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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 13:16

Éditions France Loisirs, 1983

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Comme le dit dans sa préface Edwin O. Reischauer, ancien ambassadeur des États-Unis au Japon, La pierre et le sable est en quelque sorte l’Autant en emporte le vent du Japon. Publiée dans les années 1930 sous forme de feuilleton journal, l’histoire retrace la trajectoire hors du commun et fortement romancée d’une figure légendaire du Japon du XVIIe siècle, Myamoto Musashi. Ce rõnin (samouraï errant) se distingua par sa maîtrise exceptionnelle du sabre et fonda la nouvelle école de combat Niten Ichi Ryu. Grâce à son utilisation novatrice du sabre long et du sabre court, conjuguée à une morale de vie à la fois austère et exigeante, il remporta un nombre incalculable de duels et de combats, établissant sa renommée d’invincibilité sur tout le pays. Brillant récit de cape et d’épée, le roman d’Eiji Yoshikawa contribua au processus de « légendarisation » du personnage, désormais inscrit au fronton du folklore nippon. J’ai eu un tout petit de mal à rentrer dans l’histoire, mais cette dernière s’avère vite prenante et l’on finit par dévorer les quatre grandes parties de l’ouvrage intitulées « La terre », « L’eau », « Le feu » et « le vent ». Les quatre éléments font échos au célèbre Traité des cinq roues écrit par Myamoto Musashi, disponible dans la collection Spiritualités vivantes aux Éditions Albin Michel, dont je vous recommande fortement la lecture. La pierre et le sable et le Traité des cinq roues sont à mon avis les deux ouvrages incontournables pour appréhender la rigueur Zen dont découle l’art martial japonais de l’époque classique. À ce sujet il n’est pas étonnant que ce roman face référence au célèbre Art de la guerre de Sun Tsé, que je vous ai déjà présenté. Ainsi est-il raconté que notre héros, « chaque fois qu’il en arrivait à un passage qui lui plaisait, (…) le lisait et le relisait à voix haute ainsi qu’une psalmodie » (p. 144). Le tour de force de Myamoto Musashi est de dépasser la voie du maître, en faisant du combat non plus un art de la guerre mais une véritable philosophie de vie.

L’oeuvre d’Eiji Yoshikawa est loin de simplement décrire une succession de combats ou de duels, dont le nombre est d’ailleurs au final très limité ; elle nous permet d’entrer de plein pied dans un Japon féodal où quatre castes sociales cohabitent difficilement. Shimen Takezo, devenu Myamoto Musashi après son apprentissage de l’escrime, rencontre tout au long de ses pérégrinations des paysans, des samourais, des nobles et des marchands, dont le comportement souvent équivoque ne fait que renforcer sa volonté de découvrir une nouvelle Voie du sabre, au sens noble et désintéressé du terme. Sa quête d’un nouvel art de vivre va de pair avec une compréhension philosophique des affres quotidien, de la nature et des rapports humains. Cette quête de discipline effrénée n’est pas sans troubler ses sentiments envers la belle Otsù, désarçonnée par l’amour entier que porte Musashi à son sabre et son bokken (sabre en bois). Leurs retrouvailles à la fin du récit laissent volontairement planer le doute sur le futur de leur relation ; « blottie par terre et serrant contre elle le kimono et les sabres de Musashi », Otsù ne peut laisser échapper ses larmes, comme condamnée à rester dans l’ombre du plus grand des samouraïs.

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Fictions
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite