Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 17:26

Plon/Imprimerie nationale Éditions, 1996 (première publication en 1932)


DSCF2084.JPG

 

Le fil de l’épée est à l’image du visionnaire qu’était Charles de Gaulle : le verbe haut, réfutant les non dits, excluant tout compromis. S’appuyant sur trois conférences données en 1927 à l’École de guerre, devant un auditoire hostile, de Gaulle prend position contre les doctrines a priori qui gangrènent l’armée française au sortir de la Première Guerre mondiale. Pour celui qui enseigna l’histoire militaire aux élèves officiers de Saint-Cyr, il s’avère en effet inconcevable que les doctrines militaires prévalent sur les contingences de la guerre et du champ de bataille. Selon de Gaulle, à la guerre seules comptent les circonstances et les personnalités. D’où son militantisme en faveur d’un retour à l’étude du réel. En convoquant les pages plus ou moins glorieuses de l’histoire militaire française, il dénonce l’immobilisme doctrinal des états-majors et le conformisme des cadres de l’armée. Si la France s’est inclinée devant les Prussiens en 1870-71, dit-il, c’est que ses généraux s’arc-boutèrent sur la doctrine défensive des positions, alors que celle-ci interdisait, dans les faits, toute initiative. Si le conflit de 1914-1918 fut si meurtrier, c’est à cause de la doctrine de l’attaque à outrance, qui sacrifia des masses colossales de soldats lors d’offensives suicidaires. De même, de Gaulle fustige la doctrine ultra-défensive des fortifications promue après-guerre par le haut commandement français. Ce n’est pas une quelconque doctrine militaire qui doit imprégner les esprits, mais bien une farouche volonté d’adapter et de remettre constamment en cause l’ordre de bataille, en fonction des circonstances, du contexte, de l’ennemi, du terrain, du moral des troupes, etc. Bref, en ce qui concerne l’art de la guerre, rien ne doit être figé dans le marbre.

 

Cependant, pour de Gaulle, le bon chef de guerre n’est pas seulement celui qui possède le talent et l’intuition lui permettant de s’adapter aux circonstances. C’est également celui insuffle un supplément d’âme à l’action de guerre. Directement inspiré par les thèses bergsoniennes, de Gaulle défend une vision philosophique de la conduite de la guerre. Ainsi le charisme, le caractère, le prestige, la fermeté et la rectitude morale sont autant de qualités qui viennent sanctionner l’action de tout grand général en chef. Et de Gaulle de citer Alexandre, César, Napoléon, ces chefs de guerre de génie qui surent à la fois s’assurer le respect et la confiance de leurs soldats, et témoigner d’un refus constant de tout conformisme ou conservatisme doctrinal. Prophétisant le rôle qui sera le sien lors de la seconde Guerre mondiale, de Gaulle insiste sur le caractère exemplaire de l’homme providentiel ; celui qui, seul contre tous, est capable d’analyser le tourbillon des évènements à l’aune de sa force de caractère et de ses principes moraux, pour ensuite prendre les décisions qui s’imposent.

 

Comme le dit Alain Peyrefitte dans sa présentation, « la pensée qui aiguise Le fil de l’épée est une pensée en action, une pensée de terrain, empreinte de décision mais aussi d’attention aux circonstances ». Discours habité par l’idéal de grandeur de la France, elle démontre que celui qui n’était à l’époque que simple capitaine était en avance sur son temps.

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Stratégie militaire
commenter cet article

commentaires

Tietie007 19/09/2016 18:54

De Gaulle était un mélange de pragmatisme et d'idéalisme qui en fait un homme un peu inclassable.

Matthieu Roger 07/10/2016 17:10

Pragmatique, idéaliste et inclassable : je crois que ces trois adjectifs lui conviennent à merveille.

Recherche

Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite