Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 21:46

Éditions Verdier,  2012

cover-l-inquietude.jpg

 

 

 

J’avais repéré Camille de Toledo suite à sa récente publication d’un article dans Le Monde où il décochait un manifeste pour une nouvelle Europe poétique. Souhait pour le moins inhabituel – et salutaire – à l’heure où l’on débat sans cesse des modalités de sauvegarde d’une Europe économique tout en évacuant l’impératif d’une Europe politique et d’une Europe culturelle refondées, ou devrais-je plutôt dire à fonder. Dans L’inquiétude d’être au monde, Camille de Toledo se penche sur l’état philosophique politique de l’Europe, qu’il juge très réactionnaire. Il en veut pour preuve la récente tuerie perpétré par le Norvégien Anders Bhering Breivik sur l’île d’Utoya le 22 juillet 2011 (soixante-neuf campeurs chassés et tués de sang-froid), drame que l’on retrouve en filigrane tout au long de la soixantaine de pages de ce livre. En réponse à cet état philosophique européen très dégradé, l’auteur milite pour une meilleure compréhension de l’entre-deux, c’est-à-dire des interstices culturels qui se nichent entre les langues, entre les peuples. L’inquiétude d’être au monde se lit alors comme un chant lyrique en faveur d’une nouvelle poésie politique, en faveur d’une nouvelle « poéthique » pour reprendre un de ses néologismes introduisant la notion d’éthique. En fait, c’est surtout la réalité du carrefour atteint aujourd’hui par la jeunesse européenne qui l’intéresse. Un carrefour souvent synonyme de croisements et d’exils. En réponse à la langue politique des consolations hypocrites et des fausses promesses, l’auteur entend poser par écrit une vision pessimiste mais non désenchantée de notre Europe.

 

J’aime beaucoup le style d’écriture de Camille de Toledo, rempli à la fois d’assurance et de sensibilité. Si on peut parfois regretter son trop grand pessimisme, qui entremêle la complainte au chant poétique, sa recherche d’un nouveau dialogue européen, sa tentative de déconstruction des paradigmes actuels ne manquent pas d’audace. Dommage que cela le conduise quelquefois à lancer certaines énormités ou raccourcis réducteurs, comme lorsqu’il proclame : « Que ceux qui voulaient inscrire la chrétienté dans sa Constitution se dénoncent, car ils sont, eux aussi, les assassins des gamins d’Utoya. » (p. 49)

 

 

Par Matthieu Roger

Partager cet article

Repost 0
Published by Matthieu Roger - dans Culture(s)
commenter cet article

commentaires

Recherche

Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite