Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 13:22

Éditions Vuibert, 2013

cover-la-ruine-du-qin.jpg

 

 

 

François Thierry est conservateur général chargé des monnaies orientales au Département des Monnaies et Médailles de la Bibliothèque Nationale de France. Dans ce livre, sous-titré Ascension, triomphe et mort du premier empereur de Chine,  il narre l’accession au pouvoir et le règne de Shihuangdi (221-207 av. J.-C.), le premier empereur de Chine. Exercice pour le moins périlleux, tant les travaux antérieurs oscillent entre l’hagiographie ou bien à l’inverse au réquisitoire contre un empereur dit tyrannique et mégalomane. En s’aidant d’une analyse psychologique du personnage, qui explique notamment sa profonde paranoïa, François Thierry réussit à restituer le contexte extrêmement complexe de la très brève unification de la Chine de la fin du IIIe siècle av. J.-C. Mais La Ruine du Qin offre un panorama bien plus vaste de la Chine antique, montrant que les fondements d’une volonté impérialiste de la part des rois du Qin remontent bien plus en amont, Shihuangdi bénéficiant du travail de sape de ses prédécesseurs, qui lui permirent de « cueillir » les autres royaumes combattants comme des fruits murs. Et François Thierry de préciser : « Le triomphe de Qin Shihuangdi fut éphémère et en trompe l’œil. Certes, sous son règne s’est produit l’achèvement de l’unification territoriale de la Chine de l’époque, mais l’unification politique, administrative et économique n’était rien d’autre que la prolongation de celle de Zhaoxiang [ndlr : roi du Qin (370-251 av. J.-C.) brièvement Empereur d’Occident (288 av. J.-C.)] : on a l’impression d’un navire immense qui aurait continué d’avancer sur son élan, sans vent ni capitaine : e la nave a. » (p. 221). Étrange période de confusion idéologique entre autoritarisme d’un état centralisateur, économie agraire, légisme intransigeant et recyclage des slogans confucianistes.

 

On peut toutefois regretter que l’auteur n’évoque pas assez l’outil et les méthodes militaires ayant permis au royaume de Qin de prendre en un siècle un ascendant spectaculaire sur ses ennemis Wei, Han, Zhou, Zhao, Yan, Qi, Shu, Ba, et Chu (cf. carte p. 23). Constituée à parts égales de trêves contractées via les envois d’otages royaux et de périodes de combats sanglants – on n’hésitait pas alors à décapiter les soldats vaincus par dizaines de milliers –, la description faite des intrigues diplomatiques aurait gagnée à être mise en perspective avec l’art de la guerre chinois. Mais La Ruine du Qin n’en reste pas moins un ouvrage surprenant, extrêmement bien documenté, toujours à la recherche d’une véracité historique encore difficile à cerner de nos jours.

 

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire
commenter cet article
11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 02:13

Éditions Vuibert, 2012

cover medicis

 

       

On ne présente plus Alexandre Dumas, le célèbre romancier à qui l’on doit d’inestimables chefs-d’œuvre tels que Les Trois Mousquetaires ou Le Vicomte de Bragelonne. Il s’avère qu’en 1840 celui-ci se trouve à Florence où il se voit chargé de produire un écrit présentant la prestigieuse galerie des Offices. Dumas choisit de débuter son ouvrage par le récit des splendeurs et des secrets de la dynastie des Médicis, à qui l’on doit justement la fondation dudit musée. Avec sa verve habituelle, il nous conte l’histoire de la branche aînée (descendance de Côme l’Ancien, proclamé Père de la patrie à sa mort) et de la branche cadette (descendance de Laurent l’Ancien) de la célèbre famille florentine. Et le moins que l’on puisse dire c’est que les Médicis ont tout connu et expérimenté : complots, luttes de pouvoir, assassinats, trahisons, exils, révoltes, passions destructrices, tout y passe ! Dumas nous présente tout à tour, de manière exhaustive, tous les Médicis ayant à un moment ou un autre exercé le pouvoir en Toscane. On peut regretter que cette exhaustivité ressemble parfois à une énumération de personnages historiques, mais à l’inverse elle confère de la densité à cette fresque dynastique. En outre, c’est l’occasion pour l’auteur d’ébaucher en arrière-plan la destinée extraordinaire de la cité florentine, qui occupait du XVe au XVIIe siècle une place véritablement centrale sur l’échiquier politique de la péninsule italienne.


Il est logique, au vu de la commande qui lui est adressée par la ville de Florence, que Dumas s’intéresse particulièrement au lien reliant le prince aux arts – sur cette question lire Le prince et les arts (ouvrage collectif, Atlande Eds, 2010). Les Médicis n’eurent en effet de cesse de promouvoir et d’accueillir les plus grands artistes et intellectuels de l’époque, l’accumulation de richesses et d’œuvres d’art ayant pour but de refléter la grandeur, la munificence et la prodigalité du prince. Le fait est que ce mécénat intéressé correspondit souvent à des goûts personnels, à l’image du grand-duc Ferdinand Ier (1549-1609), passionné de musique, de peinture et de sculpture. Et Dumas de  conclure : « Que les Médicis dorment en paix dans leurs tombeaux de marbre et de porphyre ; car ils ont fait plus pour la gloire du monde du monde que n’avaient fait avant eux, et que ne firent jamais depuis, ni princes ni rois ni empereurs. » On le voit ici, l’hagiographe n’est jamais bien loin…

 


 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire
commenter cet article
9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 21:55

Éditions Ouest-France, 2011


cover-grands-mensonges.jpg

 

 

 

Auteur américain de nombreux livres d’histoire militaire, William Weir signe avec Grands mensonges de l’histoire ce qui s’avère être une œuvre collective, puisqu’il est assisté de Kevin Dwyer, Juré Firorillo, Edwin Kiester et Ed Wright. Se répartissant la tâche, ils reviennent sur quinze personnages ou épisodes marquants de l’histoire mondiale. On ne s’étonnera donc pas du tropisme anglo-saxon adopté ici, notamment en ce qui concerne les sujets d’histoire moderne et contemporaine choisis : la chevauchée de Paul Revere, l’épopée de Jesse James, le western des frères Earp, l’insurrection des Philippines, la folle course à l’or d’Harold Lasseter, la mort de John Dillinger, les guerres en Afghanistan, etc. Curieusement, ce sont les épisodes d’histoire ancienne, illustrés au moyen de gravures inédites., qui sont les mieux écrits et les plus passionnants, Les six premiers chapitres amènent ainsi le lecteur aux côtés de Néron, de Ramsès II, des chefs goths, de Robert de Bruce, d’Hernan Cortes et de Galilée, nous faisant découvrir les moindres détails de leur vie tumultueuse. C’est à partir du septième chapitre que l’affaire se corse, puisque les textes des historiens pâtissent d’une traduction française déplorable, à la limite du scandaleux. Certaines phrases semblent même traduites mot à mot ! Les Éditions Dédicaces, basées à Villeneuve d’Ascq et chargées de ladite traduction, n’ont manifestement pas fourni un travail qualifiable de professionnel.


Si ce livre s’intitule Grands mensonges de l’histoire, c’est que chaque chapitre part de fausses vérités inscrites dans la mémoire collective pour ensuite les discréditer par les faits. Mais dénoncer les « mensonges de l’histoire » n’est en fait qu’un prétexte pour aborder les thèmes de prédilection des auteurs. Il est évident que pus personne ne croit aujourd’hui que l’empereur Néron ait pu jouer du violon durant l’incendie de Rome ! Par contre, il est autrement plus intéressant de se pencher sur les luttes de pouvoir qui agitaient alors le monde antique, ce que nous permet partiellement cet ouvrage. On notera d’ailleurs, au sein de la bibliographie placée en annexe, la présence de l’excellent livre d’Alessandro Barbero Le Jour des barbares, déjà chroniqué sur ce site.

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire
commenter cet article
5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 00:56

Le Livre de Poche, 2004

tres riches heures de l humanite

 

 

 

Dans Les Très Riches Heures de l’humanité, Stefan Zweig cherche à graver dans le marbre les rares moments où l’événement modifie à jamais le cours de l’Histoire. En démultipliant les champs du possible grâce à leur génie ou leur persévérance, certains hommes eurent en effet une influence d’une portée incommensurable. Stefan Zweig l’assène d’emblée dans sa préface : « De telles heures, d’une grande concentration dramatique, porteuses de destin, où une décision capitale se condense en un seul jour, une seule heure, et souvent en une seule minute, sont rares tout au long de l’Histoire. J’essaie de faire revivre ici quelques-unes de ces heures survenues aux époques et dans les contrées les plus diverses et qui, semblables à des étoiles brillent d’un éclat immuable au-delà de la nuit de l’oubli. » (p. 8). Douze chapitres nous font découvrir ici cinq siècles d’aventures en tous genres. Douze chapitres pour autant d’instants où l’événement transcende l’Histoire.

 

Le plus remarquable chez Stefan Zweig, ce sont ses qualités de conteur, sa capacité à littéralement nous faire revivre d’autres époques et à nous transporter sur d’autres continents. Sans jamais tomber dans le grandiloquent ou le dithyrambe, sa plume lyrique réussit à retranscrire la grandeur de hauts faits parfois oubliés. Qu’il s’agisse de la découverte de l’océan Pacifique (1513), de la célèbre bataille de Waterloo (1815) ou du retour de Lénine en Russie (1917), il réussit parfaitement à retranscrire  cet instant où ce qui d’ordinaire se déroule lentement se comprime, détermine et décide tout. À ce titre, deux chapitres m’ont marqué entre tous. Le premier concerne la prise de Byzance par les Turcs (1453), dont l’auteur livre un récit haletant et épique. La volonté farouche de Mehmet II, qui ira jusqu’à faire transborder toute sa flotte de navires de guerre par-delà un promontoire montagneux pour bloquer la rade, s’oppose là au courage des derniers défenseurs byzantins, qui savent bien que les Ottomans ne leur feront aucun quartier. Et que dire de l’ahurissante expédition du capitaine Scott au pôle Sud (1912) ? Jamais l’opiniâtreté humaine ne connut plus tragique dénouement que sur la banquise antarctique.

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire
commenter cet article
2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 21:57

Éditions Fayard, 1984

cover-guillaume-le-marechal.jpg

 

 

On ne présente plus Georges Duby, éminent médiéviste qui fut membre de l’Académie française et professeur au Collège de France. Son Guillaume le Maréchal retrace la vie du chevalier anglais éponyme, un des tournoyeurs les plus célèbres de son temps. S’appuyant pour l’essentiel sur les ouvrages de Sydney Painter, Anton Friedmann et surtout sur l’édition réalisée en 1891-1901 par P. Meyer de l’Histoire de Guillaume le Maréchal, récit d’environ vingt mille vers datant du XIIIe siècle, Georges Duby analyse avec une grande précision les codes de la chevalerie et le fonctionnement des liens féodaux ayant cours au XIIe siècle. Or il s’avère que destin hors norme de Guillaume le Maréchal aura pour nombre de ses pairs valeur du meilleur des exemples. « Juchée sur la prouesse, soutenue d’une part par la loyauté, d’autre part par la sagesse, voici la chevalerie, et le plus haut ordre qu’ait fait Dieu. Dans ces assises, de vaillance rassemblée autour du roi capétien, premier lieutenant de Dieu sur la terre, Guillaume le Maréchal, le plus preux, le plus loyal et le plus sage, se trouve proclamé le meilleur des chevaliers. » (p. 34). Issu de petite noblesse, Guillaume profita de sa proximité avec la maison royale d’Angleterre et de ses dons extraordinaires de jouteur pour bâtir sa renommée et sa richesse. Au fur et à mesure que ses prises de tournois s’accumulaient (chevaux, argent, biens matériels), il put faire montre de générosité envers ses hommes les plus dévoués et se gagner de précieux appuis au sein de la haute noblesse. Ce que montre bien l’auteur, c’est que le chevalier féodal, s’il voulait s’élever socialement, devait à la fois se rendre incontournable au sein de la maison de son suzerain et choisir le camp du vainqueur. Servant tour à tour les intérêts d’Henri II, d’Henri le Jeune, de Richard Cœur de Lion et de Jean sans Terre, il termina sa vie comme Régent d’Angleterre du jeune Henri III, pour lequel il put une dernière fois se distinguer en remportant la bataille de Lincoln, mettant fin en 1217 aux prétentions françaises sur le royaume d’outre-Manche.

 

 

La noblesse combattante de cette époque est en permanence sujette aux liens de vassalité contractés envers tel ou tel seigneur. Mais ce lien féodal s’avère encore plus fort que le respect dû au pouvoir royal, signe que les allégeances personnelles et intérêts familiaux possèdent encore la force inaltérable de la parole donnée, se transformant au besoin en bras armé du suzerain. Si le baron ou comte du XIIe siècle cherche en permanence à nouer des alliances via le mariage de sa progéniture, c’est pour consolider toujours plus encore le réseau de ses obligés. Si possible tout en essayant de se rapprocher au plus près des familles les plus influentes et prospères. De fait, le vrai pouvoir du chevalier réside avant dans l’usage combiné de sa libéralité et de sa bravoure. Étonnante alliance de l’apparat et de l’épée dont su profiter Guillaume le Maréchal, cadet sans avoir devenu riche homme et baron. Laissons pour conclure la jolie plume de Georges Duby résumer cette trajectoire ascendante : « Ce fut à cette excellence et à elle seule, qu’il dut de s’élever si haut. Grâce à ce grand corps infatigable, puissant, habile dans les exercices cavaliers, grâce à cette cervelle apparemment trop petite pour entraver par des raisonnements superflus le naturel épanouissement de sa vigueur physique : peu de pensées, et courtes, un attachement têtu, dans sa force bornée, à l’éthique très fruste des gens de guerre dont les valeurs tiennent en trois mots : prouesse, largesse et loyauté. » (p. 185-186).

 

A l’instar de l’excellent Dimanche de Bouvines, du même auteur, Guillaume le Maréchal mérite de figurer dans la bibliothèque de toute personne intéressée par cette période du Moyen Âge.

 

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire
commenter cet article
14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 20:43

Éditions Grasset & Fasquelle,  2009

 

cover-les-grandes-vies.jpg

 

 

 

Les Grandes Vies regroupent quatre biographies écrites par Stefan Sweig sur Fouché, Marie-Antoinette, Marie Stuart et Magellan. Et franchement, ces grandes vies méritent le détour. Grâce à sa prose remarquable, Stefan Sweig nous narre la vie de ces grandes figures historiques de manière extrêmement captivante, nous emmenant souvent plus du côté du roman d’aventures que de la biographie historique classique ou académique. Ce qui fait la particularité de Stefan Sweig, né en 1881 et décédé en 1942, c’est son approche très psychologisante des personnages qu’il décrit. Non seulement il analyse leurs actions, mais il n’a de cesse de les relier à la trajectoire individuelle et aux causes psychologiques qui leur sont propres. Ainsi le lecteur a-t-il l’impression de lire dans l’esprit de Fouché ou de Marie Stuart, de se laisser porter avec eux par le courant des méandres politiques et diplomatiques. Là s’opère le génie du récit historique par Stefan Sweig : pas un seul instant on ne doute des éléments d’interprétations qu’il avance, d’autant plus qu’ils sont toujours étayés par de solides recherches et références historiques. Convoqués en tant que témoins privilégiés, l’auteur nous offre l’insigne honneur de cheminer à côté de ces grands acteurs de l’Histoire avec un grand H.

 

Je n’ai pas lu la biographie de Marie-Antoinette, ma critique porte donc ici uniquement sur Fouché, Marie Stuart et Magellan. Le fait est que j’aurais dû mal à dire laquelle de ces trois biographies m’a le plus marqué. Là où Fouché interloque par sa capacité à survivre à une époque remplie de bouleversements – il réussit tout de même le tour de passe-passe incroyable de servir successivement la Révolution, le Directoire, le Consulat, l’Empire et enfin la Royauté –, le destin shakespearien de Marie Stuart et le tour du monde inimaginable de Magellan sont tout aussi passionnants à vivre. L’auteur est autant à l’aise dans la peinture des multiples facettes d’une personnalité que dans celle des grands enjeux historiques sous-jacents. Dans l’ombre de Fouché, de Marie Stuart ou de Magellan, se dressent la stature tragique de Bothwell, l’ambition de gloire insatiable de Napoléon, ou encore l’infinitude des océans. À titre d’illustrations, voici trois extraits qui valent pour preuve de « la prose enchanteresse » de Stefan Sweig.

 

« L’expédition d’Alexandre, de la Grèce à l’Inde (qui est encore aujourd’hui fabuleuse, lorsqu’on la suit du doigt sur la carte), la conquête de Cortez, la marche de Charles XII de Stockholm à Pultava, la caravane de six cent mille hommes que napoléon traîne d’Espagne jusqu’à Moscou, ces prouesses à la fois du courage et de la présomption sont dans l’histoire ce que représentent les combats de Prométhée et des Titans contre les dieux dans la mythologie : de l’héroïsme et de l’ « hubris », mais, dans tous les cas, le maximum, déjà sacrilège, de tout ce qu’il est possible d’atteindre humainement. » (Fouché, p. 143)

 

« Ce Bothwell semble taillé dans un bloc de marbre noir. D’une énergie insolente, le regard hardiment fixé par-delà les temps, il rappelle le condottiere italien Coléoni. C’est un homme dur, brutal, d’une virilité exceptionnelle. Il porte le nom d’une très vieille famille écossaise, les Hepburn, mais on croirait plutôt que le sang des Vikings coule dans ses veines. Malgré sa culture (il parle admirablement le français et aime les livres qu’il collectionne), il a gardé l’humeur d’un rebelle-né à l’ordre bourgeois, l’amour effréné de l’aventure de ces « hors-la-loi », de ces corsaires romantiques célébrés par Byron. Grand, large d’épaules, d’une force herculéenne – il manie le lourd glaive à deux tranchants avec la même facilité qu’une épée et dirige seul un navire à travers la tempête – il tire de son courage physique une audace morale, ou plutôt immorale, incroyable. » (Marie Stuart, p. 840)

 

« Jamais la géographie, la cosmographie n’ont connu, jamais elles ne connaîtront plus un progrès aussi accéléré, aussi enivrant, aussi triomphal que pendant cette période de cinquante années au cours de laquelle ont été déterminées la forme et la configuration définitives de la terre, où l’humanité découvre la planète sur laquelle elle s’agite depuis des temps incalculables. Cette tâche formidable est l’œuvre d’une seule génération ; ses marins ont surmonté tous les dangers pour frayer la route à leurs successeurs ; ses conquistadores ont conquis des continents et des mers, ses héros ont résolu tous les problèmes ou presque. Un seul exploit reste encore à réaliser, le dernier, le plus beau, le plus difficile : faire sur un seul et même navire le tour du globe, prouver envers et contre tous les cosmographes et les théologiens du passé la sphéricité de la terre. Accomplir cette mission sera le but et la destinée de Fernão de Magelhães. » (Magellan, p. 1072)

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire
commenter cet article
20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 18:27

Éditions Perrin, 2010

cover-gouverner.jpg

 

 

 

Thierry Sarmant est issu de l’École nationale des chartes où il a obtenu le diplôme d'archiviste paléographe en 1993. Docteur en histoire et conservateur au Musée Carnavalet, il s’est notamment penché sur la figure de Louvois, auquel il a consacré plusieurs études. Mathieu Stoll est également un ancien élève de l'École nationale des chartes. Il est docteur en histoire et conservateur à la bibliothèque de la Sorbonne.

 

Régner et gouverner – Louis XIV et ses ministres étudie les relations entre Louis XIV et ses ministres. On y apprend comment s'effectue l'exercice du pouvoir dans ce gouvernement, au travers de Conseils et de leur organisation. Les Conseils désignent un ensemble d'organes collégiaux, institutionnalisés et permanents, chargés de préparer les décisions du roi et de guider son avis. Le Conseil se spécialise en formations différentes selon la nature des affaires à traiter. Les Conseils de gouvernement (Conseil d’en-Haut, Conseil royal des finances et Conseil des dépêches, qui se tiennent au Cabinet du roi) diffèrent des Conseils de justice ou d’administration (qui sont chargés des affaires contentieuses et présidés par le chancelier de France). Le roi ne se rendait jamais à ces derniers, mais tous les arrêts qui en émanaient étaient réputés provenir de sa personne. On disait d'ailleurs du chancelier qu'il était « la bouche du roi ». Les auteurs montrent bien dans quelle mesure les Conseils de gouvernement sont le lieu secret de la circulation de l’information, des nominations, des délibérations. Le rythme hebdomadaire de ces Conseils cadence le travail des ministres et des secrétariats. De fait, le travail du roi est multiple, puisqu’il comprend de larges consultations, la réunion des conseils, des entretiens en tête-à-tête, des séances de travail sur dossiers. Après 1691 le Conseil du roi conserve une place centrale, mais le secrétaire d’État de la guerre n’y siégeant plus, le roi prend des décisions militaires en dehors du Conseil, dans le cadre informel de discussions en tête-à-tête ou via correspondances avec ses généraux. Il devient alors pleinement le chef de ses armées. En revanche, les Affaires étrangères comme les Finances restent débattues en Conseil.

 

Cet ouvrage permet de mieux connaître l'importance que revêtirent les Conseils dans le cadre des relations entre Louis XIV et ses ministres, puisque le roi tient chaque jour conseil. Y sont exposés l'agencement de la structure politique sous Louis XIV, de même que les composition et fonctionnements spécifiques des différents Conseils.  Même si Louis XIV ne gouverne pas seul, il reste in fine l’arbitre de toute décision. Il est alors son propre premier ministre pris dans la gestion quotidienne d’une multitude d’affaires.

 

 


Par Pierre Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire
commenter cet article
30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 08:59

Hors-série réédité par Science & Vie et Guerres & Histoire

 

cover-algerie.jpg

 

 

 

À l’occasion du cinquantième anniversaire des accords d’Évian, les magazines Science & Vie et Guerres & Histoire se sont associés pour rééditer ce numéro hors-série déjà paru en 2004. Comme l’énonce avec justesse Jean Lopez dans son avant-propos, le « présent des relations entre la France et l’Algérie est impossible à comprendre sans connaître l’histoire de ces années 1954-1962 ». D’où l’importance d’un éclairage à la fois synthétique et objectif sur cette tragique période, remplie de troubles et de passions. Pour ce faire, ce hors-série présente six grandes parties thématiques, dont les articles sont autant de focus analytiques :


- les « 2800 jours de guerres » proprement dits, avec un portfolio étonnant et une chronologie assez complète

- « la révolte vient de loin », qui revient sur les différences entre population musulmane et population pied-noir

- « les opérations militaires » et leurs dimensions tactiques et opérationnelles

- la « double guerre civile », qui plaça la population au cœur des violentes exactions du FLN (Front de Libération Nationale) et de l’OAS (Organisation Armée Secrète)

- le rôle stratégique du Sahara, ce « far-west français » aux multiples intérêts économiques

- la dimension mémorielle du conflit, que ce soit envers les harkis, les pieds-noirs ou encore les victimes des tortures perpétrées par les deux camps.

 

De par la diversité des sujets abordés, Algérie 1954-62 : la dernière guerre des Français constitue une très bonne introduction pour qui voudrait aborder la guerre franco-algérienne. Elle met en effet en parallèle la défaite politique de la France, qui ne comprit pas assez vite la nature inaliénable des revendications nationalistes algériennes, avec sa victoire militaire sur le terrain – en 1962 les troupes du FLN étaient soit vaincues soit retranchées derrières les frontières marocaine et tunisienne. Une victoire militaire longue à se dessiner, et pour l’obtention de laquelle tous les coups furent permis. L’article du journaliste Stéphane Lutz-Sorg « Coups tordus à la française » nous le rappelle, qui montre bien que la manipulation, l’infiltration, l’intox et l’assassinat furent le pain quotidien des unités de contre-insurrection dépêchées dans ce qui constituait encore à l’époque un département de la république française.

 

 

 

Par Matthieu ROGER

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire
commenter cet article
24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 17:16

 

Éditions Privat, 1992

cover-fin-du-monde.jpg

 

 

 

Le colloque dont sont tirés ces actes a pour thème les visionnaires et prophètes dans l’histoire religieuse du Languedoc, de la fin du XIIIe siècle jusqu’au début du XV esiècle. Cette période recouvre la perception d’un âge sombre et noir marqué par la peste, la famine ou encore les guerres, qui lui vaudront d’ailleurs l’expression de période des « terreurs de l’an Mille ». Les malheurs de ce temps provoquent l’obsession d’une approche de la fin du monde, à savoir : comment se présentera la fin ? Dans ce contexte tragique, certaines personnes affirment délivrer de la part de Dieu des messages que l’on désigne sous les termes de visions eschatologiques, c’est-à-dire un ensemble de doctrine relatives à la destinée humaine et à la fin du monde. L’enjeu est double puisqu’il s’agit également de « ramener les foules à l’écoute de la parole de Dieu » (p. 30), comme le démontre Raoul Manselli dans ses recherches sur l’eschatologie. Ces visions sont donc employées comme un remède aux vices de l’époque.

 

Si les uns furent plutôt des visionnaires (frère Roger, Arnaud de Villeneuve, frère Robert d’Uzès, etc.), d’autres privilégient la prophétie qui se définit comme l’art d’interpréter les textes prophétiques (l’abbé cistercien Joachim de Flore par exemple). La base du système prophétique médiéval est constituée d’oracles : le prophète n’est pas celui qui délivre une parole inspirée mais il est « l’interprète d’une parole antérieure transmise par la tradition » dixit Jean de Roquetaillade. Certains prophètes s’imposent donc comme de véritables « exégètes », c’est-à-dire des spécialistes sur l’interprétation d’un texte.

Peu à peu, la fonction prophétique est employée de diverses manières tantôt à des fins politiques, tantôt à des fins propagandistes. Colette Beaune s’emploie à montrer la manière dont la prophétie est employée de sorte à imprégner l’imaginaire populaire (p. 237).

Avec le Grand schisme d’Occident, au tournant des XIVe et XV e  siècles (1378 - 1417), apparaît un nouvel outil en terme de vision au travers de la pratique astrologique. L’astrologie s'appréhende comme « une science du ciel » (p. 259), en totale rupture avec les littératures prophétiques. Au XIVe siècle, le Pape Clément VI use fréquemment des jugements astrologiques pour prévoir l’avenir lié à la chrétienté face à la menace musulmane. Cette tradition à la coutume astrologique des Papes d’Avignon se perpétue, comme en témoigne le De excellentia spiritualis imperii d’Opicinus.

Les révélations et les prophéties constituent un phénomène massif du XIIIe au XV e  siècle. Les visionnaires et les prophètes font office de témoins des « sensibilités, espoirs et peurs de leur temps » (p. 352). Ils cherchent en quelque sorte à enrayer les catastrophes, en prévoyant l’avenir, en le maîtrisant, et si possible en l’orientant. Avec l’apparition du phénomène astrologique la prophétie est employée au service des causes les plus diverses : dans des affaires politico-religieuses, pour flatter les intérêts d’un prince, en tant que propagande, etc. On s’éloigne alors de la fonction spirituelle des visions eschatologiques et des prophéties qui avaient pour but d’annoncer le retour glorieux du Christ.

 

Les visions et les prophéties sont la traduction d’une angoisse face aux multiples malheurs frappant le Bas Moyen Âge. Toutefois celle-ci rompt avec la notion de temporalité historique, elle entend prévoir et maîtriser l'avenir. Dès lors, l’utilisation des signes devient clairement un outil tant à caractère politique que religieux, dans le but de promettre un monde meilleur.

 

Notons que la liste des sources utilisées par les différents historiens et auteurs de ce colloque s'avère particulièrement exhaustive, au point de ne pouvoir toutes les mentionner et de ne citer que les plus pertinentes.

 

 

Par Pierre Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire
commenter cet article
10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 19:10

Éditions Allia, 2010

cover-Apologie.jpg

 

 

Dans la nuit du 5 au 6 juillet 1536, Lorenzo de Médicis, dit Lorenzino, assassine le jeune duc Alexandre de Médicis, alors maître de Florence et gendre de Charles Quint. Rédigée par Lorenzino pour être lue dans les cercles politiques italiens, cette Apologie constitue à la fois une réponse à ses détracteurs et un développement des motivations éthiques et politiques de son meurtre. Invoquant les impératifs moraux des principes de citoyenneté et liberté, Lorenzino justifie son acte comme nécessaire à la république de Florence. Partant du présupposé qu’« il est bien que les tyrans soient tués », l’auteur a rédigé ce libelle dans le but de clarifier trois points essentiels. Premièrement, il explique en quoi Alexandre était un tyran. Deuxièmement, il dénonce le qualificatif de traître que certains accolent à son nom, puisqu’il affirme n'être ni serviteur ni parent dudit Alexandre. Troisièmement, il montre en quoi sa décision de fuir Florence après le crime pour rejoindre les ennemis des Médicis fut juste et inévitable. L’auteur livre donc son Apologie comme un témoignage auto-justificateur, comme une condamnation à mort universelle de la tyrannie. Son choix d’assassiner Alexandre fut le bon, dit-il, quoi qu’il lui en coûte, quoi qu’en pensent ses contemporains. Dans sa postface de l’ouvrage, Francesco Espamer s’appuie sur les différentes analyses du tyrannicide pour réfuter « l’image engendrée par le XIXe siècle d’un Lorenzino sombre, pâlichon et renfermé ». Selon lui, Lorenzino a composé l’Apologie avec éloquence, « pour rappeler aux contemporains et à la postérité que, malgré tout, il avait accomplie, lui, tout seul un geste mémorable ».

 

Même si l’Apologie ne fut pas imprimée du vivant de son auteur, elle continua longtemps après sa mort de circuler sous forme manuscrite. Elle fut publiée pour la première fois en 1723. Exercice de style rhétorique, elle rend compte d’une époque où complots et assassinats politiques décidaient du destin des principautés italiennes.

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Histoire
commenter cet article

Recherche

Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite