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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 14:10

Denoël Graphic, 2015

 

 

 

Quand Rudolf Ditzen, plus connu sous le pseudonyme d'Hans Fallada, se fond dans son homologue de papier Erwin Sommer, cela donne un récit qui ne manque pas d'intérêt. C'est cette rencontre que nous livre Jakob Hinrichs dans Hans Fallada – Vie et mort du buveur. Deux destinées tempétueuses et tourmentées qui se répondent continuellement tout au long de l'ouvrage pour finalement n'en raconter qu'une : celle de Rudolf Ditzen.

Erwin Sommer est le propriétaire d’un commerce prenant la mauvaise courbe économique. Perturbé de cacher ses déboires financiers à sa femme Magda, il commence à s’enivrer quotidiennement. Sa pratique du goulot devient pathologique jusqu'à ce que la bouteille soit son unique compagne et, plus tard, la morphine son amante, au détriment de toute vie sociale et familiale. Ses péripéties éthyliques le mèneront de l'asile à la prison, où il passera une grande partie de ses jours, notamment accusé de tentative de meurtre sur son épouse. Suite à une litanie de cauchemars, produits des crises de manque, il trouvera sa rédemption dans l'écriture. Elle sera une bouée de sauvetage à ses souffrances psychologiques, à défaut de ses addictions dont il restera dépendant jusqu'à sa mort en 1947.

Cette construction originale, alternant des passages de l'existence des deux protagonistes, permet d'accentuer la perte de contrôle de ce qui est réel et de ce qui ne l'est plus. En oscillant entre la vie d'Hans Fallada et celle de son fictif alter ego, le lecteur plonge au cœur de la création d'un déclin social et finit par errer dans les méandres tortueux de l'esprit. Tout tourne au trouble. Des mésaventures vécues par Hans et Erwin à la période dans laquelle ils évoluent, empreinte de la montée du nazisme, jusqu'au dessin et aux tons psychédéliques entraînant dans les digressions hallucinatoires, liées à l’absorption abondante d’alcool et de stupéfiants, des deux personnages. Le trait nébuleux, aux teintes expressionnistes riches en couleurs, vient ajouter une touche particulière à l’ouvrage en le rendant extrêmement immersif. Ce mélange, méticuleusement renseigné aussi bien concernant Rudolf Ditzen que son œuvre ou encore ses déviances, est une réussite incontestable.

Voilà un ovni graphique dont la lecture devient sans doute la plus grande addiction pour celui qui l'a entre les mains. Il y a de la poésie dans cette déchéance !

 

 

 

Par KanKr

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Published by Matthieu Roger - dans Fictions
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite