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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 18:59

Éditions France Loisirs, 1995


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Passionnant : voici le premier qualificatif qui me vient à l’esprit au sujet de ce livre. Comme le dit lui-même l’auteur dans son avant-propos, son but est ici d’ « examiner, pour chaque camp, et pour chaque étape de la guerre, les choix stratégiques qui furent faits, en voir les raisons, en décrire l’accomplissement, en mesurer les conséquences ». Le fait est que Paul-Marie de la Gorce réussit pleinement son pari, en reliant sans cesse les trois principaux niveaux stratégiques, à savoir la tactique militaire, la stratégie des fronts et champs d’opérations, et enfin les négociations diplomatiques. Il décrypte ainsi toutes les évolutions stratégiques du camp des Alliés et des forces de l’Axe entre 1939 et 1945. Une quinzaine de cartes tactiques viennent illustrer son propos, permettant une meilleure visualisation des grandes offensives et contre-offensives. Partant du jeu des alliances qui, inexorablement, conduisit au déclenchement de la guerre, on suit pas à pas Churchill, Roosevelt, Staline et Hitler, leurs généraux et leurs diplomates dans ce qui devint très rapidement un conflit d’ordre planétaire. Grâce à un remarquable travail d’historien, l’auteur expose comment ces chefs d’États durent constamment prendre en compte les dimensions militaires, politiques et économiques de la guerre, donnant tour à tour la priorité à l’une ou l’autre de ces considérations. Plus qu’une prise en compte de la révolution tactique introduite par le concept de Blitzkrieg (lire à ce sujet Lieutenant de panzers d’August von Kageneck), les chefs des deux camps ennemis doivent faire face à la multiplication des théâtres d’opérations, même secondaires : guerre à l’Ouest, guerre à l’Est, guerre sous-marine de l’Atlantique, guerre aéronavale du Pacifique, mais aussi les combats en Norvège, Finlande, Afrique du Nord et Méditerranée, Asie du sud-est, les guérillas en France, Pologne, Yougoslavie… La conduite de la guerre apparaît alors comme une suite de compromis, de coups de pokers et de jeux de dupes, dont la protection et l’accroissement de sa propre puissance industrielle s’avère être le principal dénominateur commun. Le début de l’année 1942 marque un véritable tournant, dans la mesure où une coordination des stratégies allemande et japonaise, alliée à un meilleur comportement des troupes italiennes, auraient pu infléchir dangereusement le cours du conflit, au du moins rallonger de manière dramatique sa durée.

Peut-être plus accessible à la lecture que Stratégie de Liddell Hart, 39-45 Une guerre inconnue est selon moi l'un des meilleurs ouvrages de stratégie générale portant exclusivement sur la Seconde Guerre Mondiale, même si l’auteur aurait pu développer plus l’historique des combats sur le sol européen durant l’année 1945.

 

Paul-Marie de la Gorce, décédé en 2004 à l’âge de 76 ans, fut journaliste pour des journaux, comme L’Express, Le Figaro ou Le Monde Diplomatique. Celui qu’Ignacio Ramonet a décrit comme un « gaulliste de gauche » mena toute sa vie un rigoureux travail d’historien, publiant de nombreux ouvrages sur la Seconde Guerre Mondiale et les relations internationales. Souvent lucide, il sut par exemple, lors de la première guerre du Golfe (1990-1991), pointer du doigt les dangers d’une politique d’intervention contre l’Irak.

 

Par Matthieu Roger

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 19:43

Éditions L’Archipel, 2008

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En parallèle à la baisse progressive du nombre de guerres interétatiques depuis 1945, Gérard Chaliand s’interroge sur la difficulté des troupes occidentales à l’emporter dans un contexte de guerres irrégulières. Alors que la supériorité de l’armement est systématiquement du côté des troupes régulières, ces dernières essuient des défaites cinglantes lorsqu’elles se voient confrontées à des guérillas. Comment expliquer ce paradoxe ? Pour l’auteur il faut d’abord retracer l’évolution historique de l’art de la guerre, ce qui amène à deux constats. Premièrement, et en corrélation avec la nature même de la guérilla, les populations sont aujourd’hui partie prenante des guerres asymétriques. Deuxièmement, un conflit ne peut être gagné que grâce à une volonté politique supérieure à celle de l’adversaire. S’emparer du pouvoir ne se limite donc plus à déposer par la force tel souverain ou tel leader politique, il correspond désormais à un incessant travail politique de mobilisation et d’encadrement. On le voit bien en Afghanistan ou en Irak, où la guerre ne pourra être gagnée par les occidentaux qu’en obtenant l’adhésion tacite d’une majorité de la population. Et Gérard Chaliand de pointer le concept  de « dyssimétrie décisive » mis en exergue par le général français André Beaufre au début des années 1970 : un avantage stratégique, logistique et matériel, quel qu’il soit, ne peut à long terme l’emporter sur une idéologie politique exhortant à tous les sacrifices. La victoire militaire devient vaine si, au bout du compte, le vaincu n’admet pas sa défaite. Cette « dyssimétrie décisive » des guerres asymétriques découle deux grandes mutations : le renversement du poids démographique entre Nord et Sud, et, processus encore plus récent, le refus de plus en plus affirmé de la mort par les sociétés occidentales.

 

La démarche discursive de l’auteur s’avère pertinente dans la mesure où il appuie son analyse sur une rétrospective historique. Il revient sur l’antagonisme fondamental qui caractérisait la période située entre le IVe siècle av. J.-C. et le XVIe siècle ap. J.-C., qui n’était autre que celui entre nomades et sédentaires. De fait, c’est le foyer perturbateur issu des steppes centre-asiatiques qui déterminera pendant longtemps l’éclosion et la formation des grandes puissances caucasiennes. Le retour sur la période coloniale permet également de nous éclairer sur les stratégies indirectes employées par les insurgés. Les guerres coloniales de l’époque victorienne introduisent l’apparition de la guérilla, et le parcours à travers le monde d’un Garnet Wolseley témoigne d’un empire colonial déjà en proie aux pressions centrifuges. En redonnant à la polémologie son « épaisseur historique », Gérard Chaliand s’affirme comme un spécialiste crédible des problèmes politiques et stratégiques des conflits armés.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 14:01

Éditions du Seuil, 2007

batailles drévillon

 

À l’instar de L’art de la guerre par l’exemple de Frédéric Encel, Batailles s’impose à mes yeux  comme l’un des livres référence en termes de polémologie. Non content de présenter le déroulement tactique et stratégique de quatorze batailles majeures ayant émaillé l’histoire de France (cf. liste ci-dessous), Hervé Drévillon, professeur d’histoire à la Sorbonne, procède à leur recontextualisation politique, sociale et culturelle. Une recontextualisation menée avec style et talent, faisant entrevoir, au-delà des manœuvres du champ de bataille, la dimension psychologique inhérente à cette marche au-devant de la mort. Car comprendre l’évènement paroxysmique que constitue la bataille c’est comprendre l’univers mental et socio-politique dans lequel s’inscrivent ses acteurs : comme le dit avec justesse Hervé Drévillon « toute violence est à la fois brutalité et transgression, un geste et sa portée symbolique, (dont) l’analyse doit mobiliser des données matérielles et biologiques – armes et blessures – ainsi que des éléments culturels et psychologiques » (p. 295). Ce sont les souffrances humaines, ces chocs de chair et d’acier, qui permettent de mesurer l’ampleur d’une bataille. Qu’à la fin de l’histoire il y ait un vainqueur et un vaincu est un état de fait procédant de la nature même de l’évènement, même si on serait en ce qui concerne certains combats bien embêté pour déclarer quel parti l’a véritablement emporté. Mais l’Histoire avec un grand H réclame le sacrifice du don de soi, et c’est ce sacrifice qui à la fois forge la légende et permet d’appréhender les enjeux sous-jacents de la bataille En prenant l’exemple de Malplaquet, défaite essuyée par les Français face aux Anglo-Hollandais en 1709, l’auteur résume ainsi la signification de cette tension dramatique : « C’est donc à l’aune de ce qu’elle avait coûté à la France et à l’ennemi que la bataille fut jugée et qu’elle doit être, aujourd’hui encore, appréciée. Les trente mille soldats tués ou blessés de part et d’autre ne furent pas les instruments de la victoire ou de la défaite, ils en furent l’enjeu. » (p. 191).

Au fil des siècles et des conflits le lecteur se trouve emporté par le souffle de cette furia francese qui caractérise la culture militaire française, qui toujours aura préféré l’offensive au détriment de la défensive, état d’esprit qui n’est pas sans avoir parfois conduit à de tragiques désastres. Du combat des Trente en 1351 à la bataille de La Marne en 1914, Hervé Drévillon nous brosse de manière épique mais sans vaines fioritures l’épreuve du fer et du feu pour ce qu’elle est réellement, c’est à dire « une histoire de chair et de papier, d’encre et de sang » ; le récit de la bataille de Froeschwiller-Reischoffen, en 1871, et des charges de cuirassiers impériaux aussi héroïques que suicidaires est tout simplement poignant et mérite à lui seul de s’y attarder. Batailles est un livre incontournable, je dirai même plus indispensable.

 

Liste des batailles traitées dans l’ouvrage :

-          Le combat des Trente, 1351 (combat le duché de Bretagne)

-          Castillon, 1453 (guerre de Cent Ans)

-          Pavie, 1525 (guerre d’Italie)

-          Ivry, 1590 (guerres de religion)

-          Rocroi, 1643 (guerre de Trente Ans)

-          Maëstricht, 1673 (guerre de Hollande)

-          Malplaquet, 1709 (guerre de Succession d’Espagne)

-          Rossbach, 1757 (guerre de Sept Ans)

-          Les Saintes, 1782 (bataille navale)

-          Marengo, 1800 (campagne d’Italie)

-          Eylau, 1807 (campagne de Pologne)

-          Solferino, 1859 (guerre d’Italie)

-          Froeschwiller-Reischoffen, 1870 (guerre de 1870-1871)

-          La Marne, 1914 (Première Guerre mondiale).

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:34

Éditions Payot & Rivages, 2005


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Les 36 Stratagèmes est un recueil d’axiomes et de proverbes stratégiques qui met en lumière les différentes manières d’appréhender la guerre, et par extension notre vie quotidienne. Probablement rédigé sous la dynastie des Ming, entre le XIVe et le XVIIe siècle, il fut redécouvert en Chine au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ces 36 stratagèmes reflètent sous forme diagrammatique le tableau des 64 hexagrammes matérialisant l’interaction yin / yang (six fois six axiomes). Ils se placent à un niveau ontologique de la compréhension de tout conflit armé, en postulant un jeu permanent de l’être et du non-être duquel le stratège doit extraire la quintessence opérationnelle. Nous n’avons donc pas trop des commentaires avisés de Jean Levi pour tenter de saisir la portée de cet ensemble de 36 expressions proverbiales, aussi brèves que chargées de sens. Structuré en six cahiers (Stratagèmes de la guerre victorieuse, de la guerre de résistance, de la guerre offensive, de la guerre confuse, de la guerre de conquête, de la guerre perdue), ce manuel secret de l’art guerre implique, à l’instar de L’Art de la guerre de Sun Tsu, de contextualiser toute situation pour adopter ensuite les décisions les plus adéquates y afférentes. Au moyen d’exemples concrets tirés de l’histoire militaire chinoise, mais aussi de la littérature asiatique et occidentale, Jean Levi déploie devant les yeux ébahis du lecteur un potentiel infini d’interprétations et de mises en abymes herméneutiques. J’avoue avoir été dérouté par le rapport incessant qu’entretiennent les 36 ruses de guerre avec leurs modèles hexagrammatiques. Relier un enseignement littéral à une forme philosophico-diagrammatique ne constitue pas une manière de précéder très usitée à notre époque, c’est le moins que l’on puisse dire. Il ne faut cependant pas oublier que les diagrammes explicatifs ont constitué la base de certains courants philosophiques occidentaux, dont le platonisme ou la pensée cosmographique d’Apian. On retrouve même cette démarche dans nombre de tableaux de la Renaissance, je pense ici notamment au Loth et ses filles peint par Lucas de Leyde et exposé au Louvre.

Quoi qu’il en soit, Les 36 Stratagèmes nous rappellent que c’est uniquement l’usage alterné de moyens réguliers et insolites qui permet de remporter la victoire finale. Ruses et tactiques régulières doivent être utilisées de manière alternée par le général, engendrant ainsi un état de latence stratégique susceptible de paralyser ou tout du moins d’handicaper l’ennemi. La pensée stratégique chinoise, fortement influencée par le confucianisme et le taoïsme, comprend la guerre comme un ensemble organique au sein duquel le yin et le yang s’activent mutuellement de manière incessante. Seul le stratège avisé est alors à même de comprendre que tout stratagème n’est qu’un chaînon dans une série de mouvements tactiques.

 

 

Par Matthieu Roger

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 03:20

Éditions Economica, 2007

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L’utilité de la force fait partie de ces ouvrages qui inspirent le respect, de par la somme des éléments synthétisés et analysés et de par la hauteur de vue qu’il emprunte. Dès le début la thèse développée par Sir Rupert Smith est clairement affichée : au cours des deux derniers siècles le paradigme de la guerre s’est déplacé de la guerre industrielle, annoncée dès la fin du XVIIIe siècle par la révolution stratégique napoléonienne, à la guerre au sein des populations. Ce nouveau paradigme demande de réinterroger l’utilité de la force militaire en ce qu’elle constitue le bras armé de la stratégie politique. Pour mener à bien son analyse historique et critique, Sir Rupert Smith convoque à la fois son imposante érudition stratégique et son expérience inestimable du terrain. Rappelons en effet que ce général a à son actif une expérience du haut commandement militaire hors du commun. Il a entre autres commandé la division britannique engagée dans la Guerre du Golfe en 1990-1991, les forces des Nations-Unies en Bosnie en 1995, le théâtre d’Irlande du Nord de 1996 à 1999, pour finir commandant en second de l’OTAN en Europe (DSACEUR) avant son départ du service actif en 2002. Déroulant un panorama historique débutant par l’avènement de Napoléon Ier, il démontre comment l’objectif de destruction pure et simple de l’ennemi a peu à peu pris le pas sur toutes les autres considérations stratégiques, pour s’achever sur les deux boucheries que furent la Première et la Seconde Guerre Mondiale. Il montre ensuite comment les mutations géopolitiques de la Guerre Froide ont conduit à redéfinir la guerre comme un conflit au sein des populations, avec comme objectif premier d’obtenir l’adhésion de la population plutôt que la destruction pure et simple de l’appareil militaire ennemi. Aujourd’hui les guerres dans lesquelles sont engagées les armées occidentales, des Balkans à l’Afghanistan en passant par l’Irak, requièrent  de contraindre l’ennemi par la force là où la diplomatie a échoué et de redessiner les conditions stratégiques d’une sortie de crise, tout en étant porteuses de nouvelles fonctions telles que le maintien de la paix ou l’interposition entre deux forces belligérantes. « Car il ne faut jamais l’oublier », conclut Sir Rupert Smith, « la guerre n’existe plus ». Ce nouveau paradigme étant posé, on peut alors mieux saisir la nature protéiforme des conflits modernes, qui quoi qu’on en dise va à l’encontre des présupposés tactiques des armées occidentales, encore basés sur le modèle de la guerre interétatique industrielle.  Je cite :

1) Les fins pour lesquelles on se bat ne sont plus des objectifs concrets qui décident d’un résultat politique mais façonnent les conditions dans lesquelles le résultat peut être obtenu.

2) Nous combattons au sein des populations, non sur un champ de bataille.

3) Nos conflits semblent éternels, sans fin.

4) Nous combattons de manière à préserver la force armée plutôt qu’en risquant tout pour aboutir à l’objectif.

5) À chaque occasion, de nouveaux usages sont trouvés aux armes et organisations anciennes issues de la guerre industrielle.

6) Les camps ne sont pas des États, la plupart du temps, et sont plutôt constitués de groupements internationaux agissant contre des entités non étatiques.

 

Si Rupert Smith nous propose en définitive d’utiliser autrement la force militaire, en la soumettant à une stratégie globale élaborée selon un protocole politique strict. C’est dans ce cadre opératoire que les armées occidentales doivent mener une mutation où la violence doit être paramétrée via une contextualisation du théâtre d’opérations – géographique, politique, économique et social – et rapidement recourir à d’autres techniques d’armement. Si l’Union Européenne arrive à se doter d’une politique de défense commune et concertée au plus haut niveau, c’est peut-être elle qui arrivera le mieux à tirer son épingle du jeu de la nouvelle redistribution des cartes se profilant en ce début de XXIe siècle.

 

 

Par Matthieu Roger

 

 

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 02:33

Éditions Flammarion, 2000

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Publié en 2000, ce petit livre de poche est selon moi l’utilitaire par excellence de tout passionné d’histoire militaire. L’objectif de Frédéric Encel (docteur en géopolitique, consultant en risques-pays, enseignant à l‘Institut d’Études Politiques de Rennes) est ici de réunir de manière non exhaustive les grands stratèges militaires et batailles qui ont fait l’Histoire avec un grand H. C’est pourquoi il indique lui-même dès l’avant-propos que L’art de la guerre par l’exemple se veut un outil de compréhension et non énième manuel de stratégie globale. C’est à cette fin qu’il catégorise les grandes figures de l’histoire en théoriciens, stratèges et capitaines, certains hommes comme Napoléon Bonaparte pouvant bien évidemment se prévaloir des trois qualificatifs. Le travail de sélection de Frédéric Encel, toujours difficile et quelque peu arbitraire, a privilégié « ceux qui se sont distingués par des initiatives ou écrits particulièrement originaux et/ou novateurs ». On peut ainsi retrouver des figures méconnues du grand public, telles que Folard, Puységur de Saxe, Mahan, ou encore Hassan Ibn Saba.  En ce qui concerne la présentation chronologique des batailles, il opte là aussi pour une catégorisation ternaire : caractère décisif au regard d’un conflit ou d’une époque, dimension novatrice, et enfin valeur symbolique ou mythique. Les affrontements entrant dans cette dernière catégorie (Crécy, Marignan, Pavie, Lépante, Sadowa, Bataille d’Angleterre, Midway, Diên Biên Phu, Guerre du Yom Kippour) sont particulièrement bien mises en perspective en ce qu’elles révèlent l’évolution de la prise en compte dans l’environnement à travers les âges. Alors que la furia francese des chevaliers du Roy de France se brise sur les redoutes dressées par les archers gallois aux XIVe et XVe siècles, Sadowa introduira dès 1866 la tranchée comme la technique défensive typique des armées occidentales, et ce pour de nombreuses décennies.

La force de cet ouvrage réside dans sa capacité à mettre en en lumière de manière synthétique les grands courants de pensée militaire et leurs applications ou non sur les champs de bataille. Et cela grâce à une contextualisation de l’événement à la fois claire et concise.  Bref, un livre qui ravira autant les néophytes qu’il remettra en question nos présupposés stratégiques.

 

Par Matthieu Roger

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 17:45

Éditions Mille et une nuits, 2006

 

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Avec De la guerre (première publication en 1832), Carl von Clausewitz est sans aucun doute l’un des théoriciens qui a le plus influencé la stratégie militaire moderne. Le petit manuel intitulé Principes fondamentaux de stratégie militaire, rédigé en 1812, était en fait destiné à la formation militaire du Prince de Prusse, dans lequel le théoricien prussien expose de manière concise et très générale ses idées-forces pour vaincre l’ennemi.

Ce qui transparaît avec netteté dans cet ouvrage, c’est la rupture tactique avec la période pré-napoléonienne. Au niveau de la mise en ordre de bataille des régiments par exemple, von Clausewitz abandonne le modèle en ligne, jugé trop étendu et pas assez résistant, pour des formations en colonne ou en profondeur, qui permettent une meilleure utilisation des réserves et plus de possibilités en termes d’adaptabilité tactique. D’un point de vue bien plus général, il insiste également sur l’importance de la ferveur des soldats, sans laquelle aucune opération militaire ambitieuse ne pourrait réussir. Bref, on distingue bien qu’il y a pour Clausewitz un avant et un après Napoléon, cet homme qui domine encore en 1812 l’Europe et incarne à ses yeux le génie militaire. Bon nombres des exemples dont il se sert pour illustrer ses propos sont d’ailleurs tirés des campagnes napoléoniennes. C’est que, contrairement à certains autres théoriciens prussiens (tel Heinrich von Bülow qui a mis au point une doctrine géométrique et quasi mathématique des batailles), l’auteur pense qu’on ne peut analyser la guerre qu’à l’aune des exemples historiques antérieurs. Chez lui on retrouve une certaine prédominance de la notion de rupture tactique. Ces points d’achoppement de la l’ordre de bataille doivent être considérés comme l’espace-temps-clé de la bataille, celui qui permettra de percer la ligne ennemie ou d’engager une manœuvre tournante décisive.

Adoptant une démarche parfois comparable à celle du grand Sun Tse, Clausewitz essaye constamment d’échapper à tout dogmatisme intellectuel. Il insiste notamment sur l’importance d’admettre la guerre comme un combat à grande échelle, soumis aux lois du hasard et à une grande quantité de facteurs exogènes. D’où cette notion très intéressante de « friction », qu’il fait correspondre aux facteurs et conditions imprévisibles qui viendront presque systématiquement corser une bataille jugée a priori facile. La révolution tactique napoléonienne, en généralisant la partition de l’armée en différents corps d’armée autonomes, tente de résoudre ces points de friction au moyen d’une plus grande adaptabilité aux circonstances topographiques et stratégiques de conflit armé.

Les Principes fondamentaux de stratégie militaire constituent l’ouvrage par excellence d’introduction à la pensée de Carl von Clausewitz. De la guerre n’en reste pas moins son ouvrage de référence, dont nous ne saurions trop vous recommander la lecture.

 

 

Par Matthieu Roger

 

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 17:43

Éditions Perrin, 2007 (première version publiée en 1929, rééditée en 1941 et 1946, retravaillée par la suite)

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Attention, ceci est plus qu’un ouvrage de référence, c’est un livre culte !

 

On ne présente plus le Britannique Basil H. Liddell Hart, l’un des plus grands stratégistes du siècle passé. Rappelons seulement que celui-ci, après avoir servi dans l’armée britannique au cours de la 1ère Guerre Mondiale, a été à l’instar de De Gaulle un des premiers à déceler le formidable potentiel de l’arme blindée (notamment dans son étude La guerre blindée et son avenir) et a durablement influencé la pensée stratégique militaire du XXe siècle. Des généraux comme Guderian et Rommel en Allemagne, MacArthur aux États-Unis, ou encore Radek et Toukhatchevski en URSS, ont par exemple revendiqué l’importance que revêtaient à leurs yeux son travail théorique.

Dans Stratégie, Liddell Hart tente un spectaculaire panorama de la stratégie militaire depuis la nuit des temps. Il aborde dans une première partie la stratégie du Ve siècle avant J.-C. au XIIe siècle avant J.-C., pour ensuite consacrer une partie entière à la 1ère Guerre Mondiale et une autre à la 2de Guerre Mondiale. Enfin, il développe dans un quatrième et dernier chapitre ce qu’il considère comme « les bases de la stratégie et de la grande stratégie ». Pour autant que mes précédentes lectures me permettent d’en juger, peu d’auteurs ont cette capacité propre à Liddell Hart de pouvoir prétendre inscrire leur pensée théorique dans un mouvement d’une telle profondeur et d’une telle exhaustivité, et cela sans que la clarté du propos en soit pour le moins amoindrie. Liddell Hart réussit en effet ici le tour de force d’offrir au lecteur une véritable confrontation avec l’Histoire, et propose un ouvrage abordable malgré son étendue chronologique.

La thèse de l’auteur peut paraître simpliste au premier abord, à savoir : la victoire la plus avantageuse ne peut, dans 99 % des cas, que s’acquérir via une approche qu’il nomme indirecte. Cette « approche indirecte » que doit rechercher tout stratège militaire comprend deux champs d’application : les opérations physiques (stratégie + tactique), ainsi que les opérations mentales (attaque/confusion psychologique de l’ennemi + facteur politique). Mais tout l’à-propos de la dialectique conflictuelle de Liddell Hart est d’interpénétrer constamment le facteur espace-milieu avec la prééminence des effets moraux. La manœuvre devient alors une arme de guerre à part entière, qui désorganise matériellement ET psychologiquement l’ennemi en menaçant ses axes de communications et/ou ses positions les plus faibles. L’analyse qui est faite des guerres napoléoniennes s’avère en cela particulièrement éclairante. En effet, plus Napoléon privilégiera l’affrontement frontal de l’ennemi (et donc refusera la méthode de l’approche indirecte) plus il verra ses marges de manœuvres –ce dernier terme étant à prendre au sens propre comme au sens figuré – réduites. Partir de l’étude des stratégies militaires du Ve siècle avant J.-C. permet à Liddell Hart de mettre en perspective de manière convaincante le bien-fondé de l’approche indirecte en termes de tactique opérationnelle, de stratégie et de grande stratégie. Et ceci tout en gardant à l’esprit que « le véritable objectif national en état de guerre comme en état de paix, est une paix encore plus parfaite ». Comme il le dit lui-même « The experience of history enables us to deduce that gaining military victory is not in itself equivalent to gaining the object of war. » (Thoughts on war, octobre 1925). Une perspective éthique à l’aune de la figure tutélaire qu’a été Liddell Hart, qui force notre admiration et impose le respect.

 

Par Matthieu Roger

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 17:25

Éditions Denma, 2005

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Tout le monde a lu L’Art de la guerre, et il a tellement été écrit au sujet de ce monument de la stratégie militaire que j’ai peine à voir ce que je pourrais aujourd’hui ajouter à son sujet. Rappelons toutefois que L’Art de la guerre ou Sun Tse (son titre original) est un recueil de maximes et axiomes chinois portant sur la tactique militaire, qui s’est constitué et étoffé au cours des siècles au fur et à mesure des transmissions orales. Ces préceptes, offerts au lecteur sous forme de paragraphes ou strophes, remonteraient en partie à plusieurs siècles avant Jésus-Christ. Plutôt que de tenter de tirer ici rapidement la quintessence de cet ouvrage, ce qui s’avère impossible au vu de sa force analytique et de sa richesse philosophique, laissez-moi plutôt citer quelques-uns de ses passages, qui témoignent d’une portée universelle presque bouleversante.

 

 

« Ainsi le bon stratège manipule l’ennemi tout en cachant ses propres intentions.

Je concentre mes troupes si celles de l’ennemi sont éparpillées.

Si mes troupes restent unies tandis que celles de l’ennemi sont divisées,

Je peux utiliser toutes mes forces pour attaquer une fraction des siennes.

Si mes troupes sont beaucoup moins nombreuses que celles de l’ennemi, je

Peux les utiliser pour le frapper parce que ses troupes sont aveugles ! » (page 40)

Difficile ici de ne pas penser à la stratégie napoléonienne de concentration des forces, qui fut permise par le nouveau système divisionnaire hérité de la Révolution française. Napoléon Ier utilisa quasi-systématiquement cette approche tactique, concentrant soudainement ses forces pour enfoncer la ligne de bataille ennemie.

 

« C’est pourquoi un bon stratège peut être comparé au Chouai-jan.

Le Chouai-jan est un serpent du mont Heng.

Frappez-le à la tête, et sa queue vous attaquera.

Frappez-le à la queue, et sa tête vous attaquera.

Frappez-le au centre, et sa tête et sa queue vous attaqueront. » (page 66)

D’où l’importance des lignes de communication en parallèle des forces armées et des manœuvres sur l’arrière, préceptes tactiques développés notamment par Frédéric de Saxe et Jomini.

 

« Voilà pourquoi les chefs militaires font grand cas des victoires rapides

Et méprisent les combats qui se prolongent. » (page 27)

On retrouve ici la notion de « bataille décisive », notion qui sera avancée et largement débattue tout au long du XIXe siècle.

 

« L’invincibilité réside dans la défense.

La possibilité de victoire réside dans l’attaque. » (page 32)

Trois mille ans de science militaire résumée en une phrase, qui dit mieux ?

 

Ces quelques exemples montrent bien l’étendue qu’avait acquise la pensée militaire chinoise dès les premiers siècles de notre ère. Loin de s’en tenir à quelques poncifs inutiles, le Sun Tse nous rappelle de ne jamais faire l’économie d’une vision globale de la guerre. C’est pourquoi, par exemple, quand il publia La Guerre Moderne en 1932, Liddell Hart ne se contenta pas de mélanger concepts occidentaux et orientaux ; il utilisa le Sun Tse pour transformer les bases de la pensée militaire européenne. Le bon général est celui qui connaît ses défauts autant que ceux de c’est adversaires, mais c’est aussi celui qui sait prendre en compte les particularités topographiques d’un terrain d’opérations, celui qui saura privilégier au bon moment l’approche indirecte, ou encore celui qui saura tirer le meilleur parti de ses réseaux de renseignements. L’art de la guerre se conjugue alors avec un pré-requis indépassable pour qui veut tendre à la victoire, à savoir la remise en cause permanente de toute théorie comme seul gage d’opérationnalité stratégique. Car comme le dit si bien le Sun Tse, « celui qui est capable de remporter la victoire en s’adaptant à la situation de l’ennemi est qualifié de “génie”. »

 

 

Par Matthieu Roger

 

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Rhapsodie

Mon âme et mon royaume ont pour vaisseaux les astres

Les cieux étincelants d’inexplorées contrées

Ébloui par l’aurore et ses nobles pilastres

J’embrasse le fronton du Parthénon doré

 

 

Frôlant l’insigne faîte des chênes séculaires

Je dévide mes pas le long d’un blanc chemin

À mes côtés chevauche le prince solitaire

Dont la couronne étreint les rêves de demain

 

 

Au fil de l’encre noire, ce tourbillon des mers

Ma prose peint, acerbe, les pennons désolés

D’ombrageux paladins aux fronts fiers et amers

Contemplant l’acrotère d’austères mausolées

 

 

Quiconque boit au calice des prouesses épiques

Sent résonner en lui l’antique mélopée

Du chant gracieux des muses et des gestes mythiques

Qui érigent en héros l’acier des épopées

 

 

Par Matthieu Rogercasque-hoplite