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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 02:56

Ouvrage édité par le Ministère de la Culture et de la Communication, 2006


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Le 2 et 3 mai 2005 s’est tenu à la Comédie Française un nouveau volet des Rencontres européennes pour l’Europe de la culture. Réunissant des acteurs culturels en tous genres (ministres de la Culture des différents États membres, réalisateurs, chorégraphes, musiciens, etc.), ces Rencontres pour l’Europe de la Culture 2005 avaient pour but de rendre compte de l’existence tangible ou non d’une « culture européenne ». Le compte-rendu des actes de ce colloque, édité par le Ministère de la Culture français en 2006, nous propose plusieurs pistes de réflexion des plus intéressantes, tout en mettant en lumière la difficulté à définir la notion de « culture » et donc a fortiori celle de « culture européenne ». Cela étant, on sait bien qu’un colloque pose par nature plus de questions qu’il n’y en répond. On peut néanmoins en ressortir le sentiment partagé par tous les intervenants de la nécessité d’une culture commune à l’échelle européenne qui permettrait, entre autres, de continuer à promouvoir le principe de diversité culturelle face à la standardisation des goûts véhiculée par le modèle américain. C’est pourquoi, selon Robert Palmer (directeur de la Direction de la culture et du patrimoine culturel et naturel du Conseil de l’Europe), « La géopolitique du XXIe siècle nécessite le lancement d’une diplomatie culturelle multilatérale d’un style nouveau. (…) Il faut créer de nouveaux liens entre les pays, de nouveaux réseaux. (…) Il faut aider les artistes à construire une Europe unifiée. » (page 138).  De même, quelques intervenants ont mis le doigt sur certains dangers guettant l’Europe depuis l’intérieur : Lustkultur ou Spaßkultur allemande (culture de pur divertissement), crise de l’opéra italien, mauvaise dynamique de promotion du cinéma européen à l’étranger, trop grande disparité des soutiens logistiques et financiers accordés au spectacle vivant, intégration culturelle non encore réalisée des nouveaux pays membres de l’Europe de l’Est…

On perçoit également tout au long de cet ouvrage le statut privilégié qu’occupe encore la France aux yeux de ses partenaires européens en termes de rayonnement culturel. Loin de devoir nous en enorgueillir, ce sentiment confère de fait à la France un devoir à la fois d’arbitre sur la scène internationale - on peut rappeler le combat commun de Jacques Chirac et de Manuel Barroso pour le maintien du principe de « diversité culturelle » - et de moteur culturel de l’Europe. Mais le constat principal que l’on peut retirer de ce sommet international est le suivant : si une Europe de la culture existe dans les faits depuis la Renaissance, encore faut-il que les citoyens européens eux-mêmes en prennent conscience. Il me semble que ceci est la condition préalable à toute tentative viable de construction d’une Europe politique. Quand on sait que quelques semaines après ces rencontres le projet de constitution européenne, qui pour la première fois posait clairement les acquis des différentes politiques culturelles européennes mises en place depuis Maastricht en 1992, était rejetée par les Français, le chemin restant à parcourir semble étrangement long.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 02:53

Éditions Rupture, 1977

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On tombe parfois sur des objets littéraires non identifiés, et Pays sages de Rafaël Pividal en fait partie. Ce roman publié en 1977 narre l’histoire d’un biologiste russe nommé Dimitri W. Chapilov. Nous sommes dans les années 1990 mais le rideau de fer n’est pas tombé, et la Guerre froide entre Occident et Russie soviétique se poursuit dans la stratification des idéologies. Ayant résolu en Sibérie le problème du vieillissement et pouvant ainsi conserver à jamais son corps de 27 ans, Chapilov trouve par cette voie l’accomplissement de son rêve : devenir Ministre des Affaires Étrangères de l’URSS. Marionnette sans pouvoir, il obtient l’occasion de se rendre en Occident, invité par la reine d’Angleterre pour le Jubilé de l’an 2000. C’est pour lui l’occasion de comparer le communisme rigide et absurde de son pays au capitalisme occidental, pratique politique à la fois amusante, efficace et déraisonnable.

On aurait dû mal à qualifier le style de Rafaël Pividal si ce n’est en évoquant une originalité exacerbée, loufoque et absurde, parfois semblable à la prose acerbe et désespérée d’un Boris Vian. Pividal peint une Guerre froide surréaliste, où les personnages évoluent dans un monde qu’ils ne peuvent comprendre tant celui-ci ne répond plus à aucune logique idéologique. On croise tour à tour Kissinger, le roi d’Espagne, Giscard d’Estaing, Chirac, etc., qui ne sont plus que les allégories outrancières  d’un monde ne tournant pas rond. Le lecteur peut donc être amené à assister à des réunions diplomatiques internationales à l’ambiance ubuesque. En voici un très court exemple :

« Kissinger fit semblant de ne pas entendre cette pensée Mao Tsé-Toung et, gonflant l’abdomen, se mit à parler.

    Mon discours, dit-il, se résume en trois mots : il faut appuyer sur la détente.

En entendant ces mots, Gerald Ford avec une incroyable prestesse, sortit deux gros revolvers de ses poches et se mit à tirer.

    Pas sur la détente du revolver, crétin, dit Kissinger, sur la détente Est-Ouest.

    Et sur la détente Nord-Sud, si je puis me le permettre, dit avec désinvolture Giscard d’Estaing.

    Non, Est-Ouest, le Nord-Sud on s’en fout, dit Kissinger.

    Ne vous disputez pas, dit le président Senghor (seul noir invité à la soirée), le Nord vaut le Sud, l’Est l’Ouest, et, comme dit un proverbe africain, « où est Est est Ouest ».

    Qu’est-ce qu’il a dit, cet homme de couleur ? demanda la princesse Anne avec dégoût. » (page 148)

 

Si vous voulez voir Chepilov déambuler dans la Guerre froide tel Buster Keaton, si pour vous verve caustique et relations internationales ne sont pas incompatibles, si vous avez un jour rêvé de devenir le nouveau Gromyko, alors ce livre est fait pour vous.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 02:48

Éditions Raisons d’Agir, 2001

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On ne présente plus Pierre Bourdieu, le célèbre sociologue français qui s’est éteint récemment en 2002. Rappelons tout de même que sa pensée sociologique s’articule autour de l’idée que tout rapport social procède d’un rapport de violence, plus ou moins latente, et est sous-tendu par une relation de dominant/dominé.

 

Cet ouvrage est en fait le second opus d’une compilation de textes que Pierre Bourdieu a rédigés à l’orée des années 2000 à l’occasion de ses différentes conférences données à l’étranger.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Contre-feux ne fait pas dans la dentelle : Pierre Bourdieu livre ici un véritable réquisitoire contre le processus de globalisation, le capitalisme et l’ultralibéralisme ambiants. Sa thèse est simple voire binaire : le fonctionnement actuel de l’économie globale asservit la plus grande partie de la population dans un rapport de domination qui s’effectue et s’aggrave de jour en jour au profit des quelques dirigeants des plus grosses institutions financières internationales, comme l’OMC par exemple. D’où son idée de fonder, pour aller à l’encontre de cette violence économique et sociale, un mouvement social européen institutionnalisé, qui serait capable de lutter à armes égales avec les conglomérats de la grande finance spéculative. Pour ce faire, il propose de coordonner les différents organismes syndicaux européens en une internationale du syndicalisme rénové, et d’associer, toujours au niveau européen, chercheurs et militants syndicats pour établir une doctrine alternative au capitalisme. Cet appel à un nouvel internationalisme ne comporte pas qu’un volet économique ou social, mais appréhende également les dangers qui selon lui guette les différentes cultures nationales. L’ennemi à combattre est la standardisation culturelle véhiculée par l’impérialisme américain. C’est pourquoi les chercheurs, et notamment les sociologues, doivent avoir pour mission de détecter les processus de déculturation. C’est seulement si chaque citoyen devient conscient de son oppression économique, sociale et culturelle qu’une nouvelle gouvernance internationale sera possible. Une nouvelle gouvernance qui selon Pierre Bourdieu doit redonner à l’Etat sa capacité régulatrice et aux peuples de nouvelles marges de manœuvres réflexives.

 

Si Contre-feux a parfois le don d’agacer le lecteur par certains procédés d’argumentation pour le moins caricaturaux, il n’en demeure pas moins que sa nature parfaitement assumé de pamphlet socio-économique soulève de nombreuses questions cruciales en ce qui concerne le futur de l’humanité. Là où Pierre Bourdieu se montre le plus convaincant, c’est lorsqu’il défend la diversité culturelle. C’est ce dernier concept qui deviendra peut-être la pierre d’angle du renouveau social appelé de tous ses vœux par l’auteur.

 


                                                                Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 02:33

Éditions Flammarion, 2000

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Publié en 2000, ce petit livre de poche est selon moi l’utilitaire par excellence de tout passionné d’histoire militaire. L’objectif de Frédéric Encel (docteur en géopolitique, consultant en risques-pays, enseignant à l‘Institut d’Études Politiques de Rennes) est ici de réunir de manière non exhaustive les grands stratèges militaires et batailles qui ont fait l’Histoire avec un grand H. C’est pourquoi il indique lui-même dès l’avant-propos que L’art de la guerre par l’exemple se veut un outil de compréhension et non énième manuel de stratégie globale. C’est à cette fin qu’il catégorise les grandes figures de l’histoire en théoriciens, stratèges et capitaines, certains hommes comme Napoléon Bonaparte pouvant bien évidemment se prévaloir des trois qualificatifs. Le travail de sélection de Frédéric Encel, toujours difficile et quelque peu arbitraire, a privilégié « ceux qui se sont distingués par des initiatives ou écrits particulièrement originaux et/ou novateurs ». On peut ainsi retrouver des figures méconnues du grand public, telles que Folard, Puységur de Saxe, Mahan, ou encore Hassan Ibn Saba.  En ce qui concerne la présentation chronologique des batailles, il opte là aussi pour une catégorisation ternaire : caractère décisif au regard d’un conflit ou d’une époque, dimension novatrice, et enfin valeur symbolique ou mythique. Les affrontements entrant dans cette dernière catégorie (Crécy, Marignan, Pavie, Lépante, Sadowa, Bataille d’Angleterre, Midway, Diên Biên Phu, Guerre du Yom Kippour) sont particulièrement bien mises en perspective en ce qu’elles révèlent l’évolution de la prise en compte dans l’environnement à travers les âges. Alors que la furia francese des chevaliers du Roy de France se brise sur les redoutes dressées par les archers gallois aux XIVe et XVe siècles, Sadowa introduira dès 1866 la tranchée comme la technique défensive typique des armées occidentales, et ce pour de nombreuses décennies.

La force de cet ouvrage réside dans sa capacité à mettre en en lumière de manière synthétique les grands courants de pensée militaire et leurs applications ou non sur les champs de bataille. Et cela grâce à une contextualisation de l’événement à la fois claire et concise.  Bref, un livre qui ravira autant les néophytes qu’il remettra en question nos présupposés stratégiques.

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 02:28

Éditions Pan Books, 2001 (1ère édition en 1999)


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L’histoire contrefactuelle se propose de réécrire l’Histoire via le procédé de l’uchronie : on se demande comment les événements se seraient enchaînés si à un moment donné le sort avait basculé en faveur du camp vaincu. Même si cette méthode contrefactuelle est dénigrée par certains historiens, qui y voient là un pur amusement de l’esprit et non un travail de recherche sensé et objectif, on ne peut au moins contester à cet ouvrage son intérêt intellectuel certain. Car non seulement celui-ci se propose de se concentrer spécifiquement sur les tournants militaires de l’histoire mondiale depuis 700 ans av. J.-C., mais la vingtaine d’historiens anglo-saxons confirmés voir célèbres (Alistair Horne, John Keegan, etc.) qui ont produit les différents essais compilés s’appuient tous sur des chaînes argumentatives plausibles et justifiables pour envisager l’Histoire qui n’a pas été mais qui aurait pu être. Et en cela What if ? nous offre un des panoramas historiques les plus excitants de ces dix dernières années en termes de stratégie militaire. Par exemple, le judaïsme n’aurait-il pas été éradiqué si les Assyriens avaient pris Jérusalem en 701 av. J.-C. (The Plague That Saved Jerusalem, 701 B.C., par William H. McNeill) ? Quelle aurait été l’histoire de l’Amérique latine si Hernan Cortès avait succombé prématurément à ses aventures outre-Atlantique (The Immolation of Hernan Cortès, par Ross Haring) ? Dans quel monde vivrions-nous aujourd’hui si la Guerre d’ Indépendance américaine avait été gagnée par les Anglais, comme cela a failli être le cas à de multiples reprises (Thirteen Ways the Americans Could Have Lost the Revolution, par Thomas Fleming) ? Combien de temps supplémentaire aurait duré la Seconde Guerre Mondiale si les Japonais avaient remporté la bataille aéronavale de Midway en 1942 (Our Midway Disaster, par Theodore F. Coook) ? Autant de scénarios qui, soutenus par des hypothèses brillantes et des chiffres vérifiables, nous invitent à prendre conscience de la profonde relativité et de l’aspect parfois illogique voire tout à fait imprévisible des succès militaires.

What if ? n’est pour l’instant disponible qu’en langue anglaise. Mais une fois la barrière de la langue franchie, il ne vous restera plus qu’à vous demander ce que votre entendement du monde aurait perdu à ne pas avoir ouvert ce livre.

 

 

Par Matthieu Roger

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 17:45

Éditions Mille et une nuits, 2006

 

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Avec De la guerre (première publication en 1832), Carl von Clausewitz est sans aucun doute l’un des théoriciens qui a le plus influencé la stratégie militaire moderne. Le petit manuel intitulé Principes fondamentaux de stratégie militaire, rédigé en 1812, était en fait destiné à la formation militaire du Prince de Prusse, dans lequel le théoricien prussien expose de manière concise et très générale ses idées-forces pour vaincre l’ennemi.

Ce qui transparaît avec netteté dans cet ouvrage, c’est la rupture tactique avec la période pré-napoléonienne. Au niveau de la mise en ordre de bataille des régiments par exemple, von Clausewitz abandonne le modèle en ligne, jugé trop étendu et pas assez résistant, pour des formations en colonne ou en profondeur, qui permettent une meilleure utilisation des réserves et plus de possibilités en termes d’adaptabilité tactique. D’un point de vue bien plus général, il insiste également sur l’importance de la ferveur des soldats, sans laquelle aucune opération militaire ambitieuse ne pourrait réussir. Bref, on distingue bien qu’il y a pour Clausewitz un avant et un après Napoléon, cet homme qui domine encore en 1812 l’Europe et incarne à ses yeux le génie militaire. Bon nombres des exemples dont il se sert pour illustrer ses propos sont d’ailleurs tirés des campagnes napoléoniennes. C’est que, contrairement à certains autres théoriciens prussiens (tel Heinrich von Bülow qui a mis au point une doctrine géométrique et quasi mathématique des batailles), l’auteur pense qu’on ne peut analyser la guerre qu’à l’aune des exemples historiques antérieurs. Chez lui on retrouve une certaine prédominance de la notion de rupture tactique. Ces points d’achoppement de la l’ordre de bataille doivent être considérés comme l’espace-temps-clé de la bataille, celui qui permettra de percer la ligne ennemie ou d’engager une manœuvre tournante décisive.

Adoptant une démarche parfois comparable à celle du grand Sun Tse, Clausewitz essaye constamment d’échapper à tout dogmatisme intellectuel. Il insiste notamment sur l’importance d’admettre la guerre comme un combat à grande échelle, soumis aux lois du hasard et à une grande quantité de facteurs exogènes. D’où cette notion très intéressante de « friction », qu’il fait correspondre aux facteurs et conditions imprévisibles qui viendront presque systématiquement corser une bataille jugée a priori facile. La révolution tactique napoléonienne, en généralisant la partition de l’armée en différents corps d’armée autonomes, tente de résoudre ces points de friction au moyen d’une plus grande adaptabilité aux circonstances topographiques et stratégiques de conflit armé.

Les Principes fondamentaux de stratégie militaire constituent l’ouvrage par excellence d’introduction à la pensée de Carl von Clausewitz. De la guerre n’en reste pas moins son ouvrage de référence, dont nous ne saurions trop vous recommander la lecture.

 

 

Par Matthieu Roger

 

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 17:43

Éditions Perrin, 2007 (première version publiée en 1929, rééditée en 1941 et 1946, retravaillée par la suite)

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Attention, ceci est plus qu’un ouvrage de référence, c’est un livre culte !

 

On ne présente plus le Britannique Basil H. Liddell Hart, l’un des plus grands stratégistes du siècle passé. Rappelons seulement que celui-ci, après avoir servi dans l’armée britannique au cours de la 1ère Guerre Mondiale, a été à l’instar de De Gaulle un des premiers à déceler le formidable potentiel de l’arme blindée (notamment dans son étude La guerre blindée et son avenir) et a durablement influencé la pensée stratégique militaire du XXe siècle. Des généraux comme Guderian et Rommel en Allemagne, MacArthur aux États-Unis, ou encore Radek et Toukhatchevski en URSS, ont par exemple revendiqué l’importance que revêtaient à leurs yeux son travail théorique.

Dans Stratégie, Liddell Hart tente un spectaculaire panorama de la stratégie militaire depuis la nuit des temps. Il aborde dans une première partie la stratégie du Ve siècle avant J.-C. au XIIe siècle avant J.-C., pour ensuite consacrer une partie entière à la 1ère Guerre Mondiale et une autre à la 2de Guerre Mondiale. Enfin, il développe dans un quatrième et dernier chapitre ce qu’il considère comme « les bases de la stratégie et de la grande stratégie ». Pour autant que mes précédentes lectures me permettent d’en juger, peu d’auteurs ont cette capacité propre à Liddell Hart de pouvoir prétendre inscrire leur pensée théorique dans un mouvement d’une telle profondeur et d’une telle exhaustivité, et cela sans que la clarté du propos en soit pour le moins amoindrie. Liddell Hart réussit en effet ici le tour de force d’offrir au lecteur une véritable confrontation avec l’Histoire, et propose un ouvrage abordable malgré son étendue chronologique.

La thèse de l’auteur peut paraître simpliste au premier abord, à savoir : la victoire la plus avantageuse ne peut, dans 99 % des cas, que s’acquérir via une approche qu’il nomme indirecte. Cette « approche indirecte » que doit rechercher tout stratège militaire comprend deux champs d’application : les opérations physiques (stratégie + tactique), ainsi que les opérations mentales (attaque/confusion psychologique de l’ennemi + facteur politique). Mais tout l’à-propos de la dialectique conflictuelle de Liddell Hart est d’interpénétrer constamment le facteur espace-milieu avec la prééminence des effets moraux. La manœuvre devient alors une arme de guerre à part entière, qui désorganise matériellement ET psychologiquement l’ennemi en menaçant ses axes de communications et/ou ses positions les plus faibles. L’analyse qui est faite des guerres napoléoniennes s’avère en cela particulièrement éclairante. En effet, plus Napoléon privilégiera l’affrontement frontal de l’ennemi (et donc refusera la méthode de l’approche indirecte) plus il verra ses marges de manœuvres –ce dernier terme étant à prendre au sens propre comme au sens figuré – réduites. Partir de l’étude des stratégies militaires du Ve siècle avant J.-C. permet à Liddell Hart de mettre en perspective de manière convaincante le bien-fondé de l’approche indirecte en termes de tactique opérationnelle, de stratégie et de grande stratégie. Et ceci tout en gardant à l’esprit que « le véritable objectif national en état de guerre comme en état de paix, est une paix encore plus parfaite ». Comme il le dit lui-même « The experience of history enables us to deduce that gaining military victory is not in itself equivalent to gaining the object of war. » (Thoughts on war, octobre 1925). Une perspective éthique à l’aune de la figure tutélaire qu’a été Liddell Hart, qui force notre admiration et impose le respect.

 

Par Matthieu Roger

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 17:42

 

Éditions Actes Sud, 2009

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L’exposition « Charles le Téméraire (1433-1477) » est sans conteste l’une des plus belles expositions artistiques et historiques de cette année 2009. Présentée au Musée historique de Berne du 25 avril au 24 août 2008, au Bruggemuseum et au Groenigemuseum de Bruges du 27 mars au 21 juillet 2009, et au Kunsthistorisches Museum de Vienne du 15 septembre 2009 au 10 janvier 2010, cette exposition internationale expose une véritable histoire de l’art bourguignon au XVe siècle, grâce au recueil de toute la panoplie des supports possibles et imaginables : peintures, armes, tapisseries, broderies, vêtements, orfèvrerie, dessins, documents officiels, témoignages d’époque, sculptures, bannières, objets usuels, etc. Le catalogue de l’exposition, publié par le Fonds Mercator, nous offre un panorama de plus de 350 pages superbement illustrées, qui témoignent de ce qu’étaient ces « splendeurs de la cour de Bourgogne ». Sous Charles le Téméraire la représentation artistique et culturelle du pouvoir politique atteint en effet une sorte d’apogée, qui marqua les esprits de ses contemporains. Chaque teinture, chaque enluminure, chaque motif décoratif a pour but de proclamer aux yeux de tous la légitimité du duc de Bourgogne sur les vastes territoires qui lui ont échu. Même s’il ne réussira jamais à obtenir le titre de roi qu’il convoitait, Charles le Téméraire possède de fait des fiefs aussi divers et variés que le duché Bourgogne, la Franche-Comté, le Luxembourg, la Flandre, la Lorraine, l’évêché de Liège, la Picardie, le duché de Gueldre, etc. Bref, un royaume morcelé coincé entre la France et le Saint Empire. C’est au XVe siècle que la Flandre se constitue en plaque tournante du commerce européen, où se croisent marchands de la Hanse, banquiers italiens, produits scandinaves et anglais, vins bordelais, ou bien encore céréales de Prusse. Le royaume de Bourgogne, dynamisé par le jeu des alliances et des relations internationales, favorise alors un faste artistique sans précédent, dans le souci d’une éthique d’apparat toute princière. Charles le Téméraire réussit non seulement à attirer les meilleurs artistes d’Europe à sa cour, mais il fédère également autour de lui, en créant l’ordre de la Toison d’Or, la fine fleur de la chevalerie européenne. En 1473, l’entrevue de Trêves entre Charles et Frédéric III, empereur du Saint Empire, est un bel exemple de ce faste du pouvoir, de cette monstration culturelle des revendications diplomatiques. Quelques années plus tard, la défaite du duc face aux Confédérés helvétiques signe la fin militaire de ses prétentions royales, et annonce le rattachement de la Bourgogne à la dynastie montante des Habsbourg. En ce sens Maximilien Ier et Charles Quint seront les héritiers spirituels de Charles le Téméraire.

Les reliques du passées exhumées par trois des plus grands musées européens mettent en lumière un héritage plus universel qu’on ne le pense. Car comme l’indique Kharl Habsburg-Lothringen dans sa préface, « de nombreux idéaux incarnés par l’Union européenne – la décentralisation, le respect de la culture, mais aussi l’unité dans la diversité – trouvent aujourd’hui leur source dans les valeurs transmises par la dynastie bourguignonne ». Cet ouvrage, enrichi de magnifiques illustrations et foisonnant d’indications historiques, est le cadeau idéal de tous ceux qui veulent faire plaisir en ces fêtes de fin d’année.

 

 

Par Matthieu Roger 

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 17:25

Éditions Denma, 2005

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Tout le monde a lu L’Art de la guerre, et il a tellement été écrit au sujet de ce monument de la stratégie militaire que j’ai peine à voir ce que je pourrais aujourd’hui ajouter à son sujet. Rappelons toutefois que L’Art de la guerre ou Sun Tse (son titre original) est un recueil de maximes et axiomes chinois portant sur la tactique militaire, qui s’est constitué et étoffé au cours des siècles au fur et à mesure des transmissions orales. Ces préceptes, offerts au lecteur sous forme de paragraphes ou strophes, remonteraient en partie à plusieurs siècles avant Jésus-Christ. Plutôt que de tenter de tirer ici rapidement la quintessence de cet ouvrage, ce qui s’avère impossible au vu de sa force analytique et de sa richesse philosophique, laissez-moi plutôt citer quelques-uns de ses passages, qui témoignent d’une portée universelle presque bouleversante.

 

 

« Ainsi le bon stratège manipule l’ennemi tout en cachant ses propres intentions.

Je concentre mes troupes si celles de l’ennemi sont éparpillées.

Si mes troupes restent unies tandis que celles de l’ennemi sont divisées,

Je peux utiliser toutes mes forces pour attaquer une fraction des siennes.

Si mes troupes sont beaucoup moins nombreuses que celles de l’ennemi, je

Peux les utiliser pour le frapper parce que ses troupes sont aveugles ! » (page 40)

Difficile ici de ne pas penser à la stratégie napoléonienne de concentration des forces, qui fut permise par le nouveau système divisionnaire hérité de la Révolution française. Napoléon Ier utilisa quasi-systématiquement cette approche tactique, concentrant soudainement ses forces pour enfoncer la ligne de bataille ennemie.

 

« C’est pourquoi un bon stratège peut être comparé au Chouai-jan.

Le Chouai-jan est un serpent du mont Heng.

Frappez-le à la tête, et sa queue vous attaquera.

Frappez-le à la queue, et sa tête vous attaquera.

Frappez-le au centre, et sa tête et sa queue vous attaqueront. » (page 66)

D’où l’importance des lignes de communication en parallèle des forces armées et des manœuvres sur l’arrière, préceptes tactiques développés notamment par Frédéric de Saxe et Jomini.

 

« Voilà pourquoi les chefs militaires font grand cas des victoires rapides

Et méprisent les combats qui se prolongent. » (page 27)

On retrouve ici la notion de « bataille décisive », notion qui sera avancée et largement débattue tout au long du XIXe siècle.

 

« L’invincibilité réside dans la défense.

La possibilité de victoire réside dans l’attaque. » (page 32)

Trois mille ans de science militaire résumée en une phrase, qui dit mieux ?

 

Ces quelques exemples montrent bien l’étendue qu’avait acquise la pensée militaire chinoise dès les premiers siècles de notre ère. Loin de s’en tenir à quelques poncifs inutiles, le Sun Tse nous rappelle de ne jamais faire l’économie d’une vision globale de la guerre. C’est pourquoi, par exemple, quand il publia La Guerre Moderne en 1932, Liddell Hart ne se contenta pas de mélanger concepts occidentaux et orientaux ; il utilisa le Sun Tse pour transformer les bases de la pensée militaire européenne. Le bon général est celui qui connaît ses défauts autant que ceux de c’est adversaires, mais c’est aussi celui qui sait prendre en compte les particularités topographiques d’un terrain d’opérations, celui qui saura privilégier au bon moment l’approche indirecte, ou encore celui qui saura tirer le meilleur parti de ses réseaux de renseignements. L’art de la guerre se conjugue alors avec un pré-requis indépassable pour qui veut tendre à la victoire, à savoir la remise en cause permanente de toute théorie comme seul gage d’opérationnalité stratégique. Car comme le dit si bien le Sun Tse, « celui qui est capable de remporter la victoire en s’adaptant à la situation de l’ennemi est qualifié de “génie”. »

 

 

Par Matthieu Roger

 

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite