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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 21:55

Éditions Actes Sud, 2019

 

 

À l’instar des ouvrages d’Éric Vuillard déjà chroniqués sur ce site, voici un nouveau livre indispensable. La guerre des pauvres, publié en 2019 aux Éditions Actes Sud, n’est rien moins qu’une mise en perspective historique des révoltes populaires et de leur rapport au pouvoir inique qui opprime les masses. S’appuyant sur l’exemple des révoltes populaires qui agitèrent l’Angleterre des XIIIe et XIVe siècles ainsi que sur celui des guerres paysannes qui embrasèrent le Saint-Empire germanique au XVIe siècle, Éric Vuillard déploie un style d’écriture extrêmement direct pour dépeindre la rage révolutionnaire qui signa la rupture irrévocable entre le peuple et ses souverains. Il convoque de nombreuses figures historiques, comme Jan Hus, et incarne cette rage d’exister en la personne de Thomas Münzer, prédicateur anabaptiste qui devint l’un des chefs de file des révoltes armées en Alsace et Thuringe. Thomas Münzer éructe, soulève les foules, menace les princes et les puissants : « s’il en est autrement, le glaive leur sera enlevé et sera donné au peuple en colère ». Avec un souffle qui nous ferait presque penser au protagoniste de Voyage au bout de la nuit de Céline, l’argot en moins, l’auteur dépeint des siècles d’oppression se mêlant au schisme religieux qui accouchera du protestantisme. Grâce à son style inimitable, il nous transporte au côté de cet homme jusque-boutiste mais luttant pour une cause fondamentalement juste. Ce n’est pas la narration biographique en tant que telle qui préoccupe ici Éric Vuillard, mais la colère sourde des peuples. Difficile de traiter sujet plus actuel.

 

C’est bel et bien ce jeu de miroir avec la crise de nos sociétés contemporaines qui rend La guerre des pauvres incontournable. « Ce n’était pas Dieu. C’étaient bien les paysans qui se soulevaient. À moins d’appeler Dieu la faim, la maladie, l’humiliation, la guenille. Ce n’est pas Dieu qui se soulève, c’est la corvée, les censives, les dîmes, la mainmorte, le loyer, la taille, le viatique, la récolte de paille, le droit de première nuit, les nez coupés, les yeux crevés, les corps brûlés, roués, tenaillés. » (page 58) C’est pourquoi ce récit doit avant tout se lire comme un manifeste politique. Ou quand un cri du cœur se mêle au cri du peuple.

 

 

Par Matthieu Roger

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite