Le marquis doit ainsi s’attaquer à des énigmes ardues : vol inexpliqué d’un pli recelant un secret d’État, trafic de faux monnayage, disparition inexpliqué d’un nourrisson de la haute noblesse, complots d’une obscure société secrète... Il lui faudra employer tout à tour intuition, audace et surtout diplomatie pour découvrir le fin mot de chaque affaire. L’occasion pour notre protagoniste de croiser des personnages célèbres, tels Mazarin, Gondi, Le Tellier, Molière ou encore Cyrano de Bergerac. Le décor de ses pérégrinations policières est le Paris du XVIIe siècle, ses lieux emblématiques (Le Châtelet, le Pont-Neuf, la Monnaie, la Cour des miracles etc.) et sa population extrêmement hétéroclite, où coexistent coupe-bourses, malandrins, laquais, artisans, prêtres, bourgeois, hommes d’État et membres de la petite et haute noblesse.

 

L’homme aux rubans noirs vaut plus pour sa description de la société française du milieu du XVIIe siècle que pour son suspense policier, assez bien mené mais somme toute plutôt linéaire. On sent que Jean d’Aillon prend plaisir à peindre le fonctionnement des hiérarchies sociales et des nombreuses charges de l’administration royale. Les trajectoires personnelles de Louis de Fronsac et de son ami Gaston de Tilly, commissaire au Châtelet, permettent de découvrir comment l’extension des prérogatives régaliennes transforma, il y a quatre siècles, le quotidien des Parisiens.

 

 


Par Matthieu Roger

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 15:45

In Mérimée – Théâtre de Clara Gazul – Romans et nouvelles, Bibliothèque de La Pléiade, Éditions Gallimard, 1978

 

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Écrit en 1828, 1572, Chronique du règne de Charles IX est publié à l’âge d’or du roman historique. Mettant en scène les deux frères de Mergy, Bernard étant protestant et George ayant rejoint la religion catholique, le récit s’inscrit dans le contexte des guerres et de religions et se veut une photographie des mœurs de la noblesse à cette époque. Il y a un peu de d’Artagnan dans le personnage de Bernard de Mergy, jeune cadet de province monté à Paris pour y rencontrer l’amiral Coligny, le chef du camp protestant. Mais c’est George qui constitue sans aucun doute la figure la plus marquante du récit, incarnant à la fois l’amour fraternel et la tentation de l’athéisme. Comme l’indique avec justesse la notice du roman, les huit premiers chapitres permettent de se familiariser aussi bien avec les mœurs de l’époque, les villes et les villages livrés au pillage, le Paris de Charles IX, la cour et les courtisans, qu’avec les règles qui régissent le duel ou bien encore les débats religieux qui agitent alors le royaume de France. Ensuite l’intrigue s’accélère, entremêlant l’habituelle trame amoureuse à l’explosion paroxysmique de la Saint-Barthélemy. Au sujet de cette nuit tragique de l’histoire de France, qui vit des milliers de huguenots massacrés par les catholiques, Prosper Mérimée indique dans sa préface qu’il n’adhère pas à la version d’une conjuration du roi contre une partie de son peuple. Selon lui, le massacre de la Saint-Barthélémy était plutôt « l’effet d’une insurrection populaire qui ne pouvait être prévue, et qui fut improvisée ». Un avis qui tranche étrangement avec l’impression laissée par cette Chronique du règne de Charles IX, où sourde la menace permanente de la haine fanatique et du complot catholique. Offrant au lecteur une chute des plus ouvertes, l’auteur termine son récit au cœur du siège de La Rochelle, affrontement emblématique de la séparation de la nation en deux camps ennemis.


Ce roman historique propose au final un canevas narratif classique mais efficace, surtout en ce qui concerne la mise en lumière originale des grands acteurs de cette année 1572, à savoir Charles IX, Coligny et La Noue.

 

 


Par Matthieu Roger


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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 16:35

Éditions Akileos, 2012

cover Ritter Germania

 


 

Après Block 109, Étoile Rouge, Opération Soleil de Plomb et New York 1947, le duo formé par Ronan Toulhoat (dessin) et Vincent Brugeas (scénario) fait une nouvelle fois mouche. Et de la plus belle des manières puisque ce nouvel album nous offre selon moi leur dessin le plus abouti. Sans oublier le choix de la palette des coloris, tout à fait appropriée à ce récit policier nous plongeant en pleine Allemagne nazie. Le récit est alerte, prenant, et se voit dynamisé par un montage visuel qui n’hésite pas à morceler et juxtaposer les cases, rendant certains plans-séquences digne des meilleures scènes d’action cinématographiques.

 

La recette uchronique est toujours la même. On retrouve dans Ritter Germania les personnages de Goebbels et Heydrich confrontés à la sédition de Ritter Germania, ancien soldat d’élite reconverti comme acteur pour les besoins de la propagande. Cette chasse à l’homme dans Berlin se double d’une intrigue politique des plus fourbes entre les différents hommes fort du régime fasciste. Sans dévoiler aucunement la chute finale, sachez juste qu’aucun protagoniste n’est à l’abri d’un coup bas politique. De quoi alimenter la réflexion sur cette métaphore d’un régime pris dans l’engrenage de la suspicion, de la vengeance et des compromissions en tous genres, mise en abyme par l’imagerie propagandiste. Un seul regret : cet album, à l’instar de ses prédécesseurs, se lit beaucoup trop vite. J’en viendrai presque à espérer la sortie d’un nouvel opus plus conséquent en termes de pagination, où le talent de Ronan Toulhoat pourrait s’exprimer sur de magnifiques pleines ou doubles pages. Il est parfois bon de rêver…

 

 


Par Matthieu Roger

 


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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 09:26

Éditions J’ai Lu, 2005

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Ce deuxième tome des Annales de la Compagnie noire nous emmène à Génépi, cité située aux confins nord de l’empire de La Dame. On y retrouve le médecin militaire Toubib, le narrateur, ainsi que les différents mercenaires qui composent la Compagnie noire. Cette fois-ci les intérêts de la Compagnie noire paraissent difficiles à préserver, tant l’affrontement mortel qui se tisse entre La Dame, ses Asservis et le Dominateur génère d’incertitudes. Le pire, pour les hommes de la Compagnie, c’est qu’en bons fantassins ils n’entendent rien à la magie noire des nécromanciens. De quoi pimenter encore un peu plus leur nouvelle mission suicide.

 

J’ai trouvé Le château noir encore plus passionnant que le premier opus, La Compagnie noire, tant le rythme narratif est élevé et truffé de rebondissements, tous plus bien amenés les uns que les autres. Le style de Glen Cook est vraiment singulier, car le récit correspond en fait strictement aux retranscriptions des événements effectuées par l’annaliste Toubib. Le style est donc militaire, sec, assez peu descriptif, des moins châtiés et souvent cru, ce qui pourra rebuter certains lecteurs. La vie de la Compagnie ne comporte qu’embuscades, rapines et mêlées meurtrières, et l’on apprend vite que les états d’âme sont à proscrire dans ce monde ravagé par la magie noire et des guerres endémiques. Ainsi parle Toubib : « Je ne crois pas au mal absolu. Je me suis déjà expliqué à ce sujet dans certains passages des annales, et d’une façon générale cette opinion transpire dans ma façon de rapporter toutes mes observations depuis que je suis le rédacteur en titre de ces chroniques. Je nous trouve comparable à l’ennemi, et je crois que les notions de bien et de mal sont déterminés par après les événements par ceux qui survivent. Il est bien rare de trouver parmi les hommes une incarnation de la bonté ou du mal. Lors de notre guerre contre les rebelles, il y a huit ou neuf ans,  nous avons lutté dans le camp réputé mauvais. (…) Au moins, les salauds dans cette affaire étaient francs du collier. » (p. 260-261). Le décor est planté. L’auteur offre ainsi au lecteur l’exploration d’un univers de « dark fantasy » des plus saisissants, qui m’a fait penser à une version noire du Wastburg de Cédric Ferrand. On observe le cours des évènements uniquement à travers les yeux de Toubib (narration à la première personne) ou de Shed l’aubergiste (narration à la troisième personne), en un va-et-vient équilibré qui dynamise incontestablement le récit.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 19:24

Éditions Pygmalion, 2012

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Six mois après la tant attendue parution de A Dance with Dragons, voilà que la traduction française débarque avec Patrick Marcel à la baguette, en remplacement de l’excellent Jean Sola. Enfin, je devrais plutôt parler du tiers de la version française, puisque les éditions Pygmalion poursuivent et signent dans leur fâcheuse habitude de morceler chaque tome original en trois tomes français. L’occasion  d’alléger un peu plus les portefeuilles des lecteurs de la sage du Trône de fer, avant même la publication des formats poches par J’ai Lu. Un véritable scandale éditorial, c’est le moins qu’on puisse dire !

 

Patrick Marcel s’en sort plutôt bien pour son premier gallop d’essai à la traduction, et c’est avec un plaisir immense que l’on retrouve certains protagonistes de la lutte pour le Trône de Fer, dont Tyrion Lannister, Danenerys Targaryen, Bran Stark, Jon Snow et Davos Mervault. Le Bûcher d’un roi ne sonne pas encore l’heure des combats, puisque l’on se retrouve ici en plein cœur des complots politiques et des intrigues diplomatiques qui fourmillent des deux côtés du détroit. En ce qui me concerne, Jon Snow et Davos sont les personnages que j’ai le plus de plaisir à côtoyer. Peut-être parce qu’ils sont quasiment les seuls à incarner l’honneur et la loyauté dans un paysage fantastico-médiéval ravagé par la violence, les haines ancestrales et les cabales en tous genres. G. R. R. Martin peint en outre avec son habituel talent les différentes contrées que traversent nos protagonistes. Les frimas qui désolent les marches du nord du royaume de Westeros nous ramènent auprès de la Garde de Nuit et des rares frères noirs restants pour garder le Mur. Les dilemmes auxquels se voit confronté Jon Snow, le nouveau Lord Commandant, laissent présager les jours les plus noirs et les plus sanglants.

 

Cinq ans après Un festin pour les corbeaux, G. R. R. Martin signe un retour fracassant qui le place définitivement parmi les plus grands maîtres scénaristes de la fantasy, à l’instar de J. R. R Tolkien ou Robin Hobb. La saga du Trône de Fer transporte ses lecteurs dans un univers complexe et extrêmement immersif ; à lire et relire, sans aucune modération.

 

 


Par Matthieu Roger

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 17:24

Éditions Grasset, 2011

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Retour à Killybegs fait suite à Mon traître, roman autobiographique déjà chroniqué sur ce blog. Cette fois-ci le narrateur n’est plus Antoine, le jeune luthier français, mais Tyrone Meehan, son ami irlandais. Si Mon traître adoptait avant tout la focale de l’amitié fraternelle brisée, Retour à Killybegs nous raconte la genèse de la traîtrise de Tyrone, de son vrai nom Denis Donaldson, retourné par le MI-5 contre ses propres frères de l’Irish Republican Army (IRA). Le récit alterne entre les retours sur la propre histoire de Tyrone, sa jeunesse, son activisme au sein de l’IRA, sa traîtrise, et la fin de sa vie, lorsqu’en 2006 il revient en paria à son village natal : Killybegs.

 

Retour à Killybegs m’a moins ému que Mon traître, peut-être parce qu’il lui manque la naïveté du point de vue d’Antoine, qui fut en quelque sorte celui de l’auteur. Mais je commets sans doute une faute en cherchant à comparer les deux ouvrages, ceux-ci devant être lus l’un à la suite de l’autre si l’on veut rendre justice à la justesse des sentiments qui les parcourent. Chalandon nous offre en effet une nouvelle fois un livre remarquable, qui nous fait parcourir en accéléré soixante ans de conflit armé en Irlande du Nord. Des défilés de l’IRA au cloaque des geôles britanniques, se joue à travers la figure de Tyrone Meehan le destin déchiré d’un peuple insoumis. La force de l’écriture de Sorj Chalandon est de restituer avec acuité la mosaïque des sentiments qui traversent Tyrone, comme une mise en abyme des épreuves traversées jusqu’à aujourd’hui par le peuple irlandais. À la fois guerre civile et guerre d’indépendance, le conflit d’Irlande du Nord s’offre au lecteur à travers le prisme de l’IRA, organisation au sein de laquelle la fraternité se vit en actes et la traîtrise ne reçoit qu’une seule sentence, celle de la mort. « Et puis l’IRA retrouve les traîtres. Partout, elle les retrouve. Longtemps après. Une soixantaine de mouchards avaient été exécutés, des centaines d’autres chassés de nos villes. Non ! Je ne les suivrai plus. J’arrêtai tout. Je restais. J’étais chez moi. J’avais autant droit à cette terre que tous les Irlandais réunis. » (p. 296-297)

 

Roman de la peur sourde et du prix du sang, Retour à Killybegs a reçu le Grand prix de l’Académie Française 2011.

 

 


Par Matthieu Roger

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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 23:21

Soleil Productions, 2011

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Elles sont rares les bande-dessinées qui allient la beauté et l’originalité d’un dessin à la richesse d’un scénario. C’est pourtant ce que nous proposent Éric Bourgier et Fabrice David avec la série Servitude, dont sort aujourd’hui le troisième opus intitulé L’Adieu aux Rois. Servitude s’inscrit dans un univers qu’on pourrait qualifier de fantastique médiéval réaliste. Alors que dragons, géants, sirènes, fées et anges ne sont plus que des légendes, les Fils de la terre, c'est-à-dire les hommes, règnent sur une grande partie des terres connues. Mais l’immensité de leurs royaumes et les luttes de pouvoir qui agitent divers coins du continent annoncent des lendemains tragiques, où les épées des complots sortiront de leurs fourreaux.

 

On retrouve dans L’Adieu aux Rois le magnifique coup de crayon d’Éric Bourgier, qui restitue toute la richesse d’un univers fouillé, régi par des intrigues politiques aussi complexes que dans Le Trône de Fer. J’aime beaucoup sa manière de restituer le caractère et la force des paysages, grâce à des contrastes de coloris parfois marqués, parfois tout en nuances. La spécificité de cette série est d’inscrire chaque tome dans une gamme chromatique bien délimitée, qui confère une indéniable identité plastique à l’œuvre du dessinateur. Le jaune et le sépia pour Le chant d’Anoroer (livre I), le gris et le marron pour Drekkars (livre II), et le marron et le noir pour L’Adieu aux Rois (livre III). L’absence de couleurs fauves ou vives permet d’inscrire Servitude dans une geste héroïque des temps anciens, comme s’il nous était donné de contempler une antique saga. Ce qui s’avère extrêmement plaisant, outre ce graphisme léché, c’est la profondeur de l’univers qu’a contribué à forger le scénariste Fabrice David. Non seulement le scénario échappe aux standards communs à la fantasy, en l’ancrant solidement dans un magma d’intrigues politiques, mais il laisse aussi la part belle à l’imaginaire et aux scènes d’action. La cohérence de cet univers prend alors tout son sens à la lecture des trois premiers tomes de la série. L’Adieu aux Rois se distingue par un rythme narratif plus riche en action, qui culmine lors des préparatifs de la grande bataille devant les remparts de la cité fortifiée d’Al Astan. Le peu de place accordé au déroulé même de la bataille est compensé par la présence d’annexes conséquentes situées en fin d’ouvrages, lesquelles narrent sur quatre pages l’évolution militaire, cartographies tactiques à l’appui, de cet affrontement épique au pied des murailles d’Al Astan.

 

Une douzaine de planches de ce livre III sont visibles ICI.

 

 

Par Matthieu ROGER

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 01:22

Éditions Grasset, 2008

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Dans Pour mon plaisir et ma délectation charnelle, Pierre Combescot, lauréat du Goncourt en 1991, retrace la vie de Gilles de Rais, en un tourbillon de faste, de combats, de sang et de débauche. Reprenant le même principe narratif que Michel Tournier pour son Gilles & Jeanne, sans insister autant sur la relation entre les deux compagnons d’armes, il narre son inéluctable descente aux enfers dans le crime, la luxure et la pédophilie. Les monstruosités du maréchal de France et seigneur de Tiffauges sont d’ailleurs passées à la postérité, puisque Charles Perrault les reprit à son compte lorsqu’il inventa la figure de Barbe bleue. Sauf que, comme l’indique la dernière phrase de ce livre, Barbe bleue, contrairement à Gilles de Rais, tue ses femmes mais néglige d’assassiner les pages et adolescents d’alentours. Heureusement, l’horreur est circoncise en fonction du lectorat visé.

 

J’ai bien aimé le style de l’auteur, qui ponctue Pour mon plaisir et ma délectation charnelle de phrases courtes et incisives, comme pour marquer un rythme dont à la fois le lecteur et le protagoniste ne pourraient se défaire. Ce parti pris narratif, selon moi efficace, ne permet néanmoins ni descriptions ni peintures psychologiques fouillées, ce qui manque parfois pour mettre en relief la folie incommensurable de Gilles de Rais. Mais l’inexorable destin de Gilles de Rais n’attend pas. Et pourtant l’auteur fait parfois montre d’une prose brillante. J’en veux pour preuve cette peinture remarquable du champ de bataille d’Azincourt, située en première page du prologue :


 « Une odeur de charnier saturait l’air. Amoncellement de crustacés d’acier mal nettoyés par les vents au milieu d’un taillis de ferrailles, reste d’une chevauchée sans lendemain mûrissant au soleil. La trahison, la peste prospéraient. Les princes s’assassinaient avec minutie. Et pas les moindres : ceux de sang. Bourgogne, Orléans. Les lances, les braquemarts, les haches, les becs-de-faucon, les boucliers abandonnés hérissaient la terre ; la rendaient rêche et vaine. Les hasards de la guerre ne traitaient pas mieux le fier chevalier que le simple piéton ou le sournois archer anglais. Étendards en loques, bannières effilochées par les vents, usés par les années, trempaient dans la boue. Certains dataient de la lointaine bataille de Poitiers : Luxembourg, Alençon, Châtillon, Chalons, d’Harcourt, Nevers… Et dans l’enclos d’Azincourt, ce fut pire encore. Les barons s’entremêlaient avec les ducs et ceux-ci avec leurs écuyers. Les carcasses des chevaux formaient de grands orgues où le vent, s’engouffrant, hennissait sa musique. Tous étaient égaux devant la mort. » (p. 11-12)

 

Ce passage porte en lui toutes les thématiques principales déployées par l’auteur dans ce roman historique : les complots, le sang, la mort. Triptyque des plus tragiques, qui dessine en sous main une France ravagée par la guerre, qui annonce l’antagonisme entre de grands seigneurs rois en leur fief et un une royauté qui cherche de plus en plus  à imposer le poids de sa suprématie.

 

 

Par Matthieu Roger

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 14:38

Éditions Akileos, 2011

Couverture_new-york-1947.jpg

 

 

Ronan Toulhoat (au dessin) et Vincent Brugeas (au scénario) continuent de faire vivre la série Block 109 avec la sortie ce mois-ci d’un nouvel album : New York 1947. La cadre narratif est toujours le même, à savoir explorer l’uchronie d’une Seconde guerre mondiale dont les Nazis seraient sortis comme les vainqueurs incontestés. Les premières planches de New York 1947 nous apprennent qu’après l’assassinat d’Hitler, Himmler a ordonné en 1945 un bombardement nucléaire massif de la côte est américaine. C’est l’opération Nuit Noire. Deux ans plus tard, les Allemands larguent sur l’île de Manhattan un virus bactériologique expérimental. Durant l’hiver 1947, un commando de six hommes est envoyé sur place, afin de vérifier l’efficacité du virus. Le petit groupe, en fait chargé d’une seconde mission tout aussi secrète, se compose d’un officier, d’un sniper, d’un tirailleur, d’un médecin, d’un as de la cambriole et d’un journaliste. Immergés dans le décor apocalyptique des ruines new-yorkaises, ils auront à affronter le pire…

 

Le background militaro-historique est bien moins présent dans New York 1947 que dans par exemple Étoile Rouge ou Opération Soleil de Plomb. Il s’agit ici d’action pure, d’un survival aux multiples rebondissements. Le coup de crayon de Ronan Toulhoat fait une nouvelle fois des merveilles, enchaînant le regard du lecteur ses jeux de lumière et à ses teintes rouges et grises ; l’ambiance qui s’en dégage s’avère pour le moins captivante. Certaines planches sont superbes, rehaussées par une impression papier qui révèlent au toucher le relief des dessins, telles des gravures en taille douce. Un album très réussi donc, susceptible de nous faire patienter avant la sortie, au printemps 2012, d’un nouvel opus intitulé Ritter Germania, annoncé comme « un polar noir dans les coulisses du cinéma de propagande nazie ».

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite