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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:34

Éditions Payot & Rivages, 2005


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Les 36 Stratagèmes est un recueil d’axiomes et de proverbes stratégiques qui met en lumière les différentes manières d’appréhender la guerre, et par extension notre vie quotidienne. Probablement rédigé sous la dynastie des Ming, entre le XIVe et le XVIIe siècle, il fut redécouvert en Chine au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ces 36 stratagèmes reflètent sous forme diagrammatique le tableau des 64 hexagrammes matérialisant l’interaction yin / yang (six fois six axiomes). Ils se placent à un niveau ontologique de la compréhension de tout conflit armé, en postulant un jeu permanent de l’être et du non-être duquel le stratège doit extraire la quintessence opérationnelle. Nous n’avons donc pas trop des commentaires avisés de Jean Levi pour tenter de saisir la portée de cet ensemble de 36 expressions proverbiales, aussi brèves que chargées de sens. Structuré en six cahiers (Stratagèmes de la guerre victorieuse, de la guerre de résistance, de la guerre offensive, de la guerre confuse, de la guerre de conquête, de la guerre perdue), ce manuel secret de l’art guerre implique, à l’instar de L’Art de la guerre de Sun Tsu, de contextualiser toute situation pour adopter ensuite les décisions les plus adéquates y afférentes. Au moyen d’exemples concrets tirés de l’histoire militaire chinoise, mais aussi de la littérature asiatique et occidentale, Jean Levi déploie devant les yeux ébahis du lecteur un potentiel infini d’interprétations et de mises en abymes herméneutiques. J’avoue avoir été dérouté par le rapport incessant qu’entretiennent les 36 ruses de guerre avec leurs modèles hexagrammatiques. Relier un enseignement littéral à une forme philosophico-diagrammatique ne constitue pas une manière de précéder très usitée à notre époque, c’est le moins que l’on puisse dire. Il ne faut cependant pas oublier que les diagrammes explicatifs ont constitué la base de certains courants philosophiques occidentaux, dont le platonisme ou la pensée cosmographique d’Apian. On retrouve même cette démarche dans nombre de tableaux de la Renaissance, je pense ici notamment au Loth et ses filles peint par Lucas de Leyde et exposé au Louvre.

Quoi qu’il en soit, Les 36 Stratagèmes nous rappellent que c’est uniquement l’usage alterné de moyens réguliers et insolites qui permet de remporter la victoire finale. Ruses et tactiques régulières doivent être utilisées de manière alternée par le général, engendrant ainsi un état de latence stratégique susceptible de paralyser ou tout du moins d’handicaper l’ennemi. La pensée stratégique chinoise, fortement influencée par le confucianisme et le taoïsme, comprend la guerre comme un ensemble organique au sein duquel le yin et le yang s’activent mutuellement de manière incessante. Seul le stratège avisé est alors à même de comprendre que tout stratagème n’est qu’un chaînon dans une série de mouvements tactiques.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:30

Éditions Allia, 2006 (première version publiée en 2000)


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Chine trois fois muette regroupe deux essais traitant de la Chine dans son évolution historique moderne et séculaire. Jean-François Billeter mène ici une réflexion de haut vol pour exposer de quelle manière la Chine est de fait engagée au sein d’une « réaction en chaîne non maîtrisée » provoquée par la victoire de l’impératif économique. Car selon lui c’est la raison économique toute puissante, c'est-à-dire le système capitaliste même si l’auteur ne le cite jamais textuellement, qui a depuis le XIXe siècle pris le pas sur le social et qui définit le jeu international. La vision de Billeter se rapproche sur ce point de celle de l’économiste Daniel Cohen, qui a lui aussi diagnostiqué une rupture de l’économique et du social au XIXe siècle dans Trois leçons sur la société post-industrielle. Confrontée à l’extinction de l’URSS communiste, le Chine s’est vue forcée à se positionner par rapport au monde occidental et au modèle américain. D’où une ouverture croissante de l’économie nationale vers l’extérieur, ouverture qui nie cependant tout processus de remise en cause politique et se conjugue avec un repli idéologique du pays sur lui-même. La mise en perspective historique devient alors cruciale, puisqu’elle permet de saisir une tradition socio-politique ayant pour matrice la domination et la hiérarchie, tradition qui remonte à plus d’un millénaire. Dans ce cadre l’État chinois a pour fonction première d’équilibrer les forces sociétales en présence. Ce qui amène à considérer la conception chinoise de la stratégie, qui a plus pour vocation de neutraliser l’adversaire, l’opposant ou l’ennemi que de le détruire. La stratégie trouve alors sa source dans la domination des communautés par une instance proclamée supérieure. De même que l’Empereur a incarné au cours des siècles un pouvoir transcendantal, le Parti Communiste constitue aujourd’hui l’entité suprême de décision politique.

Le verrouillage socio-politique de la Chine est ce qui la rend trois fois muette. En réprimant violemment toute révolte ou contestation sociale, comme le fit par exemple invariablement Mao Tsé-toung, en sacrifiant des générations d’intellectuels, d’étudiants et d’artisans, la Chine a perdu la capacité de se saisir de façon critique de son époque, de son histoire récente ainsi que de son passé pris dans sa totalité. Ce triple mutisme, parce qu’il ne permet pas de réinterroger le modèle politique du pays, condamne la Chine à une fuite en avant dans l’exploitation économique. Cette dernière n’est que le symptôme de la réaction en chaîne enclenchée depuis deux cent ans, qui ne pourra être brisée sans un effort colossal d’imagination politique. Seul un regard historique sur ce que nous sommes devenus permettra selon l’auteur de fonder le nouveau paradigme de développement qui réconciliera l’économie, le politique et le social. En cela ce livre constitue plus qu’un regard socio-historique sur la Chine : il est une invite à repenser de manière lucide et stratégique de quelle manière les hommes d’orient et d’occident entendent vivre en société.

 

 

Par Matthieu Roger

 

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:20

Éditions Economica, 2007

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L’utilité de la force fait partie de ces ouvrages qui inspirent le respect, de par la somme des éléments synthétisés et analysés et de par la hauteur de vue qu’il emprunte. Dès le début la thèse développée par Sir Rupert Smith est clairement affichée : au cours des deux derniers siècles le paradigme de la guerre s’est déplacé de la guerre industrielle, annoncée dès la fin du XVIIIe siècle par la révolution stratégique napoléonienne, à la guerre au sein des populations. Ce nouveau paradigme demande de réinterroger l’utilité de la force militaire en ce qu’elle constitue le bras armé de la stratégie politique. Pour mener à bien son analyse historique et critique, Sir Rupert Smith convoque à la fois son imposante érudition stratégique et son expérience inestimable du terrain. Rappelons en effet que ce général a à son actif une expérience du haut commandement militaire hors du commun. Il a entre autres commandé la division britannique engagée dans la Guerre du Golfe en 1990-1991, les forces des Nations-Unies en Bosnie en 1995, le théâtre d’Irlande du Nord de 1996 à 1999, pour finir commandant en second de l’OTAN en Europe (DSACEUR) avant son départ du service actif en 2002. Déroulant un panorama historique débutant par l’avènement de Napoléon Ier, il démontre comment l’objectif de destruction pure et simple de l’ennemi a peu à peu pris le pas sur toutes les autres considérations stratégiques, pour s’achever sur les deux boucheries que furent la Première et la Seconde Guerre Mondiale. Il montre ensuite comment les mutations géopolitiques de la Guerre Froide ont conduit à redéfinir la guerre comme un conflit au sein des populations, avec comme objectif premier d’obtenir l’adhésion de la population plutôt que la destruction pure et simple de l’appareil militaire ennemi. Aujourd’hui les guerres dans lesquelles sont engagées les armées occidentales, des Balkans à l’Afghanistan en passant par l’Irak, requièrent  de contraindre l’ennemi par la force là où la diplomatie a échoué et de redessiner les conditions stratégiques d’une sortie de crise, tout en étant porteuses de nouvelles fonctions telles que le maintien de la paix ou l’interposition entre deux forces belligérantes. « Car il ne faut jamais l’oublier », conclut Sir Rupert Smith, « la guerre n’existe plus ». Ce nouveau paradigme étant posé, on peut alors mieux saisir la nature protéiforme des conflits modernes, qui quoi qu’on en dise va à l’encontre des présupposés tactiques des armées occidentales, encore basés sur le modèle de la guerre interétatique industrielle.  Je cite :

1) Les fins pour lesquelles on se bat ne sont plus des objectifs concrets qui décident d’un résultat politique mais façonnent les conditions dans lesquelles le résultat peut être obtenu.

2) Nous combattons au sein des populations, non sur un champ de bataille.

3) Nos conflits semblent éternels, sans fin.

4) Nous combattons de manière à préserver la force armée plutôt qu’en risquant tout pour aboutir à l’objectif.

5) À chaque occasion, de nouveaux usages sont trouvés aux armes et organisations anciennes issues de la guerre industrielle.

6) Les camps ne sont pas des États, la plupart du temps, et sont plutôt constitués de groupements internationaux agissant contre des entités non étatiques.

 

Si Rupert Smith nous propose en définitive d’utiliser autrement la force militaire, en la soumettant à une stratégie globale élaborée selon un protocole politique strict. C’est dans ce cadre opératoire que les armées occidentales doivent mener une mutation où la violence doit être paramétrée via une contextualisation du théâtre d’opérations – géographique, politique, économique et social – et rapidement recourir à d’autres techniques d’armement. Si l’Union Européenne arrive à se doter d’une politique de défense commune et concertée au plus haut niveau, c’est peut-être elle qui arrivera le mieux à tirer son épingle du jeu de la nouvelle redistribution des cartes se profilant en ce début de XXIe siècle.

 

 

Par Matthieu Roger

 

 

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:17

Éditions Allia, 2008

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William Langewiesche revient sur le massacre d’Haditha, perpétré le 19 novembre 2005 par des Marines américains sur 24 civils irakiens (dont de nombreux vieillards, femmes et enfants) après que l’un des leurs ait été tué lors d’un attentat à la bombe. L’intérêt de ce petit ouvrage est d’éviter l’écueil du pamphlet antimilitaire ou bien, à l’inverse, celui d’une apologie de la guerre en Irak. William Langewiesche nous brosse le portrait le plus juste possible de ce conflit, en nous le présentant comme l’archétype de ce que le général britannique Sir Rupert Smith appelle « la guerre au sein des populations ». Il décrit en effet avec beaucoup d’à-propos la situation complexe dans laquelle se trouvent les Marines US, écartelés entre le sentiment de remplir leur devoir vis-à-vis de la patrie américaine et celui d’être engagé dans un conflit insoluble. Cette situation inextricable dans laquelle se trouvent les soldats, soumis à la haine de la population locale, souligne le paradoxe fondamental de l’engagement occidental en Irak, à savoir que « dans le but de sauver des soldats américains, on sacrifie de nombreuses vies d’Irakiens innocents ; ce faisant, grâce à l’armée de terre en particulier, d’innombrables combattants ennemis rejoignent l’insurrection, qui lancera à l’avenir des attaques plus fréquentes contre ces mêmes soldats » (sic p. 42). Ce n’est pas un hasard si Barack Obama appelle de tous ses vœux le retrait le plus rapide possible des troupes américaines d’Irak : la stratégie amorcée par Georges W. Busch après le 11 septembre 2001, celle d’une lutte outrancière contre le terrorisme international, n’a pas pris en compte le changement paradigmatique de la guerre observable dès la seconde moitié du XXe siècle. En découvrant au fil des pages le contexte de la réaction aussi sauvage que non préméditée des Marines américains, on parvient à saisir le fossé qui perdure entre la vision politique de l’emploi de la force militaire, qui quoi qu’on en dise fonctionne toujours sur le vieux mode du conflit interétatique, et l’intransigeante réalité du terrain, qui confronte les soldats à des missions maintien de l’ordre et de pacification pour lesquelles ils ne sont aucunement formées. S’ajoute à cela le fossé technologique entre une armée de métier suréquipée et une guérilla irakienne procédant à la bombe artisanale et à l’AK 47. En cela La conduite de la guerre résonne comme un coup de semonce à l’encontre du processus de déshumanisation qui sévit en Irak. Alors que l’ennemi se cache désormais sous l’acronyme de MAM (military-age man, homme en âge de porter les armes) et que son cadavre ne recueille plus en guise d’éloge funèbre que les quatre initiales EKIA (ennemy killed in action, ennemi tué pendant le combat), apparaît l’immanente absurdité d’une guerre qui n’est pas ni celles des jeunes soldats américains sacrifiés sur l’autel de la lutte contre l’ « axe du mal » ni celles des familles irakiennes bombardés sur leur terre natale. Un scandale humain résumé par une affiche placardée sur un des murs de Sparte, l’avant-poste des Marines installé en plein cœur d’Haditha, qui indiquait cyniquement : « soyez polis, soyez professionnels, soyez prêts à tuer tous ceux que vous rencontrerez ». En une phrase tout est dit, la guerre au sein des populations est malheureusement à ce prix.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:11

Éditions Archipoche, 2008

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Bravo Two Zero est le récit autobiographique d’Andy McNab, sergent du Special Air Service (SAS) britannique, groupe d’infanterie terrestre d’élite spécialisée dans les missions d’infiltration et de sabotage en zone ennemie. Dans ce livre Andy McNab nous narre son expérience de la première guerre du Golfe, lorsqu’il fut en janvier 1991 capturé et torturé pendant six semaines par les Irakiens. Son histoire est intéressante à plusieurs points de vue. Tout d’abord, il nous renseigne sur la planification d’une mission commando top secrète. Choix de la zone de largage, définition de codes de communication et de points de rendez-vous changeants, préparation d’un itinéraire terrestre, choix d’une base d’opération, étude des axes de communication ennemis, préparation de l’exfiltration, etc., rien n’est laissé au hasard ! Le professionnalisme des SAS est à ce niveau là tout bonnement impressionnant, aussi bien en ce qui concerne la mise en place tactique que la préparation mentale que suppose ce type d’opération. Ensuite, Andy McNab, en tant que chef de son commando de huit hommes, est le mieux placé pour nous narrer les tenants et les aboutissants de cette opération « Bravo Two zero », qui avait pour objectif de détruire les câbles de transmission terrestres permettant l’envoi de Scud irakiens (missiles de longue portée : entre 160 et 280 kms). Au vu du destin tragique de ce commando britannique on pourrait croire à un roman d’action, mais tout est bel et bien véridique : l’adaptabilité constante de l’organisation tactique du commando, les accrochages aussi imprévus que violents avec plusieurs patrouilles irakiennes, la fuite éperdue à travers l’infini désertique, la traque d’hommes physiquement au bout du rouleau, leur capture à quelques kilomètres de la frontière syrienne, les séances de tortures psychologiquement meurtrières… Cet ouvrage constitue également un précieux témoignage sur ce que sont devenus les conflits modernes, avec cette volonté affichée de la part de la coalition alliée de mener en Irak une guerre chirurgicale. L’engagement frontal de régiments d’infanterie est révolu, priorité est désormais donnée au bombardement aérien et aux opérations commandos dont l’action ciblée, moins coûteuse en hommes, est censée abréger la durée du conflit. Enfin, on apprend beaucoup sur la tactique militaire d’infiltration ainsi que les techniques d’armement et de reconnaissance employées durant la guerre du Golfe par les troupes britanniques : Armalite (fusil d’assaut), Minimi (mitrailleuse légère), Claymore (mines anti-personnel), plastic PE4, bombes 203, TACBE (Tactical Beacon, balises tactiques), systèmes Magellan (navigation par satellite), etc.

Bravo Two Zero est un livre choc, dont personne ne peut sortir indemne. En retraçant le parcours épique de son commando - le seul d’entre eux ayant réussi à franchir la frontière syrienne a parcouru jusqu’à 300 kilomètres en quelques jours ! -, Andy McNab nous confronte aux limites physiques et psychologiques de la résistance humaine. Avec pour principal enseignement que la guerre chirurgicale, si tant est qu’elle existe, ne sera jamais une « guerre propre ».

 

 

Par Matthieu Roger

 

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:07

Édité par le United States Department of State en 2009

 

http://www.america.gov/media/pdf/books/obama_speech.pdf

 

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Ce livret regroupe quelques-uns des discours les plus marquants qu’a prononcés Barack Obama au cours de ces sept dernières années. De son intervention contre la guerre en Irak d’octobre 2002 jusqu’à son discours d’adresse présidentielle le 20 janvier 2009, on peut ainsi mieux cerner l’homme qui a redonné confiance aux États-Unis et a suscité une vague d’intérêt sans précédent à l’étranger. Au-delà du slogan réducteur « Yes We Can! », les extraits proposés laissent apercevoir un humaniste, profondément convaincu du besoin qu’ont les États-Unis de tourner la page G.W. Bush pour renouer avec le rêve américain. Sur un ton parfois quasiment messianique, Barack Obama n’a de cesse de répéter sa foi en l’idéal démocratique et patriotique américain. En ce qui concerne la politique étrangère des États-Unis, il réaffirme sa volonté de combattre le terrorisme international tout en déplorant la guerre engagée en Irak. Sans renier le leadership états-unien « We remain the most prosperous, powerful nation on Earth. », il tranche avec son prédécesseur en affirmant inlassablement sa volonté de travailler de concert avec les autres États du monde. Prônant à la fois un retrait des troupes US en Irak et un renforcement de l’effort de guerre en Afghanistan, Barack Obama incarne une diplomatie américaine plus soucieuse de l’avis de ses alliés mais toujours aussi inflexible quant il s’agit de combattre ses ennemis déclarés. Évidemment ce livret constitue surtout une somme de bonnes intentions, et chaque parole du nouveau président ne peut être prise pour argent comptant. Il permet néanmoins de saisir quels champs d’interventions sont aujourd’hui considérés prioritaires par Barack Obama.

 

 

Suivent ci-dessous quelques morceaux choisis de ses discours, qui reflètent bien selon moi le nouveau positionnement international et la nouvelle pensée géostratégique des États-Unis :

 

En termes de géostratégie globale

 

“We will begin to responsibly leave Iraq to its people, and forge a hard-earned peace in Afghanistan. With old friends and former foes, we will work tirelessly to lessen the nuclear threat, and roll back the spectre of a warming planet.”  (20 janvier 2009)

 

“As President, I will pursue a tough, smart and principled national security strategy— one that recognizes that we have interests not just in Baghdad, but in Kandahar and Karachi, in Tokyo and London, in Beijing and Berlin. I will focus this strategy on five goals essential to making America safer: end­ing the war in Iraq responsibly; finishing the fight against al Qaeda and the Taliban; securing all nuclear weapons and ma­terials from terrorists and rogue states; achieving true energy security; and rebuilding our alliances to meet the challenges of the 21st century.” (15 juillet 2008)

 

“It’s time to strengthen our part­nerships with Japan, South Korea, Australia and the world’s largest democracy - India - to create a stable and prosperous Asia. It’s time to engage China on common interests like cli­mate change, even as we continue to encourage their shift to a more open and market-based society. It’s time to strengthen NATO by asking more of our allies, while always approaching them with the respect owed a partner. It’s time to reform the United Nations. ”  (15 juillet 2008)

 

“That’s why I’ll double our foreign assistance to $50 billion by 2012, and use it to support a stable future in failing states, and sustain­able growth in Africa; to halve global poverty and to roll back disease.” (15 juillet 2008)

 

Au sujet du nucléaire

 

“This is the moment when we must renew the goal of a world without nuclear weapons. It is time to secure all loose nuclear materials; to stop the spread of nuclear weapons; and to reduce the arsenals from another era. This is the moment to begin the work of seeking the peace of a world without nuclear weapons.” (24 juillet 2008)

 

“My third goal: securing all nuclear weapons and materials from terrorists and rogue states.” (15 juillet 2008)

 

“America seeks a world with no nuclear weap­ons. As long as nuclear weapons exist, we must retain a strong deterrent. But instead of threatening to kick them out of the G-8, we need to work with Russia to take U.S. and Russian ballistic missiles off hair-trigger alert; to dramatically reduce the stockpiles of our nuclear weapons and material; to seek a global ban on the production of fissile material for weapons; and to expand the U.S.-Russian ban on intermediate-range missiles so that the agreement is global. By keeping our com­mitment under the Nuclear Non-Proliferation Treaty, we’ll be in a better position to press nations like North Korea and Iran to keep theirs.” (15 juillet 2008)

 

“Preventing Iran from developing nuclear weapons is a vital national security interest of the United States.” (15 juillet 2008)

 

Au sujet de l’armée américaine

 

“I will restore our strength by ending this war, complet­ing the increase of our ground forces by 65,000 soldiers and 27,000 marines, and investing in the capabilities we need to defeat conventional foes and meet the unconventional chal­lenges of our time. » (15 juillet 2008)

 

Au sujet de l’Irak

 

“What’s missing in our debate about Iraq — what has been missing since before the war began — is a discussion of the strategic consequences of Iraq and its dominance of our foreign policy.” (15 juillet 2008)

 

“Now is the time for a responsible redeployment of our combat troops that pushes Iraq’s leaders toward a political solution, rebuilds our military, and refocuses on Afghanistan and our broader security interests.” (15 juillet 2008)

 

“Most of you know I opposed this war from the start. I thought it was a tragic mistake. (…)America, it’s time to start bringing our troops home. ” (10 février 2007)

 

“What I am opposed to is a dumb war. A rash war. A war based not on reason but on passion, not on principle but on politics. Now let me be clear - I suffer no illusions about Saddam Hus­sein. He is a brutal man. A ruthless man. A man who butchers his own people to secure his own power. ... He’s a bad guy. The world, and the Iraqi people, would be better off without him.

I know that even a successful war against Iraq will require a U.S. occupation of undetermined length, at undeter­mined cost, with undetermined consequences. I know that an invasion of Iraq without a clear rationale and without strong international support will only fan the flames of the Middle East, and encourage the worst, rather than best, impulses of the Arab world, and strengthen the recruitment arm of Al Qaeda. I am not opposed to all wars. I’m opposed to dumb wars.” (2 octobre 2002)

 

Au sujet de l’Afghanistan

 

“But my country and yours (ndlr : l’Allemagne) have a stake in seeing that NATO’s first mission beyond Europe’s borders is a success. For the people of Afghanistan and for our shared security, the work must be done. America cannot do this alone. The Afghan people need our troops and your troops; our support and your support to defeat the Taliban and al Qaeda, to develop their economy, and to help them rebuild their nation. We have too much at stake to turn back now.” (24 juillet 2008)

 

“The second goal of my new strat­egy will be taking the fight to al Qaeda in Afghanistan and Pakistan. (…) I will send at least two additional combat brigades to Afghanistan, and use this commitment to seek greater contributions - with fewer restrictions - from NATO allies. (…)We need a stronger and sustained partner­ship between Afghanistan, Pakistan and NATO to secure the border, to take out terrorist camps, and to crack down on cross-border insurgents.” (15 juillet 2008)

 

Au sujet de la situation au Moyen-Orient

 

“This is the moment we must help answer the call for a new dawn in the Middle East. My country must stand with yours and with Europe in sending a direct message to Iran that it must abandon its nuclear ambitions. We must support the Lebanese who have marched and bled for democracy, and the Israelis and Palestinians who seek a secure and lasting peace. And despite past differences, this is the moment when the world should support the millions of Iraqis who seek to rebuild their lives, even as we pass responsibility to the Iraqi government and finally bring this war to a close.” (24 juillet 2008)

 

“It’s time to deepen our engage­ment to help resolve the Arab-Israeli conflict, so that we help our ally Israel achieve true and lasting security, while helping Palestinians achieve their legitimate aspirations for statehood.” (15 juillet 2008)

 

Au sujet de l’Islam

 

“To the Muslim world, we seek a new way forward, based on mutual interest and mutual respect.”    (20 janvier 2009)

 

Au sujet de l’Europe

 

“In Europe, the view that America is part of what has gone wrong in our world, rather than a force to help make it right, has become all too common. In America, there are voices that deride and deny the importance of Europe’s role in our security and our future. Both views miss the truth – that Europeans today are bearing new burdens and taking more responsibility in critical parts of the world; and that just as American basses built in the last century still help to defend the security of this continent, so does our country still sacrifice greatly for freedom around the globe.

Yes, there have been differences between America and Europe. No doubt, there will be differences in the future. But the burdens of global citizenship continue to bind us together.” (24 juillet 2008)

 

 

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:03

Éditions La Martinière, 2004

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Archiviste-paléographe et docteur en histoire, Serge Gruzinski livre dans Les quatre parties du monde une enquête impressionnante de par la profondeur des champs d’explorations et la diversité des éléments recueillis. L’auteur revient ici sur la proto-mondialisation qui eut lieu eu XVIe siècle lors de l’apogée de la Monarchie catholique espagnole. Il étudie l’éclatement des échanges et la multiplication des voies de communication, qui permettent dès la seconde partie du XVIe siècle une mobilité pouvant paraître aujourd’hui aussi précoce que déconcertante. Le lecteur peut ainsi suivre aussi bien l’avancée des Jésuites en Amazonie ou en Chine que l’installation des mercenaires portugais sur les côtes africaines ou indiennes, dans un contexte d’occidentalisation des « nouveaux mondes » et de globalisation des modes de pensée, d’écriture et de régulation sociale. La Double Couronne exporte ses lettrés, ses hommes d’Église et ses artistes en Nouvelle-Espagne, enclenchant de fortes dynamiques locales de métissage et d’acculturation, dynamiques que l’on retrouve un peu partout dans le monde au fur et à mesure de l’avancée des caravelles espagnoles, portugaises ou hollandaises. De nouveaux rapports de force s’instaurent tout autour du globe, confrontant les Européens à un brassage des êtres inédit, à une interconnexion des territoires civilisés, prémices de la mondialisation actuelle. Le talent de Serge Gruzinski s’exprime à travers des récits de vie qui nous font prendre conscience d’une internationalisation des savoirs et des cultures. Des explorateurs s’enfoncent dans des continents inconnus et compilent de façon admirable des sommes astronomiques de nouvelles connaissances, des marins effectuent au cours de leur vie cinq ou six fois le tour du monde, des moines franciscains, augustins ou jésuites tentent, parfois au péril de leur vie comme au Japon, d’évangéliser les autres peuples, certains peintres exportent le courant maniériste dans les nouvelles colonies, les navigateurs relient grâce au commerce l’Europe, l’Amérique, l’Afrique et l’Asie, etc.

Dans Les quatre parties du monde, Serge Gruzinski arrive à dépeindre de façon magistrale le décentrement des savoirs, l’inversion des points de vue et les remises en cause des traditions européennes. L’organisation militaire, institutionnelle et politique des terres de la Monarchie catholique, dont l’apogée se situe entre 1580 et 1630, révèle les visées universalistes de Philippe II. Processus de mondialisation et processus de globalisation s’entrechoquent pour laisser le lecteur devant un monde en ébullition, témoin d’un premier choc des civilisations. Je en saurais trop recommander la lecture de ce livre passionnant, rehaussé par les Éditions de La Martinière d’une centaine d’illustrations plus sublimes les unes que les autres.


 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:01

Éditions Fayard, 2008

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Jean Favier est un érudit du Moyen-Âge : il est en effet chartiste et universitaire, professeur à la Sorbonne, directeur général des Archives de France, président de la Bibliothèque nationale de France, et même membre de l'Institut. Tenant parfois un propos de spécialiste lorsqu’il aborde les problèmes d’hérédité des différentes branches et  lignées capétiennes, l’auteur se concentre dans ce livre sur le principal personnage de ce que l’on appelle encore à l’époque la Maison d’Anjou : le duc René Ier d’Anjou, qui passera à la postérité sous l’appellation du  « bon » Roi René. Plus que la destinée chaotique d’un des plus grands princes du Royaume de France, c’est la reconfiguration permanente qui bouleversent les royaumes occidentaux au XVe siècle qui nous intéressent ici. Car Jean Favier s’attarde longuement sur les conflits armés et diplomatiques qui agitent la France sous la volonté centralisatrice des Rois et qui ensanglantent l’Europe à coups de guerre franco-anglaise ou d’expéditions militaires envoyées dans les principautés ou royaumes étrangers. Mieux encore, l’auteur nous introduit, à travers la vie du Roi René, dans le jeu européen des alliances et des coups-fourrés diplomatiques pour la possession des royaumes, principautés, duchés, comtés ou autres possessions terrestres et nobiliaires. Et quel plus bel exemple pour illustrer cela que le Roi René, qui réunit à différents moments de sa vie les titres de duc d’Anjou, duc de Lorraine, duc du Bar, Comte de Provence, Roi de Naples et de Sicile, Roi de Jérusalem, Roi de Hongrie et Roi d’Aragon ? Ce que l’on réalise au fil des pages, c’est que les souverains des royaumes européens dépendent en ces temps autant de leurs défaites ou victoires militaires que de leur filiation ou des mariages d’intérêt qu’ils peuvent contracter. S’ensuivent des transactions et négociations diplomatiques à n’en plus finir, où les juristes en droit héréditaire, voire même le Pape, interviennent de manière récurrente. La géographie de l’ « empire angevin » se recompose au XVe siècle au gré des traités que ratifie le Roi René et de l’appui que lui accord le plus en plus puissant et centralisateur Roi de France (Charles VII puis Louis XI). Mais la majorité des titres nobiliaires du Roi René sont en fait illusoires : les royaumes de Hongrie et de Jérusalem sont perdus depuis longtemps, après plusieurs tentatives infructueuses  de reconquêtes la Sicile et Naples passent définitivement au royaume d’Aragon, les duchés de Bar et de Lorraine sont cédés à son petit-fils. Ne lui restent plus à la fin de sa vie que son duché d’Anjou natal, apanage que le Roi de France finira par s’approprier, et son comté de Provence, seul endroit où il fur véritablement le seul maître sur ses terres et où il décèdera en 1480. Au fur et à mesure que l’on entre dans la vie du Roi René on comprend mieux les tenants et aboutissants du pouvoir, et l’on finit par saisir que le mariage constitue la pierre angulaire de la diplomatie féodale. Durant le Moyen-Âge il n’y a que le mariage qui peut, du jour au lendemain, renverser les alliances et faire de l’ennemi d’hier l’allié de demain. Il ne faut dès lors pas tant remporter la victoire sur le champ de bataille que posséder à sa cour des juristes habiles qui sauront prouver votre droit légitime sur tel fief ou principauté. Voilà un système politique que le Roi René n’aura en fin de compte fait que subir tout au long de sa vie, préférant la construction de nouveaux châteaux et le mécénat des arts plutôt que les intrigues politiques. Son second mariage avec Jeanne de Laval, en 1454, sera d’ailleurs un mariage d’amour et non d’alliance, fait extrêmement rare à l’époque.

Pour conclure ce livre offre, par l’étendu de son panorama sur l’Europe occidentale au XVe siècle, un compte-rendu inestimable des enjeux internationaux et géostratégiques de ce temps.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 02:56

Ouvrage édité par le Ministère de la Culture et de la Communication, 2006


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Le 2 et 3 mai 2005 s’est tenu à la Comédie Française un nouveau volet des Rencontres européennes pour l’Europe de la culture. Réunissant des acteurs culturels en tous genres (ministres de la Culture des différents États membres, réalisateurs, chorégraphes, musiciens, etc.), ces Rencontres pour l’Europe de la Culture 2005 avaient pour but de rendre compte de l’existence tangible ou non d’une « culture européenne ». Le compte-rendu des actes de ce colloque, édité par le Ministère de la Culture français en 2006, nous propose plusieurs pistes de réflexion des plus intéressantes, tout en mettant en lumière la difficulté à définir la notion de « culture » et donc a fortiori celle de « culture européenne ». Cela étant, on sait bien qu’un colloque pose par nature plus de questions qu’il n’y en répond. On peut néanmoins en ressortir le sentiment partagé par tous les intervenants de la nécessité d’une culture commune à l’échelle européenne qui permettrait, entre autres, de continuer à promouvoir le principe de diversité culturelle face à la standardisation des goûts véhiculée par le modèle américain. C’est pourquoi, selon Robert Palmer (directeur de la Direction de la culture et du patrimoine culturel et naturel du Conseil de l’Europe), « La géopolitique du XXIe siècle nécessite le lancement d’une diplomatie culturelle multilatérale d’un style nouveau. (…) Il faut créer de nouveaux liens entre les pays, de nouveaux réseaux. (…) Il faut aider les artistes à construire une Europe unifiée. » (page 138).  De même, quelques intervenants ont mis le doigt sur certains dangers guettant l’Europe depuis l’intérieur : Lustkultur ou Spaßkultur allemande (culture de pur divertissement), crise de l’opéra italien, mauvaise dynamique de promotion du cinéma européen à l’étranger, trop grande disparité des soutiens logistiques et financiers accordés au spectacle vivant, intégration culturelle non encore réalisée des nouveaux pays membres de l’Europe de l’Est…

On perçoit également tout au long de cet ouvrage le statut privilégié qu’occupe encore la France aux yeux de ses partenaires européens en termes de rayonnement culturel. Loin de devoir nous en enorgueillir, ce sentiment confère de fait à la France un devoir à la fois d’arbitre sur la scène internationale - on peut rappeler le combat commun de Jacques Chirac et de Manuel Barroso pour le maintien du principe de « diversité culturelle » - et de moteur culturel de l’Europe. Mais le constat principal que l’on peut retirer de ce sommet international est le suivant : si une Europe de la culture existe dans les faits depuis la Renaissance, encore faut-il que les citoyens européens eux-mêmes en prennent conscience. Il me semble que ceci est la condition préalable à toute tentative viable de construction d’une Europe politique. Quand on sait que quelques semaines après ces rencontres le projet de constitution européenne, qui pour la première fois posait clairement les acquis des différentes politiques culturelles européennes mises en place depuis Maastricht en 1992, était rejetée par les Français, le chemin restant à parcourir semble étrangement long.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 02:53

Éditions Rupture, 1977

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On tombe parfois sur des objets littéraires non identifiés, et Pays sages de Rafaël Pividal en fait partie. Ce roman publié en 1977 narre l’histoire d’un biologiste russe nommé Dimitri W. Chapilov. Nous sommes dans les années 1990 mais le rideau de fer n’est pas tombé, et la Guerre froide entre Occident et Russie soviétique se poursuit dans la stratification des idéologies. Ayant résolu en Sibérie le problème du vieillissement et pouvant ainsi conserver à jamais son corps de 27 ans, Chapilov trouve par cette voie l’accomplissement de son rêve : devenir Ministre des Affaires Étrangères de l’URSS. Marionnette sans pouvoir, il obtient l’occasion de se rendre en Occident, invité par la reine d’Angleterre pour le Jubilé de l’an 2000. C’est pour lui l’occasion de comparer le communisme rigide et absurde de son pays au capitalisme occidental, pratique politique à la fois amusante, efficace et déraisonnable.

On aurait dû mal à qualifier le style de Rafaël Pividal si ce n’est en évoquant une originalité exacerbée, loufoque et absurde, parfois semblable à la prose acerbe et désespérée d’un Boris Vian. Pividal peint une Guerre froide surréaliste, où les personnages évoluent dans un monde qu’ils ne peuvent comprendre tant celui-ci ne répond plus à aucune logique idéologique. On croise tour à tour Kissinger, le roi d’Espagne, Giscard d’Estaing, Chirac, etc., qui ne sont plus que les allégories outrancières  d’un monde ne tournant pas rond. Le lecteur peut donc être amené à assister à des réunions diplomatiques internationales à l’ambiance ubuesque. En voici un très court exemple :

« Kissinger fit semblant de ne pas entendre cette pensée Mao Tsé-Toung et, gonflant l’abdomen, se mit à parler.

    Mon discours, dit-il, se résume en trois mots : il faut appuyer sur la détente.

En entendant ces mots, Gerald Ford avec une incroyable prestesse, sortit deux gros revolvers de ses poches et se mit à tirer.

    Pas sur la détente du revolver, crétin, dit Kissinger, sur la détente Est-Ouest.

    Et sur la détente Nord-Sud, si je puis me le permettre, dit avec désinvolture Giscard d’Estaing.

    Non, Est-Ouest, le Nord-Sud on s’en fout, dit Kissinger.

    Ne vous disputez pas, dit le président Senghor (seul noir invité à la soirée), le Nord vaut le Sud, l’Est l’Ouest, et, comme dit un proverbe africain, « où est Est est Ouest ».

    Qu’est-ce qu’il a dit, cet homme de couleur ? demanda la princesse Anne avec dégoût. » (page 148)

 

Si vous voulez voir Chepilov déambuler dans la Guerre froide tel Buster Keaton, si pour vous verve caustique et relations internationales ne sont pas incompatibles, si vous avez un jour rêvé de devenir le nouveau Gromyko, alors ce livre est fait pour vous.

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite