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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:41

Éditions Perrin, 2003

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Lieutenant de panzers est le récit autobiographique d’August von Kageneck, qui servit à partir de 1939 en tant qu’officier dans les divisions blindées la Wehrmacht. Il retrace ici sa carrière jusqu’à la fin de la Seconde guerre mondiale, qui le conduisit des plaines gelées de la Russie aux champs de bataille des Ardennes. À travers son parcours personnel, August von Kageneck, fils d’un général de Guillaume II, cinquième rejeton d’une famille de la vieille noblesse allemande, de tradition militaire, catholique et conservatrice, brosse la montée du nazisme telle qu’elle fut réellement vécue et perçue en Allemagne. Tiraillé entre le prestige de l’uniforme et la crainte de la démagogie hitlérienne propres à son milieu social d’appartenance, le jeune von Kageneck passe comme tant d’autres adolescents par les Hitlerjugend, avant de faire ses classes dans le 17e régiment de cavalerie de Bamberg, régiment traditionnaliste où l’on perpétue la gloire des hauts faits de guerre de la Grande Prusse, et où le nouveau régime nazi est plutôt vu d’un mauvais œil. L’auteur n’en retranscrit pas moins avec beaucoup de force l’ardeur guerrière, la soif de revanche et  la foi en le redressement de l’Allemagne qui caractérise l’armée allemande en 1939. Von Kageneck se trouve partie prenante, lors de l’opération Barbarossa, en 1941, de la puissante machine de guerre mise au point par le IIIe Reich : le modèle de la Blitzkrieg combine avec succès l’arme blindée à l’infanterie et à l’aviation pour percer les lignes ennemies et les couper de leurs lignes de communications, privilégiant ainsi capacité de rupture et rapidité de manœuvre. À cette date, les armées allemandes paraissent invincibles, mais cela n’empêche pas de nombreux hauts gradés, rapporte l’auteur, de pronostiquer d’ores et déjà la défaite qui mettra quatre ans à venir. Stratégiquement parlant, la rupture du pacte germano-soviétique ne laissait d’autre alternative au rêve d’expansion hitlérien que l’embourbement inexorable dans les steppes glacées de l’immense Russie. Au fil des combats auxquels il participe, batailles après batailles, von Kageneck saisit peu à peu l’aspect irrémédiablement vain des objectifs tant stratégiques qu’idéologiques fixés à la Wehrmacht. Cependant, même convaincues de la défaite à venir – et ce plus tôt qu’on ne pourrait le croire –, les troupes allemandes se battront jusqu’au dernier homme avec une grande vaillance. Car comme l’indique von Kageneck : « Vivre en soldat, c’était être sûr de rester propre, impavide, indépendant à l’égard de l’époque et de toutes ses vicissitudes ; voilà le fil conducteur pour toute une vie, surtout dans les temps troubles que l’Allemagne avait traversés depuis cinquante ans. » (p. 193).

Dénonciation sans concession de la folie meurtrière du IIIe Reich, dénonciation de son propre militarisme, Lieutenant de panzers d’August von Kageneck est un livre essentiel, de par la lucidité qui en émane. De la haine irréfragable du « diktat » de Versailles à la peur de l’expansion communiste, des souvenirs de l’impériale Prusse à la révolution tactique de la Blitzkrieg, des ivresses de la victoire aux affres de la défaite, il constitue le testament militaire d’une époque heureusement révolue.

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Histoire militaire
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Yves 19/09/2015 16:59

Un livre marquant.
J'ai particulièrement apprécié les premiers chapitres, en ce qu'ils permettent de comprendre l'état d'esprit de le jeunesse allemande et d'une partie de la population durant l'entre deux guerres : le sentiment exacerbé d'avoir subi l'humiliation d'un traité suite à une guerre que beaucoup considéraient ne pas avoir réellement perdue. Humiliation, occupation sans ménagement des troupes françaises...
Cet état de fait a favorisé, indéniablement, et l'auteur le démontre fort bien, l'adhésion des masses allemandes au national-socialisme qui, dans un premier temps, leur a donné le sentiment d'avoir retrouver la fierté et l'honneur national.
Conclusion : il faut s'efforcer d'être magnanime après la victoire, dans la mesure du possible, ne pas ajouter l'humiliation, la dégradation, à la défaite.

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite