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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 16:42

Le Livre Contemporain, 1959

 

 

Il faut prendre quelques précautions avant de se lancer dans La Grande Révolution 1715-1815. En particulier parce que son auteur, Bernard Faÿ, est un personnage trouble, aux idées bien arrêtées. Cet historien, grand spécialiste du siècle des Lumières, de la révolution américaine et de la Révolution française, fraya en effet avant-guerre avec les cercles de l’Action Française, pour ensuite se voir nommé directeur de la Bibliothèque Nationale de France sous Vichy. Emprisonné après-guerre et condamné pour ses actes de collaboration à l’indignité nationale, celui-ci poursuivit cependant ensuite son travail de recherches. Une fois cela posé quant à la grille de lecture idéologique de l’auteur, la lecture peut commencer.

 

La Grande Révolution est une étude extrêmement détaillée de l’évolution politique qui conduisit aux événements paroxystiques de la période 1789-1794. Bernard Faÿ a raison lorsqu’il pose l’étude de la Révolution sur un cycle long et non seulement événementiel. Mais ses partis-pris intellectuels, qui le conduisent à enquêter uniquement à décharge en faveur du pouvoir royal l’empêchent de fournir une analyse impartiale. Nonobstant ce problème fondamental de partialité critique, qu’il faut conserver à l’esprit tout au long de la lecture de l’ouvrage, il n’en pose pas moins certains constats importants à mettre en vis-à-vis du mythe révolutionnaire. D’une part, la création du nouveau pouvoir parlementaire sous la forme d’une Assemblée Constituante inédite en France se réclame bel et bien d’une adhésion à une nouvelle monarchie parlementaire. La république ne sera que la conséquence d’une fuite en avant accélérée vers la Terreur, rendue possible par l’opposition de multiples factions politiques plus ou moins structurées, s’annihilant les unes et les autres au fil du temps, conjuguée à la vacance du pouvoir central provoquée par la mise à bas de la monarchie. Mais en 1789 l’irruption du régime républicain n’était pas à l’ordre du jour, et encore bien difficile à prédire. D’autre part, son analyse passionnante des manœuvres politiques de cette décennie, très exhaustive, montre à quel point la Révolution française fut à ses débuts un mouvement uniquement parisien, la capitale devenant au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle le terrain de jeu des factions et clubs politiques en tous genres. Louis-Philippe d’Orléans fit d’ailleurs partie des agitateurs publics les plus actifs, sans réussite puisque guillotiné dès 1793 ; son destin  est symptomatique des feux de paille de paille politiques ayant embrasé cette période. Malheureusement, l’obsession de Bernard Faÿ à dénoncer systématiquement les agissements de la franc-maçonnerie, dont il fut un des principaux opposants sous Vichy, obère sa capacité à élargir le faisceau des causes et des conséquences de cette phase politique. On retrouve là à la fois la force et la faiblesse de La Grande Révolution : une érudition certaine couplée à certains partis-pris idéologiques partiaux. Dommage, car cette analyse successive de ce que l’auteur dénomme « la révolution philosophique », « la révolution royale », « la révolution parlementaire », « la révolution orléaniste », « la révolution aristocratique » et « la révolution des révolutionnaires » ne manque pourtant pas d’intérêt.

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite