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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 17:21

Éditions Ramsay, 1982

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Dans ce livre Pierre Crépon examine le rapport historique entre la guerre et les grandes religions du monde. Pour cela il étudie successivement les guerres de Yahvé dans la religion d’Israël, l’eschatologie juive et le pacifisme chrétien, l’apparition du christianisme belliqueux, le Jihad en terre d’Islam, les mythiques et conflits dans les sociétés traditionnelles, les sacralisations mythologiques de la guerre, la guerre sacrée chez les Aztèques, l’hindouisme et la spiritualisation de la guerre, et enfin la pacification de l’esprit par le bouddhisme. Un programme ambitieux donc, qui a pour objet de montrer comment le religieux s’est emparé au fil des siècles de la question militaire, et comment son prisme idéologique a dû continuellement s’adapter aux contingences du pouvoir temporel. La première partie de l’ouvrage est très intéressante, dans la mesure où le message des grandes religions monothéistes est analysé à l’aune des différents contextes historiques. L’auteur nuance constamment son propos, sans jamais verser dans la complaisance ou, à l’inverse, dans la dénonciation d’un pseudo obscurantisme religieux. Il montre bien que le christianisme est la première grande religion à prôner la non-violence, même si certains dirigeants de l’Église n’hésiteront pas à appeler à la guerre sainte. De même,  il dénonce l’acception du Jihad comme « guerre sainte », alors que ce terme signifie littéralement « effort sur le chemin de Dieu ». Ainsi la grande majorité des musulmans modernes considèrent-ils que l’expansion de l’Islam doit se faire par la persuasion, et non par la levée des armes. Pierre Crépon tourne ensuite son regard vers les panthéons cosmogoniques des religions primitives, ce qui lui permet de dégager plusieurs points communs en ce qui concerne les mythes de la création chez les religions polythéistes. La civilisation aztèque, à cause de son interprétation cyclique du temps, procède à une sacralisation de la guerre. C’est pourquoi, vers 1450, se voit instaurée la coutume qui peut nous sembler barbare de la Xochiyaoyotl, la « guerre fleurie » : des guerres sont régulièrement organisées pour permettre la capture des prisonniers promis aux sacrifices humains qui contenteront les dieux. Ici la question stratégique est complètement évacuée au profit de la seule dimension rituelle et religieuse.

 

Les deux derniers chapitres traitant de l’hindouisme et du bouddhisme m’ont cependant laissé sur ma faim. L’auteur semble oublier l’impératif de mise en perspective historique pour livrer une simple présentation des thématiques abordées par ces deux grands courants religieux asiatiques. Cette initiation aux philosophies hindouiste et bouddhiste délaisse trop la relation avec le fait militaire pour pouvoir s’inscrire de manière pertinente avec les trois premiers quarts de l’ouvrage, comme ci ces deux derniers chapitres étaient de trop. C’est dommage, car l’entreprise de l’auteur offrait jusqu’à présent une mise en perspective intelligente de la guerre comme interprétation à la fois idéologique et pragmatique des croyances religieuses.

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Histoire
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite