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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:30

Éditions Allia, 2006 (première version publiée en 2000)


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Chine trois fois muette regroupe deux essais traitant de la Chine dans son évolution historique moderne et séculaire. Jean-François Billeter mène ici une réflexion de haut vol pour exposer de quelle manière la Chine est de fait engagée au sein d’une « réaction en chaîne non maîtrisée » provoquée par la victoire de l’impératif économique. Car selon lui c’est la raison économique toute puissante, c'est-à-dire le système capitaliste même si l’auteur ne le cite jamais textuellement, qui a depuis le XIXe siècle pris le pas sur le social et qui définit le jeu international. La vision de Billeter se rapproche sur ce point de celle de l’économiste Daniel Cohen, qui a lui aussi diagnostiqué une rupture de l’économique et du social au XIXe siècle dans Trois leçons sur la société post-industrielle. Confrontée à l’extinction de l’URSS communiste, le Chine s’est vue forcée à se positionner par rapport au monde occidental et au modèle américain. D’où une ouverture croissante de l’économie nationale vers l’extérieur, ouverture qui nie cependant tout processus de remise en cause politique et se conjugue avec un repli idéologique du pays sur lui-même. La mise en perspective historique devient alors cruciale, puisqu’elle permet de saisir une tradition socio-politique ayant pour matrice la domination et la hiérarchie, tradition qui remonte à plus d’un millénaire. Dans ce cadre l’État chinois a pour fonction première d’équilibrer les forces sociétales en présence. Ce qui amène à considérer la conception chinoise de la stratégie, qui a plus pour vocation de neutraliser l’adversaire, l’opposant ou l’ennemi que de le détruire. La stratégie trouve alors sa source dans la domination des communautés par une instance proclamée supérieure. De même que l’Empereur a incarné au cours des siècles un pouvoir transcendantal, le Parti Communiste constitue aujourd’hui l’entité suprême de décision politique.

Le verrouillage socio-politique de la Chine est ce qui la rend trois fois muette. En réprimant violemment toute révolte ou contestation sociale, comme le fit par exemple invariablement Mao Tsé-toung, en sacrifiant des générations d’intellectuels, d’étudiants et d’artisans, la Chine a perdu la capacité de se saisir de façon critique de son époque, de son histoire récente ainsi que de son passé pris dans sa totalité. Ce triple mutisme, parce qu’il ne permet pas de réinterroger le modèle politique du pays, condamne la Chine à une fuite en avant dans l’exploitation économique. Cette dernière n’est que le symptôme de la réaction en chaîne enclenchée depuis deux cent ans, qui ne pourra être brisée sans un effort colossal d’imagination politique. Seul un regard historique sur ce que nous sommes devenus permettra selon l’auteur de fonder le nouveau paradigme de développement qui réconciliera l’économie, le politique et le social. En cela ce livre constitue plus qu’un regard socio-historique sur la Chine : il est une invite à repenser de manière lucide et stratégique de quelle manière les hommes d’orient et d’occident entendent vivre en société.

 

 

Par Matthieu Roger

 

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:01

Éditions Fayard, 2008

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Jean Favier est un érudit du Moyen-Âge : il est en effet chartiste et universitaire, professeur à la Sorbonne, directeur général des Archives de France, président de la Bibliothèque nationale de France, et même membre de l'Institut. Tenant parfois un propos de spécialiste lorsqu’il aborde les problèmes d’hérédité des différentes branches et  lignées capétiennes, l’auteur se concentre dans ce livre sur le principal personnage de ce que l’on appelle encore à l’époque la Maison d’Anjou : le duc René Ier d’Anjou, qui passera à la postérité sous l’appellation du  « bon » Roi René. Plus que la destinée chaotique d’un des plus grands princes du Royaume de France, c’est la reconfiguration permanente qui bouleversent les royaumes occidentaux au XVe siècle qui nous intéressent ici. Car Jean Favier s’attarde longuement sur les conflits armés et diplomatiques qui agitent la France sous la volonté centralisatrice des Rois et qui ensanglantent l’Europe à coups de guerre franco-anglaise ou d’expéditions militaires envoyées dans les principautés ou royaumes étrangers. Mieux encore, l’auteur nous introduit, à travers la vie du Roi René, dans le jeu européen des alliances et des coups-fourrés diplomatiques pour la possession des royaumes, principautés, duchés, comtés ou autres possessions terrestres et nobiliaires. Et quel plus bel exemple pour illustrer cela que le Roi René, qui réunit à différents moments de sa vie les titres de duc d’Anjou, duc de Lorraine, duc du Bar, Comte de Provence, Roi de Naples et de Sicile, Roi de Jérusalem, Roi de Hongrie et Roi d’Aragon ? Ce que l’on réalise au fil des pages, c’est que les souverains des royaumes européens dépendent en ces temps autant de leurs défaites ou victoires militaires que de leur filiation ou des mariages d’intérêt qu’ils peuvent contracter. S’ensuivent des transactions et négociations diplomatiques à n’en plus finir, où les juristes en droit héréditaire, voire même le Pape, interviennent de manière récurrente. La géographie de l’ « empire angevin » se recompose au XVe siècle au gré des traités que ratifie le Roi René et de l’appui que lui accord le plus en plus puissant et centralisateur Roi de France (Charles VII puis Louis XI). Mais la majorité des titres nobiliaires du Roi René sont en fait illusoires : les royaumes de Hongrie et de Jérusalem sont perdus depuis longtemps, après plusieurs tentatives infructueuses  de reconquêtes la Sicile et Naples passent définitivement au royaume d’Aragon, les duchés de Bar et de Lorraine sont cédés à son petit-fils. Ne lui restent plus à la fin de sa vie que son duché d’Anjou natal, apanage que le Roi de France finira par s’approprier, et son comté de Provence, seul endroit où il fur véritablement le seul maître sur ses terres et où il décèdera en 1480. Au fur et à mesure que l’on entre dans la vie du Roi René on comprend mieux les tenants et aboutissants du pouvoir, et l’on finit par saisir que le mariage constitue la pierre angulaire de la diplomatie féodale. Durant le Moyen-Âge il n’y a que le mariage qui peut, du jour au lendemain, renverser les alliances et faire de l’ennemi d’hier l’allié de demain. Il ne faut dès lors pas tant remporter la victoire sur le champ de bataille que posséder à sa cour des juristes habiles qui sauront prouver votre droit légitime sur tel fief ou principauté. Voilà un système politique que le Roi René n’aura en fin de compte fait que subir tout au long de sa vie, préférant la construction de nouveaux châteaux et le mécénat des arts plutôt que les intrigues politiques. Son second mariage avec Jeanne de Laval, en 1454, sera d’ailleurs un mariage d’amour et non d’alliance, fait extrêmement rare à l’époque.

Pour conclure ce livre offre, par l’étendu de son panorama sur l’Europe occidentale au XVe siècle, un compte-rendu inestimable des enjeux internationaux et géostratégiques de ce temps.

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite