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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 18:55

Éditions Flammarion,  1991

cover war game

 

       

Le chercheur français Dominique Wolton s’est affirmé depuis plusieurs décennies comme l’un des meilleurs spécialistes des sciences de la communication et des médias. Aujourd’hui directeur de la revue internationale Hermès, il a publié tout au long de sa carrière plus d’une vingtaine d’ouvrages interrogeant, entres autres, l’espace public et la communication politique, l’information et le journalisme, la diversité culturelle et la mondialisation. Avec War Game, publié en 1991, il revient sur le cas de la seconde deuxième guerre du Golfe pour en tirer les enseignements quant à l’apparition d’un nouveau mode d’information initié par la chaîne américaine CNN : la médiatisation en continue grâce au direct. Rappelons que ce conflit débuta par l’invasion du Koweï par l'Irak en 1990, invasion à laquelle les Etats-Unis et leurs alliés internationaux répliquèrent en lançant les opérations « Bouclier du désert » (protection de l'Arabie Saoudite) et « Tempête du désert » (libération du Koweït en 1991 grâce à une offensive aéroterrestre). Dominique Wolton ne se trompe pas lorsqu’il déclare que cette guerre a marqué l’histoire guerrière de l’humanité. « D’abord, elle est la rencontre, pour la première fois dans l’Histoire, d’une capacité d’information par l’image 24 heures sur 24 avec une guerre largement annoncée. Ensuite, cette guerre s’est faite sur fond de contentieux lourd, et parfois implicite, entre les journalistes, les hommes politiques et les militaires, et dont la cause directe est le Viêt-nam. Enfin, il s’agit d’une guerre faite au nom du droit, par une coalition de vingt-neuf nations agissant sur mandat de l’ONU, l’omniprésence des médias symbolisant en quelque sorte cette dimension démocratique. » (p. 17)

 

Sous-titré L’information et la guerre, War Game décrypte avec minutie le jeu de la diffusion internationale des informations en temps de guerre. Tributaires de la censure, des rumeurs et de la désinformation qui influent alors sur les flux communicationnels irriguant la planète, les journalistes tentèrent pour la première fois d’offrir à leurs lecteurs / auditeurs / spectateurs la fascinante vision d’un flux ininterrompu d’informations. Cette hypermédiatisation de l’événement s’avère plutôt ambivalente, dans la mesure où elle n’a pas permis à l’époque une meilleure connaissance des enjeux historiques, culturels, politiques et religieux des pays concernés. D’où ce constat émis par l’auteur : « c’est la logique de l’événement qui l’emporte sur la logique de la connaissance, la logique de l’information sur la logique de la communication » (p. 77). Tout en établissant la distinction entre les notions d’information et de communication, Dominique Wolton dénie aux médias le statut de véritable « quatrième pouvoir ». Pour ce faire, il s’appuie cinq constats :


-  la guerre du Golfe a moins consacré la victoire de l'information que celle de l'impérialisme de l'instant


 -  la presse n’a ni la légitimité ni le pouvoir de s’affirmer en tant que quatrième pouvoir


-  les médias ne sont malheureusement jamais prompts à accepter les critiques


-  les médias sont volatiles


- le public est plus averti et critique envers les médias qu’on ne pourrait le penser de prime abord.

 

War Game est un livre où l’auteur réussit à empiler les concepts et notions des sciences communicationnelles sans pour autant rendre son propos inintelligible. Son analyse des circuits internationaux de l’information en temps de guerre dénote une profonde acuité des paradoxes qui peuplent nos démocraties occidentales. Au vu de l’avènement d’Internet et de la multiplication des supports de communication actuels, les thèses de Dominique Wolton conservent aujourd'hui plus que jamais toute leur pertinence.

 

 

Par Matthieu Roger

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Published by Matthieu Roger - dans Relations internationales
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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite