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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 21:57

Éditions Fayard, 1984

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On ne présente plus Georges Duby, éminent médiéviste qui fut membre de l’Académie française et professeur au Collège de France. Son Guillaume le Maréchal retrace la vie du chevalier anglais éponyme, un des tournoyeurs les plus célèbres de son temps. S’appuyant pour l’essentiel sur les ouvrages de Sydney Painter, Anton Friedmann et surtout sur l’édition réalisée en 1891-1901 par P. Meyer de l’Histoire de Guillaume le Maréchal, récit d’environ vingt mille vers datant du XIIIe siècle, Georges Duby analyse avec une grande précision les codes de la chevalerie et le fonctionnement des liens féodaux ayant cours au XIIe siècle. Or il s’avère que destin hors norme de Guillaume le Maréchal aura pour nombre de ses pairs valeur du meilleur des exemples. « Juchée sur la prouesse, soutenue d’une part par la loyauté, d’autre part par la sagesse, voici la chevalerie, et le plus haut ordre qu’ait fait Dieu. Dans ces assises, de vaillance rassemblée autour du roi capétien, premier lieutenant de Dieu sur la terre, Guillaume le Maréchal, le plus preux, le plus loyal et le plus sage, se trouve proclamé le meilleur des chevaliers. » (p. 34). Issu de petite noblesse, Guillaume profita de sa proximité avec la maison royale d’Angleterre et de ses dons extraordinaires de jouteur pour bâtir sa renommée et sa richesse. Au fur et à mesure que ses prises de tournois s’accumulaient (chevaux, argent, biens matériels), il put faire montre de générosité envers ses hommes les plus dévoués et se gagner de précieux appuis au sein de la haute noblesse. Ce que montre bien l’auteur, c’est que le chevalier féodal, s’il voulait s’élever socialement, devait à la fois se rendre incontournable au sein de la maison de son suzerain et choisir le camp du vainqueur. Servant tour à tour les intérêts d’Henri II, d’Henri le Jeune, de Richard Cœur de Lion et de Jean sans Terre, il termina sa vie comme Régent d’Angleterre du jeune Henri III, pour lequel il put une dernière fois se distinguer en remportant la bataille de Lincoln, mettant fin en 1217 aux prétentions françaises sur le royaume d’outre-Manche.

 

 

La noblesse combattante de cette époque est en permanence sujette aux liens de vassalité contractés envers tel ou tel seigneur. Mais ce lien féodal s’avère encore plus fort que le respect dû au pouvoir royal, signe que les allégeances personnelles et intérêts familiaux possèdent encore la force inaltérable de la parole donnée, se transformant au besoin en bras armé du suzerain. Si le baron ou comte du XIIe siècle cherche en permanence à nouer des alliances via le mariage de sa progéniture, c’est pour consolider toujours plus encore le réseau de ses obligés. Si possible tout en essayant de se rapprocher au plus près des familles les plus influentes et prospères. De fait, le vrai pouvoir du chevalier réside avant dans l’usage combiné de sa libéralité et de sa bravoure. Étonnante alliance de l’apparat et de l’épée dont su profiter Guillaume le Maréchal, cadet sans avoir devenu riche homme et baron. Laissons pour conclure la jolie plume de Georges Duby résumer cette trajectoire ascendante : « Ce fut à cette excellence et à elle seule, qu’il dut de s’élever si haut. Grâce à ce grand corps infatigable, puissant, habile dans les exercices cavaliers, grâce à cette cervelle apparemment trop petite pour entraver par des raisonnements superflus le naturel épanouissement de sa vigueur physique : peu de pensées, et courtes, un attachement têtu, dans sa force bornée, à l’éthique très fruste des gens de guerre dont les valeurs tiennent en trois mots : prouesse, largesse et loyauté. » (p. 185-186).

 

A l’instar de l’excellent Dimanche de Bouvines, du même auteur, Guillaume le Maréchal mérite de figurer dans la bibliothèque de toute personne intéressée par cette période du Moyen Âge.

 

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Histoire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite