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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:17

Éditions Allia, 2008

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William Langewiesche revient sur le massacre d’Haditha, perpétré le 19 novembre 2005 par des Marines américains sur 24 civils irakiens (dont de nombreux vieillards, femmes et enfants) après que l’un des leurs ait été tué lors d’un attentat à la bombe. L’intérêt de ce petit ouvrage est d’éviter l’écueil du pamphlet antimilitaire ou bien, à l’inverse, celui d’une apologie de la guerre en Irak. William Langewiesche nous brosse le portrait le plus juste possible de ce conflit, en nous le présentant comme l’archétype de ce que le général britannique Sir Rupert Smith appelle « la guerre au sein des populations ». Il décrit en effet avec beaucoup d’à-propos la situation complexe dans laquelle se trouvent les Marines US, écartelés entre le sentiment de remplir leur devoir vis-à-vis de la patrie américaine et celui d’être engagé dans un conflit insoluble. Cette situation inextricable dans laquelle se trouvent les soldats, soumis à la haine de la population locale, souligne le paradoxe fondamental de l’engagement occidental en Irak, à savoir que « dans le but de sauver des soldats américains, on sacrifie de nombreuses vies d’Irakiens innocents ; ce faisant, grâce à l’armée de terre en particulier, d’innombrables combattants ennemis rejoignent l’insurrection, qui lancera à l’avenir des attaques plus fréquentes contre ces mêmes soldats » (sic p. 42). Ce n’est pas un hasard si Barack Obama appelle de tous ses vœux le retrait le plus rapide possible des troupes américaines d’Irak : la stratégie amorcée par Georges W. Busch après le 11 septembre 2001, celle d’une lutte outrancière contre le terrorisme international, n’a pas pris en compte le changement paradigmatique de la guerre observable dès la seconde moitié du XXe siècle. En découvrant au fil des pages le contexte de la réaction aussi sauvage que non préméditée des Marines américains, on parvient à saisir le fossé qui perdure entre la vision politique de l’emploi de la force militaire, qui quoi qu’on en dise fonctionne toujours sur le vieux mode du conflit interétatique, et l’intransigeante réalité du terrain, qui confronte les soldats à des missions maintien de l’ordre et de pacification pour lesquelles ils ne sont aucunement formées. S’ajoute à cela le fossé technologique entre une armée de métier suréquipée et une guérilla irakienne procédant à la bombe artisanale et à l’AK 47. En cela La conduite de la guerre résonne comme un coup de semonce à l’encontre du processus de déshumanisation qui sévit en Irak. Alors que l’ennemi se cache désormais sous l’acronyme de MAM (military-age man, homme en âge de porter les armes) et que son cadavre ne recueille plus en guise d’éloge funèbre que les quatre initiales EKIA (ennemy killed in action, ennemi tué pendant le combat), apparaît l’immanente absurdité d’une guerre qui n’est pas ni celles des jeunes soldats américains sacrifiés sur l’autel de la lutte contre l’ « axe du mal » ni celles des familles irakiennes bombardés sur leur terre natale. Un scandale humain résumé par une affiche placardée sur un des murs de Sparte, l’avant-poste des Marines installé en plein cœur d’Haditha, qui indiquait cyniquement : « soyez polis, soyez professionnels, soyez prêts à tuer tous ceux que vous rencontrerez ». En une phrase tout est dit, la guerre au sein des populations est malheureusement à ce prix.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:11

Éditions Archipoche, 2008

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Bravo Two Zero est le récit autobiographique d’Andy McNab, sergent du Special Air Service (SAS) britannique, groupe d’infanterie terrestre d’élite spécialisée dans les missions d’infiltration et de sabotage en zone ennemie. Dans ce livre Andy McNab nous narre son expérience de la première guerre du Golfe, lorsqu’il fut en janvier 1991 capturé et torturé pendant six semaines par les Irakiens. Son histoire est intéressante à plusieurs points de vue. Tout d’abord, il nous renseigne sur la planification d’une mission commando top secrète. Choix de la zone de largage, définition de codes de communication et de points de rendez-vous changeants, préparation d’un itinéraire terrestre, choix d’une base d’opération, étude des axes de communication ennemis, préparation de l’exfiltration, etc., rien n’est laissé au hasard ! Le professionnalisme des SAS est à ce niveau là tout bonnement impressionnant, aussi bien en ce qui concerne la mise en place tactique que la préparation mentale que suppose ce type d’opération. Ensuite, Andy McNab, en tant que chef de son commando de huit hommes, est le mieux placé pour nous narrer les tenants et les aboutissants de cette opération « Bravo Two zero », qui avait pour objectif de détruire les câbles de transmission terrestres permettant l’envoi de Scud irakiens (missiles de longue portée : entre 160 et 280 kms). Au vu du destin tragique de ce commando britannique on pourrait croire à un roman d’action, mais tout est bel et bien véridique : l’adaptabilité constante de l’organisation tactique du commando, les accrochages aussi imprévus que violents avec plusieurs patrouilles irakiennes, la fuite éperdue à travers l’infini désertique, la traque d’hommes physiquement au bout du rouleau, leur capture à quelques kilomètres de la frontière syrienne, les séances de tortures psychologiquement meurtrières… Cet ouvrage constitue également un précieux témoignage sur ce que sont devenus les conflits modernes, avec cette volonté affichée de la part de la coalition alliée de mener en Irak une guerre chirurgicale. L’engagement frontal de régiments d’infanterie est révolu, priorité est désormais donnée au bombardement aérien et aux opérations commandos dont l’action ciblée, moins coûteuse en hommes, est censée abréger la durée du conflit. Enfin, on apprend beaucoup sur la tactique militaire d’infiltration ainsi que les techniques d’armement et de reconnaissance employées durant la guerre du Golfe par les troupes britanniques : Armalite (fusil d’assaut), Minimi (mitrailleuse légère), Claymore (mines anti-personnel), plastic PE4, bombes 203, TACBE (Tactical Beacon, balises tactiques), systèmes Magellan (navigation par satellite), etc.

Bravo Two Zero est un livre choc, dont personne ne peut sortir indemne. En retraçant le parcours épique de son commando - le seul d’entre eux ayant réussi à franchir la frontière syrienne a parcouru jusqu’à 300 kilomètres en quelques jours ! -, Andy McNab nous confronte aux limites physiques et psychologiques de la résistance humaine. Avec pour principal enseignement que la guerre chirurgicale, si tant est qu’elle existe, ne sera jamais une « guerre propre ».

 

 

Par Matthieu Roger

 

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:07

Édité par le United States Department of State en 2009

 

http://www.america.gov/media/pdf/books/obama_speech.pdf

 

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Ce livret regroupe quelques-uns des discours les plus marquants qu’a prononcés Barack Obama au cours de ces sept dernières années. De son intervention contre la guerre en Irak d’octobre 2002 jusqu’à son discours d’adresse présidentielle le 20 janvier 2009, on peut ainsi mieux cerner l’homme qui a redonné confiance aux États-Unis et a suscité une vague d’intérêt sans précédent à l’étranger. Au-delà du slogan réducteur « Yes We Can! », les extraits proposés laissent apercevoir un humaniste, profondément convaincu du besoin qu’ont les États-Unis de tourner la page G.W. Bush pour renouer avec le rêve américain. Sur un ton parfois quasiment messianique, Barack Obama n’a de cesse de répéter sa foi en l’idéal démocratique et patriotique américain. En ce qui concerne la politique étrangère des États-Unis, il réaffirme sa volonté de combattre le terrorisme international tout en déplorant la guerre engagée en Irak. Sans renier le leadership états-unien « We remain the most prosperous, powerful nation on Earth. », il tranche avec son prédécesseur en affirmant inlassablement sa volonté de travailler de concert avec les autres États du monde. Prônant à la fois un retrait des troupes US en Irak et un renforcement de l’effort de guerre en Afghanistan, Barack Obama incarne une diplomatie américaine plus soucieuse de l’avis de ses alliés mais toujours aussi inflexible quant il s’agit de combattre ses ennemis déclarés. Évidemment ce livret constitue surtout une somme de bonnes intentions, et chaque parole du nouveau président ne peut être prise pour argent comptant. Il permet néanmoins de saisir quels champs d’interventions sont aujourd’hui considérés prioritaires par Barack Obama.

 

 

Suivent ci-dessous quelques morceaux choisis de ses discours, qui reflètent bien selon moi le nouveau positionnement international et la nouvelle pensée géostratégique des États-Unis :

 

En termes de géostratégie globale

 

“We will begin to responsibly leave Iraq to its people, and forge a hard-earned peace in Afghanistan. With old friends and former foes, we will work tirelessly to lessen the nuclear threat, and roll back the spectre of a warming planet.”  (20 janvier 2009)

 

“As President, I will pursue a tough, smart and principled national security strategy— one that recognizes that we have interests not just in Baghdad, but in Kandahar and Karachi, in Tokyo and London, in Beijing and Berlin. I will focus this strategy on five goals essential to making America safer: end­ing the war in Iraq responsibly; finishing the fight against al Qaeda and the Taliban; securing all nuclear weapons and ma­terials from terrorists and rogue states; achieving true energy security; and rebuilding our alliances to meet the challenges of the 21st century.” (15 juillet 2008)

 

“It’s time to strengthen our part­nerships with Japan, South Korea, Australia and the world’s largest democracy - India - to create a stable and prosperous Asia. It’s time to engage China on common interests like cli­mate change, even as we continue to encourage their shift to a more open and market-based society. It’s time to strengthen NATO by asking more of our allies, while always approaching them with the respect owed a partner. It’s time to reform the United Nations. ”  (15 juillet 2008)

 

“That’s why I’ll double our foreign assistance to $50 billion by 2012, and use it to support a stable future in failing states, and sustain­able growth in Africa; to halve global poverty and to roll back disease.” (15 juillet 2008)

 

Au sujet du nucléaire

 

“This is the moment when we must renew the goal of a world without nuclear weapons. It is time to secure all loose nuclear materials; to stop the spread of nuclear weapons; and to reduce the arsenals from another era. This is the moment to begin the work of seeking the peace of a world without nuclear weapons.” (24 juillet 2008)

 

“My third goal: securing all nuclear weapons and materials from terrorists and rogue states.” (15 juillet 2008)

 

“America seeks a world with no nuclear weap­ons. As long as nuclear weapons exist, we must retain a strong deterrent. But instead of threatening to kick them out of the G-8, we need to work with Russia to take U.S. and Russian ballistic missiles off hair-trigger alert; to dramatically reduce the stockpiles of our nuclear weapons and material; to seek a global ban on the production of fissile material for weapons; and to expand the U.S.-Russian ban on intermediate-range missiles so that the agreement is global. By keeping our com­mitment under the Nuclear Non-Proliferation Treaty, we’ll be in a better position to press nations like North Korea and Iran to keep theirs.” (15 juillet 2008)

 

“Preventing Iran from developing nuclear weapons is a vital national security interest of the United States.” (15 juillet 2008)

 

Au sujet de l’armée américaine

 

“I will restore our strength by ending this war, complet­ing the increase of our ground forces by 65,000 soldiers and 27,000 marines, and investing in the capabilities we need to defeat conventional foes and meet the unconventional chal­lenges of our time. » (15 juillet 2008)

 

Au sujet de l’Irak

 

“What’s missing in our debate about Iraq — what has been missing since before the war began — is a discussion of the strategic consequences of Iraq and its dominance of our foreign policy.” (15 juillet 2008)

 

“Now is the time for a responsible redeployment of our combat troops that pushes Iraq’s leaders toward a political solution, rebuilds our military, and refocuses on Afghanistan and our broader security interests.” (15 juillet 2008)

 

“Most of you know I opposed this war from the start. I thought it was a tragic mistake. (…)America, it’s time to start bringing our troops home. ” (10 février 2007)

 

“What I am opposed to is a dumb war. A rash war. A war based not on reason but on passion, not on principle but on politics. Now let me be clear - I suffer no illusions about Saddam Hus­sein. He is a brutal man. A ruthless man. A man who butchers his own people to secure his own power. ... He’s a bad guy. The world, and the Iraqi people, would be better off without him.

I know that even a successful war against Iraq will require a U.S. occupation of undetermined length, at undeter­mined cost, with undetermined consequences. I know that an invasion of Iraq without a clear rationale and without strong international support will only fan the flames of the Middle East, and encourage the worst, rather than best, impulses of the Arab world, and strengthen the recruitment arm of Al Qaeda. I am not opposed to all wars. I’m opposed to dumb wars.” (2 octobre 2002)

 

Au sujet de l’Afghanistan

 

“But my country and yours (ndlr : l’Allemagne) have a stake in seeing that NATO’s first mission beyond Europe’s borders is a success. For the people of Afghanistan and for our shared security, the work must be done. America cannot do this alone. The Afghan people need our troops and your troops; our support and your support to defeat the Taliban and al Qaeda, to develop their economy, and to help them rebuild their nation. We have too much at stake to turn back now.” (24 juillet 2008)

 

“The second goal of my new strat­egy will be taking the fight to al Qaeda in Afghanistan and Pakistan. (…) I will send at least two additional combat brigades to Afghanistan, and use this commitment to seek greater contributions - with fewer restrictions - from NATO allies. (…)We need a stronger and sustained partner­ship between Afghanistan, Pakistan and NATO to secure the border, to take out terrorist camps, and to crack down on cross-border insurgents.” (15 juillet 2008)

 

Au sujet de la situation au Moyen-Orient

 

“This is the moment we must help answer the call for a new dawn in the Middle East. My country must stand with yours and with Europe in sending a direct message to Iran that it must abandon its nuclear ambitions. We must support the Lebanese who have marched and bled for democracy, and the Israelis and Palestinians who seek a secure and lasting peace. And despite past differences, this is the moment when the world should support the millions of Iraqis who seek to rebuild their lives, even as we pass responsibility to the Iraqi government and finally bring this war to a close.” (24 juillet 2008)

 

“It’s time to deepen our engage­ment to help resolve the Arab-Israeli conflict, so that we help our ally Israel achieve true and lasting security, while helping Palestinians achieve their legitimate aspirations for statehood.” (15 juillet 2008)

 

Au sujet de l’Islam

 

“To the Muslim world, we seek a new way forward, based on mutual interest and mutual respect.”    (20 janvier 2009)

 

Au sujet de l’Europe

 

“In Europe, the view that America is part of what has gone wrong in our world, rather than a force to help make it right, has become all too common. In America, there are voices that deride and deny the importance of Europe’s role in our security and our future. Both views miss the truth – that Europeans today are bearing new burdens and taking more responsibility in critical parts of the world; and that just as American basses built in the last century still help to defend the security of this continent, so does our country still sacrifice greatly for freedom around the globe.

Yes, there have been differences between America and Europe. No doubt, there will be differences in the future. But the burdens of global citizenship continue to bind us together.” (24 juillet 2008)

 

 

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:03

Éditions La Martinière, 2004

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Archiviste-paléographe et docteur en histoire, Serge Gruzinski livre dans Les quatre parties du monde une enquête impressionnante de par la profondeur des champs d’explorations et la diversité des éléments recueillis. L’auteur revient ici sur la proto-mondialisation qui eut lieu eu XVIe siècle lors de l’apogée de la Monarchie catholique espagnole. Il étudie l’éclatement des échanges et la multiplication des voies de communication, qui permettent dès la seconde partie du XVIe siècle une mobilité pouvant paraître aujourd’hui aussi précoce que déconcertante. Le lecteur peut ainsi suivre aussi bien l’avancée des Jésuites en Amazonie ou en Chine que l’installation des mercenaires portugais sur les côtes africaines ou indiennes, dans un contexte d’occidentalisation des « nouveaux mondes » et de globalisation des modes de pensée, d’écriture et de régulation sociale. La Double Couronne exporte ses lettrés, ses hommes d’Église et ses artistes en Nouvelle-Espagne, enclenchant de fortes dynamiques locales de métissage et d’acculturation, dynamiques que l’on retrouve un peu partout dans le monde au fur et à mesure de l’avancée des caravelles espagnoles, portugaises ou hollandaises. De nouveaux rapports de force s’instaurent tout autour du globe, confrontant les Européens à un brassage des êtres inédit, à une interconnexion des territoires civilisés, prémices de la mondialisation actuelle. Le talent de Serge Gruzinski s’exprime à travers des récits de vie qui nous font prendre conscience d’une internationalisation des savoirs et des cultures. Des explorateurs s’enfoncent dans des continents inconnus et compilent de façon admirable des sommes astronomiques de nouvelles connaissances, des marins effectuent au cours de leur vie cinq ou six fois le tour du monde, des moines franciscains, augustins ou jésuites tentent, parfois au péril de leur vie comme au Japon, d’évangéliser les autres peuples, certains peintres exportent le courant maniériste dans les nouvelles colonies, les navigateurs relient grâce au commerce l’Europe, l’Amérique, l’Afrique et l’Asie, etc.

Dans Les quatre parties du monde, Serge Gruzinski arrive à dépeindre de façon magistrale le décentrement des savoirs, l’inversion des points de vue et les remises en cause des traditions européennes. L’organisation militaire, institutionnelle et politique des terres de la Monarchie catholique, dont l’apogée se situe entre 1580 et 1630, révèle les visées universalistes de Philippe II. Processus de mondialisation et processus de globalisation s’entrechoquent pour laisser le lecteur devant un monde en ébullition, témoin d’un premier choc des civilisations. Je en saurais trop recommander la lecture de ce livre passionnant, rehaussé par les Éditions de La Martinière d’une centaine d’illustrations plus sublimes les unes que les autres.


 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:01

Éditions Fayard, 2008

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Jean Favier est un érudit du Moyen-Âge : il est en effet chartiste et universitaire, professeur à la Sorbonne, directeur général des Archives de France, président de la Bibliothèque nationale de France, et même membre de l'Institut. Tenant parfois un propos de spécialiste lorsqu’il aborde les problèmes d’hérédité des différentes branches et  lignées capétiennes, l’auteur se concentre dans ce livre sur le principal personnage de ce que l’on appelle encore à l’époque la Maison d’Anjou : le duc René Ier d’Anjou, qui passera à la postérité sous l’appellation du  « bon » Roi René. Plus que la destinée chaotique d’un des plus grands princes du Royaume de France, c’est la reconfiguration permanente qui bouleversent les royaumes occidentaux au XVe siècle qui nous intéressent ici. Car Jean Favier s’attarde longuement sur les conflits armés et diplomatiques qui agitent la France sous la volonté centralisatrice des Rois et qui ensanglantent l’Europe à coups de guerre franco-anglaise ou d’expéditions militaires envoyées dans les principautés ou royaumes étrangers. Mieux encore, l’auteur nous introduit, à travers la vie du Roi René, dans le jeu européen des alliances et des coups-fourrés diplomatiques pour la possession des royaumes, principautés, duchés, comtés ou autres possessions terrestres et nobiliaires. Et quel plus bel exemple pour illustrer cela que le Roi René, qui réunit à différents moments de sa vie les titres de duc d’Anjou, duc de Lorraine, duc du Bar, Comte de Provence, Roi de Naples et de Sicile, Roi de Jérusalem, Roi de Hongrie et Roi d’Aragon ? Ce que l’on réalise au fil des pages, c’est que les souverains des royaumes européens dépendent en ces temps autant de leurs défaites ou victoires militaires que de leur filiation ou des mariages d’intérêt qu’ils peuvent contracter. S’ensuivent des transactions et négociations diplomatiques à n’en plus finir, où les juristes en droit héréditaire, voire même le Pape, interviennent de manière récurrente. La géographie de l’ « empire angevin » se recompose au XVe siècle au gré des traités que ratifie le Roi René et de l’appui que lui accord le plus en plus puissant et centralisateur Roi de France (Charles VII puis Louis XI). Mais la majorité des titres nobiliaires du Roi René sont en fait illusoires : les royaumes de Hongrie et de Jérusalem sont perdus depuis longtemps, après plusieurs tentatives infructueuses  de reconquêtes la Sicile et Naples passent définitivement au royaume d’Aragon, les duchés de Bar et de Lorraine sont cédés à son petit-fils. Ne lui restent plus à la fin de sa vie que son duché d’Anjou natal, apanage que le Roi de France finira par s’approprier, et son comté de Provence, seul endroit où il fur véritablement le seul maître sur ses terres et où il décèdera en 1480. Au fur et à mesure que l’on entre dans la vie du Roi René on comprend mieux les tenants et aboutissants du pouvoir, et l’on finit par saisir que le mariage constitue la pierre angulaire de la diplomatie féodale. Durant le Moyen-Âge il n’y a que le mariage qui peut, du jour au lendemain, renverser les alliances et faire de l’ennemi d’hier l’allié de demain. Il ne faut dès lors pas tant remporter la victoire sur le champ de bataille que posséder à sa cour des juristes habiles qui sauront prouver votre droit légitime sur tel fief ou principauté. Voilà un système politique que le Roi René n’aura en fin de compte fait que subir tout au long de sa vie, préférant la construction de nouveaux châteaux et le mécénat des arts plutôt que les intrigues politiques. Son second mariage avec Jeanne de Laval, en 1454, sera d’ailleurs un mariage d’amour et non d’alliance, fait extrêmement rare à l’époque.

Pour conclure ce livre offre, par l’étendu de son panorama sur l’Europe occidentale au XVe siècle, un compte-rendu inestimable des enjeux internationaux et géostratégiques de ce temps.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 02:56

Ouvrage édité par le Ministère de la Culture et de la Communication, 2006


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Le 2 et 3 mai 2005 s’est tenu à la Comédie Française un nouveau volet des Rencontres européennes pour l’Europe de la culture. Réunissant des acteurs culturels en tous genres (ministres de la Culture des différents États membres, réalisateurs, chorégraphes, musiciens, etc.), ces Rencontres pour l’Europe de la Culture 2005 avaient pour but de rendre compte de l’existence tangible ou non d’une « culture européenne ». Le compte-rendu des actes de ce colloque, édité par le Ministère de la Culture français en 2006, nous propose plusieurs pistes de réflexion des plus intéressantes, tout en mettant en lumière la difficulté à définir la notion de « culture » et donc a fortiori celle de « culture européenne ». Cela étant, on sait bien qu’un colloque pose par nature plus de questions qu’il n’y en répond. On peut néanmoins en ressortir le sentiment partagé par tous les intervenants de la nécessité d’une culture commune à l’échelle européenne qui permettrait, entre autres, de continuer à promouvoir le principe de diversité culturelle face à la standardisation des goûts véhiculée par le modèle américain. C’est pourquoi, selon Robert Palmer (directeur de la Direction de la culture et du patrimoine culturel et naturel du Conseil de l’Europe), « La géopolitique du XXIe siècle nécessite le lancement d’une diplomatie culturelle multilatérale d’un style nouveau. (…) Il faut créer de nouveaux liens entre les pays, de nouveaux réseaux. (…) Il faut aider les artistes à construire une Europe unifiée. » (page 138).  De même, quelques intervenants ont mis le doigt sur certains dangers guettant l’Europe depuis l’intérieur : Lustkultur ou Spaßkultur allemande (culture de pur divertissement), crise de l’opéra italien, mauvaise dynamique de promotion du cinéma européen à l’étranger, trop grande disparité des soutiens logistiques et financiers accordés au spectacle vivant, intégration culturelle non encore réalisée des nouveaux pays membres de l’Europe de l’Est…

On perçoit également tout au long de cet ouvrage le statut privilégié qu’occupe encore la France aux yeux de ses partenaires européens en termes de rayonnement culturel. Loin de devoir nous en enorgueillir, ce sentiment confère de fait à la France un devoir à la fois d’arbitre sur la scène internationale - on peut rappeler le combat commun de Jacques Chirac et de Manuel Barroso pour le maintien du principe de « diversité culturelle » - et de moteur culturel de l’Europe. Mais le constat principal que l’on peut retirer de ce sommet international est le suivant : si une Europe de la culture existe dans les faits depuis la Renaissance, encore faut-il que les citoyens européens eux-mêmes en prennent conscience. Il me semble que ceci est la condition préalable à toute tentative viable de construction d’une Europe politique. Quand on sait que quelques semaines après ces rencontres le projet de constitution européenne, qui pour la première fois posait clairement les acquis des différentes politiques culturelles européennes mises en place depuis Maastricht en 1992, était rejetée par les Français, le chemin restant à parcourir semble étrangement long.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 02:53

Éditions Rupture, 1977

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On tombe parfois sur des objets littéraires non identifiés, et Pays sages de Rafaël Pividal en fait partie. Ce roman publié en 1977 narre l’histoire d’un biologiste russe nommé Dimitri W. Chapilov. Nous sommes dans les années 1990 mais le rideau de fer n’est pas tombé, et la Guerre froide entre Occident et Russie soviétique se poursuit dans la stratification des idéologies. Ayant résolu en Sibérie le problème du vieillissement et pouvant ainsi conserver à jamais son corps de 27 ans, Chapilov trouve par cette voie l’accomplissement de son rêve : devenir Ministre des Affaires Étrangères de l’URSS. Marionnette sans pouvoir, il obtient l’occasion de se rendre en Occident, invité par la reine d’Angleterre pour le Jubilé de l’an 2000. C’est pour lui l’occasion de comparer le communisme rigide et absurde de son pays au capitalisme occidental, pratique politique à la fois amusante, efficace et déraisonnable.

On aurait dû mal à qualifier le style de Rafaël Pividal si ce n’est en évoquant une originalité exacerbée, loufoque et absurde, parfois semblable à la prose acerbe et désespérée d’un Boris Vian. Pividal peint une Guerre froide surréaliste, où les personnages évoluent dans un monde qu’ils ne peuvent comprendre tant celui-ci ne répond plus à aucune logique idéologique. On croise tour à tour Kissinger, le roi d’Espagne, Giscard d’Estaing, Chirac, etc., qui ne sont plus que les allégories outrancières  d’un monde ne tournant pas rond. Le lecteur peut donc être amené à assister à des réunions diplomatiques internationales à l’ambiance ubuesque. En voici un très court exemple :

« Kissinger fit semblant de ne pas entendre cette pensée Mao Tsé-Toung et, gonflant l’abdomen, se mit à parler.

    Mon discours, dit-il, se résume en trois mots : il faut appuyer sur la détente.

En entendant ces mots, Gerald Ford avec une incroyable prestesse, sortit deux gros revolvers de ses poches et se mit à tirer.

    Pas sur la détente du revolver, crétin, dit Kissinger, sur la détente Est-Ouest.

    Et sur la détente Nord-Sud, si je puis me le permettre, dit avec désinvolture Giscard d’Estaing.

    Non, Est-Ouest, le Nord-Sud on s’en fout, dit Kissinger.

    Ne vous disputez pas, dit le président Senghor (seul noir invité à la soirée), le Nord vaut le Sud, l’Est l’Ouest, et, comme dit un proverbe africain, « où est Est est Ouest ».

    Qu’est-ce qu’il a dit, cet homme de couleur ? demanda la princesse Anne avec dégoût. » (page 148)

 

Si vous voulez voir Chepilov déambuler dans la Guerre froide tel Buster Keaton, si pour vous verve caustique et relations internationales ne sont pas incompatibles, si vous avez un jour rêvé de devenir le nouveau Gromyko, alors ce livre est fait pour vous.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 02:48

Éditions Raisons d’Agir, 2001

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On ne présente plus Pierre Bourdieu, le célèbre sociologue français qui s’est éteint récemment en 2002. Rappelons tout de même que sa pensée sociologique s’articule autour de l’idée que tout rapport social procède d’un rapport de violence, plus ou moins latente, et est sous-tendu par une relation de dominant/dominé.

 

Cet ouvrage est en fait le second opus d’une compilation de textes que Pierre Bourdieu a rédigés à l’orée des années 2000 à l’occasion de ses différentes conférences données à l’étranger.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Contre-feux ne fait pas dans la dentelle : Pierre Bourdieu livre ici un véritable réquisitoire contre le processus de globalisation, le capitalisme et l’ultralibéralisme ambiants. Sa thèse est simple voire binaire : le fonctionnement actuel de l’économie globale asservit la plus grande partie de la population dans un rapport de domination qui s’effectue et s’aggrave de jour en jour au profit des quelques dirigeants des plus grosses institutions financières internationales, comme l’OMC par exemple. D’où son idée de fonder, pour aller à l’encontre de cette violence économique et sociale, un mouvement social européen institutionnalisé, qui serait capable de lutter à armes égales avec les conglomérats de la grande finance spéculative. Pour ce faire, il propose de coordonner les différents organismes syndicaux européens en une internationale du syndicalisme rénové, et d’associer, toujours au niveau européen, chercheurs et militants syndicats pour établir une doctrine alternative au capitalisme. Cet appel à un nouvel internationalisme ne comporte pas qu’un volet économique ou social, mais appréhende également les dangers qui selon lui guette les différentes cultures nationales. L’ennemi à combattre est la standardisation culturelle véhiculée par l’impérialisme américain. C’est pourquoi les chercheurs, et notamment les sociologues, doivent avoir pour mission de détecter les processus de déculturation. C’est seulement si chaque citoyen devient conscient de son oppression économique, sociale et culturelle qu’une nouvelle gouvernance internationale sera possible. Une nouvelle gouvernance qui selon Pierre Bourdieu doit redonner à l’Etat sa capacité régulatrice et aux peuples de nouvelles marges de manœuvres réflexives.

 

Si Contre-feux a parfois le don d’agacer le lecteur par certains procédés d’argumentation pour le moins caricaturaux, il n’en demeure pas moins que sa nature parfaitement assumé de pamphlet socio-économique soulève de nombreuses questions cruciales en ce qui concerne le futur de l’humanité. Là où Pierre Bourdieu se montre le plus convaincant, c’est lorsqu’il défend la diversité culturelle. C’est ce dernier concept qui deviendra peut-être la pierre d’angle du renouveau social appelé de tous ses vœux par l’auteur.

 


                                                                Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 02:33

Éditions Flammarion, 2000

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Publié en 2000, ce petit livre de poche est selon moi l’utilitaire par excellence de tout passionné d’histoire militaire. L’objectif de Frédéric Encel (docteur en géopolitique, consultant en risques-pays, enseignant à l‘Institut d’Études Politiques de Rennes) est ici de réunir de manière non exhaustive les grands stratèges militaires et batailles qui ont fait l’Histoire avec un grand H. C’est pourquoi il indique lui-même dès l’avant-propos que L’art de la guerre par l’exemple se veut un outil de compréhension et non énième manuel de stratégie globale. C’est à cette fin qu’il catégorise les grandes figures de l’histoire en théoriciens, stratèges et capitaines, certains hommes comme Napoléon Bonaparte pouvant bien évidemment se prévaloir des trois qualificatifs. Le travail de sélection de Frédéric Encel, toujours difficile et quelque peu arbitraire, a privilégié « ceux qui se sont distingués par des initiatives ou écrits particulièrement originaux et/ou novateurs ». On peut ainsi retrouver des figures méconnues du grand public, telles que Folard, Puységur de Saxe, Mahan, ou encore Hassan Ibn Saba.  En ce qui concerne la présentation chronologique des batailles, il opte là aussi pour une catégorisation ternaire : caractère décisif au regard d’un conflit ou d’une époque, dimension novatrice, et enfin valeur symbolique ou mythique. Les affrontements entrant dans cette dernière catégorie (Crécy, Marignan, Pavie, Lépante, Sadowa, Bataille d’Angleterre, Midway, Diên Biên Phu, Guerre du Yom Kippour) sont particulièrement bien mises en perspective en ce qu’elles révèlent l’évolution de la prise en compte dans l’environnement à travers les âges. Alors que la furia francese des chevaliers du Roy de France se brise sur les redoutes dressées par les archers gallois aux XIVe et XVe siècles, Sadowa introduira dès 1866 la tranchée comme la technique défensive typique des armées occidentales, et ce pour de nombreuses décennies.

La force de cet ouvrage réside dans sa capacité à mettre en en lumière de manière synthétique les grands courants de pensée militaire et leurs applications ou non sur les champs de bataille. Et cela grâce à une contextualisation de l’événement à la fois claire et concise.  Bref, un livre qui ravira autant les néophytes qu’il remettra en question nos présupposés stratégiques.

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 02:28

Éditions Pan Books, 2001 (1ère édition en 1999)


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L’histoire contrefactuelle se propose de réécrire l’Histoire via le procédé de l’uchronie : on se demande comment les événements se seraient enchaînés si à un moment donné le sort avait basculé en faveur du camp vaincu. Même si cette méthode contrefactuelle est dénigrée par certains historiens, qui y voient là un pur amusement de l’esprit et non un travail de recherche sensé et objectif, on ne peut au moins contester à cet ouvrage son intérêt intellectuel certain. Car non seulement celui-ci se propose de se concentrer spécifiquement sur les tournants militaires de l’histoire mondiale depuis 700 ans av. J.-C., mais la vingtaine d’historiens anglo-saxons confirmés voir célèbres (Alistair Horne, John Keegan, etc.) qui ont produit les différents essais compilés s’appuient tous sur des chaînes argumentatives plausibles et justifiables pour envisager l’Histoire qui n’a pas été mais qui aurait pu être. Et en cela What if ? nous offre un des panoramas historiques les plus excitants de ces dix dernières années en termes de stratégie militaire. Par exemple, le judaïsme n’aurait-il pas été éradiqué si les Assyriens avaient pris Jérusalem en 701 av. J.-C. (The Plague That Saved Jerusalem, 701 B.C., par William H. McNeill) ? Quelle aurait été l’histoire de l’Amérique latine si Hernan Cortès avait succombé prématurément à ses aventures outre-Atlantique (The Immolation of Hernan Cortès, par Ross Haring) ? Dans quel monde vivrions-nous aujourd’hui si la Guerre d’ Indépendance américaine avait été gagnée par les Anglais, comme cela a failli être le cas à de multiples reprises (Thirteen Ways the Americans Could Have Lost the Revolution, par Thomas Fleming) ? Combien de temps supplémentaire aurait duré la Seconde Guerre Mondiale si les Japonais avaient remporté la bataille aéronavale de Midway en 1942 (Our Midway Disaster, par Theodore F. Coook) ? Autant de scénarios qui, soutenus par des hypothèses brillantes et des chiffres vérifiables, nous invitent à prendre conscience de la profonde relativité et de l’aspect parfois illogique voire tout à fait imprévisible des succès militaires.

What if ? n’est pour l’instant disponible qu’en langue anglaise. Mais une fois la barrière de la langue franchie, il ne vous restera plus qu’à vous demander ce que votre entendement du monde aurait perdu à ne pas avoir ouvert ce livre.

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite